Tchorski
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Triel sur Seine


Le massif de l'Hautil est une vaste forêt située en banlieue parisienne sur les communes de Vaux sur Seine et Triel sur Seine. Il s'y cache un immense réseau souterrain creusé dans le gypse. L'existence de ces carrières est connue du grand public du fait d'un accident survenu à Chanteloup les Vignes, cependant le contenu des galeries reste quant à lui très mystérieux. En effet, l'innondation du réseau et la présence de CO2 rend la visite difficile et dangereuse. L'histoire de ces souterrains se reconstitue toutefois et on remarquera que suite à de nombreuses difficultés, les résultats ne furent pas à la hauteur de ce qu'attendaient les prospecteurs et exploitants.

L'EXPLOITATION
Le gypse est un monominéral sédimentaire faisant partie de la famille des évaporites. C'est une roche formée par la précipitation des sels contenus dans l'eau de mer lorsque celle ci s'évapore. C'est un sulfate de calcium hydraté (CaCo4). L'aspect est celle d'une masse homogène assez compacte, blanche ou crème, quelquefois grisâtre. La structure est fine, présentant une granulation compacte et comportant généralement peu d'impuretés, il s'agit de gypse saccharoïde. On le retrouve plus rarement sous forme fibreuse avec une couleur plus jaunâtre ou sous forme de pied d'alouette, prenant alors une couleur plus blanche et vitreuse. Du gypse, on fabrique du plâtre, soit du sulfate de chaux. La roche est broyés puis cuite durant quelques heures à une température inférieure à 200 degrés. On fabrique également du stuc, une immitation de marbre, réalisée avec addition de gélatine et de colorants tels de l'ocre. Pour le plâtre, on chasse par la cuisson l'eau contenue dans le gypse. Lorsque l'on ajoutte de l'eau au plâtre, celui ci fixe à nouveau l'humidité avec augmentation de volume puis durcissement.

A Triel, l'exploitation du gypse a commencé au 18eme siècle. Dans leur monographie sur le village, Georges Beaujard et Daniel Biget évoquent un citoyen nommé Bouty ayant ouvert une exploitation en 1791. Le travail était alors entièrement manuel. La situation économique de l'exploitation était très bonne et l'on note une grande participation de la population locale dans le travail mené au fond. Aujourd'hui, cette première carrière n'est plus visible, la seul entrée étant obturée. De manière assez certaine, les galeries restantes dans ce petit kilomètre de souterrain sont en grande partie noyées et effondrées. On remarquera en effet par la suite que les vestiges de galeries resistant le mieux à l'attaque du temps sont celles étant confortées.

Un peu plus près de nous dans le temps, il est possible d'observer de beaux graffitis dans la carrière de Vaux sur Seine. Ceux-ci sont placés à grande hauteur sur la voûte de la galerie, ils témoignent de l'avancement du creusement.
En premier lieu, on peut en déduire quasiment infailliblement que l'excavation était menée du haut vers le bas. Ensuite, au niveau purement technique, on forait la roche avec une immense tarrière (dont quelques exemplaires en très mauvais état sont toujours dans les galeries). Le trou était rempli d'un peu de poudre noire. Pour terminer, on allumait une mèche à conbustion lente (dont quelques restes sont également visible au sol). Les blocs informes étaient retirés à la main puis portés à dos d'âne vers le cavage. Ils étaient cuits au feu de bois ou au charbon de bois. Cette méthode traditionnelle s'est perpétrée jusqu'aux alentours de 1820.
Ce n'est qu'au milieu du 19eme siecle qu'apparaissent les premières confortations. Elles étaient réalisées par des maçons sans emplois ou en période creuses. Ces consolidations sont appelés “confortations à l'anglaise”. Ce sont des ouvrages maçonnés présentant des formes très diverses, des poutres, des encorbellements, des croisements, des tirants. On retrouve exactement le même type de travaux dans un étage inférieur d'une exploitation de gypse à Vizille dans l'Isère.

La modernisation s'implantant de plus en plus au fond des galeries, les méthodes de travail changent du tout au tout dans la seconde partie du 19eme siècle. Dans la carrière appelée “La mécanique”, exploitée par Joseph maron, la mécanisation apparait, l'usage de la lampe à huile disparait. On observe le même processus dans la carrière “Bourdin”, aux “Fontenelles”, la carrière “Saussaies”. Puis finalement, c'est à Triel sur Seine que s'implante le diesel et les méthodes d'exploitation intensives.

Les roches étaient tirées à l'explosif en grande quantité. Cela créait des zones instables. De ce fait, on lançait une grande raclette dans les éboulis et avec un treuil, on ramenait à soi les blocs afin de les charger. Il reste une belle raclette visible dans un coin de galerie. Sa dimension et son poids sont impressionnants. Visitant les galeries de Triel, on remarquera également une grande quantité d'autres appareillages. Les roulages sont omniprésents et sont encore en bon état. Il n'y a pas eu de démantèlement. Le long de ces voies, des tuyaux d'air comprimés jonchent le sol, témoins d'une utilisation faite du marteau piqueur.

Le schéma de creusement est assez simple. On observe alors de longues galeries de roulage boisées et noircies par les engins diesel, menant à des quartiers en chambes et piliers extrêmement réguliers. Il fut un temps où toutes les galeries de Vaux, de Chanteloup et de Triel se rejoignaient un un vaste maillage de galeries entrecroisées. Toutefois, le noyage de la quasi totalité du réseau empêche aujourd'hui ce parcours.

Ne possédant pas d'informations sur les dates de fermeture, la supposition est émise que cela arriva au cours des années 1970 ~ 1980. Un témoignage cite l'utilisation de camions dans le fond, un autre de réutilisation des lieux en champignonnière avant 1980. Fin 1960, il est évoqué l'extraction d'un million de tonnes par an.


LE CREUSEMENT
Les travaux de recherche et d'exploitation ont suivi des règles assez strictes. En effet, au contraire du calcaire, le gyspse est une roche friable évoluant rapidement lors du creusement. L'aspect le plus frappant est celui de la forme typique des galeries en trapeze. Le plus souvent, la base la plus large est au sol, mais il est encore assez fréquent de trouver l'inverse. Les confortations sont alors présentes en plus grand nombre. Cette forme de galerie se rencontre essentiellement dans les quartiers d'exploitation. La hauteur pouvant atteindre régulièrement dix mètres. Au contraire dans les roulages, prenant presque l'aspect de travers-bancs, la hauteur est faible (deux mètres), la section carrée et les parois entièrement muraillées.
Les exploitations ont concerné 800 hectares de terrain au total. Cependant, surtout durant la période la plus intensive de creusement, les galeries étaient foudroyées. Pour des raisons de sécurité, les exploitants avaient pour obligation de détruire totalement leurs galeries après excavation. De ce fait, il reste donc à ce jour seuls 200 hectares de zones de galeries non foudroyées. Dans cette surface, la très grande majorité est innondée.
A cela, il faut ajouter les opérations de comblement. En effet, suite à des effondrements généralisés dans la forêt de l'Hautil, des sociétés sont chargées de combler les vides résiduels avec des stériles : graviers routiers, déchêts inertes de construction, béton, terres de fouilles. Les galeries sont loin d'êtres réduites au simple souvenir, mais le comblement avance peu à peu, inéluctable et inévitable.
De ces effondrements, la population en garde un souvenir effroyable. En 1991, une caravane et son occupant disparaissaient dans un effondrement survenu à Chanteloup, sous le regard impuissant de témoins. Depuis cela, une action gouvernementale a été menée, une association “sos carrière” également. Mais la situation n'a pas beaucoup évolué. Il est de fait que ces remblaiements sont longs et extrêmement couteux.

Le gazage des galeries
Comme évoqué précédemment, les galeries de Triel sont envahies par le Co2. Si les galeries de roulage sont à priori saines, les quartiers d'exploitation sont nettement plus dangereux. Le Co2 est en principe invisible et inodore. Toutefois, à Triel, il a été noté que sa présence peut prendre la forme d'un léger brouillard surnageant les zones inondées et une part de galerie sans eau. Dans une zone où la présence de Co2 est importante, le briquet s'éteint, les bougies sont difficiles ou impossibles à allumer, par contre la lampe à acétylène n'est peu ou pas touchée. Un véritable témoin s'appelle un oxymètre portatif. C'est un appareil couteux à étalonner régulièrement, et dont la cellule soit être remplacée tous les deux ans. Le Co2 constitue donc un danger difficile à détecter.

7% de CO2 entraine une perte de connaissance.
3% de CO2 durant 15 mn est juste tolérable.

Le Co2 remplace l'oxygène de l'air. Si l'on capte dans un réservoir fermé 100 litres d'air sec, il y a en volume arrondis : 78 litres d'azote, 21 litres d'oxygène, 0,035 litre de Co2, 0.935 litre de gaz rares dont surtout de l'argon. Dans un milieu souterrain, il y a une balance qui est faite entre le dioxyde de carbone et l'oxygène. Il restera toujours 21 litres au total, mais plus la proportion de Co2 augmente, plus la proportion d'oxygène diminue. Le CO2 de l'air inspiré devient gènant dans la respiration pour 2 raisons :
-Il empeche l'élimination du CO2 de l'air expiré (4,5% de Co2, 16% d'O2, 79% de N2, en fonctionnement normal)
-Comme il réduit le taux d'oxygène, il réduit l'alimentation de l'organisme en oxygène.

D'où provient le Co2 ? A cela, beaucoup de suppositions ont été évoquées, dont certaines des plus farfelues. En premier lieu, il apparaitrait que cela ne proviendrait pas de la décomposition du gypse en présence d'eau. En effet, il n'y a pas de carbone dans le gypse (CaSo4) La seule possibilité serait une sulfatation de l'eau, qui se trasformerait en acide sulfurique. Cet acide viendrait alors décomposer les quelques couches de calcaire présentes. Cela n'est pas possible.
Il en ressortirait que la présence de Co2 provient de la décomposition des plantes en surface. En effet, la production d'humus est riche en émanation de dioxyde de carbone. Celui ci s'infiltrerait par la fracturation du sol et viendrait s'accumuler en galerie. Cela est plus présent dans les cas de roches à faibles cohésion comme le gypse, également dans les galeries dont les voutes sont proches de la surface, ce qui est également le cas. A Triel, les quartiers d'exploitation recoupent ces deux caractéristiques et de plus, sont très peu aérés. On retrouve le gaz dans les quartiers inondés parce que tout comme l'eau, le Co2 s'accumule en point bas.

Les galeries de Triel sont donc difficilement visitables. Il est impossible de prendre un bateau afin de naviguer dans les zones inondées parce que cela mènerait inévitablement à l'asphyxie. Le gazage des carrières est peu connu du grand public et le cavage reste grand ouvert dans la forêt. Une visite a été effectuée avec un détecteur de niveau d'oxygène. Si la visite est sans difficultés à l'entrée, dès que l'on s'enfonce dans les quartiers, on approche des niveaux dangereux. Ces niveaux deviennent encore plus élevés dans les secteurs innondés et les nappes de brume. C'est donc un lieu à visiter avec une multitude de précautions. Il vaut mieux y préférer une incursion dans les souterrains de Vaux, moins difficiles et ausi jolis.


Bibliographie
-Le sujet des carrières souterraines de Triel a été traité du point de vue historique dans un ouvrage cité précédemment. C'est le plus complet sur ces carrières. Gorges Beaujard - Daniel Biget "Triel-sur-Seine, son histoire, ses légendes", Editions du Valhermeil.
-Prise en compte dans l'urbanisme des risques d'effondrements des carrières souterraines de gypse abandonnées du massif de l'Hautil. R Thorin, Inspection Générale des Carrières Abandonnées.
-Le courrier de Mantes : Le massif de 'Hautil retrouvera t'il sa forêt ? Par Francine Carrière.
-Charles Revet, Rapport 70, commission des affaires économiques. Marnières et Cavités souterraines.
-Le Planitre, journal d'information de l'Hautilois.
-Levé de Plan de Triel et Vaux : Ludovic, Antonin Lainé.

Cependant, il est connu de sources sérieuses (IGC, IGCA) que le site a une forte teneur en gaz, possiblement du CO2, mais également du CO. De ce fait, nous avons visité une infime partie des lieux, les roulages aérés.




Dans quelques galeries, il reste les rails et quelques épaves de matériel roulant.


Un matériel ancien et assez dégradé.


Cette très grande carrière s'articule sur deux galeries de roulage de même orientation.


Sur cette photo, on peut apprécier les restes de tuyaux d'air comprimé.


Et ici, une raclette, outil utilisé pour ramener à soi les blocs au sol.


Les quartiers sont numérotés, mais la notation nous est obscure...





Autre étrange emblême de cette carrière atypique.
L'aspect mémorable des lieux se marque par ces lignes blanches sur les parois.
Est-ce une différente couche ? Un matériau retenant moins les couleurs des fumées de diesel ?


A la sortie, une voiture cramée...


Les restes de l'entrée.
Ne visitez pas cette carrière sans matériel de détection adéquat.
Vous risqueriez votre vie. Les gaz présents sont inodores et mortels.

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