Tchorski
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Les catiches de Vendeville
Le réseau flament

Cette page est un documentaire sur la carrière souterraine de Vendeville. Les recherches généalogiques ont été effectuées par Cyrille Glorieus. Celles-ci sont complétées par Vincent Loisel.

Très nombreuses sont les exploitations par catiches dans le sud de Lille, on en suppose une valeur approchant les 300 ; c'est assez difficile à dénombrer car certaines sont minuscules, d'autres tentaculaires. Assez curieusement, Vendeville ne fait l’objet d’aucune publication spécialisée. Les textes font mention de « possibles excavations », sans précision aucune. Même Bernard Bivert reste fort évasif à ce sujet. Cette situation de vide documentaire n’a pas lieu d’être, car les catiches de Vendeville existent réellement, de plus il s’agit d’un réseau intéressant. Nous proposons un petit document de synthèse à ce sujet.

Nous avons actuellement connaissance d’une carrière, située sur l’extérieur du village. En une époque reculée, les carriers ont ouvert une exploitation dans les champs, de manière à ne pas sous-miner l’habitat. Avec l’urbanisation galopante, cet habitat a fini par rejoindre et recouvrir la zone de carrière. Nous n’avons connaissance que d’un seul site souterrain, bien que le PPRMT évoque une situation quant à lui presque catastrophiste. Cela nous semble être une projection à aborder avec moult précautions.

Quant à parler de la carrière souterraine de Vendeville, il faut plutôt évoquer deux sites, lesquels sont attenants. Ce sont deux exploitations, rejointes par un petit tunnel. Ce tunnel n’a pas une apparence muraillée. C’est une simple courte galerie informe, permettant de faire la jonction entre les deux sites. Sans être attentif, on ne se rend pas compte qu’il s’agit d’un tunnel. Par contre, les deux exploitations sont relativement dissemblables.


Le plan de l'exploitation.

La carrière la plus ancienne est de taille relativement restreinte, en excavation mixte catiches et chambres & piliers. Vu que tous les déchets d’exploitation ont été déposés au sol, elle a une apparence chaotique. Dans l’ensemble, elle est dans un état relativement bon. Elle sous-mine les champs. Vu les inscriptions, l’excavation aurait été réalisée dans une période avoisinant les 1770-1780. Des poursuites d’activité seraient possibles jusqu’à 1790, vu la dimension du souterrain, mais nous ne disposons d’aucune preuve si ce n'est la signature d'Eloy Bigotte à cette date.

La carrière la plus récente est de plus grande dimension : hauteurs, largeurs et dimension globale de l'exploitation. Les lieux sont en excavation mixte catiches et chambres & piliers. Il y a peu de catiches. Cette carrière est en bon état, sauf en quelques lieux ponctuels. Elle sous-mine principalement l’habitat.

Nous ne disposons d’aucune datation fiable car il n’y a pas d’inscription de carrier. Vu le type d’exploitation, il s’agit de travaux menés vraisemblablement dans une période étalée de 1810 à 1830.

A ce titre, nous contredisons deux citations de la Voix du Nord.
* La première carrière n’a pas servi aux travaux Vauban de la citadelle. Ces travaux sont antérieurs d’un siècle.
* La seconde carrière n’a pas servi aux fours à chaux. Il est clairement établi, vu les blocs, qu’il s’agissait du débit de pierres de taille.
Nous avons donc là deux sites d’extraction en vue de travaux de construction. Il peut tout à fait s’agir des rouge-barres locales ou bien de chantiers plus éloignés.
Vincent Loisel mentionne que les lieux ont été exploités en vue de la culture des champignons jusqu’en 1950. Il n'en reste aucun vestige à ce jour.

Les inscriptions relevées dans les deux carrières sont de trois ordres : les graffitis de carriers dans l’exploitation ancienne (1771-1790), les graffitis de réfugiés dans l’exploitation récente (1944), les graffitis récents et généralement de peu d’intérêt (1991), sauf un seul.

Le relevé des inscriptions

Carrière ancienne

Les chiffres 7 sont tous écrits sans la barre transversale, ce qui témoigne bien qu'il s'agit de graphes authentiques.
- Eloy Bigotte, 1790
- 1776 Bigotte
- Jean (…) Cordonn (…) 1776 – Nous estimons qu’il pourrait s’agir de Jean-Baptiste Cordonnier. La datation n’appelle pas de doute. Le prénom quant à lui c'est compliqué. Le Baptiste est effacé. Disons que c'était un prénom très courant à l'époque, d'où la supputation.
- 1771 – La datation est douteuse car le dernier chiffre est abimé. Il pourrait s’agir de 1777.
- Monsieurs et M (…) 1778 M – Il pourrait s’agir de Monsieurs (en réalité Messieurs) et Madame quelque chose, en 1778. La date semble être ajoutée car elle est tracée à la pointe, le reste à la tête de pic. En dessous, le scripteur s’est entrainé à tracer un beau M. Monsieur est au pluriel, même si le "s" semble avoir été ajouté par après.

- Ce 3 7bre 1776 plu tou la journe – Nous avons ici un bulletin météo du 3 juillet 1776. Il a plu toute la journée. Il s’agit d’un mercredi. Comme en de nombreuses autres inscriptions, c'est écrit à la pointe de fusain.

- Bonne Bierre Pierre Lambrez Buillieu Jean Gaston Venn Cordonni(…) Camb(…) Lou(…) 177(…) 6+
Cette inscription est compliquée car fort difficile à lire, ainsi nous plaçons son interprétation sous caution. Nous supposons qu’il est écrit qu’il s’agit en cet endroit de « bonne pierre » à exploiter, et qu’en dessous figure le nom de l’exploitant (potentiel ?) à savoir peut-être Pierre Lambrez. En dessous, il pourrait s’agir de Jean Baillen, sous très hautes réserves, ainsi qu’un Gaston. Ce Gaston est a priori une erreur de lecture. C'est un prénom qui n'existait pas à l'époque. On retrouve (probablement ?) Jean Cordonnier. En dessous, éventuellement Cambier Louis. La date pourrait être 1776, mais le 6 est porté en dessous, en forme de C.

Dans tous les cas, c'est une inscription datant immanquablement de 177x et faisant référence à Jean-(Baptiste) Cordonnier. C'est donc une inscription relative à des questions de carriers et d'extraction de pierre.

Retrouve-t-on ces noms dans les archives ?

Oui pour Eloy Bigotte. Il avait 36 ans le 10 prairial an X, déclaré comme agriculteur auprès de l'administration de Templemars à cette date. Il serait donc né en 1765, donc 11 ans à son premier graffiti, 25 à son second. Concernant tous les autres, aucune information n'est disponible dans l'immédiat. On peut supposer que, comme bien des endroits, les ouvriers travaillaient la terre à la bonne saison, la pierre à la mauvaise. Lezennes témoigne beaucoup en ce sens.

Sur Vendeville, Cyrille Glorieus relève Jean-Baptiste et Jean-Félix Godefroy, tous 2 frères, carriers au village et résidant rue de Faches. Ces noms n'ont pas été localisés sur les parois.

Carrière récente

- Glorieus – A la flamme. Il s’agit de l’inscription de Charles Glorieus, réfugié dans la carrière en 1944. Cette personne est le grand-père de Cyrille Glorieus.
- Moi Cyrille Glorieus / 23 ans de Lille / Ce 15-6-2013 / Descendant du village / De Vendeville / en Mélantois. Il s’agit de Cyrille Glorieus, petit-fils de Charles Glorieus et désormais habitant de Vendeville.

- Le grand mur gravé (en interne, nous l'appelons le mur des lamentations).
A mon amour Odette / Odette Brackenier / 1814 / Jacques / Louis Dechand / Toussaindechain / 1944 / J-M V / Jean-Marie / NJacques
Toutes ces gravures sont éparpillées et les / sont des symboles utilisés ici permettant de séparer chaque inscription.

Odette Brackenier : non identifiée. Il s'agit vraisemblablement de "Odette Brackenier" et non "Kenier", ce dernier patronyme n'étant pas un nom à consonance nordiste. L'écriture imparfaite au mur est dure à lire, d'où la faute possible. Tout laisse à penser qu'il s'agit d'une habitante de Seclin, veuve Hornain, décédée à 84 ans au printemps 2015. En 1944, elle avait 13 ans.

Louis Dechand / Toussain Dechain : ce ne sont pas des noms de Vendeville, mais de Faches. Nous ne disposons d'aucune information complémentaire.

Jacques N : il s'agissait de Jacques Nahant, dont la famille habitait à l'époque la ferme de l'actuel n°5 rue de Seclin.

Jean-Marie V : il s'agissait de Jean-Marie Verupenne ; si l'on regarde attentivement la paroi, "Verupenne" est bel et bien écrit. Né à Vendeville en 1934, y décédé en 1984. Fils de Clément et de Marie Grandpold. Il avait 10 ans en 1944.

Ces graffitis sont tous datés de 1944 sans exception. Cela donne l'idée que tous ces graffitis sont en réalité réalisés par des enfants.

Entre ces inscriptions se trouve un 1814. Cette date 1814 n’a rien à voir et nous ne savons pas à quoi ça fait référence. Serait-ce la date de l’exploitation ? Nous sommes amenés à penser qu'il s'agit en réalité d'une mauvaise lecture, car le scripteur a effectué là un tracé identique aux lettrages de 1944. Ce pourrait être : ?|8|4 ? soit une date d'août dans les années '40. Concernant cette date de ?/8/4?, cela pourrait correspondre à août 44 du fait que : "Les bombardements proches du village pendant la guerre étaient très fréquent en août 1944 à l’approche du front".

Les inscriptions sont complétées par des dessins :
- Un avion bombardant une maison.
- Deux installations de DCA lançant des obus.
- Un avion avec des marquages allemands se faisant tirer dessus.
Ce type d'inscription est extrêmement rare.

ABRI – Ce qui témoigne bien que le lieu servait d’abri potentiel en 1944. Il s'agit simplement de potentialités, car Vendeville n'a pas été bombardée.

- Il y a aussi une inscription "Antoine Delbecque" écrite au noir de bougie un peu plus loin, qui correspond à un Vendevillois du même nom. Malheureusement, son graffiti est mal conservé et il y eut grande peine à déchiffrer correctement le nom. Il était fils d'Henri et de Prudence Lécluse, deux belges de Comines qui habitait n°23 rue de Seclin en 1975. A relever aussi une inscription "Smal Charles".

- Dupont – Il s’agit d’une personne qui était employée au SDICS.

- Karl Glitergold 1991 – Cette inscription n’a malheureusement aucun intérêt historique. Il s’agit du dieu des gnomes dans Donjons et Dragons, dont l'orthographe exacte est Garl Glittergold avec 1 G et 2 T.

- Les dessins des visiteurs : Eric B / Jean-François (autoportrait) / G. / Franck / Grégory (autoportrait) / 09-05-1991. Nous supposons qu’il s’agit de visiteurs du souterrain, vendevillois et épris des lieux. Nous n'en identifions aucun.

Voilà ce qui conclut le relevé des inscriptions. Nous allons à présent visiter la carrière.


La visite débute par cette belle salle très propre.


Au mur, les autoportraits de nos cataphiles vendevillois.


En 1991, le dieu des gnomes était présent.


Une catiche. A noter que sauf exception, elles sont hautes et étroites. Ici elle est obturée avec des
planches en bois et un éventuel coffrage en béton.


La signature de Charles Smal et de curieuses étoiles. Cette personne est identifiée. Elle habite 39 rue de Faches à Vendeville.


L'obturation des catiches est rarement soignée.


Mise en lumière des lieux par Pierre.


Un front de taille. On voit qu'ils exploitaient en sens descendant.


Une magnifique catiche, probablement une des plus belles de la région.


Les remblais ont été mis sur les côtés, dégageant des passages.


Vers le fond de l'exploitation moderne.


Abri, ce qui témoigne de la vocation des lieux en 1944.


Le mur des lamentations.


Un avion bombarde une habitation.


Un avion allemand se fait tirer dessus.


Les signatures de Louis Dechand et Tousain (sic) Dechain. Il s'agissait probablement de Toussaint.


Une inscription 1944 et des tirs de la DCA.


Jacques Nahant.


La signature à la flamme de Charles Glorieus. Sur le mur derrière cette partie de carrière se trouve l'inscription de Charles Thibaut, littéralement : THIBAUT CHARLES.


Le petit fils de Charles, Cyrille, a inscrit de même son témoignage dans la craie.


On remarques quelques secteurs en hagues et bourrages.


Dans l'ensemble, c'est très propre et en bon état.


Une autre de ces catiches.


La grande salle.


Ce 3 7bre, plu tou la journe


1771 ou 1777, dur à dire...


L'inscription difficile à lire, probablement datée de 1776.


Jean-(Baptiste ?) Cordonnier, 1776.


Monsieur et M, 1778. Il serait envisageable que cela soit Monsieur et Madame, puis un nom de
famille qui nous échappe.


Eloy Bigotte, probable carrier en 1790.

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