Tchorski
Tchorski
La Sambrée (1/4)

Il est très rare que je revienne à un endroit déjà couvert par un reportage, (réalisé en 2007 et disponible ici). Etant donné que c'était du ferrotype usagé des années 30, aux contours flous et incertains, il m'a semblé nécessaire de refaire une petite tournée photo un peu plus conventionnelle, d'autant plus que ce lieu est en démolition - réaffectation. Il y aura d'ici quelques mois en lieu et place du corps de ferme 'des logements de qualité', pour citer le panneau. Est-ce que ça sera respectueux des lieux ? Aucune idée. C'est au moins déjà mieux qu'une destruction pure et simple, car cette ferme, toute modeste qu'elle est, représente un petit monument agréable à parcourir.

Elle est située sur un plateau venteux, souvent appelé Le Champ de Court. Les nuages pluvieux sont balayés par le vent. N'y reconnaît-on pas un peu la ferme flamande de Henk ? Au numéro 3 de la rue en vieux pavés équarris, la rouille vous invite dans les derniers vestiges de ferme ; elle croule sous les ans, elle jette un regard fatigué vers les bulldozers qui la terrassent, la vie est terminée, le cimetière du Centre est à deux pas.

La ferme a longtemps été la propriété de monsieur Vanham. Aujour'hui, un groupe immobilier s'apprête à la désosser pour lui donner une vie, une toute autre existence - probablement moins lugubre.

Il existe une légende sur le Champ de Court, elle est véridique. A l'époque, de nombreux ouvriers se rendaient aux usines à vélo. Monsieur Jaumotte raconte qu'un de ces matins-là, fort tôt, ils virent une silhouette près de la ferme. C'était un pendu. Alarmés, ils descendirent prévenir la gendarmerie. Il y a un pendu au lieu-dit Le Poteau. Du coup, une heure après, les gendarmes de Ceroux-Mousty auraient laborieusement monté la pente ardue de la rue Defalque, pour découvrir le macabre corps au bout de la corde, celui... d'un épouvantail formé par quelques jeunes désoeuvrés. L'histoire raconte qu'il s'agissait d'une femme, un mannequin confectionné avec soin, dans la pénombre l'illusion était faite. Après avoir fait trois fois le tour du village, le récit arriva finalement aux oreilles des jeunes, qui allèrent se faire copieusement enguirlander par les gendarmes. C'est peut-être de ce pendu qu'est restée cette éternelle impression sinistre de ce lieu - la rue pavée battue par les vents, les cyprès du cimetière du Centre qui sifflent sous le vent. Le pendu du Champ de Court, on en ferait presque le titre d'un livre. On le rencontre le soir dans les allées de gravier du cimetière, il suffit de venir le soir pour le savoir.

Vous pouvez écouter ce lieu ci-dessous, lorsque la tempête faisait claquer les portes des vieilles granges.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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