Récit de randonnée - La côte Belge depuis la frontière néerlandaise jusqu'à la frontière française

Comme je le disais lors d'une autre occasion, plus précisément la promenade réalisée le long de la côte d'Albâtre, les randonnées d'hiver posent toujours question. Cette fois encore, cette notion est bien présente, si ce n'est que cette impression a été formidablement exacerbée par une période de mauvais temps brouillardeux. Il en est ressorti une ambiance cafardeuse à franchement parler extraordinaire.

Réaliser cette promenade en hiver est un non-sens. La côte belge est une absolue terre d'été. Durant la période estivale, tout est bondé, heureux, ça respire les vacances. Alors pourquoi se rendre en cette destination en plein novembre ? A vrai dire c'est une question à laquelle - longuement promenant le long de la mer du nord - j'ai cherché réponse. Peut-être cela tient-il au fait qu'en juillet, le résultat serait trop prévu : on sait à quoi s'attendre de Blankenberge Sea Life à De Panne Plopsaland. A moins que tout cela ne soit complémentaire ? Ou encore, à moins qu'on ne s'en foute totalement ? En fin de compte ce sera cette dernière réponse que je retiendrai.

Le but de la promenade est en outre de réaliser un paysage sonore de la côte. Comme je monte un paysage pour chaque ville belge de plus de 65.000 habitants, Oostende s'y inscrit. Au vu de l'indissociable ambiance, j'y adjoins de manière fusionnée Knokke, Zeebrugge, Blankenberge, De Haan, Nieuwpoort, Koksijde et De Panne. Quelque part, à s'attacher à la description de l'ambiance sonore de la Belgique, ce parcours est indispensable.


Paysage sonore de la côte Belge

Mon point de départ est Knokke-Heist. Le but est de stationner Marguerite. Je me gaufre passablement bien étant donné que je pensais le lieu régi par un parking gratuit. En effet la ville de Knokke dit que le parking est gratuit : In alle straten ten oosten van de Zwinlaan, Bronlaan en Paulusstraat, behalve Nieuwe Hazegrasdijk, Hazegrasstraat, Rijkswachtlaan en Bosmannenstraat. Sauf que ce sont de vraies ordures. Tout d'abord j'avais interprété à tort que Bronlaan était gratuite, je n'avais pas vu le parcmètre en streetview, et à l'est de toutes les rues précitées, purée mais y'a rien ! Donc le long de la côte belge, il ne faut pas chercher, le parking gratuit est strictement inexistant et parquer à Cadzand (nl) n'y change rien. Paf la mouche !

Bon bref de toute manière je n'étais pas étranger à ce que cela arrive. C'est sous un soleil radieux que je démarre la promenade. Ici à Knotte Het Zoute, ce sont des magnifiques villas valorisables à plusieurs millions chacune. Il n'y a pas un chat, le paysage est beau, reposant. Les villas, rarement les mêmes, offrent un spectacle changeant d'une richesse ostentatoire. Les Tesla chargent au gré de borniers privés. On est dans les terres du baron Lippens. Dans les années 1980, il avait souhaité faire déplacer la gare ferroviaire afin de décourager les villégiatures d'un jour, appelées avec un mépris dégoulinant les "frigobox". Plages privées, plaques suisses, l'ambiance est donnée !

Au fil du parcours, voilà la première barre qui apparaît au loin. Toute la côte a été bétonnée à outrance, de Knokke à De Panne, offrant un spectacle similaire si ce n'est identique : de longs alignements d'immeubles concentrant un maximum de clapiers à lapins : étroits logements offrant le plus possible de fenêtres (ou balcons) sur mer, tout en essayant de densifier au maximum le nombre de personnes présentes. Sacré paysage, qui se révèle pour ainsi dire unique. Immédiatement après les frontières, que ce soit à Bray-Dunes ou à Cadzand, cet urbanisme n'existe pas.

A Knokke ces barres sont marquées par une ambiance toute particulière : on est pétés de pognon ! Les galeries d'art s'alignent les unes après les autres, 80 au total. Les prix ne figurent nulle part. C'est à ce point suintant d'aisance que l'on n'hésite pas à placer un Folon sur la plage, pris par les eaux de la marée haute : le bronze se voit complètement ensablé. Le parcours sur la Zeedijk est pour le moins particulier et mémorable. Malgré cette richesse patente, on ne se sent pas mal pour autant. C'est tape à l'œil mais finalement ça ne gène pas. Ça en serait presque caricatural.

C'est juste avant le Baai van Heist que je prends un repas de midi. Les porte-containers et les roro vont tous chercher l'Escaut à Vlissingen. Ils passent au large de Zeebrugge et encore, quand je parle de large c'est bien peu. A peine deux kilomètres doivent nous séparer. Leur ballet incessant est beau.

A partir de là va débuter ce que je suppose être l'épreuve du parcours, la traversée du port de Zeebrugge : 8 kilomètres pressentis comme étant une énorme route à camions. Le début de la traversée fait passer par la sur-fréquentée Kustlaan, qui tient ses promesses en matière de trafic routier : on y trouve un ratio de 5 camions pour une voiture (c'est mieux qu'au Havre, 10 pour une !). A droite se trouve une double ligne de clôture électrifiée surmontée d'un concertina, une caméra tous les 30 mètres. De vastes publicités vantent les mérites du port, le deuxième de Belgique et 83ème du monde : Port of Zeebrugge, Brexit proof ! Je sens que la traversée va être sport, mais c'était une erreur en fait ; c'est assez surprenant et authentique.

Je traverse le gigantesque double pont-levant de Pierre Vandammesluis, qui a le mérite d'être la plus grosse écluse que j'ai eu l'occasion de voir. Deux supertankers y entrent sans peine. Je mets les voiles quand soudainement, j'entends une sonnerie stridente. Demi-tour ? Mazette le pont se lève ! Mais alors quelle chance ! Tout d'abord parce que coincé de l'autre côté, j'aurais eu un détour très malheureux sur l'affreuse Isabellalaan, et d'autre part parce que purée il faut dire que le spectacle vaut le regard.

En 20 minutes, les deux ponts se lèvent. Le spectacle est dantesque, c'est énorme et inhumain. Ça rappelle à fond Le Havre, mais sans son danger omniprésent : les mêmes bruits, les mêmes odeurs, la même ambiance très lente. Je regarde passer deux vessels durant une heure. Deux mariniers russes se mettent à côté de moi et regardent eux aussi. Les mariniers des deux navires tractés par des remorqueurs sont tous philippins ; ils nous saluent. Il s'agit des ships Seatrade Orange de Monrovia (IMO : 9690092, pavillon Liberia) et Comet Ace de pavillon Panama (IMO 9182356). Le premier est un container-ship et le second un roro. A date d'écriture de ce compte-rendu, 4 jours après ce spectacle, le premier est en mer au large de Rotterdam (NL), le second est à Jarrow (GB). Zeebrugge est un port spécialisé en roro (roll-on roll-off) et donc en transport de voitures neuves.

Après 1h30, je décide de filer même si les opérations ne sont pas achevées. C'est beau comme tout, dans un déluge industriel incroyable. A l'entrée routière du port a lieu un défilé de poids-lourds inimaginable. Une voie ferrée voit passer un train de containers, très lent, infini, bruyant. La même chose que notre séjour havrais Nezumy ! Des maisons sont disposées là. Une seule question : comment est-ce possible ?

Je longe la marina de Zeebrugge, traverse la Visartsluis dans un boucan indéfinissable, puis rejoins Blankenberge. La traversée de Zeebrugge a été passionnante. De retour sur la plage, cette fois-ci au tout début de la Zeedijk, le paysage change car soudainement on a 80 dB en moins !

Ça vaut bien une pause. De manière impressionnante, après avoir viré la veste, c'est le pull que j'enlève ! Un 15 novembre je me retrouve en t-shirt sur une belle plage de la mer du nord ! Cette embellie ne sera que de courte durée car dès le Pier arrive une purée de poids. Radicale. En 20 minutes et quelques, on doit perdre quelque chose comme 10°c. La veste est très vite de retour, puis le bonnet. Brrr !

Blankenberge est aussi marquée par la présence de barres bétonnées, peut-être encore plus qu'à Knokke d'ailleurs, mais l'ambiance est fondamentalement différente. Ici c'est frigobox-archi-welcome. Blankenberge offre un spectacle d'une ville entièrement dévouée au tourisme de masse. Les échoppes touristiques sont suivies d'échoppes touristiques, parc d'attraction, zoo et autres variations. C'est la station la plus fréquentée de la côte et dès lors se voit affublée du surnom Bruxelles-Sur-Mer.

Bien avant le séjour, on se moquait déjà de moi avec gentillesse : sera-ce chocolade pannenkoeken ou waffels, des crêpes ou des gaufres, me disait-on ? La réalité a de quoi faire sourire, le choix qui m'est posé est soit celui de Te Huur ou Te Koop, à louer ou à vendre ! Je me rappelle Jean-JS à Zichen ! La seule alternative (même pas des Moeder Babelutte) est Verkocht ! Bon soit, j'élude les Totale uitverkoop wegens stopzetting car c'est moins drôle. Les échoppes sont toutes, mais alors toutes, désertiques. Sur la Zeedijk, il n'y a pas un promeneur. J'ai la ville entière pour moi !

Le contournement de Jachthaven Blankenberge, une marina un peu triste, ne pose pas de problème. De l'autre côté, il commence à faire véritablement dégueulasse. Le brouillard devient un crachin breton. La météo, elle, annonçait 4 jours de grand soleil ! Ah, mais ça c'est encore la faute au stagiaire, c'est sûr ça (et cet idiot doit venir de l'UCL et être abonné à Uconfessions ;-)

Direction Wenduine, la solitude s'agrandit, ce d'autant plus que la nuit tombe. C'est de la sorte que j'arrive à De Haan, qu'il faut traduire par 'Le Coq'. C'est une station petite, assez aisée, émaillée de la présence de plusieurs villas. Je ne sais pas pourquoi j'y voyais dans "Ma Normandie" une villa royale. En fait, il n'en est rien.

A l'abri dans une entrée de résidence désertique, je me fais un repas chaud. Lors de cette promenade à la côte, je n'aurais que rarement poussé les notions de clochardise aussi loin. Le moins qu'on puisse dire, c'est que la côte est destinée à du tourisme à la journée, au week-end, à la location estivale, statique, mais certainement pas de la randonnée - pas du tout du tout. Du coup j'ai dû déployer d'intenses efforts pour trouver de l'eau, des squats. Pourtant tout a très bien été. C'est bien.

L'expérience de prendre un repas à De Haan, purée c'est une aventure. Faut quand même s'imaginer que pour toute cette ville, là présentement, on est douze clampins. Les quelques qui sont présents sont claquemurés au chaud. Il fait noir, il fait froid, il fait brouillard, il fait solitude extrême. C'est un truc de fou dont je garderai un bon souvenir !

Quittant la ville, sous des lampadaires jetant un halo carrément lugubre, une dame me voit passer depuis son salon. Je visualise bien à son regard les mots : Het is gek, een wandelaaaaaaaaaaaar ! Elle n'en croit pas sa mère et quelque part, moi non plus. Qu'est-ce que je fous là ?

A deux pas des maisons, j'établis un squat. Il est phénoménalement solitaire. C'est un exil. Les halos de la Zeedijk disparaissent peu à peu car le brouillard s'intensifie. Je ne pense pas que des mots puissent décrire le sentiment qu'on vit lorsqu'on est vraiment tout seul dans cette ville déserte, la nuit dans le brouillard. C'est intense.

La nuit est très humide, ce qui provoque que j'embarque une quantité importante de sable, collé à tous les objets. Tout est trempé par le crachin. De dire que je prends un kilo ne serait pas une exagération.

A la reprise de la marche, les plages sont incroyablement désertes, normal il est 5h50 du matin. Dans le noir, je mets le pied dans une baïne. Plouf ! Ah bah oui, je ne l'avais pas vue ! Je suis content de mes chaussures Salomon, car les dégâts auront été limités. C'est tout de même appréciable car sinon c'était vaguement un petit air de catastrophe. Bon de toute façon dans l'ensemble avec le brouillard, je suis trempé malgré tout, mais ça ne dérange pas.


Enregistrement de la mer durant une heure

Je longe Bredene sans m'en rendre compte, la ville étant cachée par les dunes. C'est ainsi que - le jour se lève - j'accoste aux contreforts d'Oostende. J'arrive au fameux passage où se trouve le premier bateau à prendre. C'est une navette (et non un bac, car les voitures ne peuvent être chargées) appelée Transfer East-West Visserskaai. Elle permet de joindre Vismijn (littéralement la mine de poissons, cool, ils ont des rivelaines ? Ils creusent où ? Je signe !) à Montgomerydok. Ca fait éviter le très long détour pédestre par la gare et le Mercator, à la circulation automobile intense. Gratuit, pratique, enfin bref super !

J'ai de grandes hésitations quant à savoir où se trouve ce truc du côté de la mine de poissons, et c'est grâce à une très solide documentation de mon projet que je reconnais au très loin le Roger Raveel, qui traverse. Sans ça je pouvais chercher longtemps. Donc clairement si vous projetez la même promenade que moi, documentez-vous sur ce secteur précis.

La traversée amène directement au centre d'Oostende, où de ce côté l'embarcadère est localisé de manière évidente. Dans un froid de canard, je vais voir la gare. Elle est grande, ce qui est compréhensible au vu qu'en été, elle voit défiler 250.000 personnes par mois. Là présentement c'est désertique ! Ensuite je dirige mes pas vers l'église, la curieuse Sint-Pieterstoren, puis le centre-ville. C'est une ambiance assez classique, qui doit grouiller de monde au mois d'août. Au sein des commerces, je n'ai pas de remarque lorsque je massacre du Limburgs taalvariant tandis qu'ils me gratifient d'un parfait West-vlaams dialect. Un monsieur TRÈS gentil me dit : 't is niet zo gemakkelijk qu'il me traduit d'ailleurs pour me faire marrer 't is ol gin oar snien. WAHOU ! Vaut mieux l'écrire, je ne retiendrai pas pour le CR. Bon en tout cas il me donne de l'eau et ça, Dank U !

Du coup je migre. Je passe derrière le Casino Kursaal puis Thermae Palace Venetiaanse Gaanderijen. La galerie, totalement désuète et un peu dégradée, a l'avantage de former une grande coursive au sec. Du coup, sous l'œil aterré de deux nettoyeurs, je déballe la totalité de mon sac. En effet tant d'humidité et de sable m'empêchait de bien comprimer et emballer. Je reconditionne, sans laisser de saleté au sol. Voilà qui est fait et c'est bien mieux. Oostende, littéralement la fin de l'est, nous y sommes ! Allez, zou, on continue la randonnée vers l'ouest.

Je mets le cap sur la suite. En cet endroit se situe, à défaut de Zeebrugge, la véritable épreuve du parcours : c'est Raversijde. Je ne m'y attendais pas. Ce sont 4,5 km de plages coupées régulièrement par des épis. Le paysage est très monotone, à droite la mer en marée basse, à gauche la bruyante Zeedijk qui en cette endroit forme une grosse nationale linéaire, le kusttram, derrière le 'Internationale Luchthaven Oostende-Brugge'. C'est un tout petit aéroport sans grand intérêt. Au vu de la monotonie et du mauvais temps, je rame ? S'arrêter là ? Non je m'acharne.

De la sorte j'arrive à Middelkerke, littéralement l'église du milieu. Chaque station possède sa différence, mais ici je dois le dire, les barres en béton sont tirées en longueur comme la carapils est tirée à l'hectolitre. Le Kust Fietsroute possède de nombreuses statues de bande-dessinée (souvent des bronzes) qui curieusement sont toutes à l'envers. Elles regardent la route et non pas le passage dédié au piéton. Plus loin, une énorme sculpture en ferrailles d'une pelleteuse laisse songeur.

Bref pas séduit par Middelkerke. Je poursuis et arrive à Westende, littéralement la fin de l'ouest, qui surtout pourrait signifier la fin de la mocheté. L'environnement devient meilleur et longeant la base militaire de Lombardsijde, le paysage naturel redevient sauvage. Une pensée pour le musicien Ehma qui passait ses vacances à la côte, Lombardsijde ville de mon enfance, des colonies de vacances, lequel relate d'ailleurs cela dans La plage de Blâne-Est et ses adieux à Blâne-Est : dames en heren, we komen aan in Lombardsijde, volgende halte Oost-Blane, einde station. Me jetterais-je dans la fosse, je suis assez convaincu que Blâne c'est Westende. Dur à dire ! En tout cas je pense bien à lui.

Là à Lombardsijde a lieu le gros couac du séjour, il en faut toujours un. La navette Veer De Nieuwe Visie ne circule pas, ce qui est totalement anormal. Je suppose que le conducteur est simplement malade, ça peut arriver. 90 mètres de l'Ijzer se transforment en 8 kilomètres particulièrement affreux. Pas le choix ! Du coup, je migre. Cela me fait longer la clôture du Lombardsijde Militair Kwartier, c'est triste, puis je traverse Lombardsijde dorp. J'y attrape le tram, qui me dépose à Nieuwpoort bad. Deux heures de perdues, mais ouf sauvé, car le parcours sur la Koningklijke était horrible !

A Nieuwpoort, c'est le hasard qui me fait trouver la statue de Jan Fabre, la tortue. Elle est jolie, mais il fait un temps de batracien. Je me caille sévère à cause du stagiaire de l'IRM, je ne pensais pas qu'il ferait si mauvais. A Nieuwpoort de nuit, les commerces sont enveloppés de brouillard. J'en viens à chanter seul une mélodie te-koop-te-huuuur. Deviendrais-je fou ?! De la sorte et dans le noir complet, j'arrive à Oostduinkerke, littéralement l'église des dunes de l'est. Assez petite station, elle est plutôt accueillante et j'y tiens mes promesses en matière de gastronomie. Malgré une réputation de lieu pas facile (la côte en général), les gens sont remarquablement gentils avec moi, même si je massacre allègrement le néerlandais ; ils voient que je souffre bordeel ! Curieusement quand je dis Dank u, ils me répondent Merci é.

Je pars prendre un squat, surtout avant Koksijde, que je sais étendue. Du coup je m'installe à proximité de Schipgatduinen. Je me demande vraiment comment ce serait perçu si je me faisais capter. En effet nourrir une mouette c'est 350€ d'amende, laisser une crotte de chien c'est 250€. Alors squatter au milieu des mouettes comme une crotte de chien, sur la plage ? 350250€ d'amende ?

Comme j'évoquais j'ai poussé la clochardise assez loin. A Westende j'ai démantelé un parapluie qui traînait sur la plage et récupéré les baleines. Ça a permis de faire des sardines de sable pour la bâche de tarp. Redoutablement efficace ! La nuit est terriblement humide mais sans le moindre problème. Mes bonnets sont des lessiveuses.

J'arrive à Koksijde très tôt. Là encore, la ville est désertique. Plus que tout, Koksijde donne une impression d'avoir subi une frénésie immobilière féroce. Du coup, le bétonnage intensif donne lieu à une débauche de Te Huur, dont certains immeubles entiers, dont plusieurs centaines de mètres quasiment entiers d'ailleurs. Tout est vide. Pourtant, ça pourrait être accueillant, tout du moins du mois de mai au mois de juin.

La seule personne que je vois est une dame âgée qui promène son bichon dans une poussette. Grand âge probablement... Les deux ? Oui il y a de ça.

C'est quasiment sans discontinuer que j'arrive à De Panne, toujours aussi tôt, mais les gens commencent à sortir. De Panne, grande station, est marquée par la présence indiscutable et soudaine des français. Les roomijs deviennent des crèmes glacées et les te huur des à louer. Fait très marquant aussi, et ça rejoint mes souvenirs de mes 12 ans : la Zeedijk est coupée en deux, une voie piétonne, une voie cuistax. C'est le paradis des cuistax ici !

Et puis bon voilà, après De Panne, c'est Westhoek, et puis simplement la France. La frontière est une plage avec la mer à droite et du sable à gauche (et inversement).

Je lâche l'idée d'aller voir la gare de De Panne car (mal documenté à ce sujet), je n'avais pas réalisé qu'elle est à Adinkerke, près de Plopsaland, et donc très loin. Du coup je fais un tour au centre, plus particulièrement à Markt, où se déroule le susdit marché. Les gens sont particulièrement bilingues. Il y a des poissonniers partout.

C'est donc le moment de partir. Je vais prendre le kusttram, ce à quoi je tiens tout particulièrement. En effet, avec 68 arrêts et 67 kilomètres de littoral parcourus en 2h21, c'est tout simplement la plus longue ligne de tram du monde. Alors par contre un mauvais point pour De Lijn. Ils décrivent à tort et à travers que tu te fais raquer si tu demandes un ticket au conducteur, et qu'il faut prendre le billet aux quais. Soit, mais tous les points de vente sont fermés de Knokke à De Panne et aucun bornier n'est présent. Hey les gars ! Ceci étant, je râle en tant que vieux gaulois réfractaire, car le prix demandé (en tram auprès du conducteur, 3 euros) est extrêmement bon marché. Il faut dire que je n'ai vu personne faire ce trajet, tous ont eu des parcours courts.

Enregistrement du Kusttram de De Panne à Knokke-Heist

Le trajet, bien qu'inévitablement longuet, est extrêmement intéressant. J'y vois nombre de mes squats et c'est comme un film qui tourne en marche arrière. Durant le trajet, le temps se lève et il fait peu à peu très beau.

Je prends un repas à la plage de Knokke, dans une ambiance d'immense sérénité.

Bon c'est pas tout, car de Bronlaan, je n'avais pas été voir l'autre côté, la frontière hollandaise. C'est de la sorte que, coiffé de mon Mamie-Bonnet (l'intéressé comprendra ;-) je me mets en route via les plages, d'une grande beauté, longeant le Zwin. Alors que je capte diverses sonorités, à plusieurs reprises des gens m'abordent. Ils me disent tous textuellement "bonjour" et après leur massacrer un ik ben Frans (je mens, c'est pas beau, mais moi-aussi je déteste Micron, ça excuse beaucoup de choses), ik spreek een beetje Nederlands, tu te rends compte qu'ils te disent bonjour car ils ont bien capté que t'es une mocheté de fransquillon, mais dans l'ensemble ils ne parlent pas du tout français. Étonnamment ils ont été curieux de la démarche : het is heel origineel, ik ben geïntrigeerd, disent-ils.

Se rendre à la frontière est incroyablement long et... Mais ??? Mais merde (euh pardon !), je suis aux Pays-Bas en fait ! Je reconnais le port de Cadzand, et ce n'est pas rien côté distance ! Sauf que la frontière est un bras de mer et que la marée monte. Purée, je vais me retrouver à devoir traverser un mètre d'eau. Peu documenté, du fait que j'avais mal interprété les cartes (soit dit en passant, c'est quand même bleu sur gogole et marécage sur OSM), la frontière est une étendue sableuse humide qui n'est pas submergée en marée haute. Pas de panique Monique !

La frontière est une ligne droite qui passe entre des bancs de sables sinueux, qui se moquent éperdument de savoir quoi est à qui. C'est là où ça fait splotch en fin de compte, j'ai les pieds mouillés malgré tout.

De retour vers Knokke, le soleil se couche. Au très-très loin, le pont-levant est levé, Zeebrugge s'éclaire dans un coucher de soleil que seul l'hiver sait faire. A Lekkerbekhelling, mon petit passage secret vers Marguerite, je regarde la mer. C'est fini. Je suis très nostalgique. Deux fois je me retourne. Mazette je ne pensais pas... Je reviendrai alors !

La randonnée
- Promenade sans visite des villes, sans soucis à dénombrer : 74 km.
- Promenade réalisée (visites des villes, ennuis à Lombardsijde, aller-retour vers Cadzand) : 82.2 km
- Les points forts : Tout. Le climat très mélancolique. La solitude. Le kusttram. La gentillesse des gens.
- Les points faibles : Le stagiaire de l'IRM. La côte n'est pas du tout faite pour une randonnée. Je me demande ce qu'un tel parcours peut donner en été. La monotonie de Raversijde, mais bon c'est une histoire de puriste car le kusttram longe cette plage linéaire, donc il n'y a qu'à le prendre pour éviter le secteur qualifiable de potentiellement monotone.

Paysage sonore - La côte Belge
Akoestisch landschap - De Belgische kust
Soundscape of the Belgian coast

Au sein de cette page et dans le compte-rendu se trouve le paysage sonore de la côte. Afin de ne pas encombrer le texte, je n'ai pas disposé les titres de l'album. Pour qui souhaiterait identifier plus précisément les sonorités, les titres sont les suivants :

0:00 - Nieuwpoort, le Kusttram. La côte Belge est indissociable de son tram, qui longe la totalité des plages de Knokke à De Panne. C’est pourquoi j’en ai fait deux enregistrements, un reprenant la totalité du parcours dans ce que l’on appelle un « Long Ride », un second plus court placé au sein de ce paysage sonore. Nous le prenons ici de Lombardsijde vers Nieuwpoort-Bad, en heure de pointe un vendredi soir. Il fait très froid et légèrement pluvieux.
5:52 - Nieuwpoort, Zeedijk. Les digues, appelées Zeedijk, sont toutes similaires : de longues voies pavées, rectilignes, bordées d'une rangée d'immeubles hauts et monotones. Une personne avec des talons rentre de son kot. Ses pas se réverbèrent sur les hautes façades bétonnées.
7:12 - Bredene. De la digue, nous passons doucement à la mer, cette Nordzee si attachante, si belle la nuit lorsqu'en hiver, le brouillard envahit les vastes plages à marée basse.
10:48 - Oostende, Visserijmijn. Le bateau Roger Raveel permet de faire la traversée du Voorhaven. C’est une navette qui traverse un dock et qui dès lors, évite une longue marche pédestre. Enregistrement de la traversée tôt le matin, alors que les darses sont noyées de brouillard.
15:36 - Oostduinkerke, Bistro De klipper. Au sein de ce restaurant belge donnant sur la Zeedijk, ambiance chaleureuse avec une tablée bien bruyante. Des personnes âgées plaisantent et font semblant de mourir, ce qui génère ma foi bien des rires et des moqueries. C’est curieux mais c’est une très bonne humeur.
22:00 - Knokke-Heist, la mer. En cette station huppée, quelques promeneurs déambulent sur les vastes plages de sable clair. Souvent un chien accompagne. C'est un bonheur simple.
24:24 - Zeebrugge, le port. A la gigantesque écluse Pierre Vandammesluis, la sonnerie stridente retentit. Elle indique que les deux ponts-levants vont s’élever et laisser libre voie sur l’eau. Deux vessels passent, en premier lieu un container ship, en second lieu un roro. Au vu de la très grande lenteur de cette sonorité, la totalité prend 90 minutes, l’enregistrement se concentre sur une seule sonnerie de pont et un seul passage de navire. Il y a donc de l’édition.
36:24 - Middelkerke. La marée haute a amassé de nombreux restes de coquillages sur un secteur un peu plus pentu. Ce sont des amoncellements de couteaux, des coquillages qui en anglais s'appellent des rasoirs. Marcher sur les restes de coquilles provoque des craquements.
38:32 - Westende-Bad, écouter la mer dans un mégaphone. Le festival Beaufort permet à des artistes de créer des œuvres déjantées. C’est le cas ici à Westende, où deux gigantesques pavillons acoustiques ont été installés sur la plage. Ces mégaphones répercutent intensément le bruit du roulis, en multipliant densément les infrabasses. Cette transformation acoustique de la mer est pour le moins surprenante.
41:48 - Oostende, grande ville ferroviaire durant l’été, où 250.000 vacanciers par mois transitent durant les vacances. Durant leur absence en cette période hivernale, c’est une ambiance de grands travaux. Une grue démolit un quai, ce qui provoque d’intenses réverbérations dans la salle d’attente. Ensuite départ d’un train à destination d’Eupen à la voie cinq.
46:48 - Knokke Het Zoute, Appelzakstraat. Au bar Surfers paradise, posé sur la plage, des drapeaux flottent au vent. L’un d’eux a ses deux cordes qui frappent le mat. Cela provoque une curieuse mélodie typique de cette côte venteuse et agréable.
49:42 - De Panne, Markt. Samedi matin se déroule le marché hebdomadaire. Les commerçants sont avenants et s’adressent aux clients de manière bilingue. L’ambiance est simple, les personnes âgées prennent du bon temps, le soleil commence doucement à baigner la place.

Durée totale : 56:57 mn
Licence CC-BY. Toutes sonorités distinctes disponibles sur Aporee aux lieux correspondants.

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