Tchorski
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La Rhonelle souterraine

Cette page est une petite promenade souterraine réalisée dans le canal de décharge de la Rhonelle, une rivière souterraine qui court sous la ville de Valenciennes.

La construction de l’ouvrage remonterait, aux dires assez concordants sur la question, du tout début du XXème siècle. Au vu de la grande homogénéité des travaux, ce tunnel a dû être érigé en un seul tenant. C'est une galerie en très bon état général, qui est équipée d'une cunette. De ce fait la visite est aisée. Divers petits ruisseaux se connectent, mais sont globalement envahis de H2S. Le bout de la galerie est une chute tonitruante. Il s'agit de la Rhonelle, qui déverse son trop plein. Le lieu est remarquablement esthétique, bien que non visitable car toute investigation complémentaire en deviendrait dangereuse.

Au fil d'un tournant formant une très large courbe, un passage bétonné attire l'attention. D'un aspect peu conventionnel, il ressemble à un passage secret que l'on est venu consolider à la hâte. Derrière cette voie d’accès bricolée, quelque part ça se confirme. Un court creusement dans la craie, quasiment anarchique, ferait à penser à toutes ces carrières de la Plaine de Mons. Peu développée, cette galerie donne immédiatement sur un fossile de fortification. Fossile dis-je, ou relique. En effet le vestige n'est pas complet. Ces galeries ont été largement amputées par les diverses reconversions de la ville. C’est un reliquat des fortifications Vauban de Valenciennes.

La fortification est localisée sous le lycée Watteau. Les galeries forment un plan en V très évasé, avec quelques diverticules. Il devait y avoir beaucoup plus de réseau à l'époque, mais il n'en reste que ça, en tout cas ici. Les galeries sont assez peu curieuses. Linéaires, elles n'offrent qu’un lot réduit de surprises, comme toute fortification Vauban en fin de compte. En contrepartie des beaux escaliers en pierre bleue permettent de gravir un étage, voire deux si l'on rejoint la surface dans un local annexe du lycée.

Et là se passe toute la magie de Valenciennes. C'est qu'après avoir parcouru une rivière souterraine, laquelle jonctionne sur des égouts antédiluviens et des ruisseaux canalisés, après avoir traversé une fortification Vauban, voilà qu'on arrive soudainement dans deux belles vastes salles, qui pourraient avoir été en leur temps des caves du lycée (bien qu’elles soient un peu excentrées). Pour un peu et à quelques mètres près d'ailleurs, on en viendrait à jonctionner avec les vides souterrains de la carrière du château d'eau, laquelle est bordée en sus par des gros réservoirs souterrains d'eau potable. C'est ça Valenciennes, un sacré monde secret enfoui sous les pieds.

Nous étions déjà à ce titre dans ses sous-sols en 1998, c'est dire si c'est une longue histoire. Rue Milhomme, le Glacis, Fort Minique, rue Fleurie, nous étions là et c'était bien ! A ce jour la plupart de ces carrières n'existent pour ainsi dire plus. La dangerosité des lieux a mené à des comblements. Grosse perte du point de vue historique, mais on comprend la nécessité.

Les deux salles en question sont plutôt bien préservées, malgré de gros soucis d'humidité. Les murs en briques ont été peints. D’innombrables visiteurs ont écrit un petit souvenir de leur passage. Beaucoup sont devenus illisibles. Les plus anciennes remontent à 1882-1887 et semblent d'ailleurs se concentrer dans cette période. Durant la première guerre mondiale, des œuvres du musée des beaux-arts furent cachées dans ces locaux. Les deux salles sont localisées sous le boulevard Pater. Malgré la circulation automobile, cette situation est absolument indétectable sur place. On n’entend rien de particulier.

La Rhonelle souterraine n'a pas été visitable lors de mon passage, du fait qu'il y avait à ce moment-là deux mètres d'eau. Plusieurs essais menés aux entrées du Vieil Escaut souterrain n'ont pas donné de meilleurs résultats. Des deux côtés, j'ai dû affronter une centrale nucléaire de méthane. Ça bouillonnait à chaque pas dans la vase. Au sein du milieu très-très confiné (et d’ailleurs à la limite du possible), ça devenait dangereux. A faire une autre fois, sans réel optimisme toutefois.

Reste que ça fait malgré tout une belle promenade. En voici un petit compte-rendu sonore et quelques photographies.

 

Court paysage sonore des rivières souterraines de Valenciennes.
0:00 - La Rhonelle - Ambiance souterraine.
6:00 - Canal de décharge de la Rhonelle - Ambiance souterraine, grosse chûte d'eau.
12:00 - La Rhonelle - Ambiance souterraine.
18:00 - Vieil Escaut - Ambiance souterraine.
24:00 - La Rhonelle - Ambiance souterraine.

Durée d'écoute 30:00 minutes.


Abandonnez tout espoir en passant. Voilà qui est dit et ce n’est guère rassurant.


L’entrée du tunnel est esthétique. Par contre, la cunette est surmontée de deux plaques en lévitation, que l’on a tendance à ne pas voir en passant.


L’entrée du tunnel offre un paysage immédiatement avenant. La cunette facilite la marche.


Par contre au fil des centaines de mètres, les lieux sont invariables.


Seuls de nombreux tournants offrent des paysages agréables.


Comme évoqué, voici soudainement la présence de ce tunnel sommaire creusé dans la craie grise.


Ce boyau jonctionne sur une galerie Vauban tout à fait typique des fortifications de cette époque.


Nombre d’exagérations sont courantes, telles qu’on circule à cheval dedans ou que cela rejoint Bavay.
On a l’habitude en fait...


Des travaux postérieurs (première guerre mondiale ?) ont apporté du cloisonnement.


Un boyau se lance sous le boulevard Pater et le traverse.
Malheureusement ça débouche sur du remblai.


Un escalier en pierre bleue de l’Avesnois permet de monter de plusieurs niveaux.


On y découvre alors les fameuses salles souterraines. Elles sont indéniablement esthétiques.


Les murs sont constellés d’inscriptions, la plupart illisibles. Ici deux visiteurs en 1925, Émile Houriez et Maurice Tricat. Les deux sont apparemment inconnus des généalogies.


Souvenir (…) les visiteurs du 5 avril 1887.


Charles Valez 1886.


(…) Désiré - 1884, Bara Léon - Jules Chartier 188...


Les tours et détours donnent sur ce magnifique escalier chargé d’histoire.


De l’autre côté du V, la galerie est monotone et débouche sur une obturation en remblais.


Ce passage souffrant d’humidité est glauque.


Nous retrouvons dès lors notre galerie de décharge de la Rhonelle.


Au fil du parcours sinueux, le bruit tapageur se fait de plus en plus omniprésent.


C’est la chute de la Rhonelle. Un trop plein de rivière se déverse ici. Cet ouvrage régule le niveau d’eau de l’étang localisé autour de la tour de la Dodenne.

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