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Tchorski
L'église Saint-Boniface d'Ixelles (1/3)

Il s'agit de l'église Saint-Boniface d'Ixelles (Bruxelles 1050), située rue de la Paix.
Je remercie Monsieur Norbert Maréchal pour sa gentillesse suite à ma demande d'autorisation en 2005 et Monsieur Philippe Roelandt, organiste de Saint-Boniface. Ces photos ont été réalisées pour la mise en valeur de ce patrimoine exceptionnel.

L'église Saint-Boniface est la première église de style néogothique de la capitale. Pour rappel, le néogothique est un style architectural du milieu du XVIIIème siècle, sur lequel on revient à des formes ouvragées médiévales. En quelque sorte, c'est une volonté de retour en arrière. Le meilleur exemple du genre est la cathédrale d'Amiens.
L'architecte est Joseph-Jonas Dumont, lequel a conçu la prison de Saint-Gilles, la prison Saint-Léonard de Liège (aujourd'hui détruite) et Sint-Martinus en Sint-Niklaas à Ypres. De style flamboyant, la construction dura 10 ans : 1847 - 1857. L'église a été agrandie en 1877 sur les plans de Louis de Curte, architecte qui a participé à la conception de Saint-Gudule, la rénovation de l'église du Sablon et du monument Léopold Premier à Laeken. L'abside est alors démolie, les chapelles latérales aussi, remplacées par un vaste transept.

C'est une église à trois vaisseaux, cela signifie qu'il y a trois toitures, donc trois tois en batière, donc six pans. Cela donne à l'église un aspect fort large, surtout vu depuis le sommet de la flèche. Au portail, on voit bien les trois toitures. Depuis la rue de nos jours, il est assez difficile de se rendre compte que c'est une église aussi vaste. L'église est engoncée dans les habitations et dans une circulation anarchique démoniaque. Cet aspect de largeur est voulu pour aérer l'espace, c'est une tendance de l'architecture néoclassique.
Plus précisément, il s'agit de ce qu'on appelle une église-halle, bien que ce terme soit peu répandu. Ce qui est habituellement appelé 'bas-côté' et plus bas que la nef, or ici les trois travées sont à la même hauteur, c'est la caractéristique d'une église-halle, comme l'église Saint-Pierre de Bastogne.

Cette église a été construite en pierre de Gobertange, ce qui est important à nos yeux car cela répond à d'autres recherches nous concernant : les carrières souterraines de Gobertange, dont nous ne localisons aucune trace hormis dans les archives.
En 1887, l'église est consacrée par le Cardinal Goossens (Mechelen).
Saint-Boniface est le patron des tailleurs et des brasseurs.

Aujourd'hui, l'église est classée monument historique (Arrêté du Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale du 18 mars 1998, classant comme monument la totalité de l’église Saint-Boniface, en ce compris le mobilier fixe par destination, sise 21A-23 rue de la Paix à Ixelles). Au tout départ, la flèche était bardée d'ardoises, dont certaines parties étaient en mauvais état. On en retrouve encore quelques traces d'ardoises (de petits stocks abîmés), dans les niveaux bas de la flèche. La flèche fut ensuite bardée de cuivre. La nouvelle couverture datant de 1936 s'est rapidement révélée défectueuse, elle fut alors remplacée partiellement par des bardeaux d'éternit. Elle a été entièrement rénovée en janvier 2009, les éternit ont été remplacés par un bardage cuivré et zingué. En 2001, les arêtiers manquants ont été remplacés avec des pièces cuivrées neuves.
L'originalité de cette flèche est de posséder une charpente métallique en poutrelles IPN, fort équipée. Ca signifie qu'on peut grimper tout en haut de la flèche, jusqu'à ce que ça ne soit humainement plus possible ! Habituellement, on se trouve limité au plancher de flèche.
C'est en 1998-2000 que ça commence à chauffer, des meneaux du clocher s'effondrent. Il y a péril. Le portail est donc recouvert d'hideux filets, en attendant les budgets pour la rénovation.

En novembre-mars 2006, l'église a été occupée par des sans-papiers, qui ont mené une longue grêve de la faim (conflit documenté ici). Monsieur le Curé Norbert Maréchal a courageusement accueilli ces hommes. Ces réfugiés, pour bon nombre Iraniens, ont été régularisés en avril-mai 2006.

Aujourd'hui 2009, date de ce documentaire, les travaux de restauration du portail sont entamés, la pierre de Gobertange et sablée et parfois remoulée par le groupe Monument. Les barlotières sont partiellement remplacés. Les pinacles à crochets et les fleurons, littéralement explosés, sont rénovés avec minutie, parfois refixés sur leurs embases.

Avant d'entrer


La statue au dessus du porche.


Et la grande horloge, en cours de restauration.

Le clocher

Le clocher est extrêmement exigu. Le plancher est en bois et comporte une trappe ronde. Il n'y a pas d'abat-son, ils ont été fort probablement démontés et stockés en attente de réparation. Les remplages sont quasiment inexistants. Il est fort probable que cette dentelle a subi les attaques de la pollution athmosphérique et il n'en reste rien. Pluie acide sur du calcaire tendre = mauvais ménage. Il reste des morceaux de lancettes et de meneaux, mais on voit bien que c'est malheureusement la misère...

Les cloches ont été refondues en 1947. Le beffroi est en poutres de bois. Par contre, les axes sont en métal. Vu le décentrement de l'axe de gravité, c'est un système rétro-mitigé. Les battants sont en relativement bon état tandis que les marteaux sont si dégradés qu'ils ne fonctionnent plus, ils n'ont plus de boule. Les volants sont presque encastrés dans la cloche. Ceci est dû au style flamboyant : flèche élancée, la salle des cloches est petite. Il y a trois cloches, deux grandes et une nettement plus petite, située au dessus des deux autres. Les trois sont des Michiels Junior de 1947. Pour monter dans la flèche, on ne peut faire autrement que de s'adosser à la cloche. Il faut bien surveiller l'heure pour ne pas avoir la volée de la messe !


C'est une Michiels JR de Tournai.

La flèche


Petite fenêtre esthétique.


La charpente en poutrelles IPN.


Le bout du bout de la flèche. Après, c'est trop étroit.

Le comble de nef


Les dômes sont le dessus des coupoles. Ces voutes sont très fragiles et il est étonnant dans ce comble
de nef de trouver du matériel librement déposé dessus.


Ce sont des voutes à liernes et tiercerons. A la différence d'autres combles de nef, souvent simples, ça donne ici une forme complexe, géométrique et étrange : des champignons.


Le comble du transept. Le transformateur situé au bout correspond au dôme de l'abside.

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