Tchorski
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Le bouveau de Moignelée

Ce documentaire date de 2003 et possédait des photos d'une assez faible qualité. Cet ensemble de pages a subi une rénovation complète une dizaine d'années plus tard. Cette page concerne une mine d'anthracite située à Moignelée, un hameau de Sambreville. A défaut d'être une véritable mine, c'est surtout un bouveau de belle qualité, qui menait à un puits d'extraction. L'entrée était un cavage très masqué dans la végétation, recouvert de branches et totalement indécelable pour qui ne le connaît pas. En se faufilant dans cet accès malaisé, on arrivait dans une galerie de roulage cintrée.

En 2003 nous en donnons la description suivante : il y a de nombreux effondrements, au bout de quelques mètres la circulation d'air devient catastrophique. La visite est intéressante mais extrêmement dangereuse à cause du niveau d'oxygène très bas, il y a entre autre deux berlines, un objet ressemblant à une tonne à eau, des rails, les restes d'une recette de puits, une belle veine d'anthracite visible derrière les cintrages : noire, luisante, presque graisseuse, un cabestan du fait que les berlines étaient tirées par câbles. Ce lieu est envahi de Co2. La respiration est anormale après la première chatière et la situation est extrêmement dangereuse après la seconde chatière. C'est une galerie malsaine que nous avons rebouchée, l'entrée n'existe plus. Cela est bien sûr décevant parce que nous n'avons pas pu aller au bout de la galerie. Les trésors d'archéologie industrielle sont cachés trop loin afin que nous puissions y accéder. Au niveau de l'ancienne recette du puits actuellement comblée, il reste une berline et quelques rails.

Cette description déjà peu avenante s'est aggravée en 2017. Nous avons mené des investigations sur place suite à un affaissement constaté en surface. La situation est encore pire. La première chatière est effondrée. De ce fait le passage dans le bouveau est devenu clairement impossible, ce qui empêche toute nouvelle visite ou réalisation de photos. Nous proposons dès lors ci-dessous les dernières photos du site souterrain. La galerie a été rebouchée et sombre dès aujourd'hui dans l'oubli le plus complet.

D'un point de vue historique, les mines de Lambusart et Moignelée sont regroupées sous le nom commercial des Charbonnages de Bonne Espérance. A Lambusart, le début de l'exploitation du charbon date de 1689, via un commencement marqué par des travaux artisanaux et réduits. Le charbon servait uniquement de chauffage domestique, il n'y avait pas de commercialisation. Le début de l'industrialisation du bassin date du 30 mai 1827. Une concession est accordée à messieurs Anciaux et Lefèvre et consorts. Cette concession régularise une exploitation illicite qui s'était déroulée durant 50 ans, constituée du nombre de 19 fosses où sont employés 90 ouvriers. En date du 5 décembre 1827, la concession de Lambusart est phagocytée par la société des Charbonnages de la Basse Sambre. En ce qui concerne Moignelée, le début de l'exploitation remonterait à 1747. Le 11 janvier 1812, Monsieur Bernard Degeffe et consorts introduisent une demande de concession aux Etats du Hainaut, afin d'obtenir l'autorisation d'exploiter des veines de houille dites aux Français et Petit-Engin. La régularisation des travaux existants sous forme de concession Charbonnage de Bonne-Espérance date du 3 novembre 1841. On retrouve plus tard des demandes de maintien de concession pour les veines de houille dites Veine aux Haies et Veine Fontaine-Spitaels. La fusion des concessions de Lambusart et Moignelée date du 30 juillet 1888.

La société des charbonnages de Bonne-Espérance comportait un siège avec trois puits. En 2003, l'un de ces puits avait sa tombe fendue, avec de l'eau qui sourd par une fissure. Il y avait deux puits d'extraction et un puits d'aérage. La concession avait une étendue de 184 hectares et 90 ares. L'extraction en 1929 était élevée à 126.800 tonnes de charbons anthraciteux à 8-8 % de matières volatiles. Cette année là, le nombre d'ouvriers s'élevait à 650. D'après la documentation dont je ne possède pas les sources, la société était gérée avant 1888 par monsieur Acarrin et monsieur Devries. De 1888 à 1912, monsieur Piérard était le directeur gérant. En 1912, monsieur Meilleur prenait la suite.

Ci-dessous nous allons procéder à la visite des lieux. Il n'est pas longuement nécessaire de faire un dessin quant aux photos datant de 2003 et celles plus récentes.


Voici l'état du bouveau en 2003. Il s'agit de la galerie d'entrée.


Le gros tas de terre du fond est le puits d'un chevalement détruit. C'est ce genre d'obstruction qui entraîne que les galeries s'aèrent mal et c'est la cause des problèmes de nappes de Co2 dans les points bas. Il n'est pas envisageable de procéder à une désobstruction parce que cela entraînerait l'effondrement des blocs de l'encaissant. Il s'agit d'un lieu désormais inaccessible.


Ces cintres entassés là devaient être sortis. Une fermeture prématurée de la mine aura décidé le contraire.


Cette galerie passe en dessous d'une route à grande circulation. Ce qui est visible en bas est un cabestan.
Les berlines étaient tirées avec des câbles. Cet appareillage est destiné à gérer la courbe.


Voici donc les photos plus récentes. On y voit mieux la structure du bouveau. Il est bien entendu dommage que 2003 n'ait pas vu la réalisation de plus de photographies, mais quelque part ça peut se comprendre vu les conditions tout à fait gazées et désagréables de cette époque. Les photos récentes sont plus jolies, mais réduites à la portion congrue au vu de la faible dimension des galeries accessibles.


Malgré une belle balafre de buée, mais soit, c'est comme ça, je ne l'avais pas vu sur place. Ici c'est la chatière. Elle donne une impression positive, mais un mètre cinquante après l'étroiture, c'est un désastre.


La longueur accessible est d'une centaine de mètres. J'en donne beaucoup de photos afin de garder une mémoire des lieux, mais c'est malheureusement de dimension restreinte.


Les tuyaux d'air comprimés étaient attachés avec des chaînes, la rouille a rongé et ça s'est effondré.


Au fond, c'est un superbe terrier de renard.


Il subsiste un baquet, peut-être un vestige de berline.


Au fond c'est le jour, avant que je bouche l'entrée.


Presque le même endroit que la toute première photo de 2003. On retrouve les deux chaînes qui pendent


C'est un adieu à la mine, car elle est bel et bien condamnée.

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