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Tchorski
La collégiale de Fosses-La-Ville (1/4)

Ce reportage concerne les cloches de la collégiale de Fosses-La-Ville. Plus précisément, ce documentaire s’axe sur l’étude de deux cloches en particulier. Ce sont deux cloches anciennes qui méritent largement qu’on s’attarde dessus. Un grand merci au syndicat d’initiatives de Fosses-La-Ville, qui a organisé cette visite avec beaucoup de sympathie. Merci aussi à Messieurs Jean Romain et Philippe Slégers pour l'article sur les cloches. La collégiale est vouée à Saint-Feuillen, qui est le patron de Fosses-La-Ville. Je n’ai pas trouvé d’autres informations sur son patronage, si ce n’est qu’il est protecteur des paroisses. Fosses a une dévotion spéciale envers Saint-Feuillen dans les cas de calamités telles que pluies ou sécheresses nuisibles aux moissons. Saint-Feuillen est affilié à Sainte-Gertrude de Nivelles.

La collégiale est un édifice ancien. Si la nef est relativement récente (construction entre 1723-1724), la tour romane date quant à elle de la fin du Xème siècle. Cette collégiale possède un chœur imposant, il y avait 30 chanoines. Les stalles sont encore présentes, ce qui donne un charme indéniable au vaisseau. Soixante sièges sont présents, ils datent de juin 1524 et proviennent d’un artiste inconnu.

La tour est accessible depuis la nef, elle est située là où habituellement on trouve le narthex. C’est une tour large, avec des murs épais. Elle possède une salle au niveau des combles de nef, une salle sous le beffroi, une salle de cloches. Au dessus de la salle des cloches, c’est le niveau de flèche. Ce niveau est accessible par un escalier en bois. Ce dernier niveau est exigu. Le clocher est à bulbe, en couverture d’ardoise. Les abat-son sont en bois recouverts d’ardoise. Les ouvertures sont correctement grillagées, ce qui évite les dégradations dues au guano de pigeon.

A propos du campanaire

La salle des cloches de la collégiale est un lieu riche du point de vue campanaire. Il y a un beffroi comportant 4 cloches et un carillon de 19 cloches. Nous avons effectué ce reportage afin d’essayer d’aider l’Association Campanaire de Wallonie à lire les dédicaces des deux cloches, l'une supposée XVème siècle, l'autre supposée XIIIème siècle.

Le carillon : il comporte 19 cloches. Ce sont des Michiels de Tournai. Il est relié à un clavier en bois, mais les bâtons sont relativement en mauvais état. Au vu de l’état de la tringlerie, il est probable que l’ensemble ne soit plus fonctionnel. L’entretien nécessaire pour remettre en route est cependant mineur. Il n’y a pas de titulaire du carillon, ce qui est normal vu qu’il possède un nombre de cloches inférieur à 30. Le carillon joue une ritournelle toutes les heures. Cette ritournelle est actionnée grâce à un carillon à tambour. Ce carillon est un Michiels Junior. Le carillon est tinté par électro-aimant.

Le beffroi comporte 4 cloches. Les madriers sont en chêne. Ils sont d’une époque assez reculée, mais ils sont en bon état. La seule partie dégradée concerne le dessus de la cloche IV, cloche qui ne part plus en volée. De ce fait, il n’y a aucun problème de stabilité. Dans ce beffroi, trois cloches partent en volée. Elles sont (au conditionnel) en si bémol, la bémol et sol bémol. La quatrième cloche est la plus petite, elle est en fa dièse. Elle est trop ancienne et trop fragile pour pouvoir partir en volée. Fait tout à fait exceptionnel dans le milieu campanaire : le volant est en bois. Il est assez difficile de le dater, mais il est certain que ce genre de technique ne s’observe plus depuis très longtemps. Ce volant est incomplet, c’est un 2/3 de volant. Deux hypothèses, soit c’est parce qu’on a besoin que de ça, soit c’est parce qu’il est dégradé. Cette pratique semble en tout cas courante dans le milieu rural du Massif-Central en France. Les volants datent alors du début XVIème siècle. Vu le type d’arrêt du volant, il est probable que ce soit volontaire. Dans ce genre d’installation, la transmission ne peut-être par chaîne, c’est trop dégradant. C’est donc probablement une transmission uniquement manuelle par câble plat en corde de chanvre. Le canal en bois est exceptionnel, c’est beau comme objet !

Cloche I : Non étudiée, dédicace récente. Elle est en rétro-mitigé, axe en IPN récents.
La bélière est cassée, ce qui fait que le battant se promène dans la cloche. Lors de la volée, le battant colle à la pince, ce qui produit un son de cliquettement, de frottement, et ça atténue la durée de vie du son. Elément qui sera signalé pour réparation…

Cloche II : Daterait du XVème siècle. Nombreuses ébréchures. Dédicaces étudiées ci-dessous. La dédicace fait le tour de la cloche, située au cerveau. A l’intérieur de la cloche, marque à la craie, ancienne et effacée, Léon Gossen, éventuellement Goossen. Probablement un accordeur. La cloche est nommée Maria. Elle est en rétrograde avec mouton en bois cintré. Le mouton est constitué de deux morceaux de madriers coupés à la bonne longueur.

Cloche III : Non étudiée, dédicace récente. Elle est en rétro-mitigé, axe en IPN récents.

Les cloches I, II et III entrent en volée. Autrement, elles sont tintées toutes les demies-heures. Marteaux électro-magnétiques.

Cloche IV : Daterait du XVème siècle. Nombreuses ébréchures. Petite cloche à la pince mince. Sa surface est fort corrodée. Dédicaces éparses, étudiées ci-dessous. La cloche est nommée Maria aussi. Deux blasons. Un représentant de manière indiscutable une figure mariale. Une seconde figure qui de manière plus discutable représenterait Saint-Michel.

Elle est plus ou moins en lancé-franc, surmontée d’une plaque d’acier qu’on pourrait considérer comme un mouton, mais cette plaque est d’un poids faible. Nous supposons que cette plaque a pour unique but de protéger la cloche des saletés. La cloche I possède aussi ce type de plaque. La cloche IV possède un double petit mouton en bois qui pourrait la faire considérer comme du lancé rétrograde, mais vu l’énergie nécessaire pour mettre en volée, vu le très faible poids des jougs, je ne considère pas que ce soit à ce point rétrograde… bien que ça en ait l’aspect !
Nous n'avons pas osé la mettre en volée vu son ancienneté.

Les travaux de décryptage des dédicaces n’ont pas été simples. Nous avons dû affronter trois difficultés :
- La hauteur des dédicaces, il faut grimper sur le beffroi. (Préparez-vous à manger du pigeon lyophilisé XVIème siècle !)
- Les dédicaces placées derrière les rotules. (Préparez-vous à des contorsions dignes des jeux olympiques !)
- Le fait compréhensible que les lettrines sont rongées par le temps. Pour bien lire, la seule solution reste de placer une lumière rasante.
Les tables de décryptage sont page 3. La lecture par des spécialistes universitaires a été réalisée à deux reprises, ça n'a pas été facile.

Pour la cloche IV.

Elle n’est pas datée.
Le (IN) est un interrupteur. C’est en gros la lettrine qui ressemble à un feu rouge.
(IN) I (IN) AN (croix) IHS (IN) MARIA (IN) MARE (IN) GRATIA
En dessous : blason SAINT-MICHEL, blason SAINTE-MARIE.

Analyse :
Blason = Saint-Michel terrassant le dragon. Une figure de la mort aurait été représentée par un squelette sans cheveux. L’arc flou sous le personnage est le dragon, l’arc est semblable au logo de la ville de Bruxelles.
Blason = Sainte-Marie. Forme indiscutable, elle porte Jésus dans ses bras.
IHS = Le monogramme IHS (parfois JHS) est une abréviation et une translittération imparfaite du nom de Jésusen grec.
MARE signifie la mer. La mère en latin se dit Mater, donc pas de confusion possible. Pourquoi parler de la mer ? Bonne question. La lecture de MARE est indiscutable car les lettres sont propres.
Le GRAC est en fait un GRATIA, le relevé mentionnait une lettre manquante. Donc, la grâce tout simplement.

Pour la cloche II.

Le texte commence au dernier mot mentionné sur mon papier. Comme c’est circulaire, il faut trouver le début. Le début est la croix carrée.
Le (LO) est un losange.

(croix carrée) ANNO (LO) MILLENO (LO) I (LO) QUATTUOR (LO) SEX (LO) X (LO)
PUNIEI (LO) I (LO) 1???
En dessous : blason SAINTE-MARIE.
A côté du blason : (LO) MARIA (LO).
(LO) FUORO (LO) 2? (LO) 3? (LO)
INRIUE (LO) ADNO.
En dessous : blason passé à la craie, illisible.

La datation : Anno Milleno Quattuor Sex X. Celle-ci est on ne peut plus étrange, coutume locale ?
On peut supposer que c’est 1460, comme datation mentionnée dans certaines archives.
C’est une calligraphie gothique textura quadrata, donc cela peut être cohérent au niveau datation. C'était largement utilisé à cette époque.

Le blason SAINTE-MARIE : assez discutable car fort effacé. Elle est dans une stalle ou un bâtiment, présence de deux colonnes et d’un toit. A côté du blason, un MARIA indiscutable.
Le blason inconnu : Aucune idée.

PUNIEI : Il s’agit du châtiment, la punition.

Les mots en (?)

-1- Mot très long. Eventuellement en deux parties. Le Z barré est fort étrange. Ce genre de Z est d'origine de peuplades turques, que ferait-il sur un texte latin à cette époque ? Une exception peut être du fondeur ou autre qui l'a écrit, une signature ? Il est possible que cette lettre soit un J. Nous n’en possédons pas d’exemple dans cette cloche. Ce n’est pas un X.

Nous y verrions bien ? VEREIR ?, en tout cas un mot avec la racine VEREOR, la crainte.

-2- ? HANC. A ceux, avec ceux, ceux de mon âge. Eventuellement 'le feu sur ceux qui'.

-3- ? Proche de IDOLON, l'idole, sans que ça puisse convenir.

INRIUE n’existe pas. Pourtant le mot est d’une lecture claire. Eventuellement INRI + non identifié.

ADNO = nager avec, nager vers. Semble très improbable dans une dédicace.

Conclusion : Cloche nommée Marie, probablement datée de 1460. Le texte semble apocalyptique, mentionnerait le feu et la punition.


Simulation des lettres relevées, uniquement recopiées, dans un gothique textura quadrata tout à fait classique. On voit bien que dans la textura, ni le Z ni le Y ne conviennent par rapport au relevé graphique montré page 3, dans la section des dédicaces. Les formes en textura sont traditionnellement différentes.

Vous pouvez écouter ces cloches ci-dessous. (1) La petite cloche IV, que je mets en volée manuellement. (2) La ritournelle. (3) La grande volée pour un mariage.




Voici une vue d'ensemble de la collégiale.


La tour romane.


La flèche.


Saint-Feuillen.


La nef.


Nous allons à présent grimper à la salle des cloches.

Le beffroi


Voici une vue d'ensemble de la salle.


Le beffroi.


Le beffroi possède une gravure 'Adolphe Colin' 1971.


L'alimentation électrique du tambour à ritournelle passe sur le beffroi.


La cloche I.


La cloche II.


La cloche III.


La cloche IV.


Cloche I, autre face.


Cloche II, autre face.


Cloche III, autre face.

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