Tchorski
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Le sanatorium d'Aincourt (1/2)

Cette page est un documentaire sur le sanatorium d’Aincourt, aussi appelé le sanatorium du Vexin, situé sur le territoire de la petite commune d’Aincourt dans le Parc Naturel Régional du Vexin Français. Ce parcours fait suite à la documentation engagée sur les diverses structures de sanatoria existantes, lesquelles sont en de nombreux cas victimes d’un état d’abandon. En effet il s’agit d’une architecture particulière, laquelle est en fin de compte assez difficile à rénover, pour diverses raisons que nous allons aborder. Aincourt fait partie des structures les moins intéressantes de toutes, du fait que l’établissement est dans un état de ruine très avancé.

Le sanatorium est un établissement destiné à soigner la tuberculose, comme nous l’avons présenté à diverses reprises. A l’époque, cette maladie mortelle fait rage. Avant la découverte de la pénicilline, la « croyance », si nous pouvons appeler ça comme ça, est de faire bénéficier les malades d’une cure d’ensoleillement et du bon air de la nature. Ainsi les sanatoria ont tous une architecture vouée à l’exploitation du soleil : notamment des terrasses exposées au sud ; ils sont tous excentrés en plein cœur de jolis domaines naturels. Aincourt n’y échappe pas, voire même se retrouve en la matière exemplatif. A ce titre la perfection va même jusqu’à planter une forêt de pins, afin de reproduire l’ambiance alpine de basse montagne.

L’architecture du sanatorium d’Aincourt fait largement penser à un gros bateau, un paquebot en quelque sorte. Cette impression est particulièrement prédominante lorsque l’on regarde les terrasses en gradins, lesquelles sont toutes avantageusement disposées afin de bénéficier d’un ensoleillement maximal. A l’époque, des transats étaient disposés sur ces plateformes.

Le bâtiment a été créé entre les années 1931 et 1933, ce qui dans le cadre des sanatoria est dans le fond assez tardif. Les architectes étaient Edouard Crevel et Paul-Jean Decaux.

Les bâtiments devrions-nous dire, car deux pavillons sont créés : le Pavillon Adrien Bonnefoy-Sibour et le pavillon du docteur Edmond Vian, ainsi que des annexes destinées aux enfants, à ce jour la partie centrale. Le second, situé au nord du groupement hospitalier intercommunal du Vexin, est dans un état de ruine extrême étant donné qu’il a servi de site d’entrainement pour les pompiers. A ce titre nous ne le documentons même pas ; ce n’est en fin de compte plus la peine. Les locaux précités sont localement appelés les Peupliers, les Tamaris et les Cèdres.

L’architecture mise en œuvre est celle du Mouvement moderne, aussi appelée architecture moderniste. Aussi bien dans la période que dans la forme, le sanatorium en est l’exemple parfait. En quelques détails, comme notamment l’utilisation frontale du béton, on ressent dans la construction une inspiration dans le mouvement brutaliste, bien que le paquebot donne une impression d’une certaine légèreté. Ce mouvement en disgrâce de nos jours n’aide pas beaucoup à inspirer une rénovation des lieux.

Le sanatorium est ouvert en juillet 1933.

L’initiative de la construction émane du département de l’époque, la Seine-et-Oise, afin de faire face à la recrudescence de tuberculose dans le secteur. Trois pavillons ont été mis en œuvre, un destiné aux hommes, un autre aux femmes, un dernier aux enfants. Ce dernier est situé dans la partie central et sert aujourd’hui de centre hospitalier, localisé dans le parc de la Bucaille.

Les pavillons sont linéaires. Ils font 220 mètres de long pour 12 mètres de larges. Ils sont flanqués aux extrémités de locaux techniques, tels des buanderie, cuisine à l’est ainsi que les services médicaux à l’ouest. Sur le flanc ouest, la galerie de jonction est courbe, ce qui accentue l’impression de légèreté de l’ensemble. Les chambres sont disposées en enfilade le long d’un couloir linéaire de desserte. A l’opposé des chambres et sur le flanc nord donc, se trouvent les locaux sanitaires. La tuberculose nécessitait en effet de nettoyer sans cesse. Les chambrées individuelles sont disposées sur trois étages. L’ensemble est bâti en béton armé, dont les extérieurs ont été recouverts de crépi. Les sols sont en granito.

Toutes les terrasses sont (étaient) équipées de paravent en verre dépoli, afin d’isoler les malades et de permettre d’éviter la contagion. Les malades étaient contraints de passer de nombreuses heures au soleil, sur ce qu’on appelle des terrasses de cures, astreints à un repos absolu du fait des horreurs dues au pneumothorax.

Bien que ces éléments soient intéressants et ont dans ce cadre fait l’objet d’un classement aux monuments historiques en 1999, le site est aujourd’hui en ruine. Il est en proie à un ravage forcené, comme quoi un classement MH ne sert absolument à rien. A ce jour précisons que comme il n’y a plus rien à ravager, les vandales en viennent même à détruire les structures en béton. Il faut quand même le faire.

En 1936, alors que le sanatorium tourne à plein régime, 430 personnes sont accueillies, pour une capacité d’accueil initiale de 150 malades par pavillon : on est donc à plein régime dans une situation d’équilibre. Le projet suscite un engouement particulier. Cependant la seconde guerre mondiale apporte, au même titre que le sanatorium d’Angicourt, une perturbation d’ampleur. Situé en pleine zone de conflit armé, les locaux sont réquisitionnés en juin 1940 par l’occupant allemand. Les malades sont évacués dans divers centres, dont principalement la Bretagne.

Déjà qu’un sanatorium à l’époque est tout de même un peu un mouroir, il s’avère que la situation s’accentue. Le pavillon Bonnefoy-Sibour est transformé en camp d’internement administratif. Les résistants, des communistes ou des personnes suspectes, sont arrêtées puis internées. Le camp est initialement prévu pour 150 prisonniers, mais la situation s’aggrave, avec la présence de 660 détenus en 1941. Au cours de cette période, des centaines de personnes sont déportées vers les camps d’extermination nazis.

En 1942, le camp d’internement cesse son activité, remplacé immédiatement par un centre d'entraînement des groupes mobiles de réserve. Il s’agissait de paramilitaires aux ordres du gouvernement de Vichy. À partir de l'automne 1943, ils établirent des offensives à l’encontre des formations du maquis. Le sanatorium d’Aincourt possède donc des strates d’histoire particulièrement sombres, encore plus que les autres structures réquisitionnées. De tout cela, on se doute bien que les tagueurs de nos jours s’en foutent totalement.

Une stèle a été érigée en mémoire de toutes les personnes qui furent fusillées ou déportées. Elle existe toujours et elle est honorée chaque année.

Après la seconde guerre mondiale, le sanatorium est remis en service en 1946. Cependant sa fonction est graduellement revue, du fait des progrès considérables en matière de lutte contre la tuberculose. De ce fait assez rapidement, l’établissement est reconverti en hôpital pluridisciplinaire, avec notamment des strates de rénovation en 1972, en 1975, et la création d’un bloc opératoire. Malgré tout et comme nous l’avons exposé, l’architecture d’un sanatorium répond à des caractéristiques particulières ; il s’avère que les structures sont de plus en plus inadaptées. Le pavillon du docteur Vian est abandonné en 1988.

Quant au pavillon Bonnefoy-Sibour, vaille que vaille l’établissement est exploité jusqu’en 2000, puis se voit à son tour abandonné. Les espoirs de l’époque sont la transformation en maison de repos et de soins, ce qui représente en fin de compte quasiment le seul devenir possible des sanatoria, la plupart étant très difficilement convertibles en logement : situation excentrée dans les bois et les parcs afin d’éviter la propagation de la tuberculose, exploitation des bâtiments systématiquement érigés sur une fonctionnalité tout en longueur.

Le propriétaire du site cherche à vendre le bâti, dans le but de sauver l’édifice de la ruine, mais le moins qu’on puisse dire, c’est que l’état de délabrement est extrême. Les projets de transformation en logement sont parfois évoqués, mais la stagnation est présente. Du peu qu’il transparait dans l’information publique, la difficulté réside dans les problèmes routiers en plein cœur du parc du Vexin, les couts de transformation du bâtiment qui ne sont pas des moindres. Dès lors le lieu est plus ou moins sans avenir, ce qui dans l’ensemble est attristant et déploré par l’ensemble des acteurs locaux. Aux dernières nouvelles et a priori en date de mars 2018, le site serait rénové en vue d’accueillir du logement de luxe.

Au sein des décombres de la structure architecturale, le projet de rénovation pourrait être mis en œuvre en 2020. Ce n’est pas rien, mais au vu de l’état des lieux, la seule chose que l’on pourrait dire afin de conclure : il faudra bien ça, c’est chose certaine et l’on ne peut que s’en réjouir.

Vous pouvez écouter l’ambiance des lieux ci-dessous.

 

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