Tchorski
Tchorski
Le marbre noir de Mazy (1/2)

La SA Merbes Sprimont.
Compte-rendu de reportage dans la carrière souterraine.

TCHORSKI

C'est une visite souterraine passionnante : il s'agit de la carrière souterraine de marbre noir de Mazy Bossière à Golzinne. Sur place, je suis un peu en avance et je rencontre Geoffrey qui est en train d'équarrir des blocs fraîchement sortis. Monsieur Stone arrive quelques instants plus tard. Les autres ouvriers sont au chantier. Une fois les présentation faites, nous prenons le chemin de la descente. Avec Geoffrey, nous empruntons la cage. Il y a un chevalement dominant un puits de 66 mètres de fond, pour 5 mètres de diamètre. La descente est très lente, au contraire d'autres puits rencontrés auparavant dans d'autres mines souterraines. En fait, la cage n'est absolument pas guidée sur rail, ce qui fait qu'en manoeuvre, le moindre geste brusque se répercute. Comme la cage n'est utilisée que sporadiquement (et que pour du personnel), ce n'est pas un problème. Le matériel est plus lourd et donc plus contraignant. Concernant les blocs, ils ne passent pas par là mais sont manutentionnés par un bulldozer.

La cage touche doucement le sol. Le manoeuvre sait quand arrêter grâce à une marque sur le câble. Si 25 personnes montent dans la cage - ce qui est possible - il n'y a pas de problèmes, la tension reste faible et la déformation du câble de quelques centimètres seulement. Pour tenir au courant le manoeuvre des mouvements de cage, il y a une cloche. Tout est codifié, montée, descente, remontée à vide...

TCHORSKI
Machinerie de la cage.

En bas, on arrive directement dans la zone des pompages. Il y a deux réseaux entièrement distincts. Celui de la SWDE est situé dans un renfoncement de galeries. C'est une ancienne exploitation qui avait été stoppée parce que les multiples venues d'eau avaient gâté la qualité du marbre. Du coup, ça a été transformé en réservoir et zone de pompage. Le second pompage est directement lié à l'exploitation. Ils pompent de l'eau pour la scie d'équarissage en surface et pour le fil diamanté au chantier.

En premier lieu, nous allons dans la galerie du fond, située derrière une porte. Il y a un très fort concrétionnement au sol. Nous allons là parce que c'est l'endroit où nous pouvons voir les couches le mieux possible. On peut en effet distinguer toute une série de strates séparées par des bancs calcaires de quelques millimètres d'épaisseur. Les couches en somme ne sont pas très différentes dans leur constitution, mais leur positionnement conditionne tout de même quelques caractéristiques, surtout dans les méthodes de débitage. Au niveau du chantier par exemple, la couche du bas est la plus dure à enlever parce qu'elle est fragile. Autrement, certaines autres couches ont des veinules de calcaire gênantes, plus rarement du quartz.

TCHORSKI
Dans la galerie du fond, un palan inusité depuis quelques décénies.

TCHORSKI
En surface, le débouché du puits d'aérage (avec obturation du puits par le ventilateur).

Nous allons rejoindre le chantier par la longue galerie de roulage. Trois personnes sont en poste : un débiteur et deux tireurs. Une quatrième personne s'occupe de la manutention, Geoffrey en dernier s'occupe de tout ou presque (chef de chantier).

A Mazy, on n'utilise plus de haveuse parce que cela a posé trop de problèmes. On utilise une chaîne diamantée qui permet de scier sur 15 mètres de longueur. La chaîne est constitué d'anneau minuscules, lesquels comportent des diamants incrustés le long de bourrelets. (Pour les petits malins qui trouveraient amusant de voler le matériel, il n'est pas stocké dans la carrière mais en lieu sûr). Les quatre couches exploitées ont des épaisseurs variant de 23 à 50 centimètres environ. C'est une roche très dense (2,674) mais qui reste assez fragile. Un coup dessus et ça a tendance à partir. Donc la manipulation et les travaux ne sont pas sans difficultés.

TCHORSKI
Un ouvrier en train de décoller un bloc de sa couche d'origine.

L'exploitation est faite par deux méthodes réalisées l'une après l'autre : le tir et le sciage. On extrait d'abord une couche de 1m30 à la poudre noire, qui est au dessus du banc exploitable. Une partie des blocs extraits est vendue en granulat routier, mais la plus grande partie est utilisée en remblais, dans le but unique de stopper la résonance et la propagation du bruit. En effet, les piqueurs et la scie sont très bruyants.

Voici une série d'enregistrements ayant été réalisés dans cette carrière.

Le pompage SWDE en 2002. Assez long enregistrement aux sonorités stridentes.
Le même pompage dans un environnement sonore moins agressif.
Un enregistrement très amusant, des bulles d'air se forment régulièrement dans une albraque.
Un glouglou bizarre dans un tuyau de canalisation d'eau, descendant une vieille galerie.
Le bruit de l'air passant dans les pâles d'un ancien ventilateur.
Un petit caillou est placé au centre du ventilateur, ce qui produit une jolie musique.
Une petite pierre est mise tout juste contre les pâles du ventilateur, cela donne une musique militaire.
Etrange musique techno de gouttes d'eau tombant sur une tôle abandonnée dans un coin.
Quelques gouttes dans une flaque, une belle ambiance sonore de cette carrière souterraine.

TCHORSKI
Forage réalisé afin de placer la poudre noire.

Le premier tireur est en train de forer les trous. Le second tireur est en train de charger. J'ai photographié ces deux étapes essentielles. Le chargement est tout simple. Les trous sont forés en biais, cela afin de ne pas abîmer les couches, ni celle du dessus ni celle du dessous. On introduit le baton de dynamite au fond d'un forage de 1 mètre de profondeur environ. Le baton est relié avec une mèche bickford retard. Ensuite, le tireur bourre le trou avec de la glaise. Pour cela, il a la machine à quequettes, un outil servant à générer des blocs de glaise juste bien comme il faut. Pour terminer, il met un peu de journal dans le trou et tasse tout ce qu'il peut. Il faut tasser très fort sinon ça ne marche pas.

TCHORSKI
Ouvrier en train de préparer les mèches.

Le troisième poste est un débiteur. Il fore des trous de 34 mm dans la base de la couche, introduit deux madames puis un pieu. Pour terminer, il tape avec une masse afin de décoler le bloc. L'épilogue, c'est le bulldozer (Merlo) qui emporte le débitage à l'aire de taille.

Après quelques photos des galeries, tout le monde sort, il est 11h25. A quelques dizaines de mètres de l'entrée "Agasse", nous sommes à l'arrêt, à l'écoute. Le tireur ausculte son travail, avec tout d'abord de l'anxiété, puis de l'agacement. Bang, bang, bang... C'est la charge qui saute, des claquements bien secs et bien violents. On entend clairement la roche qui éclate au troisième, mais l'oreille experte du tireur sait bien qu'il y a eu un détail qui a raté... Je ne saurai pas quoi, mais probablement une zone rocheuse pas suffisament déblayée, un tir pour rien...

TCHORSKI

TCHORSKI

TCHORSKI
Préparation du tir.

En remontant, on me montre comment on allume les mèches bickford. En premier lieu, il faut couper la mèche en deux au bout. Comme ça, l'allumage est beaucoup plus facile. Chaque mèche est coupée avec une longueur différente, ce qui permet le décalage lorsque les charges sautent. On allume avec un objet qui ressemble à une cigarette. C'est un petit baton qui est chargé de poudre blanche. Il produit une flamme très vive, ainsi les mèches prennent rapidement. Une fois les charges allumées, le tireur a trois-quatre minutes pour évacuer la zone, ce qui est amplement suffisant. Il ne reste pas seul et prévient tout le monde de son tir.

Le marbre noir de Golzinne rencontre un grand succès. Il est très pur et d'un noir vraiment intense. Il n'est pas poli sur le site de Mazy (et la marbrerie de Mazy n'a rien à voir). Il est juste équarri aux bonnes dimensions, opération qui permet d'éliminer les défauts. Cet équarissage permet de voir si le bloc présente des veinules (parce qu'en brut de taille, on ne voit vraiment rien). Les blocs qui conviennent partent par camion. Ceux qui ont des défauts sont soit concassés, soit retaillés en plus petits blocs, convenant alors aux sculpteurs (mais les sculpteurs peuvent également prendre des gros blocs).

En ce qui concerne la vente, les blocs sont recoupés en plaques de deux centimètres d'épaisseur. Ca signifie qu'avec un seul bloc 2,0m x 1,5m x 0,5m, on a une rentabilité qui devient intéressante. Les blocs demandent un grand travail au niveau de l'extraction. On le voit bien, les opérations sont nombreuses. Forage, tir, nettoyage de la zone avec une raclette sur le Merlo, Re-forage, passage au fil diamanté, débitage, sortie de carrière, équarissage... Ce n'est pas simple, surtout que l'exploitation à ciel ouvert n'est pas possible, il y a une épaisseur de stérile bien trop importante.
Il paraît que beaucoup de blocs partent aux Emirats Arabes Unis.

TCHORSKI
Equarissage des blocs.

Au niveau historique, les premières exploitations ont commencé à ciel ouvert dans les terrains affleurants vers 1850. Il y a eu plusieurs arrêts puis reprises. Ici, l'exploitation a véritablement repris en 1969, près du puits (qui alors était la seule entrée). La zone de creusement a évolué régulièrement jusque l'Agasse, on voit les dates avancer, 1974, 1985... Jusqu'à ce que ce creusement arrive à l'état de percement. Ca a constitué une bien pratique descenderie. Aujourd'hui, ils poursuivent la même zone mais projettent l'ouverture d'un nouveau site de creusement. Au niveau des réserves, ils en ont pour des années et des années...
Il est possible de voir quelques bancs taillés à la lance dans la descenderie de l'Agasse. La carrière entièrement taillée à la main juste à côté (appelée Comtesse) est dangereuse, il y a des décolements de voûtes. Donc la zone est balisée, plus personne n'y va.

TCHORSKI
Le merlo servant à transporter les blocs.

TCHORSKI
Vue générale de la carrière.

Si vous voulez un devis pour du marbre noir, contactez Merbes-Sprimont : 02/361.36.81 info@merbes-sprimont.be - If you want a quote for black marble, contact Merbes-Sprimont : 00(32) 2361 3681 info@merbes-sprimont.be

SUITE >