Tchorski
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Les carrières de Caestert et Lanaye

Il s'agit de trois carrières souterraines situées sous la montagne Saint-Pierre, dans la commune de Visé, hameau de Petit-Lanaye. Ces souterrains sont distincts du fait qu'ils ne se rejoignent pas sous terre, mais ils sont géographiquement très proches. On en a tiré du tuffeau à des époques différentes (moyen-âge jusqu'aux années 20, 1923 marquant la fin de la dernière exploitation). Le tuffeau sert à la réalisation de pierre à bâtir ou réduit en poudre à la constitution du ciment. On trouve deux périodes d'exploitation principales : un réseau ancien taillé à la lance et dont les voutes sont plutôt ogivales, un réseau plus récent creusé à la haveuse, les voutes sont alors carrées. Certaines méthodes se recoupent, il devient alors difficile de dater le creusement, d'autant plus que certaines parties ont été tirées à la scie, méthode difficilement différentiable de la haveuse.

Les exploitations antiques datent des romains, on y tirait de la pierre à feu, ou plus techniquement des rognons de silex, lesquels servaient à l'armurerie. Ces exploitations sont situées dans le Thier de Lanaye, plus au sud (route Eben-Emaël - Lanaye). L'exploitation des galeries telles qu'on les connait aujourd'hui a commencé aux alentours du 13ème siècle. Il est difficile de dater car on ne retrouve plus de graffitis de cette époque, la plus ancienne gravure est en Hollande et date de 1550. Quoi qu'il en soit, on sait qu'un immense appel de pierre existât avec la construction des remparts de Maastricht. Les carrières les plus anciennes sont Grotten Noord et Zonneberg. La première, qui représente l'extrémité nord du réseau (Hollande, Maastricht) a la particularité d'avoir des galeries basses. Pour un réseau ancien, ça n'a rien d'étonnant. Zonneberg est très étendue et plus haute. Ces deux réseaux ont 'subi' une exploitation touristique intense. C'est ainsi que depuis 1850, des gravures de tous types et exclusivement touristiques ornementent les galeries. Même si c'est original et beau, ce type de gravure efface le passé industriel des galeries. Les galeries de ces deux réseaux ont été photographiées ici en 2001 (intérêt des photos très passable).

Le centre du réseau était constitué à l'époque d'un très vaste maillage souterrain, relativement haut, appelé Slavante. Il n'en reste presque rien, tout comme un monastère (le monastère de Slavante), rasé de fond en comble. La disparition de ce réseau est dû à une immense carrière à ciel ouvert, menée par ENCI. Il reste quelques vestiges de réseau accessibles par la carrière ENCI, mais ceux-ci s'avèrent inaccessibles à ma connaissance : les cavages sont à 15 mètres de hauteur dans une falaise.

La partie sud de cet immense réseau souterrain est constituée (du nord au sud) par Caestert, Lanaye intermédiaire et Lanaye inférieure. Ces réseaux nous intéressent parce qu'ils n'ont jamais subi d'exploitation touristique. En effet, nous sommes à 98% en Belgique et ce qu'on peut retrouver ailleurs (le terrible Sibbergroeve ou le Jezuitenberg) n'est pas à la mode dans cette partie du pays, relativement peu dense en population. De ce fait, les parois ne sont pas massacrées par des représentations de dinosaures ou de JF Kennedy !

Caestert représente le lieu de la plus haute puissance du banc. La carrière est à 20 mètres de profondeur sous le plateau de Caestert et la hauteur des galeries peut parfois avoisiner les 12 à 13 mètres, d'après les mesures de Jean-Claude Berens au télémètre laser. Il y a une certaine majesté dans cette carrière. Le réseau se caractérise par un nombre important de graffitis médiévaux. A Lanaye intermédiaire, beaucoup moins d'intérêt, les galeries sont moins hautes et une session de nettoyage des murs (années septante ?) a éradiqué la quasi-totalité des graffitis anciens... Pitoyable, même si ça émanait probablement d'une bonne volonté. Dans le réseau Lanaye inférieure, les galeries sont très hautes et dans la partie sud, elles sont creusées à la lance ou au pic. C'est l'extrêmité du réseau. On ne trouve que peu de gravures médiévales, mais un nombre important de signatures du XIXème siècle.

Les graffitis présentés sont voulus exhaustif mais malheureusement, nous devons reconnaître qu'il manque la scène de chasse du sanglier, un ange et le graffiti le plus ancien, qui représente un dragon dessiné à la flamme d'acétylène. Le dragon est difficilement reconnaissable, sans savoir ce que c'est, on pourrait croire qu'il s'agit de gribouillis. Il n'est jamais facile d'arriver à l'exhaustivité.

Ce documentaire sur les carrières de Lanaye et Caestert est en 7 parties distinctes. Chaque image ci-dessous mène à un reportage photo. Une attention toute particulière a été portée au relevé systématique (ou tenté comme) des graffitis anciens. Malheureusement, et comme partout, d'horribles graffitis à la bombe de peinture viennent tout massacrer.


Les abords

Caestert Groeve

Teernaaien Boven (Lanaye intermédiaire)

Ternaaien Beneden (Lanaye inférieure)

Les graffitis

Les portraits

Les plans

Compte-rendu de promenade dans chacun des trois réseaux
:
Commune : Visé, Lanaye, hameau de Petit-Lanaye, rue Hufkens.
Minerai : Tuffeau, appelée aussi marne en traduction litterale du néerlandais mergel.
Les galeries se subdivisent en trois réseaux : Lanaye inférieure, dite aussi Ternaaien Beneden, Lanaye intermédiaire, dite aussi Ternaaien Boven, et Caestert, rarement appelée Caester, rarement appelée Kaasteert. On trouve aussi un très petit réseau intitulé Kasteelgroot.

Accès : tous placés en réserve RNOB en 2007-2008.

Les réseaux Lanaye inférieure et intermédiaire

Ce sont deux vastes carrières s'ouvrant le long d'un chemin qui surplombe la Meuse. On est au même niveau que le Thier de Lanaye, mais ici la pente prend la forme d'un talus abrupt.

Leur exploitation daterait du 13ème siècle pour le commencement, à la différence du Thier de Lanaye qui daterait des Romains. Ce sont des galeries de 10 à 15 mètres de haut, 5 mètres de large environ, creusées dans un tuffeau parfait. Elles ont tour à tour servi de refuge durant les guerres, de champignonnières, et d'exploitation massive de pierre de taille. Les galeries se recoupent dans tous les sens et c'est un véritable labyrinthe inextricable.

DC Van Schalk, l'un des plus grands explorateurs de la région de Maastricht, a fait les plans de ces exploitations. Ces plans ont été augmentés et rendus exacts dans les années 80 par Ton Breuls, Ed De Grood, Ed Stevenhagen. Cela montre un réseau tout à fait impressionnant. Le SOK s'occupe de gérer l'accès aux cavités néerlandaises, ils connaissent assez bien ces autres réseaux en Belgique. Ils ont mené des études concernant les détails historiques du creusement : relevé exhaustif des graffitis, des outils de carriers, etc.

Lanaye inférieure est plus grande que Lanaye intermédiaire. Elle se divise de manière assez claire en deux parties distinctes, une moitié avec un maillage très serré, une autre avec des longues galeries en cul de sac.
Lanaye inférieure et Lanaye intermédiaire ne se rejoignent pas sous terre.

Le réseau Caestert

C'est une vaste carrière située à cheval sur la fontière néerlandaise. ENCI, une immense carrière à ciel ouvert, en a longuement grignoté les galeries. A ce jour, il est probable que ça ne change plus parce que ces cavités font l'état d'une protection (graffitis anciens, chauves-souris). Avant ça rejoignait Zonneberg à Maastricht par le long maillage de Slavante, aujourd'hui c'est terminé.

Par rapport aux deux autres carrières de Lanaye décrites précédemment, Caestert se distingue en premier lieu par la hauteur de ses galeries. Elles sont parfois impressionnantes, une estimation de 20 mètres pour les points les plus hauts. Le creusement y est effectué à la haveuse, à la scie ou à la lance. On pourra apprécier à quelques reprises la présence de surcreusement, ce qui donne un aspect étrange aux piliers.

Caestert se distingue aussi par la présence de nombreux graffitis médiévaux et de la période renaissance : des guerriers, des paysans, des maréchaux, des portraits, etc... Ces dessins au fusain ou à la sanguine ont une valeur inestimable. Parfois, ils sont dégradés par de bêtes tags à la peinture.

Sur la frontière, les galeries sont murées avec de hautes élévations de parpaings. Une chatière permet de passer mais le réseau situé derrière n'a pas un réel intérêt.

On notera la présence d'une toute petite exploitation sur le chemin de Caestert : le Kasteelgroot. Aucun intérêt notoire, sinon de posséder le vestige d'une cave à vin.

Le Thier de Lanaye (illustré ci-dessous)

Commune : Lanaye
Minerai : Craie et Silex
Accès : Réserve RNOB


Topographie : Michel Caubergs. Reproduction tirée du document Notes fauniques de Gembloux, 2005-57 17-27, Michel Dethier, Luc Willems.

A 40 mètres au dessus de la Meuse, dans le lacet d'une route sinueuse menant à Eben-Emaël, il y a un petit chemin comportant une barrière et un accès piéton : c'est un sentier longeant une multitude d'entrées anciennes et en bon état, 17 entrées au total. Ce sont quelquefois de minuscules galeries, d'autres fois un petit réseau assez tortueux de galeries basses et esthétiques. Elles sont parfaitement représentatives des exploitations anciennes de la région, comme Wonck ou Bassenge.

Ces galeries ne partent jamais en profondeur. Elles longent le coteau. Peu-être était-ce plus facile, cela limitait les transports. Si la craie a été exploitée - qui sait - il semble certain que le silex était le motif principal de l'industrie extractive. Les ciels sont constellés de rognons informes, solidement ancrés, quelquefois pointus.

On trouvera aussi la présence de bergeries anciennes. On remarquera en effet des auges en ciment, témoignage de la présence des ovins en hiver.

De l'autre côté de la route, un autre chemin part. C'est le Thier de Caestert. Ces exploitations reprennent exactement le même type de creusement mais sont plus petites.

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Un aperçu des galeries du Thier de Lanaye : de petites exploitations constellées de silex.

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Une autre galerie du même lieu. On voit bien les silex au ciel à droite.

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