Tchorski
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Le métro abandonné de Charleroi (1/2)


ʇɐɥɔ ǝʃ ʇıp znoɐıɯ

Ce documentaire en deux pages concerne le métro abandonné de Charleroi. En ce que nous présentons, il est réalisé une promenade partant de la partie en fonctionnement (station Waterloo) jusqu’à la partie la moins construite (station Champeau).

Le terme de métro abandonné est un peu inexact, ou tout du moins mérite d’être précisé. La ligne 5 menant à Chatelet n’a jamais été mise en service. La section qui nous concerne n’est pas spécifiquement abandonnée, mais disons plutôt inexploitée. Les voies sont entretenues au strict minimum. En effet la station Chet possède un bloc de haute-tension permettant d’alimenter le réseau, en complément à Fontaine-L’Evêque. Autrement dit, les lignes sont sous tension et l’infrastructure technique maintenue. La seule chose que l’on peut dire dès lors est qu’il s’agit d’une section de métro actuellement inutilisée. Du point de vue des coûts et des problématiques que cela engendre, c’est une colossale épine dans le pied pour les TEC et la SRWT.

Cette situation n'est pas sans rappeler le métro abandonné de Bruxelles, que nous avons documenté en 2005.

Le projet d’un métro à Charleroi émerge dans les années 60 et se voit constitué au tout début années 70. La ville étant en apogée de sa situation sidérurgique de qualité (il y a des usines partout), le projet de transports en commun est pharaonique. La crise pétrolière des années 70 dresse un premier frein, mais sans grande conséquence dans les années suivantes. Par contre la régionalisation de l'État Belge casse brutalement la structure, on dira définitivement.

En 1970 a lieu la première réforme de l’État, qui démonte profondément la structure fédérale du royaume. En ce qui concerne notre métro, c’est la deuxième réforme de l’État qui désintègre le projet. En effet en 1980 a lieu la création des régions : Wallonne et Flamande (on ne parle pas alors de Bruxelles-Capitale). Les transports sont régionalisés. Les budgets qui étaient jusqu’alors fédéraux deviennent régionaux. Il en ressort simplement une enveloppe budgétaire considérablement amoindrie. Les projets sont impactés à très forte hauteur. Les extensions de ligne vers Mont-Sur-Marchienne, Marcinelle, Courcelles, Gosselies et Ransart sont non construites.

De ce qui nous regarde ici, la ligne vers Chatelet comporte une station exploitée : Waterloo, située sur la boucle centrale ; quatre stations inexploitées et équipées : Neuville, Chet, Pensée et Centenaire ; deux stations en état de gros-œuvre : Champeau et Léopold ; cinq stations non construites : Corbeau, Trieux, Châtelineau, Châtelet, Baquet. J’ai stoppé mon voyage à Champeau, car ensuite vers Châtelet ça devient une jungle absolument impénétrable.

La ligne que nous visitons ci-après date de 1987 et a été érigée sous la direction de l’architecte Jean Yernaux.

De nos jours les voies sont visitées par des agents des TEC, qui effectuent des maintenances sur les blocs haute-tension des stations Chet et Centenaire. Aussi, il est maintenu des pompes, qui assèchent une part du réseau, dont notamment la section Centenaire qui est souterraine. La section équipée et inexploitée est désherbée régulièrement. Très malheureusement, les TEC doivent gérer le vandalisme, qui est colossal notamment sous la forme des déchets. Durant l'été 2015, ils ont été obligés d’évacuer 48 tonnes de dépôts sauvages. Rien que ça. Les TEC mobilisent des équipes 7 à 8 fois par an afin de dépolluer les voies, souillées systématiquement par les inciviques.

Les voies sont utilisées à tout sauf le métro. Elles sont des terrains où échouent des personnes victimes de toxicomanie, des graffeurs & tagueurs, des photographes, des clochards, des voleurs de métaux, des jeunes qui s’ennuient.

Le projet de mettre la ligne en exploitation revient sur la table fort souvent, notamment du fait que le secteur du Cora de Châtelineau draine un monde important. Cependant le coût approximé de 55 millions d’euros afin de remettre en état fait reculer le politique. Jusqu’à présent le projet a toujours été repoussé, ce qui n’est guère étonnant. Reste toutefois que lors de la dernière occurrence en 2017, c’est la première fois qu’il est évoqué la possibilité de raser totalement l’infrastructure. En effet sa maintenance coûte environ 15.000 euros par mois à la SRWT. Raser est dans l’ordre des choses à Charleroi en cette période. Du coup ce ne serait guère étonnant, si ce n’est que bien sûr qu'il faudra des décennies avant de voir l’ombre d’une pelle, quel que soit le projet abordé.

Ma visite a été stressante tout du long. Peut-être un peu de la crainte de rencontrer des junkies, ce qui à Charleroi n’est jamais exclu (à mon départ, un toxico se piquait dans le parc attenant), mais surtout du fait de marcher sur une voie sous tension. Purée, c’est quand même marcher sur de la voie, et nom d’une pipe ça c’est stressant ! la situation est très loin du pré-métro d’Anvers ou du métro de Bruxelles, mais bref, même si c’est inexploité, on voit bien que c’est tout de même fréquenté.

Située à l’est de Charleroi, la ligne non exploitée visitée totalise 3,7 km linéaires.

La station Neuville

Le nom de la station émane du nom d'un quartier situé à la limite entre Charleroi et Montignies-sur-Sambre. C’est la station la plus proche de l’anneau central. Elle est construite en aérien. Afin d’y accéder, il faut déambuler à la vue de tous sur un faisceau de voies où seules quelques plantes malingres rappellent que ce n’est pas exploité. Ce n’est donc pas franchement abandonné. La station n’est accessible que des voies, étant placée très en hauteur par rapport au bâti attenant. De par ce fait, la station est peu victime de vandalisme. D’une architecture semblable à la station Chet, elle est de livrée vert foncé assez morne.

La station Chet

Le nom de la station émane du patronyme de la rue Chet, qu’elle enjambe. Elle offre un point de vue splendide depuis la rue Grand Central, du fait qu’elle s’élance majestueusement à l’attaque d’une partie aérienne du réseau, comme suspendue. C’est un énorme bloc de béton et de métal. Victime d’un vandalisme forcené, elle est maintenue en état tant bien que mal et sert de terrain d’entrainement aux nouveaux conducteurs du métro. Elle est dans une livrée rouge bordeaux.

La station Pensée

Son nom émane de la rue de la Pensée, toute proche, placée dans un quartier résidentiel de Montignies-sur-Sambre. Il s’agit d’une station aérienne qui possède une architecture agréable, orientée vers la légèreté. Deux toitures triangulaires bâties sur une ossature bois apportent une sensation accueillante. La livrée est rouge, ce qui vient renforcer le caractère chaleureux. La station est victime de vandalisme, avec certains détournements artistiques qui ne sont pas forcément désagréables. Donnant directement en ville, on entend beaucoup la vie commune se déroulant dans la rue, derrière les panneaux métalliques.

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