Les exploitations minières de Segré (1/4)

Merci à Alexandre Piau pour les corrections des légendes.

Nous quittons la Belgique. Un départ à 6h30 (du matin, je précise), ce qui donne donc une demi-heure de retard sur l'horaire prévu. La route se déroule sans encombres, sous la pluie par intermittence. C'est long, monotone et pénible. Les paysages de la Sarthe sont particulièrement mornes. Nous arrivons à destination à Noyant la Gravoyère avec vingt minutes de retard. François et Juliette sont là à nous attendre, depuis un temps certain sous un temps pluvieux...

Nous démarrons notre séjour au carreau Misengrain. C'est une ancienne ardoisière. Une fois sur place, c'est un peu la déception. Le lieu est occupé par une entreprise de désamiantage. Il ne s'agit pas d'un lieu contaminé, mais bel et bien du siège de l'entreprise. Alors que nous restons penauds devant la grille d'entrée, un monsieur vient à notre rencontre. Il nous explique que c'est mort, il n'y a pas moyen de visiter, puisque c'est là leur entreprise.

Alors que François et moi repartons pour d'autres lieux, Juliette et Les Astres continuent à discuter. Elles se sont bien débrouillées. Quand le monsieur apprend que nous venons de Belgique pour des photos d'ardoisières, les portes s'ouvrent malgré tout - c'est vrai que finalement, ça ne dérange pas, nous n'allons qu'au chevalement, les camions de désamiantage ne nous intéressent pas. Chouette, nous allons pouvoir décrire le patrimoine...

Le carreau Misengrain est intéressant parce que les entreprises environnantes ont peu démoli les installations. Donc le chevalement est entier, et il comporte encore ses deux molettes. Les bâtiments ardoisiers sont toujours présents et quasiment pas démantelés. On trouve aussi des vestiaires quasiment intacts et surtout, une très belle salle de douches (voir photos).

Dans la boue, il traîne deux cuffats très anciens. Ces matériels sont exceptionnels parce que d'une grande rareté. Un cuffat, c'est comme un énorme seau, ou un tonneau, mais la structure c'est du solide. On s'en servait pour descendre le personnel dans la mine. C'est dire comme c'est antique ! On pouvait aussi s'en servir pour descendre de l'eau, du matériel, etc... Ces objets ne font l'oeuvre d'aucune préservation. Disons que c'est déjà bien qu'ils ne soient pas partis à la benne, il semble y avoir malgré tout une volonté de conservation.

Notre guide, Guy Sieffert, nous amène jusque dans son jardin, où nous pourrons apprécier la lampe à carbure de son père (une Mercier) et le type d'ardoise de couverture de sa maison. Ce sont des 28/58. C'est une dimension assez phénoménale, parce qu'il faut tout de même garder à l'esprit que tout cela est fendu à la main (dans le sens du fil, autrement pour les bords de l'ardoise, c'est scié). Dans les photos, François montre une de ces ardoises. Monsieur Sieffert a un accent angevin qui ressemble à une musique. Pour nous de Belgique, ce n'est pas toujours aisé à comprendre, à cause des nombreux mots de patois typiquement miniers, mais c'est si agréable à écouter !

Après quelques dernières paroles de remerciements, nous partons pour les visites suivantes. La destination est la Mine Bleue, dite aussi Mine de la Gatelière. En surface, il ne reste plus de vestige visible, le lieu ayant subi quelques années d'exploitation touristique. En contrepartie, l'ardoisière est encore pompée. De ce fait, elle est visitable en souterrain. Faute aux délais dans les demandes d'autorisations, nous ne pourrons visiter ce lieu. L'exploitation touristique devrait par contre reprendre fin 2006.

Nous continuons l'exploration à P17, La Corbinière. Le lieu est rangé nettoyé récuré, il ne reste rien, sauf des ronces.

Pour terminer la journée, nous allons aux vestiges des Carreaux Bois II et Bois III. Le secteur de Noyant est inhabituel du point de vue géologique. La veine ardoisière est bordée de secteurs ferreux. Ainsi, nous passons de l'ardoise au fer en quelques centaines de mètres, sans que rien ne le signale dans le paysage.

Les carreaux Bois II et III sont d'importants chevalements conservés en relatif bon état. Le Bois III est une belle structure métallique de grande valeur architecturale. Le Bois II est un monolithe de béton tout carré et peu esthétique. Il ressemble à un mauvais château d'eau. On trouvera juste à côté un vestige de bâtiment d'agglomération des boulettes de bentonite ferrugineuse, dont l'aspect est assez repoussant. Les carreaux sont occupés par des associations à vocation artistique, on ne sait pas visiter les remises. Il faut toutefois modérer ces propos en évoquant le fait que ces carreaux sont sauvés par la présence des artistes. Autrement, ça aurait été rasé (Haut-Anjou, 24 mars 2005). Ces parcours se font sous une pluie pénible, ce qui donne un aspect assez dépressif aux photos.

Un peu plus loin, au Carreau Bois I, lieu-dit Le Chat, nous ne pouvons visiter. C'est situé dans une propriété privée et la présence d'un chien nous fait reculer. Nous passerons la nuit au carreau Bois III. Pour ma part, je dors aux accumulateurs. La nuit venteuse et pluvieuse est tout sauf agréable.

Je terminerai ce compte-rendu par un témoignage qui m'a été envoyé par 'Franck', dont je me permets de copier les mots ici. Un grand merci à lui pour ces souvenirs.

Ma grand-mère a habité pendant longtemps à Nyoiseau, avant de partir dans une maison de retraite. Né en 1973, je me souviens étant gamin lorsque je passais quelques jours chez ma grand-mère, entendre régulièrement des sonneries, comme une corne de brume. Ma grand-mère m'a expliqué que cela venait de Bois II et Bois III, probablement pour annoncer le changement d'équipe. Fermée au milieu des années 80, je n'ai forcément plus entendu après cette sonnerie.

Mon oncle a fait construire une maison à La Pouëze, et y a installé sa belle-mère. Elle me racontait entendre parfois des coups sourds. La veine exploitée passait en effet sous la maison. En 1989, elle fut réveillé en pleine nuit. La maison tremblait, craquait de toute part. Elle sortit de la maison, tout comme les autres voisins, pensant dans un premier temps à un tremblement de terre. C'est ses voisins qui lui ont expliqué que sous leur pied, la mine s'effondrait. Selon mon oncle, il paraitrait que dans un premier temps, les ouvriers voulurent redescendre pour y récupérer le matériel. Mais ils n'eurent jamais cette autorisation, et pour éviter tout nouvel effondrement, la mine fut noyée.

Enfin, un autre de mes oncles habite à Segré même. Souvent quand mes parents et moi venions lui rendre visite, il nous emmenait voir un ami commun qui était garagiste. Au bout de son terrain, il y avait un chevalement. Je m'y était approché un jour. Il était entouré d'un grillage, et j'y voyais parfaitement l'entrée de la mine. J'ai fait remarquer au garagiste mon étonnement que l'entrée ne soit pas bouché. Penses-tu me répondit-il, ceux qui veulent s'y aventurer n'iront pas bien loin ! Au bout de quelques mètres c'est inondé ! Aujourd'hui le chevalement n'existe plus, et l'entrée a été comblée. Il parait de toute façon qu'excepté la mine bleue (que j'ai visité), et les ardoisières de Trélazé (encore en activité), toutes les mines sont noyées.

 

Le carreau Misengrain (Noyant la Gravoyère).


Le chevalement, tout au fond du site, avec ses bâtiments de remise. La machine d'extraction est démantelée.
Le site faisait partie des Ardoisières de l'Anjou, il aurait fermé en 1988.


L'ancienne grille du puits. Aujourd'hui, elle est en très mauvais état.


Le planning des 26 chambres d'extraction.


La belle salle de douches. Son dallage est vraiment joli. Je précise qu'elle n'a rien à voir avec celle des Grands Carreaux, cette dernière a des carreaux bicolores, tandis qu'ici, on a trois couleurs.


Quelques crapauds traînent ça et là...


Dans la salle de débitage et fenderie, quasiment rien n'à changé,
il reste même un bloc prêt à être scié (avant d'être refendu).


Voici le cuffat, retrouvé quelques temps auparavant dans la boue d'un étang.
Il y en a un autre, mais je n'ai pas eu le temps de le prendre en photo...


Un petit étang, sous la grisaille de ce jour là...

SUITE >