Tchorski--------------------------------------
Tchorski
Les Tordeur
(
Les cloches de l’église de Saint-Amand)

A la fin du mois de juillet 2013, Eric Dumont nous fit parvenir une information très intéressante : l’église de Saint-Amand (entité de Fleurus), contient une cloche de Jean Tordeur. La rareté de cette cloche justifie un documentaire. Le documentaire est structuré de la sorte :
- Le relevé des épigraphies, effectué en totalité par Eric Dumont.
- Une biographie des Tordeur, très largement empreinte des recherches effectuées par Malou Haine dans le dictionnaire des facteurs d’instruments de musique.
- La biographie des Tordeur par Ernest Matthieu en 1906.

Les cloches de Saint-Amand

L’église de Saint-Amand possède actuellement trois cloches : une de 1592, une de 1735 et une de 1953 qui remplace une cloche de 1855 enlevée par les allemands en 1943. Une monographie du village de 1938 signale une autre cloche de 1592 à l’école communale mais elle n’existe plus à cet endroit actuellement. Elle a peut-être été transférée dans la chapelle Dumont de Chassart sur la route de Fleurus mais sans certitude. Les trois cloches qui nous intéressent sont : une Jean Tordeur, une baron De Rosée, une Michiels JR.

Cloche de 1592
Cloche fondue à Nivelles par Thomas et Jean Tordeur. Ton de La bemol.
Texte sur la bordure :
Ligne 1 : MARI SVIS EN BAPTESME APPELLE DE PAR LA COMVNIAVTE DE SAINCT AMAND ESPERANTE DE LA GROSSE DISME ESTRE
Ligne 2 : DONNE LE NON DE DIEV SOIT BENI THOMAS TORDEUR ME FECI A NIVELLE 1592
En dessous :
IAN TORDEVR
Cloche de 1735
Cloche fondue en 1735 par Nicolas Biname chez la veuve Feraille. Des archives signalent que la foudre est tombée sur le clocher à la Toussaint 1734 et que cela a abîmé la cloche. Ton de Fa.
Le possesseur de la grosse dîme de Saint-Amand était l’abbaye de Malonne. Le seigneur hautain était Jean-François Loiseaux qui était également seigneur foncier de l’Escaille et du Monceau à Saint-Amand. L’autre « grand » seigneur de Saint-Amand était Angélique de Marbais, dame de la Haye à Brigode à Saint-Amand et aussi dame de Bertinchamps (hameau entre Sombreffe et Gembloux).
Les armoiries sur la cloche sont celle de Marbais à gauche et sans doute (?) celle de Jean-François Loiseaux à droite.
Texte sur la bordure :
Ligne 1 : + ANGELIQVE IE MAPELLE IE SVIS REPAREE PAR LES LIBERALITE DE MONSIEVR HVBERT FARSY ABBE DE MALONNE PARIN ET DE MDELLE
Ligne 2 : ANGELIQVE DE MARBAIS DAME DE LA HAYE ET DE BERTENCHAMPS MARINNE ET DE MONSIEVR L’OISEAVX SGNR AVTIN DE ST AMAND
Ligne 3 : LECAILLE ET DV MONCEAVX ET PAR LA COMMVNAVTE. FAITE CHEZ LA VEVVE FERAILLE. PAR NICOLAS BINAME LAN 1735

Texte sur la bordure en dessous :
A FVLGVRE ET TEMPESTATE LIBERA NOS SANCTE AMANDE

Cloche de 1855
Cloche fondue en 1855 dans les usines de la baronne de Rosée à Moulins. Ton de Sol. Elle a été enlevée par les allemands en juillet 1943 (A VI 134 d’après les archives de fabrique).
Texte sur la bordure :
Ligne 1 : CETTE CLOCHE APPARTENANT A LEGLISE DE SAINT-AMAND FUT ACQUISE A SES FRAIS ELLE EUT POUR PARRAIN
Ligne 2 : M MAXIMILIEN FRANCOIS DETRY BOURGMESTRE ET POUR MARRAINE ME HOUTAIN NEE MARIE CATHERINE DETRY DOMICILIES
Ligne 3 : A ST AMAND LA 25E ANNEE DE CURE DE MAITRE ADRIEN J GREGOIRE ELLE FUT BENITE PAR MAITRE A J DUQUENNE
Ligne 4 : CURE DOYEN A GOSSELIES EN 1855
Texte sur la bordure en dessous :
FAITE AUX USINES DE MADAME LA BARONNE DE ROSEE A MOULINS

Cloche de 1953
Cloche fondue en 1953 par Michiels Junior de Tournai en remplacement de celle de 1855.
Texte :
ME FVDIT MICHIELS JR TORNACI
BERNADETTE EST MON NOM
JE REMPLACE CELLE ENLEVEE PAR LES ALLEMANDS A L’EGLISE
DE ST AMAND (Ht) ACQUISE A SES FRAIS
J’AI COMME PARRAIN RAOUL HOUTAIN
MARRAINE BERNADETTE DUMONT DE CHASSART
LA 8ME ANNEE DU CURE A. BIERNAUX 1953
FONDUE PAR M. MICHIELS JR DE TOURNAI
.

Les biographies sommaires des Tordeur

La famille Tordeur est une petite dynastie de fondeurs de cloches, originaire de Nivelles. Elle est méconnue. Cette mini-dynastie comprend : Thomas Tordeur, Jean 1er Tordeur fils de Thomas, Thomas-François fils de Jean 1er, Jean II fils supposé de Thomas-François.

Thomas Tordeur est né à une date inconnue, commence son activité en 1589 et il est décédé en 1644. Il serait le fondateur de la fonderie de cloches. De 1617 à 1633, il travaillera avec son fils, Jean 1er.

Les travaux connus sont :
-Hekelgem - 1 cloche - 1589. Présence attestée.
-Sart-Dames-Avelines – 2 cloches – 1590. SL.
-Binche – 9 cloches de carillon – 1596-1599. Présence attestée.
-Geraardsbergen - 1 cloche – 1601. Présence attestée.
-Soignies – Des cloches de carillon – 1602. SL.
-Bruxelles – Saint-Nicolas – 10 cloches de carillon – 1605-1606. SL. Avec Grongnart.
-Braine-Le-Château - 1 cloche - 1608. Présence attestée.

(SL signifie selon littérature, présence attestée signifie que la cloche existe encore).

Jean 1er Tordeur commence son activité en 1617 et il est décédé en 1641. Il est connu par le dictionnaire des facteurs d’instruments de musique qu’il se séparera de la fonderie de son père en 1633, un document fixant les conditions économiques de cette séparation. Il est basé à Nivelles.

-Saint-Amand - 1 cloche - 1592. Jean Tordeur. Présence attestée.
-Ghlin – 1 cloche – 1617. SL.
-Bois-Seigneur-Isaac – 1 cloche – 1619. SL.
-Saint-Vaast – 1 cloche – 1621. SL.
-Namur – 4 cloches – 1624. SL.
-Soignies – 3 cloches – 1626. SL.
-Geraardsbergen - 2 cloches - 1632, 1637. Présence attestée.
-Saint-Vaast – 1 cloche – 1636. SL.
-Nivelles – Des cloches – 1641. SL.
-Steenokkerzeel - 6 cloches - dates non connues. Présence attestée.

Thomas François Tordeur est né en 1608 et décédé en 1646. Nous ne savons quasiment rien, si ce n’est qu’il reprend la fonderie de son père (Jean premier) en 1646. Il est connu qu’il travailla à la collégiale de Nivelles et au Petit-Roeulx.

-Nivelles – 22 cloches de carillon – 1642-1643. SL.
-Mons – Maison de la vie Montoise – 1 cloche – 1650. Inscription : D. MARIE ABBESSE MAT F FAIRE PAR THOMAS TORDEUR 1650. DONNEE PAR F. GUILLAUME DE LOIR. CHANOINE REG.DU BOIS S.ISAC AU MOER DE BETLEEM. PATER.AU.DI.LIEU.LE.X.OCTOBRE.1676. SL.

Jean II Tordeur est probablement le fils de Thomas-François. Il travaille d’après le DFIM pour Anvers et Steenokkerzeel.

Les périodes d’activité des Tordeur sont bornées de 1589 (naissance de la fonderie Thomas Tordeur) à 1670, dernière trace d’activité de Jean II Tordeur. Le bornage est donc extrêmement simple, ce ne sont ‘que’ des cloches du XVIIème siècle, à la précision près que des cloches peuvent être datées légèrement avant – légèrement après. Toute autre datation est ainsi une erreur.

Les fondeurs de cloches nivellois, les Tordeur

La fonderie de cloches créée à Nivelles à la fin du XVIè siècle prit une extension notable dans la première moitié du siècle suivant. Dans des notices précédentes, nous avons déjà fait connaître, d'après des documents inédits, des productions importantes dues à Thomas Tordeur et à Jean son fils (1). De nouveaux renseignements nous permettent d'accroître encore l'énumération de cloches sorties de leur atelier plus spécialement pour des églises du Brabant (2).

(1) Thomas Tordeur, fondeur nivellois, dans les annales de la Société archéologique de Nivelles, t. III. — Les fondeurs de cloches nivellois. Jean Tordeur, mêmes Annales, t. V.
(2) Les indications des actes empruntés au Notariat général de Brabant notas ont été fournies par notre confrère M. René Godin, avocat à Enghien, auquel nous adressons tous nos remerciements.

La commune de Piétrebais avait commandé à Thomas Tordeur une cloche, qui était livrée avant le 28 mars 1601. Tarlier et Wauters n'ont pas trouvé cette indication, car ils se bornaient à relater, en 1872, les détails suivants : « Il y a un siècle, la tour ne renfermait pas de cloche décimale. Le chapitre de Nivelles ordonna, le 2 juin 1775, d'en faire fondre une. La seule cloche qui existât alors pesait 500 livres. Elle appartenait à la commune qui, d'après une inscription que l'on y lisait, l'avait fait restaurer en 1729. Thomas Tordeur avait repris le métal de l'ancienne cloche. Un solde de 26 florins lui restait dû pour sa fourniture, et un habitant de Piétrebais, Jean Lambert, prit par-devant notaire l'engagement d'acquitter cette somme le 1er septembre 1601, dans les conditions suivantes :

« Aujourd'huy XVIIIè de mars en l'an mil six centz et ung, comparurent en la ville de Nivelle par devant moy notaire et en la présence des témoings cy-aprés dénomez, Jan Lambert, manant de Piéterbais d'une et maistre Thomas Tordeur, fondeur de cloches résident en lad. ville de Nivelle d'autre part, illecq ledit Jan Lambert ai librement confessé que audit maistre Thomas est demeuré redevable la somme de vingt six florins de vingt patars pièce, procédante de la condition et métal d'une cloche à luy livrée pour ledit Piéterbais comme reste de plus grande somme et oultre le métal livré par ceux dudit Piéterbais, pour laquelle somme de vingt six florins à payer au premier jour de septembre prochainement venant ledit Jan Lambert s'est porté pleige respondant pour ledit village et communaulté dudit Pieterbais, obligeant à tel effect sa personne et biens meubles et immeubles venuz et à venir par tout à estre exécutez sans quelque forme ou figure de procès, renunchant à tel effect à toutes choses contraires à ce que dessus, soy réservant ledit Jan Lambert son resort contre ledit villaige et communaulté de Piéterbais là et ainsy qu'il trouvera convenir, tous fraudes et malengiens excluz. A quoy faire et passer furent présentz comme tesmoings pour ce spéciallement huschez et appellez Lambert del Sart, résident audit Piéterbais et Charles Dardevelle, bastonier du vénérable chapitre de Nivelle, avecq moy Anthoine Fortamps notaire admis par le conseil de Brabant ; tesmoing mon seing mis avecq les signatures desd. tesmoings ».

Thomas Tordeur fondit en 1605 une cloche du poids de 804 livres pour l'église de Mont-Saint-Guibert. Le paiement du solde de cet ouvrage donna sujet à un arrangement devant le notaire Anthony Fortamps le ler juin de cette année. Thomas Vignon, pasteur du « Mont-Sainct-Wibert », les mayeur, mambour de l'église, et Adrien Marin, « censeur de l'hospital », comme représentant la commune, convinrent avec ce fondeur de deux termes pour le règlement d'une somme de 242 florins de 20 patards, qui lui restait due sur sa fourniture.

Dans son Histoire de la ville de Bruxelles, Alph. Wauters mentionne un contrat du 10 mars 1605, par lequel Jean Grongnart et Thomas Tordeur, fondeurs de cloches, le premier à Mons, le second à Nivelles, entreprenaient la refonte de dix cloches destinées à la sonnerie de l'horloge de Saint-Nicolas à Bruxelles. Ils devaient enlever et briser l'ancienne cloche à l'heure, faire peser ses débris au poids de la ville et les transporter à la grange près du Sablon, où des fournaises devaient être préparées et les nouvelles cloches fondues. Une grande cloche, « au coup de l'heure, au ton d'un ut », du poids de 6000 livres, fondue par Tordeur, fut placée sur la tour en novembre 1608. M. Emile Prud'homme a signalé, en 1879, au Cercle archéologique de Mons, la trouvaille faite au faubourg Saint-Lazare en cette ville, des débris d'une cloche, sur les morceaux desquels on put relever ces mots : I H S dans un cartouche, ... PROSPICE ... S TORDEUR ME 1611. Ce chiffre suivi d'une tête d'ange. La cloche provenait peut-être de l'hospice de Saint-Lazare et avait sans doute été fondue par Thomas Tordeur, qui travaillait encore seul en 1617, comme nous l'avons constaté dans une notice précédente.

L'association établie entre lui et son fils Jean dès 1619, existait encore en 1633. L'année précédente ces deux fon-deurs avaient fait une cloche pour l'église de Mellery ; une somme de 11 florins restait à payer, et les démarches pour obtenir le règlement de ce compte restaient infructueuses. Deux bourgeois de Nivelles, Adrien Querquin et Claude Collard, vinrent attester le 28 avril 1633, devant le notaire Jean de Moitoimont, qu'envoyés trois ou quatre fois à Mellery pour recevoir cet argent, le pasteur chaque fois « leur grondoit et leur donnoit des parolles d'injures ».

Cette année paraît marquer le terme de l'association entre le père et le fils, car le 15 juillet, Jean comparut devant ce même notaire pour se reconnaître débiteur envers Thomas, son père, de 480 florins carolus pour rachat de 600 livres de métal à 11 patards la livre, et de 300 livres à 10 patards. Jean s'engageait à s'acquitter en trois termes. Ce fut seul qu'il entreprit en 1833 la fonte d'une cloche pour l'église paroissiale de Wavre, du poids de 618 livres et dont le paiement fut réglé par la convention suivante :

« Le premier jour du mois de juing 1633, en la ville de Nivelle résidence de moy Jean de Moitoimont, notaire admis soubsigné, et en présence les tesmoings cy bas dénomez, comparut Claude de Braye comme mambour de l'église paroischial de Wavre, bourgeois et illecq résidant, lequel, pour et au nom de Messieurs les bourgeois et habitants dudit Wavre, at en son nom privé, congneult et congnoit par a esté tout déduit et calculé estre fidellement redebvable vers Mre Jean Tordeur, bourgeois de Nivelle et mre fondeur de cloches, la somme de deux cent quarante noeufz florins et noeufz patars, oultre et par dessus le vieux métal livré par ledit mambour, procédant de la livrance faite d'une cloiche cejourd'huy pesant six cent et dix huyet libvres pour ladicte église de Wavre, que le mesme Claude en qualité susdit at receu et se tient pour livré d'icelle, de laquelle somme de deux cent quarante noeufz florins et IX pat., icelluy Claude au promis et promect de payer à deux payemens égaulx scavoir la juste moitié prestement, ayant heu maistre Jean receu à compte de ladite juste moitié le mesme Tordeur cent et douze florins. Par ainsy resteroit y compris le reste de ladite juste moitié furny ce jourdhuy la somme de cent et XXXVI florins et noeufz patars que ledit Claude pour le parfurnissement de la susdite debte et somme payer endéans le Tonssainet prochain comme sa propre debte léal, congneult et appreingt, doit maintenant pour lors, pour à quoy furnir il at obligé sa personne et biens meubles et immeubles partout présens et futurs et par condempnation voluntaire, par devant touttes courtes qu'il appertiendrat, que celluy debvan at consenty et accordé avecq patente et réele exécution à ses frais et despens à sa deffaulté, à quoy il s'est submis à toute cohestion constituant irrévocablement pour le tout recongnoistre et passer les personnes à maistre Jean Vanderheere, advocat, Jean Stercq et ........ Et comme deux exécuteurs promectantz et obligantz et renonchant et le tout à seclusion de fraude, présents comme tesmoings requis et appellez Claude Collaert et Jacques Bomal, ledit jour mois et an susdit ».

Jean Tordeur fondit pour la même église quatre cloches en 1636.

La réputation de l'atelier de Nivelles était assez répandue pour lui valoir cette même année la commande d'une cloche pour la paroisse de Voorde, près de Ninove, comme nous l'apprend le document suivant : cette cloche pesait 1382 livres.

« Le IXè de may 1636, en la ville de Nivelle, résidence de moy Jean de Moitoimont, notaire admis soubsigné, et les tesmoings cy bas dénomez, comparurent premièrement Franchois Van Vivermans dict en françois du Vivier, censier de Voorde-lez-Ninofve, et Louys Van Waesherghe, sergeant du lieu, lesquelz en leurs noms particuliers pour et au noms de la communauté du village dudit Voorde, ont congneult et Confessé de debvoir fidellement à Mre Jean Tordeur, bourgeois et fondeur de cloches audit Nivelle, la somme de cincquante sept florins et huyct pat., y comprins en seste somme dix fl. et dix pat. pour le chariage et tolle du métal venant d'Anvers de par Bruxelles jusques audit Nivelle, que ledit Mre Jean at payé au nom de lad. communauté, et le surplus de ladite somme procédant de soixante sept libvres, poids de Brabant, de métal que ledit Tordeur at livré oultre et par-dessus le métal par luy receu à raison de XIIII pat. pour la libvre. Ledit Tordeur at livré et pour parfaire la cloche qui pesoit treize cent et LXII libvres, poid de Brabant, en la présence des susdis comparans scavoir : douze cent libvres venant dudit Anvers, apparant par lettre du marchand d'illecq appellé Michel Vanlaer en datte du 17 de febvrier 1636, et cent et trois libvres, poid de Flandre, que ceulx de Voorde ont livré, laquelle somme de LVII fl. et VIII pat. les prénommez ont promis et promectent par ceste de payer endéans quinze jours datte de ceste sur respective obligation de leurs personnes et biens, partant l'un pour l'aultre l'ung pour le tout, ayant à l'effect accordé la condempnation volontaire, sentence réelle et parate exécution à leur deffault. soit au conseil privé, conseil de Brabant et ailleurs partout à leurs frais et
despens ».

Dix ans plus tard, la fonderie de Nivelles se trouvait sous la direction de Thomas-François Tordeur, fils de Jean. Il avait contracté avec le curé et la commune de Petit-Roeulz-lez-Braine pour la refonte de trois nouvelles cloches, la plus grosse du poids de 1959 livres, la seconde de 1150 livres et la troisième de 800 livres. Les anciennes qu'il avait reprises, pesaient ensemble 1863 livres. L'accord suivant fut conclu le 2 juin 1646 pour le paiement de ce travail :

« Cejourd'huy deuxiesme de juin 1646, par devant moy Piere Walhain notaire admis et approuvé par le conseil de S. M. ordonné en Brabant, et en présence des tesmoings cy bas dénommez comparurent Mre Arnould Gernart, pasteur du villaige du Petit-Roeulx-lez-Braine-le-Comte, accompaingné d'Anthoine Lencluz et Jan Gérard et Jan du Cochet, parties faisantes pour la communaulté dudit villaige, lesquels ont cogneult d'estre léallement tenu et redevables vers la personne de Mre Thomas Tordeur présent et acceptant, à raison de la livrance de leurs deux cloisches appartenantes à ladite communaulté, lesquelles sont pesantes à présent dix neufz cent et cinquante neuf libvres, scavoir la deuxiesme onze cent cincquante libvres et la IIIè VIII cent IX libvres dont les vielles cloiches avant d'estre refondues pesoient dix huict cent et soixante trois libvres dont à raison de la livrance du surplus du métallé, à raison de nonante six libvres à douze patars la libvre, porte XLVIII fl. deux pat. et, à raison de deux patars et VI d. pour la façon, porte cent et nonante huict f1. deux pat.. porte ensamble à la somme de deux cent et quarante cincq florins et XIII s.

Sur laquelle somme ledit mre Thomas Tordeur at receu la somme de cent et dix florins et VII s., par ainsy luy rest à payer par ladite communaulté la somme de cent trente cincq fl. six s. et trois florins à raison de deux failles de vin que lesd. députez de lad. communaulté ont beu le jour de la refonderie quy ont esté payées par ledit Tordeur, laquelle somme ils promettent de faire payer audit Tordeur ensuict le contract et marché faict avecq lad. communaulte en datte le .........., derniere sur obligation chacuns de leurs personnes et biens in forma. Actum ut supra, en présence comme tesmoings à ce requis et appellé de messire Nicolas Dubus et de Jan Houseau ».

Nous trouvons enfin un fondeur du nom de Jean Tordeur en 1674, indubitablement un fils de François Tordeur. On connaît de lui deux cloches livrées à l'église de Saint-Charles-Borromée, à Anvers, qui appartenait alors aux jésuites ; on les mentionne comme 3è et 4è cloches de la sonnerie :

La 3e, ornée de l'effigie de S. Ignace de Loyola et du S. Nom de Jésus, porte cette inscription : SANCTE IACOBE ora pro nobis.
IOANNES TORDEVR Me Fecit. Nivellis anno 1674.

La 4e, ornée de l'effigie de S. Luc Evangéliste et du S. Nom de Jésus, porte l'inscription :
SANCTA MARIA ora pro nobis.
IOANNES TORDEVR Me Fecit. Nivellis anno 1674.

Des éléments que nous avons recueillis sur les fondeurs nivellois, nous pouvons préciser comme suit quelle fut la direction de cet atelier et son importance. Thomas Tordeur travailla seul jusqu'en 1617. On lui doit la fonte du carillon de la ville de Binche en 1596 et 1599, de cloches pour Corbais et Piétrebais en 1601, de plusieurs cloches pour l'église de Saint-Vincent à Soignies en 1602, d'une cloche à Mont-Saint-Guibert en 1605 et d'une cloche pour l'église de Saint-Nicolas à Bruxelles en 1608.

Dès 1617, il était associé avec son fils Jean, à qui l'on doit une cloche fondue cette année pour l'église de Ghlin. Leur association fut marquée par l'exécution d'un carillon pour le prieuré de Bois-Seigneur-Isaac et d'une cloche pour l'église de Mellery. Elle prit fin en 1633, par la liquidation d'un compte. Jean Tordeur entreprit seul toutefois la fourniture de la grosse cloche à l'église de Saint-Vaast en 1621, de cloches à Soignies en complément des travaux exécutés par son père de 1624 à 1627.

Resté seul à dater de 1633, on sait qu'il fournit alors une cloche pour l'église de Wavre, une cloche à Voorde-lez-Ninove et à Saint-Vaast, en 1636. Il avait épousé Anne de Gilengien, avec laquelle il fit un testament le 9 septembre de cette dernière année. Il avait deux filles, l'une Jeanne encore en célibat, l'autre Anne déjà mariée et un fils Thomas-François, né en 1608.

C'est ce dernier qui en 1646 refondit les deux cloches Pour l'église de Petit-Roeulx-lez-Braine. Enfin, en 1674, on rencontre un Jean Tordeur qui fournit deux cloches aux Jésuites d'Anvers. Ce relevé, que de nouvelles découvertes pourront encore accroître, montre l'importance de cette industrie à Nivelles maintenue honorablement pendant trois générations dans la même famille.

ERNEST MATTHIEU.
Enghien, décembre 1906.

 

Voici quelques photos d’archive au sujet de ces cloches de Saint-Amand. Elles ont pour grand avantage de montrer les empreintes d’épigraphies.


Ce sont des photos d'archives.


Elles seront complétées dès que possible.

La cloche de 1592


L'empreinte de la cloche Tordeur.


La signature de Jean Tordeur.

La cloche de 1735


La cloche Nicolas Binamé.


Le superbe calvaire est réalisé avec des empreintes de feuilles de sauge.


Blasons et feuilles de sauge.

La cloche de 1855


Cloche du Baron de Rosée (succession Baronne de Rosée).


ACCUEIL