Le
tunnel de Bête-Refaite (1/2)
Ce documentaire concerne le tunnel de Bête-Refaite, situé principalement sur la commune de Chapelle-Lez-Herlaimont, partiellement sur Gouy-Lez-Piéton. Un grand merci à madame Sandrine Lamotte, de la division Nature et Forêt de la Région Wallonne pour l'autorisation de visite et monsieur Guy Dewier pour les démarches effectuées. Ce reportage a pour but de compléter, faire résonance et miroir à celui sur le tunnel de Godarville, visible ici. En effet, ces tunnels sont intimement liés par leur histoire. Corrections et documentation
historique : Cédric De Keyser, Sandy De Wilde. Le tunnel de Bête-Refaite
se situe sous la ligne de crête de la Meuse et de l'Escaut, entre
le bassin industriel de Bruxelles et celui de Charleroi. On parle des
bassins hydrographiques de la Meuse et de l'Escaut, Bruxelles
Afin d'éviter les risques d'éboulement et de réduire autant que possible la quantité de déblais à évacuer, la solution du souterrain sera retenue par Vifquain, auteur de nombreuses écluses sur le canal du Centre. Le tunnel a été percé entre 1827 et 1832, il a une longueur de 1267 mètres et une hauteur de 3 mètres. Voilà pour les caractéristiques essentielles. Il est calibré pour le passage des « baquets de Charleroi » soit une capacité de 70 tonnes. Nous parlerons davantage de ces bateaux par la suite. Le tunnel possédait un quai de halage. Les deux entrées
actuelles sont proches du canal Bruxelles-Charleroi, en bordure du halage.
Il est souvent évoqué dans la littérature que le
canal a éventré le tunnel. Une seule ouverture a été
démolie, l'autre entrée est originelle. Du côté
de Gouy, on peut encore voir des pierres de taille de la voûte.
Du côté Seneffe, il ne subsiste que la maçonnerie
des bandeaux, tout le reste a été démoli. Cédric
Dekeyser précise : contrairement
à ce que l'on admet généralement, le tunnel de Bête-Refaite
n'a été détruit que
sur une petite partie de son tracé. Donc à l'est, côté
Godarville, on a encore le porche d'entrée d'origine, qui s'accompagnait
probablement autrefois
d'un immense
mur de soutènement ; à l'ouest, côté Seneffe,
le tunnel a été en partie mangé
par le creusement de la tranchée. La longueur initiale du
tunnel était bien de 1267 mètres, j'ai estimé à
1120 mètres ce qui reste (Voir carte page 2).
La littérature mentionne comme ingénieur des travaux Jean-Baptiste Vifquain, et comme main d'oeuvre de nombreux paysans qui, durant cinq années, ont évacué les déblais majoritairement à la brouette. Le travail était réputé difficile car, comme au tunnel de Godarville, postérieur et géographiquement très proche, les sables sont gorgés d'eau, de sources, et naturellement ébouleux... Divers procédés sont mis en oeuvre au fil du temps afin de tenter de surmonter les difficultés, mais les échecs sont fréquents. Après ce dur labeur et à l'achèvement du tunnel, des festivités eurent lieu dans les villages avoisinants. Le tunnel avait pour but de dynamiser le commerce entre Charleroi et Bruxelles. Le premier chargement de charbon ayant transité par le tunnel fut distribué gratuitement aux pauvres de la ville. Selon Guy Gallez (voir sources), l'architecte-urbaniste Jean-Baptiste Vifquain (né à Tournai le 24 juin 1789 - décédé le 31 août 1854), un Hainuyer originaire de Tournai, était domicilié à Bruxelles et engagé au Waterstaat (ministère de l'eau) comme ingénieur pour le compte de l'Etat hollandais. Il travailla à l'embellissement de la ville à partir de 1815. Il réalisa des canaux et des chemins de fer puis construisit le premier pont métallique de Belgique. Vifquain fit aussi éclairer au gaz les grandes artères de Bruxelles. Au cours de nombreux travaux fructueux, il amassa une fortune considérable. Véritable bête de somme du travail, il avait présumé de ses forces. Il fut pensionné en 1846 à l'âge de 56 ans. Tout porte à croire qu'il s'était épuisé au point d'en avoir perdu la raison car il mourut interné.
Jean-Baptiste Vifquain conçut un bateau spécialement adapté au canal et au tunnel, de dimensions étroites. Tout d'abord construit en bois, le baquet de Charleroi a une forme parallélépipédique, avec un fond plat et le nez légèrement relevé. Il ressemble à un long sabot. Long de 19 mètres, large de 2,60 mètres, il s'emboîte idéalement dans les écluses de 19,80 mètres sur 2,75 mètres. A partir de 1874, les baquets sont construits en acier, le premier fut pour la société Carrières de Quenast. Ils jaugent alors 70 tonnes. Jusqu'en 1930, la traction des bateaux se fit par des haleurs ou des chevaux de halage. Pendant une courte période, elle se fit aussi par des tracteurs électriques. Le 22 septembre 1832, le premier baquet quitte Charleroi pour rejoindre Molenbeek-Saint-Jean trois jours plus tard. A ce jour, et on s'en doute, il ne reste aucune trace de baquets dans le tunnel de Bête-Refaite. Cédric explique que la traversée du tunnel de Bête-Refaite était extrêmement éprouvante : les chevaux ne pouvaient pas rentrer dans le tunnel, trop exigu, et de fait les baquets étaient halés à bras d'homme. Dans Godarville par contre les chevaux pouvaient rentrer et les niches qu'on trouve à l'intérieur leur permettaient de faire demi-tour si nécessaire en leur évitant de devoir traverser tout le tunnel.
Le tunnel de Bête-Refaite
est obturé par deux grilles, dans le but de protéger les
zones de nichages de chauves-souris. Deux espèces de chiroptères
y ont été répertoriées : le vespertilion à
moustaches et le vespertilion de Brandt. Le vespertilion de Brandt est
beaucoup moins fréquent. Les vespertilions se caractérisent
par une longue queue. Ces animaux peuvent aussi s'appeler des murins.
Ils ont une durée de vie d'une vingtaine d'années, ils pèsent
entre 4 et 8 grammes. Le canal de Godarville comporte aussi des chauves-souris.
Nous en sommes étonnés du fait de l'importance de l'humidité,
voire même l'universalité de l'eau dégoulinante, et
la présence de courants d'air, mais c'est donc un fait avéré
par la Région Wallonne. Sources
: Le Soir, Le canal de Charleroi
a 175 ans. Le tunnel de Bête-Refaite Vous pouvez écouter
le tunnel de Bête-Refaite ici :
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