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Les Von Trier, fondeurs de cloches
(Une biographie de Gregor et Heinrich VON TRIER)


Une cloche Gregor Von Trier. Photo : IRPA.

Introduction

Cette page est un document sur les fondeurs de cloche Gregor et Heinrich VON TRIER.

L'ortographe est comme bien souvent très variable. Pour le nom, il est relevé : VON TRIER, VAN TRIER, DE TRÈVES, DE TREVERIS, DE TREVERENSIS. La seule orthographe correcte est Von Trier. Les autres noms relèvent de flamandisation, de francisation, de latinisation. Aucune de ces variantes ne représente la réalité, bien que les auteurs eux-mêmes l'utilisent ! Du côté des prénoms, l'on relève : Grogor, Grégorius, Grégoire, Heinrich, Henri, Henricus, Hendrick. Les versions allemandes, si connues, sont probablement les seules bonnes. Quant à ce point, nous ne pouvons avancer aucune affirmation.

Les trois fondeurs qui nous intéressent sont Gregor I et II Von Trier et Heinrich II Von Trier. Quant à les nommer, nous sommes perpétuellement hésitants entre les versions latines (les plus fréquentes en épigraphie) et les versions allemandes, probablement les plus justes.

Les Von Trier sont des fondeurs de cloches médiévaux. Ils ont fondu des bourdons très conséquents pour l'époque considérée. Leurs cloches sont la plupart du temps « vieillies ». Cette description assez impropre correspond au minimum à Gregor I, Gregor II et Heinrich I. Ce sont des cloches qui ont un aspect et un profil très peu évolués par rapport aux techniques de l’époque. Elles sont un aspect de cloches de début 1400, tandis que Geert Van Wou et Peter I Van Den Ghein faisaient déjà des merveilles à la même époque. Le profil des Von Trier est rude, austère, dépouillé. Les épigraphies sont toutes en textura quadrata, ne possédant aucune fioriture, aucun style, aucune fantaisie. On retrouve même des décorations d’anses au cordon, comme au 14ème siècle. Les Von Trier réalisaient donc des cloches « en retard » par rapport à leur époque. Ils utilisaient probablement de vieilles matrices et des techniques ancestrales. Cela n’empêche pas ces cloches d’être de très bonne qualité. Il faut simplement s’attendre à des profils ascétiques.

D’énormes confusions existent de manière incessante quant aux cloches Gregor 1 et 2, Heinrich 1 et 2. C’est sans mentionner les mélanges dans les Jan 1 à 4. Il est certain que notre texte est au même titre touffu de confusion(s), des efforts sont réalisés afin que ça soit le moins possible le cas. Au même titre que les Van Den Gheyn, dès qu’une dynastie comporte des prénoms identiques, ça devient la croix et la bannière – déjà que sans ça, ce n’est pas forcément facile ! Le dictionnaire des facteurs d'instruments de musique les connait très peu, voire pas du tout (simples citation, confusion).

Il n’est pas rare de rencontrer de courtes citations évoquant de manière diffuse que ces fondeurs réalisaient aussi des canons. Cela n’a rien d’anachronique. Les Von Trier auraient eu à ce titre des contacts réguliers avec Alessandro Farnese (Alexandre Farnèse), qui essaya même de les attirer en Espagne. En 1589, nous retrouvons Jan III Von Trier à Lisbonne, à la direction d’une fonderie de canons.

Les commandes de cloches se profilent très essentiellement en Rhénanie. Les exportations ne sont pas rares : duché de Limbourg, Principauté de Liège, duché de Luxembourg, Gueldre et Utrecht. Rien en France. Il est évoqué, pour l’ensemble de la dynastie, 200 cloches existantes. Lors de grands troubles de l’époque, les Von Trier s’expatrient à Nijmegen, Zevenaar, Huissen, Middelburg et Liège.

Les Von Trier représentent une dynastie de fondeurs. Ils ont un actif assez similaire aux Van Den Gheyn en Belgique (période d'activité, pratique commerciale). Leur actif se situe très essentiellement en Allemagne. Leur présence en Belgique est entièrement accessoire au sein de leur pratique commerciale. En Belgique se trouvent une dizaine de cloches tout au plus, sur base d'estimations. C'est complètement anecdotique lorsque l'on considère la lignée de cette famille. Ce n'est pas pour autant une erreur de parcours, c'est simplement que ça possède un intérêt d'un point de vue belge, mais très peu (si ce n'est pas) lorsque l'on considère la lignée dans son entièreté.

Quel contexte historique ?

A cette époque là, nous sommes dans les Pays-Bas espagnols. La Belgique du territoire actuel est distincte de l’Allemagne du territoire actuel. On se rend compte que Gregor noue des relations commerciales avec le duché de Luxembourg, la Principauté de Liège, le duché de Limbourg. Ce sont essentiellement les contrées proches de l’électorat de Trier qui sont concernées. Dans cette période historiquement fort perturbée (guerres incessantes), il existe donc une relation commerciale entre le Saint-Empire d’Allemagne et les Pays-Bas espagnols.

Notons que ça a une importance non négligeable. Les Von Trier sont à quelques petites exception près, les seuls fondeurs allemands à s’être commercialement implantés en Belgique, que ce soit de Trier ou de Aachen. En cette époque, l’influence commerciale de la France et des Pays-Bas (territoire actuel) étaient encore fortement prédominante.

Qui sont les Von Trier et qui a été actif en Belgique ?

La dynastie des Von Trier est bien connue, dans le sens où elle a été étudiée avec beaucoup de rigueur en Allemagne.

De ce que nous comprenons, les Von Trier sont les suivants :
*
Gregor I VON TRIER et Gregor II VON TRIER, nous intéressant.
*
Peter I VON TRIER, Peter II VON TRIER, Peter III VON TRIER, Peter IV VON TRIER, Petrus V VON TRIER.
*
Christoph VON TRIER, Christoffel VON TRIER (meme fondeur).
* Johan un seul N VON TRIER.
*
Jan I VON TRIER, Jan II VON TRIER, Jan III VON TRIER, Johann IV VON TRIER, VAN TRIER, VON TREER.
*
Franz VON TRIER, Franziskus VON TRIER.
*
Jakob VON TRIER.
*
Heinrich I VON TRIER et Heinrich II VON TRIER, le premier nous intéressant.

Nous estimons (devinons ?) que Johann et Jan VON TRIER sont les mêmes fondeurs. Il s’agit simplement du réel prénom allemand et d’une version néerlandaise du prénom.

En Belgique ont été actifs :

* Gregor I VON TRIER, sous très haute réserves. C’est une estimation uniquement basée sur la date.
* Gregor II VON TRIER.
* Heinrich I VON TRIER, bien que ses travaux furent apparemment peu nombreux.
* Jan I VON TRIER, sous réserves.
* Jan II VON TRIER, sous réserves.
* Jan / Johann IV VON TRIER.

Au sujet des travaux des « Jan », toutes les cloches ont disparu, sauf surprise d’inventaire. Il n’existe plus de cloche visible à ce jour. Considérant ce fait et les réserves émises quant aux bonnes identifications, nous ferons quasiment l’impasse sur la biographie de ces fondeurs.

Les biographies des Von Trier

VON TRIER Gregor 1
Une cloche connue en Belgique, unique représentante d’ailleurs, Andrimont sur le territoire de Dison.
Dates de naissance et de décès inconnues, il aurait une activité de fondeur s’étalant de 1486 à 1514. L’Allemagne quant à elle évoque une période plus large (et probablement adaptée) allant de 1472 à 1518. Il existe des cloches datant de 1424. Soit elles se réfèrent à un Grégorius Zéro, si l’on puis dire, soit il s’agit de probables erreurs de lecture, le numéro 2 et le numéro 8 étant proche en quadrata. Notons à décharge que la plupart des cloches de cette époque sont notées en chiffres romains (M CCCC XX IIII) et il n’y aurait là aucune confusion possible. Il existe des cloches de 1530. Elles nous paraissent tardives et se rapprochent assez probablement de fontes d’un Jan Von Trier.
Nombreuses cloches sont connues en Allemagne. Assez étonnament, on peut aussi le retrouver nommé : Gorgus von Aichen, c'est-à-dire Grégoire d'Aix-La-Chapelle.

Originaire de Trier (Trèves), ce qui n’est que pure supposition, nous le trouvons localisé à Aachen (Aix-La-Chapelle) en 1492. Il est décrit actif comme maître-fondeur entre 1501 et 1512. Nous insistons sur le fait qu’il n’est aucunement établi que les Von Trier proviennent de Trier.

VON TRIER Gregor 2
Quasiment aucune cloche connue en Allemagne (c’est plus qu’étonnant). Quelques cloches assez représentatives connues en Belgique.
Dates de naissance et de décès inconnues, il aurait une activité de fondeur s’étalant de 1558 à 1574. Vu l’assez faible nombre de fontes, cette période pourrait se trouver élargie. Il serait décédé avant 1580.
Il est connue la livraison d’une cloche à Havelange en 1546, par un « Grégoire De Trèves ». Nous ne possédons aucune indication quant à savoir s’il s’agit ici de notre fondeur. Il en est de même pour Marneffe en 1549. Actif au Val-Saint-Lambert de Seraing en 1561.

D'après le DFIM, aurait été actif à Rocourt-Lez-Landen en 1573. Nous ne connaissons pas cette ville, nous supposons que cela fait partie de 3400 Landen. Quand-est-ce que ces francisations de noms flamands seront bannies ?!! Cette cloche a été refondue en 1924. Elle portait l'inscription : SACTE (sic) GABRIEL ORA PRO NOBIS, GREGORIUS TREVERENSIS ME FECIT ANNO XVCLXXIII. En réalité, nous nous rendons bien compte que le DFIM n'identifie pas Von Trier...

VON TRIER Heinrich 1
Né en 1520 à Aachen et décédé en 1598 à Middelburg (nl). Une cloche connue en Belgique, datant de 1551. Il s’expatrie aux Pays-Bas considérant les importants troubles religieux de l’époque.

Il aurait livré une cloche en 1555 à Maastricht (Pays-Bas). Actif à Olzheim (Allemagne) en 1555 aussi.

VON TRIER Heinrich 2
Dates de naissance et de décès inconnues. Aucune cloche présente en Belgique. Quelques instruments connus en Allemagne, bornant une période allant de 1653 à 1657. Nous citons ce fondeur, non actif en Belgique à notre connaissance actuelle, uniquement pour signaler son existence et sa période d’activité postérieure à Heinrich 1.

VON TRIER Jan ou Johann
Jan II est actif en Belgique en 1523, 1526, 1531 et 1533. Jan IV ou plus souvent Johann IV est actif en 1620.
Jan II aurait livré un carillon à la cathédrale Saint-Lambert de Liège en 1525. Il aurait aussi livré deux cloches en même lieu en 1533. Il s’établit à Liège en 1534.

Quels sont les travaux connus ?

*** En Belgique :
Tilff, Gregor II Von Trier, 1574. Disparue.
Saint-Séverin, Gregor II Von Trier, 1560. Disparue.
Hermalle-Sous-Argenteau, Gregor II Von Trier, 1574. Disparue.
Andrimont, Gregor I Von trier, 1497. Présente.
Hoeselt, Gregor II Von Trier, 1573. Disparue.
Liège (Saint-Pholien), Gregor II Von Trier, 1558. Disparue.
Ellignies-Sainte-Anne, Heinrich I Von Trier, 1551. Présente.
Hasselt, Sint Quintinuskathedraal, Jan II Von Trier, 1526 + 1531. Disparues.
Schönberg, Sankt-Vith, Johann IV Von Trier, 1620. Disparue.
Virton, Jan II Von Trier, 1523. Disparue.

* GREGOR I
Düren (de), 1424. La date semble être à prendre avec certaines précautions, vu qu’elle est trop ancienne.
Aachen, Sankt-Michael (de), 1424. Identification de Gregorius sous réserves, l'auteur principal serait Johan Von Trier.
Aldenhoven (de), 1486.
Baesweiler (de), 1486.
Stolberg (de), 1493.
Gangelt (de), 1495.
Selfkant (de), 1495.
Erkelenz (de), 1496. LAMBERTUS HEISCHEN ICH, IN DIE ERE GOTZ LUDEN ICH, GREGORIUS VAN TRIER GOUS MICH ANNO DOMINI MCCCCXCVI.
Niederzier (de), 1498.
Heimbach (de), 1499.
Hückelhoven (de), 1499.
Eschweiler (de), +/- 1500 + 1530 sous réserve de bonne identification.
Hellenthal (de), +/- 1500.
Aachen, Sankt-Jakob (de), 1502.
Merzenich (de), 1503.
Aachen-Burtscheid, 1503.
Aachen, Sankt-Michael (de), 1504.
Elsdorf (de), 1504.
Manderfeld (de), 1504 + 1512. Deux cloches dont l'épigraphie est la suivante : SANCTA ANNA, SANCTE LAMBERTHE HEISCHEN YCH – DIE LEVENROFEN YCH – DIE DODEN BEKLAGEN YCH – GREGORIUS VAN TRIER GOIS MYCH – ANNO DOMINI MVCIIII. + S. MARIA S; ANTHONIUS S; SEBASTIANUS HEISCHEN ICH – TSO DEN DIENST GOTS LUDEN ICH - DEN DUVEL VERDRYVEN ICH + GREGORIUS VAN TRIER GOIS MICH ANNO DOMINI MVCXII.
Linnich (de) 1504 + 1513.
Nettersheim (de), 1505.
Dahlem (de et pas Dalhem be), 1508 + 1511.
Jülich (de), 1508.
Niederzier (de), 1509.
Merzenich (de), 1510.
Nettersheim (de), 1510.
Marmagen (de), 1510. - GREGORIUS VON TRIER GOUS MICH ANNO DNI MCVCV.
Geilenkirchen (de), 1511.
Immendorf, 1511.
Prummern (de), 1511.
Kall (de), 1513 + 1514.

* GREGOR II
Mühltal, Odenwald (de), 1572.

* PETER I
Hoensbrook (nl), 1414.
Aachen, Sankt-Jakob (de), 1401.

* JOHAN (un seul N)
Heinberg (de), 1434.

* JAN I
Frelenberg (de), 1522.
Aachen, Sankt-Adalbert (de), 1535.
Erkelenz (de), 1535.
Aachen, Marienstift (de), 1535.

* JAN II
Lessenich (de), 1532. STEPHANI HEYSCHEN ICH IN DYE EHRE GOTZ LVDEN ICH DEN DONRE VERDRYVEN ICH JAN VAN TRYER GOVS MYCH ANO XXXII.

* HEINRICH I
Lorch (de), 1559.
Delft (nl), 1570.
Groningen (nl), 1577.
Gorinchem (de), 1581.

* HEINRICH 2
Brüggen (de), 1653 + 1657.
Nettetal (de), 1657.

* PETER II
Montabaur (de), 1578.
Sonsbeck (de), 1619.
Bergen (nl), 1616.
Helden (nl) 1616.

* PETER III
Rees (de), 1641 + 1646.
Apeldoorn (nl), 1648.

* JOHANN IV
Ueden (de), 1650.
Kaarst (de), 1651.
Dinslaken (de), 1654

* PETER IV
Haldern (de), 1678.
Kleve (de), 1679.
Geldern (de), 1680.
Gladbach (de), 1693.

* JAN III
Aachen, Sankt-Peter (de), 1582.

* FRANZ
Aachen, Sankt-Jakob (de), 1640.
Aachen, Dom, (de), 1659.
Aachen Burtscheid, (de), 1659.
Aachen Burtscheid, (de), 1672.

* JAKOB
Urmond (nl), 1688.
Nideggen (de), 1700.

*** En France : aucune cloche répertoriée.
*** Au Luxembourg : la situation, probablement intéressante, nous est inconnue.

Un texte biographique complémentaire

CHRONIQUE ARCHÉOLOGIQUE du Pays de Liège, 28e ANNÉE, 1937.
Les von Trier, fondeurs de cloches et d'artillerie à Liège au XVIe siècle

Comme l'indique leur nom, les maîtres fondeurs auxquels nous consacrons cette notice sont originaires de Trêves. Le fait est confirmé par la représentation, dans leur marque, de la célèbre tunique du Christ conservée dans cette ville. Du reste, hâtons-nous de le dire, les von Trier qui se rencontrent dans les documents liegeois du XVI ème siècle ne se relient entre eux que par conjecture : seule l'identité de leur nom et de leur profession permet de les rattacher avec vraisemblance à une même famille.

Au XVè siècle on trouve les von Trier établis à Aix-la-Chapelle. Gregorius von Trier y acquit, en 1492, de Joest et de Jean Pastor, la maison dite du Soleil (zur Zonne), située dans la rue de Cologne. Il fondit en 1501, 1504 et 1512 trois cloches encore existantes dans les églises de Preischeid et de Manderfeld en Rhénanie.

C'est en 1525 que nous trouvons pour la première fois les von Trier en rapport avec les Liégeois. Cette année, les maîtres de fabrique de la cathédrale Saint-Lambert commandèrent à maître Jean de Trêves un nouveau carillon et, dès l'année suivante, les clochettes pesant 4642 livres furent amenées d'Aix et suspendues dans la grande tour de l'église. Leur prix s'élevait à 696 florins 4 1/2 sous, monnaie de Brabant.

En 1533, Erard de la Marck fit don à la cathédrale de deux nouvelles cloches. Elles furent coulées à Liège par le même fondeur Jean de Trêves. La plus grosse, le bourdon Erard, pesait 7500 kilogs ; le poids de l'autre, baptisée Chrysogone, s'élevait à 4500 kilogs. Elles furent brisées toutes deux en 1795.

Ces fournitures décidèrent vraisemblablement Jean de Trêves à s'établir à Liège et, le 18 août 1534, il y acquit le métier des fèvres. Tilman Simpernel, postainier et Peter van Winter, serwier, se portèrent garants du paiement des 26 florins d'or qui constituaient le prix de la grande raete, laquelle conférait au nouveau membre de la corporation les droits professionnels et politiques inhérents à sa qualité.

Un Hendrick von Trier et son gendre, Thys von Andernach, acquirent le même métier des fèvres en 1536. Jheorius von Trier, que nous retrouverons sous les prénoms Georis et Gregorius, fit de même en 1541. Les deux derniers tardèrent à acquitter le prix de la raete et, en 1543, les gouverneurs du métier les sommèrent de se libérer sous peine d'exclusion.

L'activité des von Trier et de leurs alliés fut considérable dans leur nouvelle patrie. Sans doute depuis longtemps on pratiquait dans la principauté la fonte du bronze et du laiton. On connaît l'interdiction faite aux Liégeois, après le désastre de 1468, de forger des pièces d'artillerie sans l'autorisation du duc de Bourgogne et de ses successeurs. Dans la première moitié du XVIe siècle, nous relevons d'autre part des contrats pour fournitures de canons avec Thys de Venloo (7 janvier 1511) et Léonard le Cock (28 mars 1538). Mais, comme on le verra bientôt, les von Trier allaient donner à cette industrie une impulsion nouvelle.

En 1540, Jean von Trier livra à l'église Saint-Jacques une cloche avec ornementation de style Renaissance, pesant 2000 kilogs. On l'a refondue en 1891, tout en lui conservant sa forme ancienne ainsi que son inscription primitive : « ALMA DEI GENITRIX HOC TEMPLUM SERVET ET OMNES. CUM SONITUS GRANDES ISTA MISSA DABIT PHILIPPUS DE MARCA MV XL. JOANNES DE TREVERIS ME FECIT ».

Un Jean von Trier, sans doute le même, avait coulé en 1536, pour l'église de Bleialf, une cloche portant l'inscription : MARIA HEISCHEN ICH IN DIE EHRE QOTTES LUDEN ICH DEN DOURE VERDRIEVEN ICH. JAN VAN TRIER QOUS MICH ANNO DOMINI MDXXXVI.

En 1546, les chanoines de Sainte-Croix payèrent à Grégoire de Trêves, fondeur de cloches à Liège, 21 florins 14 1/2 sous pour la refonte de la cloche de Havelange en Condroz.

La même année, les chanoines de Saint-Denis firent réparer le crucifix qui pendait à l'arc triomphal du choeur de leur église. Le restaurateur de cette croix fut un certain Clokman, nom sous lequel les sources liégeoises désignent parfois Grégoire de Trêves, qui reçut la même année un paiement pour la réparation des chandeliers. Grégoire de Trêves fut chargé également, en 1549, par le même chapitre de Saint-Denis, de la fonte d'une cloche pour l'église de Marneffe.

Le 17 juillet 1550, le même fondeur faisait contrat avec les bourgmestres de la cité de Liège pour la fonte d'un canon de même calibre et de même longueur qu'un autre qu'il avait livré précédemment. Il lui serait remis dans ce but 9000 livres de cuivre qu'il devait faire venir d'Aix à ses frais. Il devait y mêler un millier de métal de cloche à l'estimation des experts. La pièce serait coulée et pesée à Liège et une tolérance de dix pour cent serait admise pour le poids. La valeur du cuivre non employé devait être remboursée à la ville.

Un procès-verbal relatif à la livraison des cloches sous l'occupation française à la fin du XVIIIe siècle reproduit comme suit l'inscription d'une cloche de l'église d'Oplinter : « MARIA IS MYNE NAME MYN GHELRYTHEYT SY OODE BEPRA. GORIS TRIER L'AN 1775 ». Cette inscription est évidemment fautive. F. Donnet proposait de la corriger comme suit : « MARIA IS MYNE NAME MIN GHELUYT SY G O D BEQUAEME. GORIS TRIER ANNO ...». Il n'est pas possible de déterminer la date primitive, mais tout porte à croire qu'elle s'étendait entre 1555 et 1575, Grégoire de Trêves étant mort avant 1580. Le 26 novembre 1552, les chanoines de Saint-Lambert payèrent à Grégoire de Trêves 26 florins Brabant pour la réparation de la cloche banale de Landen.

En 1561, nous retrouvons notre fondeur exécutant d'importants travaux pour l'abbaye du Val Saint-Lambert. Les moines lui livrèrent, le 1er mars de cette année, 1491 livres de fin métal et 41 1/2 livres de résidu de fonte de cloche (pottice). Il en fit deux cloches, l'une appelée Marie pesant 1072 1/2 livres, l'autre, Bernard, pesant 472 1/2 livres. Il reçut deux dallers pour la façon de chacune d'elles. Une clochette coulée par lui et conservée aujourd'hui au musée Curtius porte l'inscription : SANTCE JACOBE ORA PRO NOBIS GREGORIUS TREVERENSIS ME FECIT ANNO XV LXVI.

Le 16 décembre 1563, le chapitre de Sainte-Croix fit un accord avec Georges de Trêves, fondeur de cloches, demeurant pour lors « outre le grand pont », concernant la refonte d'une cloche discordante.

Le 1er juillet 1567, nous trouvons Grégoire de Trêves recevant de Guillaume de Palude, curé de Marneffe, une rente de 7 stiers de seigle en paiement d'une cloche qu'il avait coulée pour l'église de l'endroit.

Le 28 février 1576, il acquit de Pirotte Kamanne une maison dans la rue Soeurs-de-Hasque, devant le couvent des religieuses de ce nom.

Il mourut entre cette date et 1580. Grégoire de Trêves avait épousé une liégeoise : Isabelle, fille de Henri Hottea dit Demay. Il en eut de nombreux enfants :

1° Noël, lequel résidait en 1596 dans la paroisse Saint-Nicolas Outre Meuse, devant le Puits en Sock, probablement dans la maison paternelle. Il épousa une certaine Juliane par laquelle il était parent, sans doute, de Pierre le Potty, d'Ougrée et de Juliane d'Esneux, sa femme. L'official de Liège le désigna, le 12 avril 1589, comme tuteur des enfants de ces époux. Noël fut comme son père fondeur de cloches. Un acte de 1566 le qualifie d'autre part « orlogier ». Ce texte est relatif à la livraison faite par lui aux frères Mineurs de Dinant, d'une cloche pesant 305 livres, pour la façon de laquelle il reçut 15 florins 18 aidants.

2°) Isabeau, mariée en premières noces, à Piron de Bouvignes et, en secondes noces, à Baltus Wouloff van Oronseburgh. Elle fit testament le 30 mars 1596 (2).
3°) Ailid qui épousa Hubert delle Haye, lequel releva le métier des fèvres en 1597.
4°) Meyken, mariée, 1° à Johan Maljean, dont elle eut une fille, Isabeau et 2° à Jean le Begon, sans doute un fils de Jean le Begon, potier de terre dans la paroisse Saint- Nicolas Outre Meuse qui testa en 1559.
5°) Julienne, citée dans le testament de sa soeur Isabeau.
6°) Catherine, née en 1572 et qui, en 1580, reçut comme tuteurs ses deux beaux-frères qui suivent.
7°) N. mariée à Lambert Peterken.
8°) N. mariée à Willem Jacquemin.

*
Hendrick von Trier, le même probablement qui avait relevé le métier des fèvres de Liège en 1536, livra en 1555 une cloche à l'église Saint-Servais à Maestricht. Elle fut acquise en 1767 par les marguilliers de la collégiale Sainte-Gudule à Bruxelles, où elle se trouve encore. Avant sa mise en place, elle fut à nouveau bénite et reçut le nom de Gertrudis, tout en conservant son ancienne inscription : MARIA HEISSCHEN ICH DIE LEBENDEN ROSEN HENDRICH VON TRIER GOUS MICH A° DNI MCCCCCLV

La même année, Hendrick von Trier livra à l'église d'Olzheim une cloche avec l'inscription suivante : SINS SIMON HEISCHEN ICH HEINDRICH VON TRIER GOUS MICH ANNO 1 5 5 5.

C'est le même fondeur sans doute qui, en 1584, fournit à la ville d'Anvers des pièces d'artillerie marquées de ses initiales H. V. T. avec les armes de cette ville. Comme nous l'avons vu, on pratiquait dès avant cette date dans la famille von Trier la fonte des canons. En 1563 encore, Friedrich von Trier, fils de Henri, bombardier, fit relief du métier des fèvres de Liège.

Henri avait eu une fille, Marie, laquelle épousa Laurent Grandjean qui fit relief du même métier en 1604. Le plus célèbre des fondeurs du nom von Trier fut Jean von Trier. Nous avons rencontré déjà, en 1540, un personnage de ce nom. En 1599, un autre Jean von Trier livra une cloche à l'église de Gondesheim. Nous n'avons pu déterminer leurs rapports avec leur homonyme qui devait connaître une fortune des plus éclatantes.

Au cours des sièges nombreux qu'il entreprit contre les villes des Pays-Bas révoltées contre l'Espagne, Alexandre Farnèse dut se procurer une artillerie nombreuse et il recourut souvent dans ce but aux fondeurs von Trier. Leurs produits furent sans doute particulièrement appréciés, car le gouvernement espagnol s'efforça de les attirer dans la péninsule elle-même. Par contrat du 30 avril 1589, Jean von Trier s'engagea à se rendre à Lisbonne pour y diriger la fonderie de canons. Le contrat fut fait pour huit ans et le traitement annuel de von Trier fut fixé à 1200 florins, avec faculté pour lui de revenir par intermittence dans son pays pour y terminer les pièces commandées antérieurement.

Le fondeur reçut en outre 100 florins pour frais de voyage. En cas de décès du bénéficiaire, sa femme et ses fils devaient recevoir quatre années de traitement. Il emmenait du reste avec lui ceux-ci et six ouvriers exemptés de toutes impositions, aides et gabelles. Toute facilité lui serait donnée pour construire des ateliers. Les bâtiments de la fonderie seraient élevés aux frais du roi d'Espagne, sur les plans dressés par von Trier, et ils comprendraient une habitation pour son usage personnel. Les matières premières lui seraient fournies et il lui serait pavé 8 florins par quintal de bronze pour les pièces finies et éprouvées, la façon des pièces manquées restant à ses charges.

Nous ignorons quelle fut en Espagne la fortune des von Trier. Leur nom reparait avec honneur dans l'historiographie des Pays-Bas. On le retrouve à Malines, siège principal des fonderies d'artillerie au XVIe siècle, mais c'est à propos d'oeuvres plus pacifiques. Gomes van Trier, auteur de plusieurs « Colloques » intéressants au point de vue moeurs et usages du temps, se qualifie « gentilhomme malinois ». D'après la dédicace de ses livres, il paraît avoir vécu à la cour de Henri-Frédéric de Nassau, général de cavalerie des Provinces-Unies et avoir été le précepteur de Frédéric-Henri, fils du prince-électeur Frédéric V, roi de Bohème. Le 11 juillet 1787, la chambre héraldique des Pays-Bas délivra une reconnaissance de noblesse à Jacques-Joseph- Antoine van Trier, écuyer, lieutenant-maieur de Louvain, époux de dame Catherine-Louise d'Awans.

JEAN YERNAUX.

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