Il
s'agit d'un reportage campanaire sur l'église Saint-Georges de Sélestat. Un
grand merci à la mairie de Sélestat, monsieur le Maire Marcel Bauer
et monsieur Grégory Frantz pour l'autorisation de visite. Grand merci aussi
à monsieur Ibrahim Dédé pour le suivi de la visite. Reportage
: Vincent Duseigne, Sandy De Wilde, François Marchand, Patrick Soyer.
Ces photographies sont disponibles pour publication
si vous en avez besoin. Pour toutes les modalités pratiques (autorisation,
vérification du contenu éditorial), vous pouvez contacter M. Frantz
au 03.88.58.85.14
Saint-Georges
est le patron des cavaliers et des chevaliers.
L’église
Saint-Georges est un vaste bâtiment religieux au centre de Sélestat.
Ce fut une collégiale, comme en attestent les stalles encore présentes.
On trouve quelquefois la mention basilique, dont wikipedia, il n’en est rien.
Une basilique est une église construite sur un plan similaire à
celui des basiliques romaines, donc obligatoirement cinq nefs, avec aussi la particularité
d’avoir un rectangle central terminé par une ou plusieurs absides. On trouve
souvent mention que c’est une cathédrale. Elle en a toute l’envergure mais
il lui manque malheureusement l’évêque. C’est donc une église
(toujours), une ancienne cathédrale, une ancienne collégiale. Dans
tous les cas, peu importe le nom, c’est un superbe édifice et mes photos
vont en témoigner.
Les
premières traces remontent au VIIIème siècle (chapelle),
mais l’église que nous connaissons aujourd’hui a été fondée
en 1452, elle a utilisé de toute apparence une structure plus ancienne,
qui datait de 1230. Elle est de style gothique. Contrairement à ce qu’évoque
wikipedia, elle n’est pas de style gothique flamboyant. Le flamboyant, dit aussi
tardif, se caractérise par une ornementation exubérante. Or, mis
à part aux portails, l’église Saint-Georges est plutôt modeste
dans son habit de pierre. Elle possède de manière fort classique
trois nefs, deux transepts, un chœur et une abside. Elle a deux triforiums aveugles
et deux triforiums classiques. La différence sera expliquée aux
photos dans la section combles.
L’église
possède deux clochers. Le premier, le plus haut (60 mètres), est
un vaste clocher gothique fort ajouré et sobre. Assez malheureusement,
il n’y a pas d’abat-son et pas de protection contre les pigeons. Le second clocher
est octogonal. Il est protégé contre les pigeons avec une maille
carrée (c’est parfait). Il possède des abat-son mais pas de cloches.
Ce clocher s’appelle une tour de croisée, la tour est au dessus du chœur.
La spécificité de ce clocher, c’est d’avoir une magnifique toiture
galbée. Elle a un style polychrome de Bourgogne. Certains n’apprécient
pas l’apparence de cette toiture aux couleurs vives. Mes photos témoigneront
(pourtant) d’une architecture soignée et esthétique.
A propos du campanaire :
Cloche
1 dite " le bourdon ". Elle est reconnaissable par ses anses. Les anses
possèdent des godrons alternés. Elle est en volée rétrograde.
Elle possède un petit mouton en bois. Elle est tintée, comme toutes
les autres cloches, par un marteau électromagnétique presque neuf.
Le volant de volée est neuf. La robe est ornementée d'un Saint-Georges
sur cheval. Elle possède des ébréchures à la pince.
Pas de fondeur, pas de date, pas de nom relevés. Elle présente un
texte de dédicace en latin, sur le cerveau, à relief fondu et rapporté.
Sur le côté opposé au marteau, elle possède le lion
oriflamme de Sélestat, en pièce rapportée et postérieure.
Au vue de la forme de son manteau, c'est probablement une Causard/Dury.
Cloche
2, de la fonderie Bollée, Orléans. Elle s'appelle Johanes. Elle
est reconnaissable par ses anses. Les anses possèdent des petites rivières
en relief qui forment des affluents pour se repiquer sur un seul fleuve. Elle
a des rinceaux de végétaux fins et détaillés sur la
pince. Elle a aussi deux lignes de rinceaux végétaux et fleuris
au cerveau. Elle a sur la robe et dans la masse un Saint-Jean l'Evangéliste.
Elle est en lancé franc. Son axe est noir en poutre IPN métallique
presque neuve. Le volant est neuf. Quatre tirants pour des anses non doublées.
Maillet de tintement entièrement neuf + une pièce de support en
bois en résineux, ajout très récent.
Cloche 3, de
la fonderie Bollée, Orléans. Reconnaissable par ses anses avec des
feuilles de palme. Un peu plus petite que la précédente, possède
une croix sur sa robe, fondue dans la masse en cire perdue. Trois rinceaux végétaux
identiques à la précédente. Par contre, elle n'est pas en
lancé franc mais en rétrograde. Elle possède un joli joug
en bois. Elle ne possède aucun axe, c'est le joug lui-même qui sert
d'axe, on imagine qu'il est traversé par une barre d'acier. Les tirants
reprennent les anses sous le joug, les anses sont légèrement enfouies
dans le joug. Au cerveau et à la pince, bénédiction en allemand
ou en alsacien.
Cloche 4. Eventuellement une du fondeur André Voegelé
au vu du type de décoration sur la faussure (n'a pas répondu à
ma demande de vérification), ou probablement une Slégers-Causard
de Colmar, vu la similitude de la marque. La détermination est à
vérifier.C'est une cloche très richement décorée.
Elle est particulière. Elle ne possède pas de ligne ou de bénédiction
sur le cerveau, seule une corde de galets autour des anses. Le cerveau est décoré
de grands rinceaux qui forment des motifs architecturaux. Tous les deux motifs,
la porte comporte un saint différent, fondu dans la masse avec technique
de moule argile. Les rinceaux architecturaux sont extrêmement détaillés
et forment des maillages complexes. Elle porte comme nom de parrain Hans Jakob
Muller. Les bénédictions sont en allemand ou en alsacien. Elle a
été bénie par le recteur Anton Naegelen. Sur la pince, les
rinceaux architecturaux sont répétés, mais inversés
vers le bas. Elle est en lancé franc, mais son axe est... bizarre. Il s'agit
d'une poutre IPN à redans, dont la forme ne correspond à pas grand
chose de logique. Anses sans décorations, fixées à l'axe
par quatre tirants, anses non doublées, pièce d'ajustement et d'absorption
des vibrations en bois. Si Voegele : La société Voegelé
a été fondée en 1908 à Koenigshoffen. Aujourd'hui,
il ne reste que cinq fondeurs de cloches en France et André Voegelé
est l'un d'entre eux. Il travaille de manière traditionnelle. Il fond de
nouvelles cloches et restaure certains systèmes. A la cathédrale
de Strasbourg, la cloche mi bémol 3 s'est fêlée au printemps
2006 et a été refondue par André Voegelé. Il a largement
participé au campanile du Mas Rillier à La Dombes, l'un des plus
précieux carillons d'Europe.
Cloche
5, Jean-Louis Edel, de Strasbourg. Jean-Louis est le fils de Matthias Edel, fondeur
de renom à Strasbourg. Jean-Louis a également fondu quelques cloches
de la cathédrale de Strasbourg, celles de l'église paroissiale Saint-Pierre
de Molsheim, l'église paroissiale de Lembach, l'église d'Ernolsheim-lès-Saverne,
le temple de Gerstheim, l'église paroissiale de Kaltenhouse, etc. Il signe
parfois Edel Johann Ludwig. Comme très classiquement chez lui, la pince
est décorée d'un maillon de chaîne. C'est une petite cloche,
qui semble désaffectée aujourd'hui, pas de volant, pas de marteau.
Cloche
6, Causard, fondeur de Colmar. Décorée d'un rinceau végétalisé
dit d'acanthe. Cette cloche semble aujourd'hui désaffectée, n'a
ni volant ni marteau. Il s'agit de la fonderie de cloches dite Causard/Dury. Cette
cloche est Firmin Causard. Il rachètera plus tard la fonderie Edel, précédemment
citée. D'après un écrit de Léon Wiot, la maison Causard
a fourni jusqu'en 1897 : 1236 sonneries dont 507 en Belgique, 52 au Grand Duché
de Luxembourg, 5 en Hollande, 355 en Alsace-Lorraine, 17 en Allemagne, 250 en
France, 32 en Suisse. (Source calixo.net/~knarf/). Adrien, le frère, prendra
la direction de la fonderie Causard de Tellin (Belgique).
Vous
pouvez voir la volée de midi ci-dessous.
La
nef
On
attribue généralement la sculpture du portail à Emile Sichler.
Il est en grès rose des Vosges, tympan en plein cintre, sculpté
en haut relief. La sculpture représente le repas chez Simon le pharisien.
Les vantaux et les pentures sont médiévaux. Le reste date de 1844.
Voici
une vue un peu renversante de la nef. Les clés de voûte des différents
vaisseaux de l'église datent du 13e et du 14e siècle. La peinture
des clés de voûte a été restaurée en 1859 par
François-Antoine Denecken : fond rouge et bleu avec ornements en feuillage
doré.
On
y voit l'orgue Rickenbach et l'horloge Schwilgué. L'orgue a été
construit en 1896 par Martin Rickenbach. Il remplace une longue série d'orgues,
depuis le 15ème siècle. En 1944, un obus qui démolit partiellement
le clocher et la rosace, entraîne de grands dommages à l'orgue.
Cette
petite horloge est l'oeuvre de Jean-Baptiste Schwilgué, horloger de grand
renom strasbourgeois et longuement actif dans le sélestadien. Elle possède
une très belle auréole de lauriers. Son aiguille indique la lune
et le soleil. Son cadran est dégradé à neuf heures et mérite
une petite réparation.
La
nef latérale gauche.
La
nef latérale droite.
Vue
de la nef depuis le choeur. Trois architectes ont participé à la
construction : Jean Obrecht, bourgmestre en 1401, Matthis, entre 1400 et 1410,
Erhart Kindelin, entre 1415 et 1422.
La
montée aux cloches
La
porte date sans doute de la fin du 15e siècle. Elle pourrait être
l' oeuvre de Conrad Sifer ou de son atelier, qui a réalisé le jubé
de cette église à partir de 1490.
L'escalier
qui monte à la salle des cloches.
Le
périple est long.
Les
escaliers se multiplient.
La
salle des cloches
On
arrive alors à la salle des cloches. Je sais qu'il y a beaucoup-beaucoup
trop de photos de cloches, mais ce n'est pas un endroit dans lequel je pourrai
revenir avec aisance, donc j'en ai profité. Le beffroi est en madriers
de bois très ancien. Au vu de l'aspect du bois, je suppose que c'est du
chêne, mais l'ancienneté me fait hésiter. Le beffroi porte
les traces de très nombreuses modifications, des découpes, des clous,
etc. Il y a six cloches. Quatre sont au même niveau et servent au titre
du tintement et de la grande volée. Deux 'clochettes' se situent un étage
plus haut, ce sont des cloches apparemment désaffectées. Elles étaient
actionnées non pas par des trous de cordées mais par des pompes.
Depuis un étage encore au dessus, on actionnait une pompe manuelle, qui
tirait sur un volant aujourd'hui disparu. Tout au sommet de la tour, il n'y a
pas de flèche. Il y a une petite coupole, donnant sur un chemin de ronde.
Vous
pouvez écouter le tintement ici. On entend d'abord la fin de volée
de Sainte-Foy, puis le tintement.- Vous pouvez écouter la volée ici. On entend d'abord
le tintement de midi, puis le grésillement de la chaîne dans le volant,
puis la magnifique volée.
Voici
un aspect général du beffroi.
La
cloche 1
Le
mouton est joliment découpé.
Le
battant n'est pas à boule mais matricé, en acier doux. Sa dureté
reste faible afin de limiter l'usure de la cloche, il est souvent fondu en une
seule pièce, sa forme et sa longueur sont adaptés au type de montage
de la cloche (lancé franc ou équilibré). Il est fixé
à la cloche par la bellière.