Tchorski
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La carrière souterraine d'Estreux


La carrière d'Estreux en 1998.

Ce documentaire est une rénovation d’une série de recherches menée dans la carrière souterraine dite d’Estreux. Ces investigations furent établies entre 1998 et 1999. La carrière a toujours été nommée comme étant celle d’Estreux (Bivert, 1988, notamment, mais aussi Leplat, 1963) toutefois le creusement s’établit en très large part sur le territoire de Saint-Saulve, à tel point que l'exploitation véritablement située sur Estreux est réduite à la portion congrue – c’est quasiment insignifiant. Aux fins de clarté, nous gardons la même dénomination, ce de surcroit que 11 carrières indépendantes furent ouvertes à Saint-Saulve.

Cette carrière est donc comme évoqué située à proximité d’Estreux. Il s'agit d'un village de presque 1000 habitants, situé dans le pourtour de Valenciennes. Il n'est pas à considérer qu'il s'agit d'une petite ville périurbaine, car l'ambiance y est rurale. En contrepartie, la proximité de (très) grands axes de communication amène Estreux à un développement fort. Le nom de ce village se prononce étreux. A l'époque de ce qui nous concerne, on est en pleine ruralité. Le lieu avait 300 habitants.

Originellement, il s'agissait d'un seul fort vaste ensemble de carrière souterraine, ce qui est encore plus ou moins perceptible actuellement. Le creusement s'étend très largement sur le territoire de Saint-Saulve, sans respect de parcelles cadastrales particulières (ou en tout cas, c’est indécelable de nos jours). Et puis est venue l'autoroute A2, construite au-dessus de la carrière sans se préoccuper en cette époque là de l’état du sous-sol. De là est apparu un indéniable problème de sécurité. Il en ressort que la carrière a été remblayée de manière préventive sur ce tronçon.

Désormais la situation est simple, la carrière est coupée en deux par l'autoroute. Il s'agit donc comme évoqué d'une seule et même carrière, mais en dessous de l'ouvrage routier, il a été procédé à une injection de gravier en pierre du tournaisis, au même titre que la D.146 de Lezennes. Les travaux sont extrêmement comparables dans leur méthodologie, c'est-à-dire réalisés au Placy. Il n'est pas possible de passer d'un souterrain à l'autre, il y a donc deux puits d'accès. Ces puits sont assez profonds. Sans que j'en connaisse la valeur exacte, j'évoquerais une situation avoisinant les 20 mètres. Les puits sont surélevés du fait qu'ils se trouvent au-delà de l'autoroute. De ce fait, la profondeur sous l’autoroute est de plus ou moins 15 mètres.

Le puits situé du côté Estreux est le puits d’accès originel. Il est ancien, cela se voit. Un puits plus récent a été établi par le SDICS du côté Saint-Saulve. Cette exploitation a été entièrement réalisée par la méthode des piliers tournés. Elle ne possède aucun cheminement de galerie principale. C’est du quartier à l’infini, quelquefois en hagues et bourrages, bien que ça soit de présence moins systématique qu’à Hordain.

Je ne possède aucune information historique sur cette carrière souterraine. Son aspect évoque clairement une situation récente, considérant que le creusement n'est pas anarchique. Reste qu'elle n'est pas déclarée à l'administration en matière d'ouverture de chantier. De ce fait, elle date d'avant 1850. Vu qu'elle est en certains points comparable à la carrière du Moulin à Vent d'Hordain, elle pourrait dater de 1790~1810. Bernard Bivert y voit une exploitation très régulière. Il est de fait que comparativement parlant par rapport aux autres exploitations (Valenciennes plaine de Mons, Saint-Saulve), c'est bien rangé.

Quelques indices me font pencher pour une exploitation encore plus ancienne, à savoir de rares comptes de carriers dont les 7 sont sans barre, les traces de feu (lampe à huile ?), le travail à la lance et les hagues & bourrages. Serait-ce là un réseau 1750 ? Rien ne permet de l’attester car les noms des exploitants nous manquent. En tout cas, la ressemblance avec certains quartiers souterrains d’Hordain est frappante.

Les galeries font de nos jours 2 mètres de hauteur, mais il existe probablement une certaine épaisseur de remblai de pied. Il y fut exploité de la craie grise du turonien. C'est un matériau homogène, un peu granuleux, de très bonne qualité. La pierre était débitée à la lance. Les blocs avaient une dimension de 80 cm en longueur, 60 cm en largeur et 80 cm en hauteur. Le tirage de blocs a été extrêmement homogène. Ce n’était pas au bon vouloir, tout était visiblement standardisé. Il en résulte un volume particulièrement structuré. Nous sommes là face à une exploitation régulière de pierre à bâtir. Comparativement parlant aux exploitations de Saint-Saulve, ça n'a rien à voir ; point question ici d'alimenter des fours à chaux et de creuser des galeries aux voutes rondes. Le but est de tirer du moellon de construction, quasiment cubique et excellent. La pierre tirée était nommée "la pierre d'Estreux" et elle était fort estimée. A noter qu’elle possède une densité faible. De ce fait les blocs restent assez maniables.

La particularité de cette carrière, c'est la monotonie. Il n'y a aucun graffiti, aucun matériel, aucun vestige d'exploitation. Le souterrain reste donc secret et anonyme. Les deux parties ont été visitées, il n'y a pas un grand nombre de points d'intérêts dans chacune d'elle, c'est une situation très uniforme et ennuyeuse. De surcroît, la nappe phréatique fort proche laisse en certaines périodes soit une légère inondation, soit une boue bien collante. Ce n'est pas très agréable à parcourir.

La carrière a été instrumentée par l'Ineris, du fait des régulières situations de battement de nappe. Elle comporte des convergencemètre, extensomètre et mesure du niveau d'eau par flotteur. Des expérimentations ont été faites afin de caractériser la résistance des piliers en fonction des variations d'hygrométrie. Ces appareillages sont toujours en place et permettent de caractériser avec précision l’évolution des travaux souterrains.


Voici un plan partiel de la carrière. Cette topographie est tirée du livre de Bernard Bivert sur
les souterrains du Nord et a été réalisée par les services du SDICS.


Voici un aspect caractéristique de la carrière d'Estreux. Ce sont des volumes ou les angles droits sont impressionnants de soins. Pour être carré, c'est carré !


En quelques galeries, il subsiste bourrage et pilier à bras. Les volumes ne sont pas sans rappeler Hordain.


Remarquez le pilier à bras longeant à gauche le pilier de masse.


Au ciel, les traces de lance et les découpes de blocs.


Ces traces montrent bien la dimension des blocs extraits.


C'est malheureusement difficile à mettre en valeur.


La régularité n'empêche pas la fragilité. Un pilier sous surveillance.


Voici un extensomètre. Cet appareil mesure la déformation et l'allongement du pilier dans sa largeur.


Un convergencemètre. Cet appareil mesure l'affaissement du ciel.


C'est aussi appelé une canne de convergence.


Détail sur la partie dédiée au mesurage.


A gauche, un piézomètre, permettant de connaître le niveau d'eau.


Les piliers sont numérotés, ce qui permet de s'y retrouver dans la topographie.


Partons à présent dans le long dédale de galeries.


C'est très grand et il serait possible de s'y perdre.


Ces quartiers font bien penser à l'aspect des carrières de la fin du XVIIIème siècle.


Détail sur les traces de lance.


Les câbles des installations de mesure.


Le remblaiement effectué sous l'autoroute A2. C'est du gravier 20mm du Tournaisis injecté sous
pression au placy d'injection. La ligne horizontale correspond à du noyage !


Les quartiers s'enchainent et se ressemblent. Cette carrière est jolie mais reste monotone dans l'ensemble.


Dans un des fonds, c'est inondé.


Au revoir Estreux.

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