Sonorités de Namur - Paysage sonore

Paysage sonore de la ville de Namur, Belgique.

Il n'a pas été évident pour moi de traiter le paysage sonore de Namur, tant je connais cette ville par cœur. Il a fallu se détacher des parti-pris, des a priori, y aller avec des oreilles neuves. Cela s'est révélé abordable dans le sens où je n'avais jamais enregistré spécifiquement ses sonorités, à cette petite ville resserrée sur ses rues anciennes ; en réalité j'y ai beaucoup été pour le travail, ce qui ne laisse pas forcément un bon sentiment quant à ce lieu.

Namur est une drôle de ville. Si l'enregistrement finit par vous coller un sentiment de malaise, il ne faut pas spécifiquement se dire que c'est anormal. En effet la ville donne l'impression de se vider de ses habitants au profit d'un rythme de navetteurs. Namur est un centre scolaire gigantesque (les secondaires, l'université), un lieu de bars et de loisirs, un bassin d'emploi développé en matière d'administrations (la région, le gouvernement) : c'est la capitale de la Wallonie, posée sur la Meuse et la Sambre.

Mais voilà, 17 heures arrive, tout le monde s'en va graduellement et rentre chez soi, ne restent qu'un fabuleux volume de tapages et d'ivrognerie. Je ne donne pas une image reluisante de cette ville, mais voilà je l'ai dit, j'y ai été sans credo artistique. J'ai enregistré ce que j'ai entendu, retranscrit ce que j'ai vu dans ce condensé qu'on appelle paysage sonore.

Au vu de cet aspect de la ville de jour puis ville de nuit, l'enregistrement effectue un saut temporel dans ces ambiances spontanées. Tout d'abord, c'est un long témoignage sur ces trajets, aux sonorités denses : les bus, les trains, les navetteurs nombreux, puis l'interminable ballet des valises des koteurs dans toute la ville. Ensuite nous passons au rythme de la nuit, ivre et agressif. Je me suis fait virer par un barman alors que j'étais sur un trottoir : on ne se promène pas ici, qu'il me dit. Soit, c'est donc ça Namur.

Épuise par cette nuit, on part en bord de Meuse, enfin au calme dans des quartiers verdoyants. Les oies crient sur une île déserte. On s'y plairait soudainement.

Une mention toute spéciale à la fille qui attendait sur le quai, train en direction de Liège. Tu as repéré mes micros et ma technique d'enregistrement. Jamais personne ne m'avait remarqué avant. Minute 8:48 soudain ça se fige. "Fais gaffe" que tu dis. Bravo à toi ! Identifie-toi afin que je me fasse pardonner, dans la vraie vie j'ai moins une tête de tueur ;-)

Enregistré le 23 novembre 2018.

Les titres sont les suivants :

0:00 - La gare de Namur. Cet endroit est véritablement très fréquenté, ce pourquoi afin de représenter Namur, j'avais l'obligation morale de m'y rendre en heure de pointe, voire même si possible un vendredi soir. Comme j'en parle dans la présentation générale, Namur est une drôle de ville. On y entend au fil de cet enregistrement fleuve le passage piéton, les bus, la foule, les escalators, puis le grand couloir de desserte des voies. Au fil d'un rythme assez soutenu, je laisse partir plusieurs trains, avant de prendre le chemin du retour.

17:50 - Rue des Carmes. Premier défilé de valises. Sur les pavés, je suis une enfant et sa maman.

19:56 - Au passage de la gare, des gens sont attablés en terrasse. Au gré du vacarme formé par tous les gens qui vont et qui viennent, on devine une discussion bon enfant. Namur est aussi une ville chaleureuse.

24:12 - Rue du Collège, Félicien Rops. Des élèves se rendent à une fête locale.

25:50 - Rue Saint-Loup. Deux mamies sont scandalisées par les prix pratiqués dans une boutique de décorations de noël. Une famille arrive. Un enfant s'intéresse distraitement à ce petit monde. Va-et-vient de valises, chacun part de son côté au fil de quelques rues piétonnes.

32:50 - Place du Marché aux Légumes et graduellement, une promenade calme vers la place Chanoine Descamps. Les bars sont bondés. Ils accueillent une population estudiantine qui est déjà ivre. Beaucoup de tables ont le mètre, c'est-à-dire un mètre de bière dans un rack. De nombreux étudiants pratiquent l'affond, une tradition qui vise à descendre une bière aussi rapidement que possible. Ensuite la bouteille en verre est fracassée au sol ou bien le plastique écrasé du pied. L'ambiance est assez déjantée et festive, ça crie de partout.

42:36 - Quais de Sambre. J'ai pris des risques pour cet enregistrement, j'ai vraiment été au cœur des groupes. Sur le bord de Sambre, des îlots de jeunes sont formés tous les 30 mètres. Casiers de bières, ganja à outrance, ils sont morts bourrés. Ils passent de la super musique : je trempe mes couilles dans tes larmes. Rivière de pisse au sol, déchet de l'humanité, simplement comment peut-on en arriver là ?

47:48 - Au Grognon à deux pas de là, la péniche nommée Alain (IMO 226001470) s'engouffre de la Meuse vers la Sambre.

49:54 - Le pont Materne. Au sein d'un déluge routier vers Jambes, un feu rouge permet aux piétons de traverser.

51:00 - La Plante. Nous quittons peu à peu cette ambiance urbaine oppressante pour retrouver de verdoyants quartiers en bord de Meuse. Voué au silence reposant, ce coin offre un havre de paix aux bernaches.

Durée totale : 55:42 mn.

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