Tchorski
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Le triage-lavoir de Péronnes-Lez-Binche (1/2)

Le lavoir de Péronnes-Lez-Binche est une installation industrielle désaffectée, situé le long de la nationale 55 entre Binche et Le Roeulx. Ce bâtiment est extrêmement connu du fait qu’il s’inscrit en témoignage exemplatif des grands travaux inutiles. C’est en quelque sorte une structure industrielle qui porte une poisse extraordinaire, quasiment depuis sa conception, nous reviendrons sur ces faits. Les photos ci-après complètent des visites effectuées en 2002, 2004 et 2007.

Le triage-lavoir est un bâtiment industriel ayant pour fonction de trier le charbon des schistes. Lorsqu’il est extrait de la mine (et notamment dans les extractions les plus récentes à la haveuse), le charbon contient grand nombre d’impuretés, qui sont très essentiellement des schistes. Le charbon est séparé de ces roches par flottation. On plonge le mélange dans un liquide de densité intermédiaire. Le charbon est amené à flotter tandis que les schistes sont amenés à couler. C’est la fonction du triage. Ensuite, le charbon est rincé, on le lave du liquide dense. C’est la fonction de lavage.

A la suite de ce processus, une seconde étape de triage intervient. Le charbon est déversé dans un drew boy, qui est un cribleur. Le charbon va être trié en fonction de sa taille et être vendu selon des calibres correspondants aux demandes des entreprises. Les poussiers, encore appelés schlamms, sont destinés aux centrales thermiques.

La triage-lavoir de Péronnes a été construit en 1954, grâce aux fonds du plan Marshall. Une plaque commémorative localisée près d’un escalier hélicoïdal décrit que le bâtiment a été érigé grâce à la générosité des américains. Il s’agit d’un énorme cube de 30 mètres de large, 34 mètres de long et plus ou moins 30 mètres de haut.

L’installation avait la capacité de traiter 3000 tonnes de charbon par jour. Un convoyeur – aujourd’hui démantelé – amenait directement le charbon en provenance du puits Saint-Albert de Ressaix. En 1969, ledit puits de mine est fermé, ce qui enclenche immédiatement l’inutilité du triage-lavoir, lequel cesse dès lors inévitablement son activité. Le site industriel n’aura fonctionné que 15 ans ; c’est ici le tout début de la poisse.

Immédiatement après la fermeture, le matériel métallique et extrait et ferraillé. Commence une très longue période d’abandon. Le vandalisme ne se fait pas attendre. Lors de notre visite en 2002, il ne reste plus qu’une gigantesque carcasse de béton souillée par la houille. Plus une seule vitre ne subsiste, en bien des lieux les fers à béton ont entrainé l’éclatement des ciments.

Menacé de démolition en 2000, le site est en fin de compte classé monument historique le 15 mai 2003, ce qui permet d’assurer une protection de sa structure. En cette période le 18 mai 2003, la curieuse star ‘Alizée’ y tourne le mémorable clip ‘à contre-courant’ où à condition d’avoir des boules quiès, il est avantageusement possible de bien reconnaître la structure industrielle de l’époque.

Peu à peu un projet de rénovation émerge. Cela amène la région wallonne à engager des travaux, avec un départ des rénovations en 2005. L’enveloppe extérieure est reprise de toutes parts. Les bétons sont gunités et le site est entièrement repeint. Les baies sont toutes rénovées et fermée par du double-vitrage. La structure intérieure quant à elle ne reçoit aucune modification, si ce n’est une sécurisation des passages avec des planches et un nettoyage général. La structure folle induit l’installation d’un peu plus de 3500 mètres carrés de verrières.

Cependant cette rénovation s’enlise profondément, puis débouche sur un échec. Tout d’abord destiné à stocker les carottes de sondage du service géologique de Belgique et les collections de fossiles, le projet évolue ensuite vers un stockage des archives de l’État. Ce fut d’ailleurs le projet le plus médiatisé. Cependant l’intérieur du bâtiment s’avère complexe à traiter, avec de nombreuses formes inadaptées. Une large part est abandonnée. Seul un bâtiment semi-enterré, fonctionnant en ajoute, est à ce jour fonctionnel. Un autre projet consistait à installer le centre des métiers d’arts et du design. Cependant ce projet a débouché sur un échec total.

Le site ne subsiste pas sans projet à ce jour, mais aucune donnée quant à la teneur n’a filtré. L’intérieur du bâtiment a été déclassé, ce qui le place inévitablement dans une zone de danger. Le site est à ce point une catastrophe au niveau de la politique régionale, des concessions doivent être faites. Nombreux sont les défenseurs du patrimoine à avoir des inquiétudes, ce qui est somme toute bien logique.

De nos jours, le site est clos et gardienné. Cependant des ouvertures béantes ont permis aux pigeons d’entrer, notamment aux verrières des terrasses, à proximité immédiate de la toiture. Ces derniers brisent les vitres en s’écrasant dessus. Cela entraine de nombreuses dégradations, pouvant s’assimiler à du vandalisme. Et pourtant, ce ne sont que les volatiles et certainement pas les pierres. D’ailleurs des pierres, il n’y en a plus.

Il s’agit d’une infrastructure hautement exceptionnelle dans le paysage devenant peu à peu rare des triages-lavoirs. Tous se voient graduellement menacés (les Chavannes, Beringen). Au niveau photographique, il s’agit de terribles entrelacs de béton, tous en contre-jour du fait des énormes verrières. Il n’existe pas de situation qui soit plus difficile à gérer d’un point de vue photographique.

Vous pouvez écouter les environs du lavoir ci-dessous. Concerto pour fauvette noire, personnes en train de travailler sur un petit chantier, avions massifs en décollage de Charleroi et pour ceux qui écoutent au casque (uniquement), une petite surprise à 19:21 mn.

 

Espérons que la région wallonne puisse en faire quelque chose, car un tel monument mérite autre destin qu'un abandon pur et simple. On comprend bien que ce n'est pas aisé.

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