Tchorski
Tchorski
Les carrières souterraines d'Hellemmes (1/4)

Ces quelques pages contiennent des photos des carrières souterraines d'Hellemmes. Il est important de signaler tout de suite : elles sont complètement indissociables des carrières de Lezennes. Effectuer une différence est un point de vue purement administratif de limites communales. Les carrières d'Hellemmes sont Lezennes, et inversement.

La limite entre Lezennes et Hellemmes correspond à une ligne brisée dans les champs qui ne se justifie en aucune topographie de surface. Si quelquefois, les rivières ou les sommets de montagnes forment les limites, ici nous sommes dans le parfait arbitraire. En quelque sorte, il faut bien que ça soit quelque part. Ici, la ligne court dans les terres agricoles, aux alentours du chemin rural n°4.

Pour nous, d'un point de vue souterrain, ce qui différencie Hellemmes de Lezennes, c'est la D146, encore appelée le boulevard de Tournai. Ça n'a rien à voir avec une quelconque limite territoriale, mais en tout cas dans le dessous-terre, c'est fort marqué. En effet, l'entièreté du dessous de cette route a été comblé avec un gravier lourd. La traversée du sud vers le nord est complètement impossible. Pour nous, Hellemmes se trouve en quelque sorte juste au nord de la D146. Peu importe si ça ne correspond pas totalement avec une réalité administrative, au moins c'est une réalité territoriale.

On accède aux réseaux d'Hellemmes par différents puits. Il semblerait que ce soient des réseaux distincts, bien qu'il soit difficile de l'affirmer, même en possédant une bonne partie des plans. Dans tous les cas, c'est fort imbriqué. Avant le comblement de la D146, les réseaux de Lezennes et Hellemmes étaient totalement imbriqués. Les carriers ne se sont jamais préoccupé de cette question là, alors que ça a été le cas dans d'autres communes, Faches à titre d'exemple.

Les carrières souterraines d'Hellemmes ne sous-minent pour ainsi dire aucun bâti. On est sous les champs, à quelques exceptions près. Une seule nuance tout de même, le secteur SNCF du Technicentre Hellemmes est sous-miné (reste que ces volumes sont en grande partie remblayés). Cela fait peu et surtout, quasiment aucune maison familiale. Cette situation change considérablement la donne par rapport à Lezennes. Ici, les carrières d'Hellemmes ne jouissent d'aucune notoriété. Pourtant c'est aussi beau que de l'autre côté de la route !

Les carrières d'Hellemmes sont dans leur globalité plus récentes que celles de Lezennes. Les carriers ont d'abord tiré la pierre, dans des temps médiévaux, au centre de Lezennes. Ensuite, ils se sont dirigés vers les extérieurs, notamment le sud de la rue Chanzy, le secteur "actuellement" Leroy-Merlin, le rond-point, et donc Hellemmes. A savoir que lorsqu'il est évoqué récent, cela reste encore fort ancien. Nous sommes dans des creusements mi-18ème siècle mi-19ème siècle au plus tard. Les volumes restent globalement anarchiques.

Peu de graffitis émaillent les parois, à notre grand dam ! Les carriers, les champignonnistes et les réfugiés n'ont pas été bavards. Il faut dire qu'à Lezennes, ça se concentre en certains quartiers uniquement. Dans les galeries d'Hellemmes, un gros fléchage rouge par chevrons est toujours existant. Nous supposons que c'était réalisé du temps où tout était interconnecté, car on en retrouve dans la rue Pasteur. C'était peut-être un chemin officiel de topographie SDICS permettant les triangulations.

Certains secteurs sont noyés en périodes hivernales et/ou printemps. Ils semblent de dimension restreinte. Ces noyages résultent de battement de nappe car en période estivale, ils disparaissent. Nous allons à présent visiter trois exploitations distinctes, toutes situées sur le territoire administratif d'Hellemmes.


La visite démarre avec joie. Voici une fameuse signature de Louis Levas, le carrier pour lequel on ne sait pas très bien quelle était l'activité (voir recherche le concernant). Le souci est qu'à la date de l'inscription, en principe 1887, l'exploitation de la carrière était terminée depuis 1850.


Au sujet d'Auguste Roussel, qui semble être le compagnon d'extraction de Louis Levas, bien entendu
la même question se pose.


Serait-ce une ancienne entrée comblée ? Ce serait tout à fait envisageable à cet endroit.


Une chose importante qui vient en quelque sorte attester de ces dates, l'inscription d'Auguste Hayez, champignonniste à Lezennes-Hellemmes, est faite au dessus de la peinture en 1895 (j'ai regardé de près).
Il en ressort que l'inscription de 1887 date bien de 1887. Ce n'est nullement étonnant, mais puisqu'une grosse interrogation existe quant à Louis Levas, pour lequel même un homonyme carriers existe en 1700 et des, ça valait la peine de vérifier.


Une gravure de catiche. Cela pourrait provenir d'un technicien du SDICS.


Une gravure de Constant Cuvelier. C'était un champignonniste.


La gravure de Joseph Morel, en 1855.


Les numéros de piliers, qui permettent aux techniciens de se retrouver aisément dans les topographies.


Un nombre qui lui correspond plus que probablement aux numérotations effectuées par les champignonnistes. A savoir que des quartiers entiers sont quelquefois notés A, B, C, D, E, F, etc. Ces allées permettent de dire aux apprentis champis : aujourd'hui il faut gobeter les allées J, K et L.


Le marquage par chevrons. Certains sont ronds, d'autres carrés, d'autres demi-ronds et d'autres en forme de slip (désolé, je ne vois pas d'autre description !). Ces chevrons permettent de délimiter des quartiers et guider dans le dédale. Surtout en fait, j'émets l'hypothèse que les chevrons marqués SP - c'est le cas ici - sont des stations de polygonation.


Le fameux graffiti, nous enseignant richement de la profession d'Auguste Hayez. L'écriture mentionne
Auguste Hayez, né à Annappes le 2 octobre 1895, âgé de 17 printemps le 9 janvier 1913, contremaître champignonniste. Le concernant, c'est le seul graffiti de la sorte qui nous est connu.


Une vue générale des galeries d'Hellemmes. C'est légèrement moins anarchique qu'à Lezennes. Reste que
si l'on ne possède pas une très solide expérience en matière de souterrains, il y a amplement de quoi se perdre dans le dédale, avec toutes les conséquences catastrophiques que cela entraine.


Dans une autre galerie. Ca s'enchaine sans qu'il y ait véritablement de repères.


L'exploitation est menée par piliers tournés. Les catiches ne sont pas rares, mais elles sont éparpillées ça
et là sans que ça ne constitue un maillage de 'tout catiches' comme à Loos ou Faches.


Une autre signature de nos deux carriers Louis Levas et Auguste Roussel. Cette galerie, située près du
chevron 98 permet de rejoindre trois autres parcours de chevrons à forme différente.


Dans le bazar des galeries qui partent dans tous les sens, les chevrons ne sont pas inutiles, c'est le moins qu'on puisse dire...


Les signatures de Louis Hespel (deux fois) et César Hayez, laquelle est partiellement recouverte par le chevron, le reste n'est pas très lisible. Une date 1893 est mentionnée sur la droite.


La signature de Louis Bléhaut, 1895, Lezennes.


Détail sur le graffiti, postérieur (??) Lezennes.


Louis Bléhaut, Laboureur, par Preux au Bois sur Landrecies, Nord, 1895. Né à Preux-au-Bois en 1871,
il habitait en 1906 au Hameau de l'Arsenal, chez sa soeur Adolphie, mariée à
Louis Delecour (de Ronchin) et leurs enfants.

SUITE >