Tchorski
Tchorski
Les antennes de Lessive (1/2)

Cette page est un documentaire au sujet de la station terrienne de télécommunications spatiales de Lessive. Ce site est aussi appelé, notamment pour les plus anciens de nous, la RTT de Lessive ou encore Belgacom Lessive. Il s’agit d’un vaste site dans lequel se trouvent des antennes paraboliques destinées à établir des transferts de communications par satellites. L’établissement n’est pas à l’abandon. Il fut temporairement désaffecté le temps de l’introduction d’un permis d’urbanisme. Le domaine est actuellement en travaux en vue de la création de structures d’accueil pour personnes âgées ainsi que du logement et des résidences-services.

D’un point de vue historique, le site a été créé en 1972 par Bell Telephone, moyennant l’installation d’une première antenne. Ce type d’installation permet l’établissement d’une communication entre une station terrienne et un satellite situé dans l’espace.

Le but de ce genre d’installation est de transporter une onde de télécommunication, d’un point à un autre. Dans un lieu très éloigné, une antenne terrienne émet une onde porteuse à 6 Ghz. Un satellite la reçoit, la convertit en 4 Ghz, et la transmet à une antenne réceptrice, en l’occurrence et par exemple Lessive. Dans le sens contraire, Lessive a la capacité d’émettre du 6 Ghz, le satellite la reçoit, la convertit, et renvoie du 4 Ghz vers la station de réception très éloignée.

Les ondes des télécommunications permettent de porter de l’information, ce qui de nos jours se retraduit par une myriade d’applications : téléphone, télévision, gsm, internet, etc. A noter toutefois que les communications militaires ne sont pas concernées, tout du moins à Lessive, du fait que ce sont des installations spécifiques ne faisant l’objet d’aucune mixité et cryptées. Dès lors on trouve simplement ailleurs des sites de télécommunications exclusivement militaires.

Lessive bénéficie d’un cadre bénéfique en vue de l’implantation de telles antennes : faible urbanisation, cuvette qui coupe le vent, peu de trafic aérien, peu de gène envers les riverains. Cette conjonction provoque assez rapidement une expansion du domaine. De nouvelles antennes sont installées.

Durant l’année 1993, une tour hertzienne de 52 mètres est installée un peu à l’écart du site. Elle est à ce jour fortement porteuse de relais gsm, qui alimentent le secteur de Rochefort. Trois nouvelles antennes paraboliques sont installées, lesquelles ont des hauteurs avoisinant 18 à 35 mètres, puis encore de l’expansion, sans qu’un historique détaillé ne soit disponible. Bref à ce jour le site possède 5 antennes majestueuses et un nombre curieux et amusant de petites antennes.

Dans le même temps est créé Technobel. Il s’agit d’un centre de formation destiné à promouvoir les nouvelles technologies. Le bâtiment est localisé au pied de la tour hertzienne. Une division de bien a lieu, permettant à la Région Wallonne de s’installer dans ces locaux, tandis que Belgacom conserve l’implantation centrale. Belgacom bénéficie d’une structure qualifiable d’esthétique (ce qui est rare pour cette époque). D’une architecture épurée et fonctionnelle, le bâtiment localisé en plein centre du domaine ne souffre actuellement pas d’un effet démodé.

Le site voit malheureusement un certain déclin s’amorcer, en 2008, lorsque Technobel quitte l’implantation en vue d’un bâtiment affublé d’une description architecturale « ultra moderne » : présomptueux car il s’agit ni plus ni moins d’un hangar amélioré. Les locaux de Lessive sont remis à une entreprise indienne nommée ORG Informatics Ltd, laquelle utilise les paraboles en vue d’établir des liaisons hertziennes, concernant notamment un faisceau des chaînes de télévision indienne diffusées par satellite vers l’Afrique.

Dans le même temps, Belgacom cherche à se séparer de son site, lequel devient graduellement obsolète. Une vente a lieu dans le courant 2012, en vue d’une promotion immobilière.

A côté, l’entreprise indienne ORG Informatics Ltd se trouve en difficultés financières. Une filiale est établie, nommée BSS : Belgium Satellite Services, afin d’établir spécifiquement une gestion du site de Lessive. Toutefois là encore un déclin inexorable a lieu. L’entreprise se voit contrainte à la liquidation judiciaire. La faillite étant prononcée, le site annexe de 6 hectares est abandonné courant 2016. Une nouvelle partition de biens a lieu, ce qui permet à la société immobilière possédant le premier lot de regrouper les terres et de permettre une cohérence dans le développement urbanistique. Désormais les parcelle étant regroupées sous la même égide, une vaste rénovation est envisageable.

En 2018 est déposé auprès de Rochefort un permis d’urbanisme en vue de transformer l’entièreté du site via une promotion immobilière, nommée le jardin des paraboles. Au contraire des promotions basiques et hideuses (nous épargnerons de citer le groupe immobilier concerné situé à quelques encablures), la promotion ci-présente engage un pari difficile et louable : la conservation des antennes en tant qu’élément architectural. D’une part cela permet la préservation de l’identité historique du lieu, mais en plus de donner un caractère unique au site : à la fois connecté et déconnecté, comme ils le disent eux-mêmes. Le projet vise au développement d’une résidence pour personnes âgées, au très grand calme dans un écrin de verdure, avec l’implantation toutefois d’une mixité intergénérationnelle. Le courtier est particulièrement conscient de la difficulté inhérente au site ; il estime que cette particularité est un atout. En tant qu’admirateur du patrimoine, on ne peut que le soutenir !

Le site n’a jamais été abandonné. Il a été un temps désaffecté, sous la garde d’un concierge. L’enquête publique est menée afin de débuter le chantier de construction. Depuis la visite des guignols à capuche de youtube, le propriétaire du site a placé un berger malinois dans l'enceinte clôturée. A bon entendeur, salut.


La belle Famenne.


Lorsque l’on entre dans le site, les antennes sont immédiatement majestueuses.


Le site est d’un calme complet, baigné du chant des pouillots véloces, qui dans les vastes forêts répètent inlassablement leur strophe sous forme de berceuse.


Quel amusement d'ailleurs de voir que le site est implanté rue de l'Antenne !


Les antennes sont globalement préservées. Quelques pièces ont été démontées (les connaisseurs disons, le reconnaitront). Elles offrent un paysage atypique.


Cinq grosses antennes paraboliques émaillent le site, ainsi qu’à l’extérieur, une antenne hertzienne globalement en fonctionnement ; elle est utilisée comme support aux fins de transport gsm.


Nous allons grimper la première.


Les antennes ne sont pas identiques, du fait de leur construction au fil de plusieurs décennies, mais en contrepartie et assez logiquement en fin de compte, elles sont toutes semblables.


Derrière la parabole, généralement le seul accès existant.


L’intérieur des antennes est simplement constitué d’une quantité non négligeable de câbles.


Deux bâtiments sont existants : l’ancienne implantation de Belgacom ainsi que l’ancienne implantation de Technobel devenue par la suite BSS.


Ces antennes étaient porteuses de signal à haute fréquence, ce qui explique la dimension colossale des paraboles, généralement de 30 mètres, allant même à 35 mètres pour la plus grande.


Certaines ont une construction complexe.


Afin d’équilibrer, l’antenne possède d’énormes structures de contrepoids.


Pour la fréquence concernée, le gain de l'antenne augmente avec l'accroissement du diamètre de la parabole.


Le bâtiment Belgacom est encore bien vaillant. Il est chauffé en hiver afin de ne pas subir de dégradations. Il est bordé d’un étang où habitent de bruyantes grenouilles !


Le réflecteur parabolique concentre les ondes émises ou reçues vers l'antenne-source, qui se situe au foyer de la parabole. On voit très bien cet objet ici au centre de la coupole.


Pour une raison inconnue, la plupart des cornets d’alimentation a été démontée.


Les implantations en Cassegrain ont un réflecteur secondaire convexe tandis que les Grégorien ont un réflecteur secondaire concave. Dès lors les structures en place démontrent avec aisance que l’on se situe dans une technologie Cassegrain.


La technologie Cassegrain, en plus d’un bon rendement (de l’ordre de 80%), permet une directivité accrue.

SUITE >