Tchorski
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Les marnières de la vallée de l'Eure (1/5)

Type de souterrain : elles sont traditionnellement appelées marnières dans la documentation historique locale. En contrepartie, au vu de leur structure fort différente de celles du département de l'Eure (où sont recensées à ce jour 28.000 marnières), ce sont plutôt des crayères. Ce point sera détaillé en aval de l'étude.
Communes : Eure-et-Loir, Jouy et Saint-Prest. Accessoirement, la commune de Maintenon est concernée, puisqu'elle comporte 4 marnières. Une étude complète a été réalisée sur la marnière Perret en 1998.
Accès : Un grand nombre de sites sont en propriété privée, dans des fermes. Ne pas accéder ces lieux en passant des clôtures, il y a parfois des chiens.
Nombre de sites étudiés : 21 marnières (Jouy, Saint-Prest), 4 marnières à Maintenon, une marnière à Soulaires. Je signale avoir repéré l'existence probable d'une marnière au 57 rue du Chard à Changé, et probablement une autre dans l'habitation suivante, en allant vers Maintenon.

Je remercie tout spécialement la mairie de Jouy pour son soutien dans les recherches historiques et Monsieur René Rousseau pour sa présence et ses explications historiques. Je remercie Monsieur Bochet du passage de Saussay pour les autorisations.

Vous pouvez écouter Monsieur René Rousseau parler des marnières ici :

Les marnières sont les vestiges de creusements familiaux. Ici dans l'Eure & Loir, nous sommes loin des grands procédés industriels, le but est de tirer une craie friable afin d'amender les champs. C'est pourquoi de manière quasi-systématique, les lieux sont de dimension restreinte. La famille d'agriculteur creuse durant les périodes hivernales, où l'on a peu d'activité dans les champs. Ce sont souvent des exploitations à flanc de coteau, assez souvent à proximité immédiate des champs.

Quelquefois, ces marnières ont été accessoirement utilisées pour tirer de la pierre à bâtir. D'importants bancs de silex strient les parois. Ces silex - parfois énormes - ont été collectés pour bâtir des murs. C'est un système assez similaire aux murs de meulières de la région parisienne, sauf qu'ici ce sont des silex. Ces silex sont la plupart du temps bruns et légèrement translucides, ils sont gris clair dans quelques marnières.

On a tiré de ces marnières de la craie du Sénonien. Si nous devions jouer les puristes, ces souterrains s'appelleraient donc des crayères. Cela n'a que peu d'importance. Le mot marne signifiait craie en patois normand, ce qui explique la confusion. L'apparence est celle d'un matériau très blanc, granuleux, fragile, les parois sont systématiquement veinées de rognons de silex. A quelques endroits, (Les Bordes, les Clous Gaillards), on trouve des poches argileuses. Elles ont tendance à s'effondrer du fait du peu de cohésion du matériau, et donc à former des cloches de fontis. Cela n'est pas gênant car ça affecte des terrains forestiers essentiellement privés.

Au niveau historique, les études du BRGM (Inventaire Départemental des Carrières Souterraines, RP-54058) évoquent un début de creusement à la période romaine. Si cela est entièrement possible, il est évident qu'aucune trace n'est retrouvée dans cette étude. Il est fort probable que le creusement des galeries présentées ait été effectué entre 1850 environ et la seconde guerre mondiale. Les vestiges de matériels agricoles datent de toute apparence d'une période allant de 1920 à 1940. Les carrières sont aujourd'hui abandonnées, à part quelques-unes qui servent de stockage à du matériel agricole ou du matériel civil (pots de fleurs, bouteilles, cageots).

Dans les anecdotes, à Saint-Prest, madame d'Entragues, châtelaine, était si effrayée par les subsides et les provisions demandées par les habitants, qu'elle se fit descendre dans une marnière aux bords escarpés, afin de disparaître à la vue des habitants. Ce trou existait parait-il au début du siècle sous le nom trou à la capuche, surnom donné à madame D'entragues, souvent coiffée d'une mante.

Saint-Prest, la marnière Bellanger
Il s'agit d'un petit ouvrage de 20 à 25 mètres de longueur, dans le jardin d'une maison abandonnée, en face du moulin Bellanger. On trouve deux diverticules bouchés avec des amoncellements de silex. Outre que la galerie est encombrée de déchets, les lieux n'offrent aucun attrait historique.


Le petit portail en bois, typique des exploitations rurales.


Les lieux sont "strictement" sans intérêt.


Un bourrage de petite galerie annexe.

Saint-Prest, la marnière Les Falaises
Non localisée. Probablement dans un jardin derrière les maisons. Les lieux sont propices à l'existence d'une marnière, il y a un coteau crayeux derrière les maisons.


Voici comment certains murs peuvent être façonnés de silex.

Saint-Prest, la marnière Les Bordes 1
Le chemin d'accès n'est pas clairement balisé public ou privé. De ce fait, marnière non localisée, probablement à l'arrière des jardins de la rue de la République.

Saint-Prest, la marnière Les Bordes 2
Située rue de Berchères. Il s'agit d'un ensemble assez vaste. Une partie est sévèrement fermée, avec un grillage, une clôture, des barbelés. L'accès n'est donc pas possible. Une seconde partie correspond en fait à la même carrière, mais seulement l'avant. L'avant est accessible, l'arrière correspond à la partie obturée. On trouve à l'intérieur de nombreux murages anciens (réalisés avec du ciment et du silex) pour empêcher l'accès à la partie murée. Il faut croire que du matériel agricole ou des produits agricoles sont stockés.
Dans la partie accessible, les galeries sont assez hautes et en bon état général. On trouve à l'entrée un véhicule antiquité, qui possède un panneau peint de Saint-Prest. Une petite chatière donne accès à une chambre de quelques mètres carrés, dans laquelle on trouve une bombonne (grosse bouteille en verre). Plus loin, à deux pas d'un front de taille, une poche d'argile est effondrée, laissant place à un très important volumes de silex, c'est de toute beauté.


Un véhicule des années 30, dont l'arrière semble avoir été adapté avec des barres et des soudures.


Elle porte une ancienne peinture de la ville de Saint-Prest. D'après Airy-Hugues Millet : ce marquage de peinture bleue, avec le nom de la commune et du département, il s'agit d'un marquage en vigueur sur tous les utilitaires en France, durant les périodes de rationnement. Il est devenu difficile de dire si cela était en vigueur sous le régime de Vichy ou juste après-guerre, mais ça permettait l'identification des véhicules autorisés à circuler et à percevoir du carburant : médecins, vétérinaires, transports en commun, denrées, etc...


Par rapport aux autres, cette marnière a de petits réseaux tortueux.


Le grand déversement des silex.


Ici, c'est pour montrer qu'ils exploitaient par gradins.


La grande galerie de l'entrée.


La chatière de la mort. Maintenant que je connais son histoire, elle prend une tout autre saveur !

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