Les caves du Lochois

Cette page est un bref aperçu des carrières situées dans le pourtour de la ville de Loches. Elles sont assez nombreuses, mais parfois difficiles d'accès.

Les cavités souterraines situées à Loches, et dans son pourtour immédiat, sont des carrières de pierre calcaire. L’extraction avait pour but de constituer des réserves de pierre à bâtir. De nombreux bâtiments renommés ont été érigés grâce à cette activité d’excavation. Ce calcaire est plus communément appelé le tuffeau en Touraine, quelquefois les faluns (ce faisant référence à des différences locales de composition). Il y a eu une myriade de carrières dans la région. La pierre, exportée, a même servi à ériger des cathédrales, l’on pense à Nantes ou Quimper.

Le nombre de carrières situées précisément à Loches ne nous est pas connu. En effet, il y a un nombre très important de cavages (entrée en coteau), pour la plupart situés en propriété privée, c'est-à-dire essentiellement des jardins. Ces souterrains sont pour la très grande majorité de petites caves, dont le développement n’excède que rarement les quelques mètres. Il y a cependant, de part et d’autre de la commune, des réseaux de grande ampleur. Quelquefois, ces exploitations souterraines ont été utilisées, par le passé, comme site troglodytique, au même titre que les Goupillières, Rochemenier, ou encore Nanard Pictus, ce dernier habitant encore en troglodyte. Dire le nombre n’est pas aisé. Cependant, l’inventaire revient généralement aux services d’inspection des carrières. Ils sont en principe à même de déterminer le nombre, bien que le sujet soit en perpétuelle évolution, considérant les découvertes régulières. Ces services des carrières dépendent du département (SDICS, IGCA, IGC, etc). Ils sont complétés par les expertises de la DRIRE, du BRGM, de l’INERIS parfois. Le but est de cartographier les zones d’aléas.

A propos de la profondeur de ces souterrains, c’est assez faible, c'est-à-dire de l’ordre de la quinzaine ou de la vingtaine de mètres, rarement plus, rarement moins. Ces galeries s’étalent principalement sous les plateaux, au départ des coteaux. Cela n’a rien à voir avec les mines de fer en Lorraine (100 à 150 mètres, parfois un peu plus), la houille ou la potasse, avec des profondeurs avoisinant les 700 à 1000 mètres. C’est un creusement conforme aux bassins sédimentaires, tels qu’on peut les observer en Picardie, en Somme, en Bordelais, en Bourgogne. La seule nuance, et elle est de taille, c’est que de manière non pas unique mais rare, le creusement à Loches est sur plusieurs niveaux. Cela s’observe à Vic-Sur-Aisne, aux Trente Esseins par exemple, mais rares sont les autres exemples, la très grande majorité des exploitations étant à niveau unique, et à affleurement avec la nappe. A Loches, les niveaux sont interconnectés par des puits, soit reliés par des échelles, soit par des escaliers sommaires (en réalité, plus une descenderie qu’un réel ouvrage).

La longueur des plus grands réseaux est éminemment difficile à estimer. Les galeries ne sont pas rectilignes. L’exploitation est en pilier tourné. Il s’agit d’un quadrillage de galeries, qui suit la richesse calcaire du banc. Ces galeries entrecroisées laissaient en place des piliers de soutènement, qu’on appelle les piliers tournés. Il y a aussi des hagues et bourrages, ce qui signifie que des vides d’exploitation étaient comblés par des stériles. Ainsi, dire une longueur est une gageure ! Le réseau n’est pas à proprement parler d’un développement anarchique, mais l’organisation spatiale est parfois d’une extrême complexité. L’un des quartiers d’exploitation, à Loches, n’est relié que par une infime et discrète galerie. Il y a pour ainsi dire, tout pour se perdre ! Pour donner un ordre d’idée, le développement des grandes exploitations est de l’ordre de moins d’un kilomètre, jusqu’à la trentaine de kilomètres. C’est un ordre d’idée sur lequel je ne peux m’engager, les mesures étant voire supra, difficiles à réaliser. Ces valeurs, qui paraissent faibles, sont à maximiser. En effet, vu le sentiment de développement anarchique, il y a véritablement matière à tourner et retourner !

L’intérieur des galeries de Loches ne recèle pas de nombreux vestiges immédiatement marquants. Ces réseaux souterrains sont pour la plupart relativement vides, voire complètement vides, au contraire des exploitations souterraines de l’Oise. Il y a par contre des vestiges de très grande qualité, quasiment uniques, ce sont des fresques anciennes de grande ampleur. Des carriers ont dessiné sur les murs des scènes allégoriques, mythiques, ou plus prosaïquement, des représentations de carriers. La représentation de Néron et de Bacchus (1844) est unique dans le monde des carrières – à ce titre les représentations de carriers ou d’outils le sont moins (Brauvilliers par exemple, ou Maastricht aux Pays-Bas). Était-ce un carrier artiste, était-ce le fruit du travail organisé durant une pause, était-ce le passage d’un militaire ? Nul ne le sait, car les fresques ne sont pas signées.

A Loches aussi, la spécificité est de retrouver un nombre important de tables de comptage. Les caves ont longuement été utilisées, postérieurement, par des champignonnistes. Des tables de calcul figurent aux murs. Ces tables sont parfois mêlées aux calculs des salaires des carriers. L’un comme l’autre, ces tracés sont de riches enseignements historiques. Il est à noter que ces calculs ne sont pas rares. Elles sont, par exemple, très fréquentes dans le Nord-Pas-De-Calais. Cependant, il est à signaler que pour Loches, tout comme Véretz, elles sont admirablement conservées. En comparaison, celles du N-PdC sont assez souvent – et inévitablement – rongées par l’humidité. Ainsi, les carrières de Loches sont un long enseignement sur le métier de carrier.

Les réseaux lochois sont globalement secs, faciles à parcourir. Ils sont en contrepartie monotones, vides, et possèdent une absence quasi-totale de repères. S’y perdre n’est donc pas une fiction. La plupart des galeries, situées en propriété privée, ne sont pas visitables avec aisance. En réalité, pour une carrière (et non pas une mine), le tréfonds est propriété de la parcelle de surface. Cela signifie que pour les carrières de Loches, il y a une multiplicité incroyable de propriétaires : habitations privées, agriculteurs, domaine de l’état, etc. Le plus souvent, la personne de contact est simplement celle possédant le cavage. L’état général des galeries est bon, voire même très bon. Les risques d’aléa est limité, et c’est d’ailleurs une généralité applicable pour un bon nombre de sites en Touraine. La température est, comme bien souvent pour le « sous terre », de 11 à 12 degrés. Seules les zones les plus proches des entrées subissent de légères variations de température.

Les dangers de visite ne sont pas négligeables et s’appliquent à tout lieu souterrain. Cela signifie : ne pas descendre seul mais en groupe, afin que d’autres personnes puissent aider ou déclencher des secours. Porter un casque. Tripler l’éclairage, afin de faire face à toute défaillance. Porter des réserve de nourriture et d’eau. Prévenir des personnes en surface de la visite et des heures prévues. Se méfier de tout, jamais de marche arrière afin de ne pas chuter. Etc. Cela peut paraitre très lourd, mais les accidents sont légion, même aux plus précautionneux, et nous avons bien malheureusement des exemples à citer – nous concernant d’ailleurs, car personne n’est surhumain. La connaissance de ces lieux s’effectue par les recherches : compulser les archives historiques, prospecter le terrain. C’est parfois long et aussi… inévitablement rempli de certaines déceptions.

Les cavités de Loches sont peu visitées par les « cataphiles », c’est-à-dire les personnes éprises des milieux souterrains pour leur esthétisme. En cause, principalement la difficulté d’accès (jardins, hostilité des riverains). Il n’y a pas de phénomène de mode, ni d’attraction insurmontable. C’est aussi, probablement, parce que Loches offre surtout un terrain de jeu aux chercheurs, mais peu au folklore souterrain. Au contraire de l’Aisne ou de la Meuse, il n’y a pas d’accès voiture réalisable, et donc pas de possibilité d’organiser des rave-parties. Ainsi, les cavités lochoises sont méconnues, ce de surcroît que cela répond à une volonté locale.

Il serait admirable que la cavité « les Fons de la Gaîté » soit l’objet d’une exploitation semi-touristique. Il existe une fresque de très grande qualité historique. Cette fresque mériterait une protection, mais aussi une mise en valeur pour que tout un chacun puisse en profiter. Non pas un projet pharaonique tel que Doué la Fontaine, mais au moins les journées du patrimoine, ainsi que des accès à la demande. L'idéal serait, comme à Vassens pour les autels de la guerre 14-18, une lourde grille pour bloquer l'accès à la salle contenant la fresque (le reste de l’exploitation souterraine étant moins fragile), et une clé disponible au café du quartier, sous réserve de la présentation d'une carte de membre à la FFS, ou un club spéléo reconnu (c’est le cas de Savonnières en Perthois, cela fonctionne très bien, ou bien encore le cas de Caumont dans l’Eure). Depuis cette action et dans ces deux lieux, il n’y a plus de fréquentation illicite amenant du vandalisme, mais une fréquentation respectueuse, autorisée pour tous, sous réserve d’un tant soit peu de sérieux !

Pour terminer, un témoignage de mon frère Nicolas : Rentrer dans les souterrains de Loches, c'était laisser la silhouette de l'imposant château derrière nous pour s'enfoncer dans un dédale de souterrains aux murs sombres. Obscurité légèrement oppressante due entre autres par l'activité intense qui se déroulait dans ces lieux quelques décennies auparavant : la culture intensive de champignons. Le réseau de couloirs en lui-même est très vaste, les galeries se dispersant un peu partout le long des axes principaux, très larges. Ici et là de très belles fresques d'anciens carriers dessinées au fusain sur les parois, ici un ancien puits s'enfonçant jusque dans la nappe phréatique, avec sa petite poulie toute charmante encore présente ; là un autre puits montant vers la surface, offrant un jeu de lumière très agréable. Quelques locataires intrigués par notre présence, ces petites chauves-souris dissimulées dans les anfractuosités appréciaient la fraîcheur des lieux. Et c'est dans la plus simple logique que nous nous sommes perdus dans ce dédale qui ferait rougir de jalousie Minos, et retrouver la sortie n'a pas été une mince affaire dans ces galeries qui se ressemblent toutes. Les souterrains tortueux de Loches préservent un patrimoine exceptionnel et une faune discrète, tous deux très fragiles, qui sommeillent paisiblement dans le silence et l'obscurité des lieux.

Les Fons de la Gaîté


A l'entrée sud, une ancienne étable. Malheureusement, on ne voit pas très bien les petites auges.


Une zone de mauvaise tenue.


Les tables de comptage des champignonnistes, il y en a des centaines là-dedans...

Ce que nous avons raté est visible ici. C'est bien dommage...

Les Trois Niveaux


Non loin de l'entrée, un puits à eau.


Sous la nationale, un secteur consolidé. Une vraie forêt d'ancres...


Les Trois Portes.


Jean-Paul Lamy, mis à la porte le 31 janvier 1978.


Dans les anciens locaux des champignonnistes.


Voici un aspect des caves de Loches. C'est vide vide vide...


Le noyage. Il y a beaucoup d'eau, il n'est pas possible d'aller plus loin.
D'après les dires des habitants, ça siphonerait assez rapidement.


Juliette, après une semaine passée avec nous ;-)


Le Lochois, collines et pâtures.

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