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Tchorski
La cathédrale de Chartres (1/26)

Ce documentaire concerne la cathédrale de Chartres et plus particulièrement la partie haute. Le but du reportage est de mettre en valeur les éléments campanaires de la cathédrale, notamment et surtout les cloches. Cette étude permet de comparer la structure campanaire d'un lieu de grande valeur architecturale avec le relevé que nous effectuons en Belgique. Vu l’extrême diversité de documents disponibles sur l’histoire de la cathédrale, vu le peu de documents sur l’aspect campanaire, ce documentaire se fixe comme limite de n’aborder que les éléments campanaires et quelques aspects de la partie haute liée à la charpente.

Merci à monsieur Philippe Lamourère, Architecte des Bâtiments de France honoraire, pour l'autorisation de visite et un très grand merci à madame Sylvie Prevost pour le suivi du dossier (Service Départemental de l'Architecture et du Patrimoine de l'Eure-et-Loir). Merci à messieurs Clarcke pour son soutien à la réalisation de ce documentaire. Les images présentées ci-dessous ne sont pas libres de droits. Si vous souhaitez les utiliser, il faut prendre contact avec le Service Départemental Architecture Patrimoine, au préalable.
Ce travail est à tous points de vue et toujours à but non lucratif. Il ne vise pas à remplacer le travail d'un photographe professionnel. Ces photos sont disponibles gratuitement au besoin, mais cela ne prévaut en rien sur les droits que vous devez acquitter auprès du SDAP.
La moitié des images présentées ont été réalisées par Nicolas Duseigne.

A propos du campanaire :

La cathédrale de Chartres comporte 7 cloches. Une cloche est ancienne (1520), les autres cloches sont un peu plus récentes.

Inventaire :
Cloche 1 : le Timbre, Pierre Savyet, 1520. 4900 kg environ.
Cloche 2 : Ste-Marie, Cavillier frères, 1840. 6200 kg.
Cloche 3 : St-Joseph, Cavillier frères, 1840. 2500 kg. Quelquefois mentionné 2350 kg.
Cloche 4 : Ste-Anne, Petitfour frères à Arbot, 1845. 2040 kg.
Cloche 5 : Sainte-Elisabeth, Petitfour frères à Arbot, 1845. 1515 kg.
Cloche 6 : Saint-Fulbert, Petitfour frères à Arbot, 1845. 1095 kg.
Cloche 7 : Saint-Piat, Petitfour frères à Arbot, 1845. 870 kg.

Cloche 1 - Elle s'appelle "Le Timbre". Elle pèse 4900 kilogrammes. Elle sonne le La. Elle date de 1520. Elle est située au sommet de la tour nord, dans un espace qui s’appelle La Lanterne. Elle est toute seule dans la pièce sommitale. Elle est accrochée sur un beffroi de madriers de chêne. Elle est accrochée, fixe, à un noeud octogonal de madriers. Elle n’entre pas en volée. Aucune structure de balancement ne le permet. Elle ne possède pas de battant. Le cerveau ne possède pas de bélière. L’intérieur est entièrement plat et possède des traces de soudures, probablement des modifications. Certains documents mentionnent qu’elle n’a jamais possédé de bélière ni donc de porte-battant. Elle possède un système de tintement. Elle est utilisée pour sonner les heures et les demi-heures. Fait assez exceptionnel, le marteau est en pierre. Il est tinté par système de tringlerie, et remis en place initiale sur l'impulsion d'un clapet en métal. Le Timbre possède une forme étonnante. Elle ne possède que peu d’élargissement à sa pince, la robe suit la forme du vase, ce qui en fait une cloche assez cylindrique.

La dédicace est en textura quadrata, elle fait le tour de la cloche sous le cerveau, sur une épaisseur de deux lignes, d’une hauteur de 45 millimètres chacune. Elle est en latin, assez difficile à décrypter. La cloche est ornée près de la courbure du cerveau d'un cercle de fleurs de lys, deux lignes espacées l'une de l'autre par un fleuron. La dédicace donne le nom de l’auteur et fait allusion à un évènement historique (ce qui est rare dans les dédicaces), l’entrevue du camp du Drap d’Or, rencontre du 7 juillet 1720 entre François Ier et Henri VIII. « En cette même année où le Français eut une entrevue avec l'Anglais, et où ils firent entr'eux une alliance perpétuelle ». La première ligne comprend trois vers. A la fin de la première ligne de dédicace existent quatre écussons couronnés. Le premier est un monogramme qui semble être celui du fondeur. Le deuxième aux armes de Franc. Le troisième au chiffre de la Vierge. Le quatrième figure un calvaire placé entre trois chemisettes de Notre-Dame de Chartres. La seconde ligne comprend les trois autres vers, et à la suite est le nom du fondeur placé entre une chemisette qui est l'armoirie du Chapitre de Chartres et un écusson frappé d'un Dauphin.

Cette cloche était tintée dans le passé par le système d’horlogerie monumentale Renouf, dont nous parlerons en détail plus loin. Aujourd’hui, le tintement est électro-magnétique, sur horloge électronique, le boîtier est réalisé par une firme d’Orléans.

Le fondeur du Timbre est Pierre Savyet. Il n’est connu qu’à Chartres, aucune autre cloche ne porte son nom. Il était fondeur de canons pour la marine à Boulogne-sur-Mer (demeurant de présent à la garnison de Boulogne-sur-la-Mer). Il reçu commande d'une cloche pesant dix mille livres ou environ, laquelle cloche sera mise au hault de la lanterne du clocher neuf. Le clocher neuf est l’actuelle tour nord. Cette cloche a été fondue le 23 septembre 1520, à deux heures du matin. Avant, le clocher vieux comportait deux bourdons, un de 15 tonnes, un de 10 tonnes. Ils ont été fondus pour réaliser des canons vers la fin de 1793.

Voici copie du marché qui fut passé :

Du 21 juillet 1520. Pierre Savyet, fondeur de cloches, demeurant de présent à la garnison de Boulogne-sur-la-Mer, a marchandé et convenu avecques vénérables et discrètes personnes, Messieurs maistres Jehan Dudrac, chantre, Aignan Viole et Loys Joudart, chanoines de Chartres, maistres et administrateurs de l'œuvre de l'église de Chartres, de fondre bien, ainsi qu'il appartient, une cloche pour servir à orloge, pesant dix mil livres ou environ, et icelle faire de la façon de la cloche de l'orloge du Palais de Paris ou meilleure, et du ton que doit avoir une cloche pesant dix milliers, aussi bonne et armonieuse que ladite cloche du Palais, eu regard de la proportion et quantités de métal dont ladite cloche a, et sera plus pesant que ladite cloche du Palais. Laquelle cloche ledit Savyet, fondeur, a promis faire fondre et rendre dudit ton bonne et loyale et marchande au dict de gens ad ce congnoissans, dedans le jour et feste de Toussains prochainement venans, et sera ladicte cloche plus grande et plus grosse que celle du Palais, qui ne poise que six milliers ; ainsi que dit ledit Savyet la rendra hors de terre nette et la fera sonner sur la fosse où elle aura esté fondue et icelle mettra sur terre ferme, sayne et entière. Laquelle cloche sera mise au haut de la lanterne du clocher neuf. Ce marché fait moyennant le pris et somme de six vingts livres tournois qui luy seront payées, au fur qu'il y besongnera, et sera tenu fondre ladite cloche à fourneaulx et à souffletz, ou à ung fourneau à bois sans souffletz, à notre option ; auquel fondeur nous fournirons et ferons fournir de toutes matières nécessaires à faire ladicte cloche. Toutesfois a esté dit et accordé que s'il advenoit que ladite cloche ne feust faicte et parfaicte bien et deument de la grandeur, grosseur et dudit ton, sayne et entière, bonne, loyale et marchande comme dit est, ledit fondeur a promis la refaire et refondre à ses propres coustz et despens, et payer le déchet du métal et le tout à ses propres coustz et despens, sans ce que nous soyons tenus de luy fournir aucunes matières, utencilles ni aydes. Et aussi, s'il advenoit, après ce que nous aurons fait monter ladite cloche en ladite lanterne, elle n'estoit trouvée bonne, loyale et marchande et dudit ton, sayne et entière, comme dessus ledit fondeur l’a promis refaire et refondre, la casser, descendre et remonter aussi à ses propres coustz et despens comme dit est. Et de tout ce bailler bons pleiges et suffisans. Et lequel marché ainsi faict, comme dessus est dit, nous en notre chapittre assemblez traictans de négoces et affaires de nous et de nostre église de Chartres, avons ratifié et eu pour agréable, et icelui avons promis et promectons tous, de nostre part, entretenir selon sa forme et teneur. Promectans, etc. Obligeans, etc. Renonçans, etc. Présens ad ce, pour tesmoings, maistres Nicole Lambert, heurier et matinier de l'Eglise de Chartres, et Macé Thoreau, prebstre, demeurans à Chartres.

D'après Souchet, ce serait le 23 septembre 1520, sur les deux heures du matin, que cette fonte du timbre aurait eu lieu. Cette œuvre était une grosse dépense, surtout au moment où le Chapitre venait d'édifier le clocher neuf et où il construisait la magnifique clôture du chœur de l'église. Aussi Charles d'Illiers, chanoine de Chartres, légua une somme d'argent, pour aider ses confrères dans cette entreprise.

La dédicace de la cloche est latine. La traduction est la suivante : Faite pour indiquer les travaux du soleil et de la terre, je me trouve élevée sur le haut sommet de cette insigne demeure, on m’y a placée l’an du Christ mil cinq cent et vingt, en cette même année où le Français eut une entrevue avec l’Anglais, et où ils firent entre eux une alliance perpétuelle. Pierre Savyet me fit.

Cloche 2 - Sainte-Marie, aussi appelée le Gros Bourdon. Elle pèse 6200 kilogrammes. Elle sonne une note intermédiaire entre le fa# et le sol, plus proche du sol. Elle date de 1840. Elle est située dans la partie la plus basse de la tour nord, dans la pièce carrée. Elle n’entre en volée que lors des plenum, c'est-à-dire lorsque toutes les cloches entrent en volée. Cela n’arrive qu’à l’occasion des fêtes. La raison de ce choix, c’est à cause de son poids. Cela créée des vibrations qui à répétition, peuvent s’avérer nuisibles à la bonne tenue de la tour. Le plenum arrive à Noël, à Pâques, à l’Ascension, etc. Cette cloche possède deux filets à la pince. Elle a une décoration en rinceaux de feuilles de vigne au cerveau. Elle possède sur la robe une série de décoration : une rose, un habit ecclésiastique – seulement l’habit, pas de jambes, pas de tête, probablement la robe mariale –, un griffon surmonté d’un ange. La couronne (ensemble des anses) possède un visage assez dur, avec des cheveux bouclés.
Un moteur obsolète reste incrusté entre deux madriers du beffroi. La volée est actionnée par deux moteurs récents. Le système de volée est en lancé franc.

Les cloches 2 et 3 ont été fondues par Cavillier, fondeur à Amiens. On y mentionne probablement Alexandre Cavillier et Jean-Baptiste Cavillier. Ces deux frères étaient fondeurs. Une faute courante et de mentionner leur nom ‘Cavilliers’ avec un S, parce qu’on parle des frères Cavillier.

Cloche 3 - Saint-Joseph. Elle pèse 2350 kilogrammes. Elle sonne le si. Elle date de 1840. Elle est située dans la partie la plus basse de la tour nord, dans la pièce carrée. C’est la cloche de volée principale, celle que tous les chartrains connaissent. Elle entre en volée à 8h00, à midi, à 19h00. La volée s’organise comme suit : après le tintement de l’heure sur le Timbre, la cloche de volée est tintée trois fois, trois fois de suite. Ensuite, elle part en volée. Elle a un son superbe.
Le bourdon et Joseph ont été réparés en 1961.
La marquise de la Rochejacquelein, née Adélaïde Chartier de Coussay, est la marraine de Joseph. Le système de volée est en lancé franc.

Cloche 4 - Sainte-Anne. Elle pèse 2040 kilogrammes. Elle sonne le ré. Elle date de 1845. Elle possède un tintement électro-magnétique relativement récent et un système de volée en lancé franc. Les cloches 4, 5, 6 et 7 sont situées au dessus des 2 et 3. Un voile en ciment armé les sépare. Il y a donc deux beffrois. Le beffroi des 4, 5, 6 et 7 contient les 4 cloches en alignement, de la plus lourde à la plus légère.
Anne reçut ce nom en souvenir de la cloche offerte par la reine Anne de Bretagne lors d'un pèlerinage en 1510.

Cloche 5 – Sainte-Elisabeth. Elle pèse 1515 kilogrammes. Elle sonne le mi. Elle date de 1845. Elle possède un tintement électro-magnétique relativement récent et un système de volée en lancé franc.

Cloche 6 – Saint-Fulbert. Elle pèse 1095 kilogrammes. Elle sonne le fa. Elle date de 1845. Elle possède un tintement électro-magnétique relativement récent et un système de volée en lancé franc.

Cloche 7 – Saint-Piat. Elle pèse 870 kilogrammes. Elle sonne le sol. Elle date de 1845. Elle possède un tintement électro-magnétique relativement récent et un système de volée en lancé franc. Le mouton est récent, il a été remplacé en 2004, par la firme Bodet.

L’horloge monumentale Renouf – Cette horloge est située au dessus des cloches 2, 3, 4, 5, 6, 7 et sous le Timbre (cloche 1). Elle est placée dans ce qu’on appelle la chambre des sonneurs. Si le système est aujourd’hui désaffecté, il subsiste l’entièreté du superbe matériel et la tringlerie, le tout placé dans une pièce en bois. On y trouve une horloge maître avec son balancier, un engrenage, un aileron, un contrepoids, une plaque commémorative.

Bibliographie :
- Revue Notre-Dame de Chartres, N°62 de mars 1985, les cloches de la cathédrale de Chartres.
- Archives départementales de l’Eure & Loir, dossier sur l’incendie du 4 juin 1836.
- Brigitte et Peter Kurmann, Chartres. La cathédrale, Editions du Zodiaque.
- Inventaire Palissy du Ministère de la Culture.
- Centre de Ressources et d'Informations Techniques, la charpente de la cathédrale de Chartres.

Vous pouvez écouter les cloches ci-dessous. Le premier enregistrement est une volée de Joseph, la sonorité de la cloche est magnifique. Le deuxième enregistrement est le tintement du timbre. L'enregistrement n'est pas bon à cause du très fort vent qu'il y avait ce jour dans la lanterne.



La tour nord


Le campanaire


Le comble


La nef, les vitraux, la montée à la flèche


Le florilège de pierre


Le campanaire (compléments intéressants)

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