Tchorski
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Le tunnel de l'Olive


Les lieux dans le passé.

Ce lieu possède des sables mouvants. Si vous reconnaissez l'endroit et/ou si vous envisagez une visite, lisez attentivement le texte ci-dessous. Avis aux autorités : il est inutile de songer à fermer ceci, ça n'intéresse personne. Il en va de même que de vouloir traverser la Meuse à pied et sans tuba, on ne ferme pas les berges du fleuve pour autant.

Réalisation technique : Cédric De Keyser, Vincent Duseigne.
Corrections et documentation historique : Gilles Durvaux, Claude Guiot. Photo ancienne : Raoul Malaise.
Mots clés : tunnel de l'Olive, charbonnage, trou à chats, tunnel ferroviaire, ensablement, sables mouvants, boue, boues, danger, enlisement.


Les abords du tunnel : une campagne bucolique. La suite dans le tunnel le sera moins...

Vous pouvez écouter une partie de l'ambiance de l'exploration de ce tunnel ci-dessous. 9,35 mn.

Il s'agit d'un tunnel ferroviaire. Au delà d'un simple tunnel, il s'agit surtout du premier tunnel ferroviaire percé en Belgique, c'est le plus ancien tunnel ferroviaire encore existant en Belgique (et peut-être en Europe). Dans le patois local, ce tunnel est appelé le trou à chats (Trô à Cats). Etait-ce parce qu'à l'époque, on allait y noyer les chatons ? Il s'ouvre dans la forêt. L'ouverture sud-ouest est connue. Quant à l'ouverture nord-est, il semblerait qu'elle soit totalement rayée de la carte. Le tunnel fait 895 mètres de longueur d'après un plan ancien. Lorsqu'on se rend sur place en projection du parcours souterrain, il n'y a plus rien. Un chasseur assez habitué des lieux a dit à Cédric ne connaître aucun débouché.

Ce tunnel a servi à transporter les marchandises et matériaux d'un ancien charbonnage. Pour acheminer le charbon des nombreux puits de la forêt vers le canal, on creusa une dérivation que l'on appela le Rivage et on construisit une ligne de chemin de fer vers cet embranchement, ce qui nécessita le creusement de ce tunnel. L'inauguration du chemin de fer et donc de ce tunnel eut lieu le 5 août 1839. Les voies étaient du type Vifquain à 1,20 mètre de large soit 1,145 mètre entre les rebords. Il fait 3,25 mètres de haut et 2,50 mètre de large. Les wagons pesaient à vide 800 kg et 3200 kg chargés, les roues avaient un diamètre de 0,80 mètre. Jusqu'en 1851, il s'agissait d'une traction chevaline facilitée par un pavage entre les rails. En 1851, les chevaux sont remplacés par une locomotive à vapeur. Ce raccordement sera supprimé à la fin de 1873 car le charbon est alors évacué par une autre voie et par le traînage mécanique. Le 20 octobre 1876, le conseil d'administration des charbonnages décide de combler la tranchée et la sortie du tunnel côté nord-est et de murer partiellement l'entrée sud-ouest afin de transformer le tunnel en une réserve d'eau pompée à partir d'une fosse de charbonnage.

Ce tunnel est muraillé en briques. Les murailles sont assez fortement concrétionnées, mais on ne retrouve aucune structure semblable à Godarville. C'est à dire, ce sont de simples coulées blanches ou orangées sur les parois. Seule une gueule de cheminée a de bizarres concrétions.

A l'entrée, on trouve une muraille en brique incurvée, de deux mètres de hauteur. C'est le témoin que le lieu a servi de réservoir d'eau. Derrière, le niveau d'eau est de plus ou moins un mètre. Des traces au mur attestent que le niveau d'eau a déjà atteint les deux mètres. L'eau est froide, elle a une température comprise entre 8 et 10°C, ça n'a rien de spécialement agréable mais la visite est aisée. Au bout de 100 mètres, on tombe sur un second murage. Ce mur a fait une rétention des sables. Au fil des ans, l'eau qui percole dans le sol entraîne un peu de fines, des limons ou des argiles. Ces fines se sont accumulées jusqu'à former une couche d'épaisseur variable de boue. Là où nous avons pu aller, l'épaisseur de boue est d'un mètre vingt.

Les dépôts de boues de ce genre s'appellent "ensablement". C'est quelque chose qui arrive souvent dans les égouts où il n'y a pas assez de débit d'eau. Les sables se déposent, s'agglomèrent puis forment une couche compacte. Couche plus couche, on arrive à un véritable lit de béton qui obture l'égout. On débouche cela par hydrocurage, c'est à dire un balayage à l'eau pulsée sous haute pression. Ici le problème, c'est qu'on se trouve dans une situation intermédiaire. Il y a beaucoup de sable mais aussi beaucoup d'eau, le tout sous un courant nul ou presque. De ce fait, on a ce qu'on appelle des sables mouvants.

Dans cette épaisseur de sable, même le pied photo s'enfonçait lentement. Pourtant, il ne faisait que 350 grammes. Quant à nous, nous nous sommes inexorablement enfoncés dans la panade. Ce n'est pas tant un problème, puisque nous avions la certitude que le sol dur se trouvait à 1,20 mètre de profondeur. Le problème n'est pas tant de s'enfoncer mais de pouvoir en sortir. En effet, le sable aggloméré de la sorte a une densité approximative de 2,5, ce qui est élevé. De plus, les sables sont collants, ce qui multiplie la difficulté. Dans ce cas, tout mouvement devient extrêmement pénible et surtout consommateur d'énergie. Se retrouver dans une galerie ensablée de la sorte demande une mesure de ses forces, il ne faut pas se surestimer. En effet, si on se retrouve incapable d'avancer parce qu'on a plus de force, personne ne peut venir vous tirer, bien évidemment parce que les sauveteurs s'enliseront aussi. De plus, on ne peut pas compter sur ses bras, puisque patauger ne sert à rien.

Quelles sont les solutions ? Exploration avec des wadders : difficile. Exploration avec un bateau : impossible, on ne navigue pas sur du sable. Exploration avec des raquettes de neige : impossible, les raquettes vont peser 45 kilos. Exploration en plongée : impossible, on ne nage pas dans du sable. Il y a deux solutions envisageables:
-Explorer nu. En effet, ce qui est difficile c'est de tirer les bottes de la boue. Marcher sans bottes permettrait de minimiser les surfaces de contact. Cependant, je ne vous raconte pas la température et l'aspect plus que romantique du spectacle ! Une demi-mesure serait d'explorer en combinaison de plongée.
-Explorer à genous. C'est ce qui a été fait, afin de maximiser la surface de contact, et donc minimiser le poids au centimètre carré. Cependant, j'ai les genoux qui ont basculé vers l'avant, en enlisement subit, ce qui m'a valu un bon étalement complet dans la panade !

Quelles sont les conclusions ? Ce lieu est à présent à peu près condamné.

Nous avons très difficilement réussi à parcourir 200 mètres. Cédric a abandonné la progression juste après le mur (soit après 100 mètres). Rester en retrait avec une possibilité de retour a paru à Cédric être une décision sereine dans le cas improbable mais pas impossible où plus loin, je restais coincé dans les boues. Lente aurait été l'agonie si à 200 mètres de l'entrée, on se retrouvait coincés à deux dans la mélasse. Après 200 mètres, le problème est double : les pieds ne trouvent plus d'assise dure. De ce fait, ça veut dire qu'il faut avancer vite pour ne pas avoir le temps de s'enfoncer. Tout échec est une roulette russe : y aura t'il un fond ou pas ? Dans le doute, il a été choisi de stopper la visite avant que cette situation ne dégénère, la boue jugée trop dangereuse. Avec le pied photo, je n'ai trouvé aucune assise à 1m50, j'ai donc décidé de stopper là. L'autre problème, c'est la mesure des forces. Jusqu'où peut-on aller tout en gardant assez pour le retour ? C'est dur à évaluer.

Par amusement, nous avons vérifié, le gsm ne passe pas dans les endroits problématiques, c'est donc se retrouver seul au monde.

La galerie est parfaitement rectiligne, c'est confirmé. Le tunnel va en se rétrécissant légèrement. Comme il n'y a aucun courant d'air, il est à supposer que le tunnel débouche sur un effondrement ou un comblement. On ne trouve aucun vestige de rail ou de matériel ferroviaire. Tout est sous l'épaisse couche de boue.
Selon les paroles de Claude Guiot : J'ai tenté il y a une dizaine d'années d'explorer ce conduit avec un petit canot pneumatique mais je ne suis pas allé très loin, car le niveau d'eau était plus élevé et au fur et à mesure que je progressais, je me rapprochais du plafond. J'en avais donc conclu que le tunnel était en pente et s'enfonçait sous terre.

Quel est l'avenir pour ce tunnel ? C'est très prévisible. Ca va fonctionner comme les égouts. Le tunnel va s'ensabler jusqu'à la hauteur du mur d'entrée. La couche alors stabilisée va se solidifier. Le tunnel redeviendra visitable parce que la boue sera compactée, mais visitable sur une hauteur bien moindre. L'épaisseur de deux mètres plus une croûte superficielle de 40cm consolidée laissera au bout de 200m un passage sous voûte d'1m50 parfois, 50cm d'autres fois. Alors, à partir du fond, l'ensablement va devenir complet. Les boues vont former des coulées triangulaires, jusqu'à ce qu'elles touchent la voûte. En principe, au vu des hauteurs concernées, quand même fort conséquentes, l'ensablement complet devrait prendre une quinzaine d'années. C'est donc un lieu en train de s'étouffer, le tunnel est en train de mourir sur lui-même.


Cédric dans les 100 premiers mètres du tunnel. Même s'il y a de l'eau, la visite ne se fait qu'avec
peu de difficultés. Les boues ne sont pas encore présentes pour freiner la progression.


Photo faite par Cédric. On voit très bien que le niveau d'eau a été très largement plus haut (les traces noires). Imaginez ceci plus une croûte de 40cm, c'est ce qu'il restera dans quelques années pour visiter les lieux.


Voici les boues. Ca a l'air parfaitement anodin. C'est justement là le problème : le danger vient de ce qu'on ne soupçonne pas. Au moins ici, vous êtes clairement mis en garde, 'c'est un lieu qui ne va pas'.


J'ai marché dans la rivière de droite. Tout passage au milieu aurait été suicidaire puisqu'il y a deux
mètres de fond. En effet, le fond n'est pas plat mais incurvé.


Vue vers le fond. Après, c'est l'inconnu...


Une cheminée joliment concrétionnée, près du murage problématique.


Photo à la lumière naturelle en très longue pause.


Nous ne sommes pas passés incognito !


Quant à la lessive des vêtements, ça n'a pas été triste...

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