--------------------------------------
Tchorski
Les cloches de Saint-Prest (1/3)

 

Cette page est un documentaire sur la cloche de l’église de Saint-Prest (28, Eure & Loir). Merci à Monsieur le Maire Jean-Marc Cavet pour l’autorisation d’accès au clocher. Merci aussi à Mme Françoise Labbe et M. Bernard Lorenc pour le suivi du dossier. L’église de Saint-Prest comporte deux cloches, une cloche assez massive de 1531 en clocher, une petite cloche d’heure placée en extérieur de flèche. Nous parlons de ‘la’ cloche de Saint-Prest étant donné que nous n’avons pas pu documenter la cloche d’heure, ce qui est compréhensible ! La moitié des photos a été réalisée par Nicolas Duseigne.

La cloche de Saint-Prest se trouve au sommet d’un clocher ardoisé, dont la charpente a été magnifiquement restaurée. Louons cette qualité et soulignons ce fait, le nouvel escalier et les charpentes rénovées l’ont été avec du chêne, ce qui est tout à fait remarquable. Le clocher est en certains points semblable à celui de Jouy, tout autant que l’est la nef. Il est possible de se demander s’il ne s’agit pas du même charpentier, mais de là à affirmer, le chemin à parcourir est long.

La cloche de Saint-Prest est hautement remarquable. Elle provient du fondeur André Girard. Elle date de 1531. Elle est classée MH à l’article de classement 1928/02/04. Elle a été étudiée par l’université chartraine du temps libre, cloches et clochers, 1997. C’est un document probablement intéressant, mais dont nous ne disposons malheureusement pas de copie. Cette cloche a un diamètre de 120 cm et un poids estimé de 800 kg. Il s’agit d’un profil léger, ce qui se confirme sur place. On est loin de la masse de la cloche de Jouy !

Son montage est en lancé franc. Cependant, cette cloche n’est plus actionnée en volée. En effet, une partie du clocher est fragilisée et de fait, il a été préférable de stopper la volée. Du coup, Bodet a programmé une simulation de volée par marteau. C’est mécanique et nettement plus terne. Toutefois, c’est une bonne nouvelle que la volée soit simulée, cela permet de faire perdurer le langage campanaire malgré l’embuche technique (et architecturale). L’heure est sonnée sur la petite cloche, l’angélus et la simulation de volée sur la grosse cloche.

Au sujet d’André Girard, nous ne savons strictement rien. Ce n’est pas étonnant pour un fondeur de cette époque. C’est la seule cloche actuellement connue de ce fondeur en France.

La dédicace est une textura quadrata assez resserrée. Elle a des jambages fort serrés et des empâtements un peu flous. Cela en rend la lecture franchement compliquée. Bien malheureusement, nous n’avons pas procédé à sa lecture. Autrement, il y a un rinceau supérieur de formes géométriques (vaguelettes). Les séparateurs sont des fleurs de lys, le départ de texte une croix pattée.

Cette cloche possède deux ébréchures très impressionnantes. Elles ne sont pas dues au battant car elles ne se situent pas au point de frappe. Tout laisse à penser qu’il s’agit « d’une casse volontaire ». Nous analysons le scénario de la sorte, sans pour autant l’affirmer. Nous pensons que ces deux ébréchures datent de 1793. Lors de la Terreur, il a existé des actes de réquisition de cloches. Il était ordonné de descendre ou casser les cloches afin de les amener en fonderie, dans le but de faire des canons d’une part et anéantir les symboles religieux d’autre part. Il pouvait y avoir (et il y avait souvent) une opposition de la part des habitants. Nous pensons qu’ici à Saint-Prest, les révolutionnaires ont commencé leur travail. Cependant cela fait du bruit, il faut frapper (éclater) la cloche avec une masse, car on n'a pas les moyens de la descendre entière. Entendant le vacarme, des paysans sont montés au clocher avec des fourches et des pioches pour empêcher le funeste travail de démolition de la cloche. Du coup, les révolutionnaires auraient été expulsés. Ce type de scénario est tout à fait vraisemblable, cela a existé en de nombreux lieux.

Du coup, les harmoniques de la cloche sont très profondément affectées. En outre, la nominale et la fondamentale sont bouleversées. Cela donne une sonorité non pas fausse, mais un peu étrange ; et franchement pas désagréable pour autant. En contrepartie, la durée de vie est extrêmement raccourcie : le son est très bref et il est mat.
Les harmoniques de cette cloche sont les suivantes :
Analyse /// Hum : 146 Hz - Prime : 331 Hz - Tierce : 370 Hz - Quint : 452 Hz - Nominal : 630 Hz - Superquint : 908 Hz - Oct Nom : 1314 Hz.
Note au piano : Mi, mais franchement difficile à déterminer. Les harmoniques supérieures sont peu affectées tandis que les harmoniques basses sont décimées.

Vous pouvez écouter l'heure (midi), un angelus et une simulation de mise en volée ci-dessous.

Nous allons partir à la découverte de ce beau clocher !


Voici l'église de Saint-Prest. C'est un édifice discret.


Le clocher, vu de l'arrière.


La nef est superbe.


Un panoramique de ce grand bateau.


Nous allons monter au clocher. L'escalier est en pierre de Berchères.


L'escalier a été rénové assez récemment (2009).


Le beffroi n'a qu'une seule travée.


Voici la cloche. Elle est très fameusement ébréchée.


Détail sur la plus grosse ébréchure. Au dessus, on voit des traces d'impact de marteau.


La dédicace est très difficile à lire.


C'est une textura quadrata aux contours imprécis.


La couronne est abimée, les anses sont découpées par le dessous, comme si on avait voulu scier
cet objet afin de faire tomber la cloche.


Du coup, le cerveau est percé, c'est une réparation effectuée par précaution


Quatre gros tirants traversent le métal.


Plus de risque qu'elle ne se décroche...

SUITE >