Tchorski
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L'entretien avec Jules Bernard


© GEOFFREY FERRONI

Jules Bernard - Anderlues, 6 mars 2009

Ci-dessous, vous trouverez un entretien avec Jules Bernard, ancien directeur général de la cokerie entre 1978 et fin 1994. Ce texte représente les paroles qui ont été échangées, à la précision près que certaines phrases ont été retranscrites dans un langage écrit plutôt qu'oral.

Certains passages ont été volontairement coupés.
Vous constaterez immédiatement les modifications que j'ai effectuées à son discours : coupes, ajouts. Chaque modification a été soulignée et lui a été transmise.

JB : La cokerie a un fonctionnement qui est lié au charbonnage. J'ai commencé à la mine en septembre 1953. Au début, j'ai été embauché comme simple ingénieur. En 1957, alors que j'étais adjoint à un ingénieur divisionnaire, j'ai bénéficié de promotion. Il y avait les directeurs des travaux, à savoir un directeur des travaux du fond et un directeur des travaux de surface. Il y avait en plus deux ingénieurs divisionnaires pour le fond et leurs adjoints. J'ai été nommé divisionnaire en 1957. Entre temps et le même jour, il y a eu les affaires de Marcinelle (Ndt : grave accident du fond, 8 août 1956), triste affaire sur laquelle je n'émettrai pas d'avis, parce que ce n'est pas mon rôle. Alors voilà, j'étais nommé divisionnaire dans une division de 500 personnes en 1956, parce que le personnage dans le rôle de divisionnaire présent à ce moment là fut nommé chef de service sécurité-hygiène, c'est au temps où on crééait ce type de service. Et puis ça a continué. Il y avait deux divisions. La division 1 avait 550 personnes, la division 2 en avait 500. La division 1 exploitait des couches un peu plus profondes que la division 2. Que s'est il passé ? Hubin en 1965, qui avait 50 et des ans, je crois bien qu'il était né en 12, est décédé. Je l'ai alors remplacé comme directeur du fond, le 1er janvier 1966 exactement. Par la suite, le directeur de la surface a été malade en 1967, mais on savait désormais que la mine fermerait en 1969. A ce moment là, j'ai repris la direction et du fond et de la surface, surface dans laquelle il y avait la cokerie, tout ça parce que les évènements ont voulu que... J'ai quand même eu un peu de chance dans ma carrière, il y a des évènements qui font qu'on profite de certaines situations... Donc on a fermé la mine en 1969, fin 69 exactement, avec tout ce que ça a pu comporter comme problèmes, mais il restait la cokerie… une cokerie qui normalement était alimentée en charbon de par la mine, parce que le charbon à Anderlues, tout comme celui de Fontaine l'Evêque d'ailleurs (que nous n'utilisions pas, mais peu importe) contenait 24% de manières volatiles et convenait parfaitement pour faire du bon coke, et tout spécialement du coke de fonderie. Donc là, c'est la base...

Donc en 1969, on a fermé la mine. Que reste-t'il ? Un directeur-gérant : Van Brée, ancien ingénieur chef jusqu'en 1966 au départ à la pension de Brison Pierre, (l'ancien directeur-gérant). C'est avec Van Brée que j'ai travaillé de 1966 à 1974. Et puis comme j'étais aussi directeur des travaux de surface, je suis resté à la cokerie, avec Van Bree comme directeur général. La cokerie et la mine finalement, c'est assez chou-vert et vert-chou. Il y avait le directeur, il y avait son adjoint pour certains travaux, l'un ou l'autre ingénieur technicien qui donnait un coup de main, un par-ci qui dirigeait l'usine à sous-produits, un par là qui dirigeait les fours, qui faisait rapport sur ce qu'il s'y passait... Un responsable... et caetera. Donc, si vous êtes intéressés tout spécialement par la cokerie, il y avait une division : le laboratoire, qui contrôlait la qualité du charbon qu'on importait, puisqu'on importait du charbon, on n'en fournissait plus. Il y avait le laboratoire qui contrôlait la valeur du coke qu'on cuisait, il y avait les gens qui vérifiaient les températures dans les fours, il y en aura dans ceux que vous allez interroger. Il y avait toute une hiérarchie qui n'était pas très éloignée de celle qu'il y avait au fond, il y avait les ingénieurs, puis les conducteurs de travaux, les chefs-porions, les porions, puis les exécutants. Alors à la cokerie pour continuer, il y avait le directeur, le directeur technique, et puis il y avait des chefs : un responsable d'ouvriers qui était quand même relativement indépendant du chef régleur, ce qu'on appelait régler les températures pour avoir un coke de bonne qualité, et puis il y avait les gens du laboratoire, qui contrôlaient si ce qu'on faisait était bien fait.

Du temps de Monsieur Dejnecki, je n'ai plus jamais remis les pieds dans la cokerie, sauf rarement, quand il a eu besoin de parler de choses ou d'autres, mais je n'y ai plus mis les pieds depuis, donc je ne sais pas ce qu'il s'y passe. Le conseil d'administration a remis la cokerie aux mains des liquidateurs, qui eux alors ont créé une chose : il y a eu une asbl avec un certain capital, pour des pré-pensionnés qui n'ont pas voulu accepter les conditions qui leur ont été données.


© GEOFFREY FERRONI

Vincent: Une question qui me taraude, c'est que lorsque l'on est directeur d'une usine qui tourne 24/24, quand on habite Anderlues, quand tout le monde nous dit que l'usine est une grande famille, comment s'est déroulée votre vie, ça a dû être terriblement prenant pour vous ?

JB : Prenant ? Oui bien sûr que ça l'a été, parce qu'il y a eu des périodes difficiles à traverser. Il y a eu 69 la fin de la mine, donc pour moi accessoirement... la cokerie subsistait, donc ça n'a pas été tellement difficile à traverser. Enfin donc, pour revenir à la question, j'ai été nommé directeur de la société en 1978, parce que Marichal quittait l'usine pour aller chez Lafarge. Problème, 78-79, les affaires ne vont pas bien, le conseil d'administration décide de fermer la cokerie. Alors là, on a dû se battre. Vous n'aurez pas tous les documents que j'ai écrit au conseil d'administration, mais voilà, j'ai défendu la subsistance de la cokerie, et en 79, on y est finalement parvenus, avec un peu de chance, un peu d'appuis politiques. On a fait du coke sidérurgique pendant 6 mois, ça n'a duré que 6 mois, mais ça a permis de rentrer dans une nouvelle époque où on redemandait du coke de fonderie. Surtout que le coke de fonderie d'Anderlues était réputé dans toute l'Europe, et là je veux bien vous donner des chiffres si vous souhaitez en voir... Et donc résultat des courses, on s'en est sortis. Ils ont quand même, malgré ce que je leur avais demandé, affiché la fermeture en fin 79, mais ça n'a pas duré. On a eu un certain délai pour ressortir de l'ornière, parce que les commerces ont doucement repris, mais au bout du compte, on s'en est sortis jusqu'en 2002. Donc voilà l'histoire, ça n'a pas toujours été facile. Mes rapports avec les syndicats ont toujours été "bons", je ne dirais pas que je n'étais pas exigeant. On a eu des problèmes un certain mois de mai, on a dû aller jusque devant le gouverneur parce qu'il fallait se mettre d'accord, ce n'était pas seulement moi mais aussi le conseil d'administration. Et je dois vous dire que j'ai reçu un cadeau des syndicats quand je suis parti, en remerciement des rapports que nous avions eus. Ce n'est pas courant, je le dis... Je peux le montrer, c'est un bloc de charbon avec un marteau-pic. Mon but a toujours été de conserver de bons rapports avec les syndicats. Ca ne sert à rien de se disputer pour autant que l'on soit raisonnable. C'était surtout la FGTB qui était en cause, et si les choses avaient mal tourné, il y en a qui les attendaient pour leur casser la figure quand ils allaient rentrer ! J'ai toujours essayé d'avoir de bons rapports avec les syndicats tout en restant sévère, et en essayant d'être correct et honnête. "Juste" en fait : pas deux poids deux mesures... Je ne suis pas en train de me vanter, je vous dis les choses telles qu'elles se sont passées.

Comment ça s'est passé le passage de la mine à la cokerie ? Ca c'est à mon sens quelque chose qui est plus intéressant. Le charbonnage, et la cokerie d'ailleurs, étaient le fief de la Brufina (NdT : une société banquière à Bruxelles en 1970, groupe financier Coppée-Brufina. La société Coppée géra jusqu'en 1946 le portefeuille des charbonnages de la Brufina. Le groupe Coppée était intéressé directement dans certains de ces charbonnages. Le baron Evence Coppée (1882-1945) était président - administrateur délégué de deux charbonnages et administrateur - délégué de quatre autres en 1935). Il y avait deux grandes sociétés du point de vue des charbonnages, que ce soit en Wallonie ou en Campine, il y avait la Brufina et il y avait 'surtout' la Société Générale. Il y avait en troisième lieu des sociétés particulières, mais elles n'étaient pas en soi le poids le plus lourd. Le plus lourd, c'était la Générale, après la Brufina, et puis il y avait des entités charbonnières. Dans le pays de Charleroi, il y avait de l'anthracite. Donc en 1969 (on en a parlé auparavant), c'était décidé, on fermait le charbonnage. La question s'est posée de savoir ce qui allait se passer. A ce moment là, la Brufina voulait se rattacher à une société sidérurgique, dont tout particulièrement une cokerie qui était en réparation. Anderlues allait servir à faire du coke sidérurgique. Le temps de remettre l'outil dans un état moderne (NdT, beaucoup de travaux), il ne fallait pas se faire d'illusion, la cokerie sautait. Ce qu'il s'est passé, c'est qu'il y avait alors des actionnaires d'Anderlues qui se sont réunis. Lors d'un conseil d'administration, il y eut onze voix qui défendaient la Brufina, et 21 ou 22 voies de gens qui avaient des actions d'Anderlues qui ne la défendaient pas. C'étaient des actionnaires minoritaires si on peut dire, il y avait les Ortmans, qui avaient investi dans Anderlues. Il y avait en plus d'eux les Ducarme, qui ont assuré de plus en plus la vente de coke d'Anderlues en dehors de la Belgique. Là, la Brufina a été mise en minorité et ils ont abandonné la partie. On est reparti comme une société totalement indépendante, avec de nouveaux actionnaires, on s'en est bien sorti, même très bien sorti. Progressivement, étant donné que la société Ducarme vendait du coke à l'étranger, c'était pratiquement eux qui avaient le commerce du coke d'Anderlues à l'étranger, on a pu diminuer la vente de coke en Belgique. En Belgique, on a consommé de moins en moins de coke de fonderie à partir de 1969, et je peux vous donner des chiffres, la diversification vers l'étranger était bienvenue.

En 66, 15% de la production partait à l'étranger, et puis tout ça a grimpé. En 69, c'est passé à 31%. A ce moment là, les choses devenaient intéressantes. Et finalement en 73 : 39% de la production, en 78 : 69% de la production était écoulée par la société de production Ducarme. Ca a été une très bonne idée de reprendre la société Ducarme, de recapitaliser et de s'en servir - d'ailleurs, elle a servi. Indirectement, jusqu'en 2002, on a continué le coke de fonderie, mais la société Ducarme était une société qui ne dépendait plus que de la société d'Anderlues, ce n'était plus la société Ducarme mais c'était un nom. C'était avec les mêmes administrateurs, puisqu' Anderlues avait repris la totalité des actions Ducarme. Il faut donc bien dire les choses, Ducarme a été absorbée. Il est clair que si nous n'avions pas pu vendre du coke de fonderie vers l'extérieur, il y a longtemps que ce serait fini.

Les syndicats n'ont jamais été désagréables, peut-être l'un ou l'autre qui ont essayé, mais ils n'ont jamais été suivis. Ces gens étaient pour la plupart des gens d'Anderlues, ou dans un périmètre limité. Leur association n'était pas assez grande pour faire du bruit. Aujourd'hui évidemment, avec les médias qu'on a, on se doute bien que tout peut faire du bruit, et ce n'est d'ailleurs pas un bien... Donc c'est en 2002 que ça s'est effondré, problème de concurrence, du coke tchèque je crois. On a dû vous le dire : tchèque et chinois.


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Il y a eu l'histoire avec Distrigaz. On parle de Distrigaz dans une gentille lettre que j'avais envoyée à mon président de conseil d'administration, enfin... qui n'était pas très gentille, c'est un autre problème, c'est mon problème... Quand est-ce qu'on a eu des problèmes avec Distrigaz ? Ici je l'ai vu tantôt... Parce que Distrigaz a joué un certain rôle, même pour la commune...

Vincent : Que faisait Distrigaz à la cokerie ?

JB : Ah ! Distrigaz… D'abord ils exploitaient les surplus de gaz des fours de la cokerie, ça leur était vendu, et puis après quand on a arrêté la houillère, ils ont utilisé la mine comme réservoir pour un, capter le grisou qui se dégageait, et deux, éventuellement y stocker du gaz. Je sais qu'on a eu un contrat qui allait jusqu'en 1999.
Alors, je lis : la société a fait procéder au remblai du puits n°5 et la mise en place d'un bouchon de béton d'une hauteur de 30 mètres, ça c'est après l'accident. Un malheureux accident qui a fait trois victimes, j'y étais, j'avais quitté un quart d'heure avant. Quelqu'un est venu pour me remplacer, parce que je devais recevoir des Français, et malheureusement il y a été et un quart d'heure après il sautait. Qu'est-ce qu'il s'est passé exactement, je n'en sais rien, ça honnêtement je n'en sais rien...

Alors pour revenir à Distrigaz, je pense que la commune a dû participer d'une certaine façon ou d'une autre. En 1976, la société (minière) a été déchue d'une partie de la concession minière, celle-ci a été octroyée à la société Distrigaz qui a reçu un permis d'exploitation, je ne sais pas si ce n'est pas à partir de là que la commune a pu recevoir une indemnité, mais je ne peux pas affirmer des choses que je ne sais pas.

Vincent : Au niveau de votre propre vie...

JB : Je suis encore en vie oui, même si je vais vers les 80 ans, ça ne veut pas dire que je n'ai pas travaillé ! On a eu une vie de fou hein, une vie de sot... Je me levais pour être à 6h25 le matin, au poste, du temps de la houillère. On descendait vers 8h15, 8h30, on remontait vers midi, si ça allait bien, midi et demi ou une heure. On retournait à 3 heures pour le rapport du matin, et puis on retournait à sept heures de l'après-midi, donc 19 heures. Et puis s'il y avait un gros problème, on retournait encore aller voir, le soir, vers 21 heures ou 22 heures. Non mais... C'est rien ça, on a vécu sa vie, ça fait partie de la vie, je suis parti sept ou huit fois en vacances, sur quarante ans, ça n'a pas d'importance. J'ai une femme et des enfants qui s'y sont accommodés, malgré mes quatre gosses. On habitait Anderlues, dans des maisons d'usine, qui nous étaient comptées au niveau des revenus. On n'était pas payés comme le directeur de la banque nationale, là je peux bien vous le dire, je peux bien vous montrer mon dernier salaire. Enfin, ça ce n'est pas grave. Je ne voudrais pas le faire, enfin, ce n'était pas la gloire. On a bien vécu, on a beaucoup travaillé mais on a bien vécu.

Vincent : Quand ça s'est arrêté pour vous, ça a été un moment difficile ou un soulagement ?

JB : J'ai été jusqu'à mes 65 ans, j'en ai fait assez, bon donc ça suffit. A ce moment là, j'ai été remplacé par Monsieur Dejnecki, qui était déjà là depuis un an. Il a fait sa carrière dans la sidérurgie, à Tertre, ce n'était pas un mineur, il ne provenait pas du fond. Le jour de la fermeture de l'usine, je ne suis pas venu. Je ne m'en suis pas du tout, mais alors pas du tout occupé. Je n'avais plus de pouvoir, je ne connaissais pas les problèmes tels qu'ils se posaient à ce moment là, je n'avais pas à donner d'avis là-dedans. En plus, il y avait eu un conseil d'administration, un gars qui voulait stocker du gaz dans les cuves, ou je ne sais plus trop quoi, il a un peu foutu la rogne dans le système, et... Disons le comme c'est, je crois qu'au moment où on a fermé, ce n'était plus rentable. Peut-être qu'après, ça aurait pu le redevenir, mais il fallait passer un cap... qui n'était probablement pas franchissable. L'outil avait besoin de rénovation ? Oui et non, on avait commencé. La plus vieille batterie, on avait commencé à la rénover, les deux autres batteries étaient encore dans un état suffisant, mais, à nouveau, les actionnaires... Les actionnaires sont des gens qui y ont laissé de l'argent vous savez... Si bien que finalement on a vendu, le conseil des liquidateurs a vendu tous les bâtiments, tous les terrains.

Vincent : Au niveau de votre travail, vous étiez dans le bureau sur le terrain de la cokerie, le plus près de l'entrée ?

JB : Oui et non... D'abord, pour le fond, sûrement pas. Le rôle était au siège, dans la rue Jules Destrée. Ensuite, j'ai eu un bureau à la cokerie. Et puis après, j'ai eu un bureau quand j'ai été nommé directeur, aux grands bureaux, rue Wauters. N'empêche que j'allais toutes les semaines faire la visite de la cokerie, ça c'était systématique. Par réalité... J'y allais tout seul. Alors évidemment, le téléphone marchait : ah v'la le grand qui se ramène. C'est comme ça qu'avec les gens, on apprenait si quelque chose allait ou n'allait pas. Tant qu'on respecte les gens et qu'on ne commence pas à les engueuler à tout bout de champ, ça permettait de savoir. Ce n'était peut-être pas très honnête avec les autres ingénieurs, les techniciens, parce que c'est un peu tirer dans leurs pattes, mais ça permettait de voir ce qui n'allait pas, quitte à interroger le gars après, pourquoi est-ce qu'il y a ceci, pourquoi il y a cela ? Tous les systèmes sont bons et mauvais... Si vous voulez faire confiance à 100% et à tout le monde dire amen, alors à ce moment là... faut voir le paysage... Mais pas besoin d'être méchant, pas besoin de se disputer... Et vous pouvez le dire à Faidherbe, il le sait, quand j'avais quelque chose à dire je le disais.

Ce que je dis, et ça je le répète souvent, tous ces gens que l'on appelle aujourd'hui des parachutes dorés et compagnie, ils sont incapables de faire tourner seuls une entreprise valablement. Je trouve ça scandaleux, soit dit en passant, ça ne durera plus longtemps. Le tout, c'est de bien choisir ses collaborateurs, ça c'est important. Il ne faut pas se laisser influencer. Tant qu'on faisait du bénéfice, ça allait. A partir du moment où il y avait un conseil d'administration ou des actionnaires jouaient avec le portefeuille, le jour où ça n'allait plus - c'est ce qu'il s'est passé en 78-79 - ils attaquaient. Les clients étaient réguliers parce que nous étions les seuls à faire du coke de fonderie de cette qualité là, et même en Europe, nous étions des bons, si ce n'est les meilleurs, donc les clients étaient fidèles. Il y avait peu de souffre, il y avait un calibre spécial, un bon pouvoir calorifique, un bon coefficient de dureté, ce n'était pas un coke de haut-fourneau avec des petits morceaux comme ça... Bon, il faut voir aussi qu'on produisait moins que dans une cokerie de haut-fourneau... Anderlues est restée fort familiale, c'était une petite usine, nous étions 130, rarement plus. Ce sont des cas de petites sociétés privées qu'on ne peut pas comparer avec des grosses sociétés non plus, qui ont beaucoup plus d'importance, de gens, de diversification.

Vincent : Ensuite, nous avons partagé une bouteille de porto, ce qui faisait partie des souvenirs de Monsieur Bernard lors de son départ de l'usine.

Nous remercions chaleureusement Monsieur Bernard et sa femme pour leur accueil le 6 mars 2009.

Geoffrey Ferroni - Vincent Duseigne


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