Tchorski
Tchorski
La champignonnière Jodogne (1/2)

Nous voici à nouveau dans le Mergelland. Le travail systématique qui est mené a l’avantage de réserver surprise sur surprise. En effet, la question d’aborder la totalité des carrières de tuffeau de la région de Maastricht nous place devant un sacré défi, à savoir autant le nombre (presque 400) que la variété infinitésimale des sites souterrains. Quelquefois immenses, quelquefois ridicules, souvent anciens, parfois mécanisés, les creusements ont chacun leur charme indéniable.

Nous nous rendons aujourd’hui dans une champignonnière en activité, localisée à Eben, Bassenge. Il s’agit de la champignonnière exploitée par Théo Jodogne. Il cultive en ce lieu depuis 32 ans. Que cela soit dit, il est à louer l’extrême gentillesse de cet agriculteur qui m’a accueilli à l’improviste… le jour de noël ! Ça ne s’invente pas.

Suite aux déprédations dont il fut victime de la part du milieu urbex, l’exploitant a été obligé d’investir dans une alarme centralisée. De surcroît, le chien est désormais sur place une nuit sur trois. Il est très petit mais très hargneux (il ne m’a pas aimé, mais alors pas du tout !)

Théo Jodogne est un des rares agriculteurs belges à maintenir une culture traditionnelle de champignons en Belgique. Il fournit principalement les établissements Colruyt. Les autres cultivateurs sont Dirk Jackers, localisé à l’Avergat à Kanne Riemst. Il fournit Coenegrachts et Carrefour Market. La petite production d’Albert Hendrickx à Wonck est agrémentée d’un marché de noël et de soupe aux champignons. Un quatrième cultivateur existe, au sein du Trou Loulou d’Emael. Il s’agit cependant d’une culture familiale. Les autres cultures ne sont pas traditionnelles et sont maintenues dans de vastes hangars réfrigérés en été, chauffés en hiver.

Lors de notre visite, Théo Jodogne se trouvait en pleine production, étant donné qu’il faisait face à une demande intense lors des fêtes de fin décembre. Cela explique l’accumulation de tables superposées, ce qui n’est pas maintenu de la sorte en période de demande moindre. Il nous évoque avoir de la peine à suivre tant la demande est forte.

En ce lieu un peu reculé de la campagne du Héyoul et à vrai dire, qu’il faut connaître, les grottes sont anciennes. Elles forment un réseau non pas labyrinthique, mais un peu anarchique. En son temps, Michel Caubergs en a dressé une bonne cartographie. Lequel évoque d’ailleurs qu’il s’agit d’une exploitation antédiluvienne de silex, ce qui ne serait pas étonnant au vu de la similitude flagrante du lieu avec les galeries voisines du Thier de Caestert et du Thier de Lanaye. Il a mesuré un développement de galeries avoisinant les 2000 mètres. Le secteur occupé par la champi est moindre.

Le site de production propose du champignon brun de Paris (Agaricus bisporus), ce qui est tout à fait classique. Cueilli avec le pied, il conserve tout son goût. Ayant eu le temps de venir à maturation grâce à la culture traditionnelle, il est ferme et savoureux. Par rapport au blanc, il a une chair plus ferme et plus gouteuse.

A côté se trouvent des caves de dimensions plus modestes. Il y est cultivé en tables du pied bleu (Lepista nuda). Ce champignon est caractéristique de par son pied possédant une base à la couleur violacée. Il possède une chair tendre et parfumée, au goût légèrement sucré.

Et dans une impasse, une découverte pour nous : la culture du pleurote, à ne pas confondre avec la culture du shiitake, qui peut y ressembler vu de loin. Le pleurote est cultivé en tant que champignons des bois et complémente très bien le champignon de Paris. La culture est réalisée sur un cube de substrat végétal, empaqueté dans un sac. Au vu de la température et l’humidité, la production est forte. L’aspect de la culture est fondamentalement inesthétique, étant donné que ce sont des cubes disposés au sol, mais ça a l’avantage d’être aussi bien original qu’instructif.

La culture se déroule toute l’année, quasiment tous les jours, mais par contre il existe naturellement un ralentissement de la production durant la période estivale.


La champi est accessible par cette galerie, qui a vu défiler des centaines de milliers de bacs.


Les citernes d’eau permettant l’arrosage.


Nous voici devant la première culture en tables.


Les bacs de récolte. Il s’agit de brun, cueilli avec le pied afin de conserver la fraicheur.


L’exploitation y est très ancienne, puisque notamment, Caubergs y évoque avoir retrouvé une facture de champi datant de 1981.


C’est en tout cas depuis 1986 que Théo Jodogne cultive le champignon.


Voici une table très chargée, qui va être récoltée dans les minutes qui suivent.


Ce n’était pas spécialement prévu. Les tables, livrées à une date peu pratique, ont fructifié rapidement. Voilà ce qui provoque une tournée de récolte en ce jour de noël. Dur métier de labeur quotidien !


Ces nombreuses tables sont chargées à l’identique, ce qui promet un travail assez conséquent.


La récolte est effectuée sur ce vélo. A l’avant les caisses de production, au milieu le seau. Ça permet de travailler sans avoir à se baisser et se massacrer le dos.


En cours de récolte.


Les productions sont extrêmement soignées, belles et propres. Le surnom du champignon de Paris est le champignon de couche.


En préparation de l’arrosage, qui va permettre le démarrage d’un nouveau cycle de production.


Les tables sont empilées afin de gagner de la place, ce qui n’a lieu qu’en période de forte production.


Il existe diverses méthodes de production : en sac, en meules, sur bottes de paille. Dans le Mergelland, la production sur tables est universelle.


Mélange de paille, de fumier de cheval, du mycélium, de la tourbe et un peu de craie, voici le substrat.


Cette table vient d’être arrosée d’une fine pluie assez rapide.


A divers stades de production, les caves s’accumulent.


Une ventilation par ventube est opérée afin d’amener le taux d’oxygène voulu, nécessaire à la production. Une canalisation destinée au chauffage traverse les caves, afin de réguler la température si cela s’avère nécessaire, 13 degrés étant l’optimum.


Ces tables sont moins développées. La récolte attendra un peu.

SUITE >