Tchorski
Tchorski
L'aérotrain d'Orléans (1/2)

 

Un film d’époque permettant de voir la voie de l’aérotrain en fonctionnement.

Dédié à Delf, Fred et Lilou
Bien que cette dernière s’en moque éperdument
PS : quoique non, brosse-moi le dos

Cette page est un petit récit de promenade auprès de l’ancienne voie expérimentale de l’aérotrain, localisée au nord d’Orléans. Ce sujet est très largement documenté ailleurs, avec une grande qualité de recherche. Dès lors nous n’apportons ici qu’une vue complémentaire, axée surtout sur ‘le voyage et la curiosité’. L’aérotrain est un véhicule se déplaçant sur un coussin d’air, guidé par une voie en béton, laquelle a la forme d’un T inversé. Auprès d’Orléans subsiste 18 km d’une voie ayant servi de site expérimental. Ce lieu fut précurseur en la matière, innovant et s’inscrit dans un contexte historique remarquable. Cela vaut bien un petit texte de description.

En outre, ce documentaire est aussi dédié à mon échelle, qui fut 10 centimètres trop courte, ce qui m’a empêché de monter sur les plateformes !

Qui que ce soit se rendant à Orléans en provenance du nord (et donc sur l’horrible nationale 20), ne peut louper ce curieux viaduc en béton, traversant les tristes champs industriels tous plats de la Beauce d’une manière on ne peut plus linéaire. Mais quel est donc cet édifice curieux, placé sur ces centaines de piliers tous identiques ? Il s’agit donc de l’aérotrain. C’est une voie monorail ayant reçu des véhicules expérimentaux sur coussin d’air. Il s’agit d’un destin extrêmement similaire à l’aéroglisseur hovercraft hoverspeed, qui permettait la traversée de la Manche en 22 minutes. L’inventeur est le même : Jean Bertin.

L’aérotrain est abandonné en 1977 et l’hovercraft en 1991.

La voie de l’aérotrain est localisée entre Saran (juste au nord d’Orléans) et Ruan. Elle traverse les communes de Cercottes, Chevilly et Artenay. Coulée en béton armé par pièces préfabriquées, elle fut montée en 1968. Le béton était coulé sur place à Chevilly et étuvé afin de gagner du temps en ce qui concerne le montage.

Destinée à expérimenter un mode de déplacement novateur, et notamment une mobilité rapide entre Paris et Orléans, 18 kilomètres de voie sont érigés afin de mettre en œuvre une piste d’essai, permettant de prouver les prouesses techniques du véhicule. L’aérotrain de déplace sur un coussin d’air et de la sorte évite les frottements. Propulsé par une hélice d’aviation, le véhicule se déplace à très grande vitesse sur un monorail de béton.

Le véhicule ainsi que le système ont été créés par Jean Bertin, génie de l’époque, ayant découvert et mis en œuvre de nombreux procédés techniques. Certains de ses principes furent utilisés pour le Concorde. Il fonde dès lors un établissement nommé Bertin et Cie. En 1961, il dépose le premier brevet concernant les déplacements sur coussin d’air et en 1965, il présente les premières maquettes du futur aérotrain expérimental.

En 1966 une première voie d’essai est bâtie dans l’Essonne, à Gometz-La-Ville. Cette voie existe toujours. Toutefois, non aérienne, elle a été reconvertie en piste cyclo-pédestre. Le 22 janvier 1969, l’aérotrain atteint la vitesse record de 422 km/h sur la voie d’essai de Gometz.

En 1969, la voie expérimentale d’Orléans est créée. C’est une voie érigée en viaduc, de manière à limiter l’emprise au sol au sein de terres agricoles très prisées. De ce fait, des monoblocs de béton de 120 mètres de long sont installés sur une colonie de piliers. A ce jour plus ou moins 900 piliers existent toujours, à défaut de quelques-uns démolis suite à la construction d’une autoroute, ou bien de rares situations accidentelles.

La voie est équipée de trois plateformes, lesquelles permettent le retournement des véhicules. A l’extrémité sud, la plateforme de Saran. Au milieu la plateforme de Chevilly. Au nord la plateforme de Ruan. Toutes trois existent encore. A l’époque subsistait à Chevilly un hangar, qui permettait de stationner l’aérotrain. Suite à un incendie volontaire et du vandalisme, occasionnés en 1992, toute cette installation fut rasée.

Les essais sont très fructueux. Après des améliorations techniques successives, l’Aérotrain I80 HV établit le record du monde de vitesse des monorails à sustentation d’air. Le 5 mars 1974, la vitesse obtenue est de 430,2 km/h.

Cependant, aussi bien les réussites sont extraordinaires, aussi bien le retournement de situation est soudain et violent. En juillet 1974, l’État français revient sur se désiste des commandes engagées sur le projet de Cergy-Pontoise. Valérie Giscard d’Estaing, premier ordurier d’une longue lignée, torpille le projet au profit du TGV. Le projet de l’aérotrain se voit soudainement sans la moindre affectation et dénué d’avenir.

Jean Bertin décède en décembre 1975 d’une tumeur au cerveau.

Quant au projet de l’aérotrain, il est définitivement enterré en décembre 1977. Depuis lors, le site est en complet état d’abandon. La démolition de l’ensemble a un coût prohibitif. La gène occasionnée est faible. De ce fait la voie subsiste de la sorte. Seuls quelques accidents de circulation impliquant des poids lourds occasionnent des démolitions, mais reste qu’elles sont pour le moins sporadiques.

En contrepartie, la voie subit du vandalisme majeur, du fait de sa localisation privilégiée d’un côté de la nationale 20 très fréquentée, de l’autre la voie ferrée Paris Orléans. Notamment, des vandales profitent de l’exposition afin de peindre d’innombrables slogans anti-avortement. Cela contribue à donner une image déplorable du monument.

A la suite de l’accident de roulage de 2015 survenu à Chevilly, la portion d’aérotrain surplombant la route est démolie. Par principe de précaution (et sans nul doute afin de freiner autant que faire ce peut le vandalisme), le maire prend la décision de faire supprimer l’escalier à la plateforme. Cet aspect, cumulé au fait de mon échelle trop courte (4,80 mètres tout de même !), provoque que je n’ai pu documenter – très malheureusement – les parties hautes. Il en ressort, globalement, un descriptif incomplet.

Avant de se promener dans les vestiges de cette curieuse installation, je vous invite à écouter l’étrange ambiance des environs. A proximité de la plateforme de Chevilly, je fus attiré par un bruit étrange. Il s’agissait d’une canalisation d’irrigation, dont une vanne avait sauté. Cela provoquait de bizarres gargouillis. Dès que mon enregistrement fut achevé, l’agriculteur est venu réparer l’installation. Quant à moi, mes chaussures étaient détrempées !

 

Cercottes


La voie court entre la ligne Orléans-Paris et la forêt domaniale.

Chevilly


La voie épouse le relief doux du terrain.


Une part de voie a été démontée suite à un accident routier.


La plateforme de Chevilly.


Sous la plateforme.


L'espace au-dessus servait au retournement de l'aérotrain.


L'aérotrain était suspendu au niveau de ces plaques amovibles afin d'être rangé dans le garage.


A que ouais !


Réappropriation des lieux.


Une nacelle suspendue pouvait se déplacer sur quelques centaines de mètres, afin d'évaluer le comportement du béton dans la durée.

Artenay


Ils s'agit de plusieurs croisements routiers rencontrant la voie.


La voie traverse l'industrie céréalière.


Infini béton.


La voie enjambe fièrement les terres.

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