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Tchorski
Les Plumère, fondeurs de cloches
(Une biographie des Plumère, Plumerel, Plumeret)

 


Une cloche Plumère. Photo : Irpa.

Le cas des fondeurs Plumère est particulier. Ils sont très mal connus, ce que l’on sait ou déduit d’eux est intéressant.

L'orthographe de leur nom est variable. Nous relevons : PLUMERE, PLUMERET, PLUMEREL. Le DFIM mentionne PLUMIER, nous n'avons jamais croisé cette orthographe où que ce soit. Un petit souci existe quant à ces variations de noms, c'est que personne ne s'accorde quant à une orthographe principale de référence. Henry Ronot évoque PLUMEREL, ainsi que Maurice Thouvenin. Edmond De Vos évoque PLUMERET et/ou PLUMEREL. De notre côté, nous utilisons PLUMERE, étant donné que c'est ce qui figure le plus souvent en épigraphie, le DFIM en fait de même. Une chose est certaine : il ne faut pas se mettre martel en tête concernant ces variations d'orthographe. Personne ne sait quelle est la réelle, les intéressés ne le savaient peut-être même pas.

Les Plumère sont au nombre de quatre à nous être connus : Claude Plumère, Joseph Plumère, Jean Plumère, Georges Plumère. Leurs travaux sont la plupart du temps indistincts. Ce sont des fondeurs du 17è siècle. Des collaborations ont lieu régulièrement avec Joseph Thomas. Cela engendre parfois des possibilités de confusions. Ce qui est probable, c'est que PLUMERE Thomas n'existe pas, il s'agirait de l'association hautement probable de Claude Plumère et Joseph Thomas. Le DFIM mentionne que Claude serait le père des trois autres fondeurs, le tout sous réserves car Berthelé voit en eux des relations de " tous frères " ; voir à ce titre " Les Fondeurs de cloches de la Sénéchaussée de Bourmont du XVIIè au XVIIIè siècle ". Cette vision de Berthelé nous semble peu probable vu les dates d'exécution des diverses cloches actuellement connues.

En RECIB, il est connu 67 cloches des Plumère. Ce sont donc des fondeurs mineurs ; il est utile de préciser " à ce jour " car nul ne sait quelle fut l'ampleur de la production. Ce sont des cloches de qualité fort moyenne.

Ils sont originaires du Bassigny lorrain et ont rapidement migré vers Huy, en Belgique.
En Bassigny, ils sont originaires de La Mothe. Il n’a pas été possible de retrouver le moindre acte de naissance les concernant. Au sujet de La Mothe, ce village n’existe plus à ce jour. Il reste quelques ruines, situées sur le territoire d'Outremécourt et de Soulaucourt-sur-Mouzon.

D’après l’article Wikipedia sur ce lieu, nous apprenons que le village a été entièrement dévasté par divers épisodes de guerre :

Au XVIIe siècle, pendant la Guerre de Trente Ans, le duc de Lorraine prend parti pour son suzerain l'Empereur, contre son cousin le roi de France. Charles IV de Lorraine perd rapidement toutes ses possessions excepté la Mothe, qui ne se rend au cardinal de Richelieu que le 26 juillet 1634, après cent quarante et un jours de ce premier siège de La Mothe. C'est le Marquis de Villeroy qui, en prenant le commandement des forces royales le 24 juin 1634, réduit en quatre jours le bastion Sainte-Barbe. Rétrocédée au duc en 1641, la ville est à nouveau soumise à un siège, du 25 juillet au 31 août 1642, puis libérée par Charles IV qui écrase l'armée française à Liffol-le-Grand.

La ville est de nouveau assiégée dès décembre 1642, jusqu'à la mort de Louis XIII en mai 1643. Dès qu'il sent son pouvoir suffisamment affermi, Mazarin poursuit l'œuvre de son prédécesseur et ordonne à Magalotti de reprendre le siège le 4 décembre 1644. La ville se défend vaillamment et Magalotti est tué sous le bastion de Vaudémont d'un coup de mousquet tiré par le chanoine Héraudel. Les bombes (utilisées pour la première fois dans un conflit en Europe), le froid, puis la famine ont cependant raison des assiégés qui se rendent le 1er juillet 1645, après deux cent cinq jours de résistance.

Contrairement à ce qui avait été convenu lors des accords de reddition, Mazarin fait démolir non seulement les fortifications, mais aussi tous les bâtiments : la ville est entièrement rasée. La population qui est chassée de la ville-forte est alors évaluée à 3000 personnes.

Après une existence de trois cent quatre-vingt-sept ans, La Mothe qui, de 1634 à 1645, a résisté à quatre reprises à l'armée du roi de France, n'est plus qu'une vaste ruine. Cela marque la fin de la Lorraine en tant qu'État pleinement souverain.

De plus, nous savons que le village est terrassé par la grande peste, de 1630 à 1636.
Tout laisse à penser que les Plumère ont pris la fuite, à la suite de conditions extrêmement défavorables. Il n’est pas connu la date de leur migration.


Une vue de La Mothe. Photo : Google.

Pour tous les fondeurs, date de naissance et de décès inconnus.

** Plumère Claude
Actif à Huy entre 1663 et 1672.
Il est connu comme ayant signé un contrat avec la collégiale de Huy concernant la fonte d’un carillon de 20 cloches, en 1662 et exécuté l’année suivante. Il est enregistré des cloches en RECIB, aux lieux suivants : Les Waleffes (1663) ; Huy, collégiale (1663) ; Thys (1691). L’enregistrement de la seconde est à date douteuse et serait certainement à verser dans l’activité de ses enfants, dont assez probablement Jean.

** Plumère Joseph
Actif à Huy entre 1679 et 1718. Il est enregistré des cloches en RECIB, aux lieux suivants : Borlo (1699) ; Namur (1714) ; Burdinne (1677) ; Haneffe (1701) ; Huy (1666) ; Liège (1717) ; Othée (1718) ; Thisnes (1710) ; Tongerlo (1698) ; Vreren (1681) ; Andenne (1709) ; Huy (1700) ; Huy (1709) ; Turnhout (1700) ; Bas-Oha (1707) ; Mehaigne (1714) ; Zolder (1709). La cloche de Huy (1666) est très certainement à verser dans l’activité de son père Claude. Il travaille en collaboration avec Jean Morlet, lui aussi fondeur du Bassigny. La cloche de Turnhout pesait 7392 livres. Cela correspond en livres hollandaises à environ 3,6 tonnes.

** Plumère Jean
Actif à Huy entre 1679 et 1691. Il est enregistré des cloches en RECIB, aux lieux suivants : Arendonk (1683) ; Berlaar (1679) ; Heist-Op-Den-Berg (1679) ; Huy (1691) ; Meerhout (1684) ; Mol (1682) ; Westerlo (1679).

** Plumère Georges
Actif en 1682. Il lui est connu une cloche à Neerlinter en 1682.

Edmond De Vos évoque certaines étapes de la vie des Plumère dans un numéro de l'Organiste (voir UWO) : Fondeurs de cloches au pays de Huy.

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Nous profitons de ce document afin de donner les éléments biographiques connus concernant Joseph Thomas Dawir. Ce dernier a travaillé régulièrement avec les Plumère.

** Thomas Joseph
Fondeur pour lequel une foultitude d’enregistrements campanaires faux ont été réalisés. En effet, dans la plupart des enregistrements, il fut considéré comme étant DAWIR (nom) Thomas (prénom). Si cela
correspond à un nombre non négligeable d’épigraphies campanaires, il faut malheureusement dire que dans la réalité généalogique, ces enregistrements ne correspondent pas à la réalité. Le fondeur en question est Joseph (prénom) Thomas (nom).

Les erreurs proviennent du fait que le nom complet, supposé, et nous ne savons pas pourquoi, est Joseph Thomas Dawir. Lors de certaines fautes d’orthographe, le nom est orthographié « Tomas ».

Notre fondeur est né en 1686 et décédé en 1757. Au niveau historique, ce n’est pas le fait d’être fondeur qui se retrouve le plus, mais surtout qu’il fut bourgmestre de Huy. En 1617 et 1618, il collabore avec les Plumère / Plumeret / Plumerel originaires de La Mothe en Bassigny. Ils fondent des cloches destinées à Saint-Jean l’Evangéliste de Liège, dont on trouve encore de la représentation à l’heure actuelle en ce clocher. En 1724, il refond la grosse cloche de Huy, on le retrouve aussi d’après le DFIM à Latinne (Braives, 1723, ces deux cloches existent encore) et Envoz (Couthuin, 1728). Les autres travaux que nous lui connaissons sont Rukkelingen (Heers, 1718) et Liège (1728).

Une question se pose d'office, existe-t-il un fondeur nommé Joseph Thomas et un second fondeur du nom Thomas Dawir ? A notre avis, Joseph Thomas et Thomas Dawir ne sont qu’une seule personne, mais il n'est absolument pas possible de l'affirmer à 100%.

Les épigraphies
- Fernelmont, Seron : La cloche est signée Josephus Thomas Dawir. Cela fait penser à Joseph-Thomas DAWIR, mais malheureusement tout est en lettres romaines.
- Liège, St-Jean l’Evangéliste : La cloche est signée Joseph Thomas de manière peu lisible.
- Latinne : Les cloches sont signées Tomas Dawir de manière lisible. Le DFIM attribue ces deux cloches encore existantes à Joseph Thomas.
- Rukkelingen : La cloche est signée Josephus Thomas Dawir. La décoration n’est pas semblable à Latinne.

Les sources
- Dans le DFIM, p403, il est signalé que les deux patronymes correspondent à la même personne. Il est cité par Desmons (1905) comme étant le gendre de Morlet.
- Schoenmakers : Gendre de Jean Morlet, et nommé Thomas Dawir (Cercle hutois des sciences et beaux-arts – 1927). Il fut bourgmestre d’Awir. Hypothèse : Les awires, cela signifie les ruisseaux en wallon. Il pourrait provenir des Awirs, une section de la commune de Flemalle et son nom serait à lire comme Joseph Thomas, provenant d’Awirs. Entre Awirs et Huy, 18 km.
- L. Tomas Dawir fut Bourgmestre de Huy, dans (Huy: histoire d'une ville médiévale à travers ses légendes, 2000).
- Son beau-père, Joseph Henri Thomas-Dawir fut bourgmestre de Huy à trois reprises entre 1735 et 1747 (E. Vierset-Godin, pp. 73, 75, 79). Des Thomas-Dawir furent fondeurs de cloches et maitres de forges. (Institut archéologique liégeois – 1973)
- THOMAS-DAWIR Joseph-Henri, fut bourgmestre de Huy. (Bulletin de L'Institut Archéologique Liégeois - Volumes 85 à 86 – 1973).
- Joseph Thomas Dawirs refond la grosse cloche de la ville de Huy, 1724 – (UWO, 1971)

Ces accumulations de brèves descriptions nous font penser qu’on a affaire à un Joseph-Thomas provenant d’Awirs. Rien ne permet de l’attester, mais il est à constater que bien des documentations vont dans le même sens.

Bibliographie
- Dictionnaire des facteurs d'instruments de musique en Wallonie, Malou Haine, Nicolas Meeùs.
- Dictionnaire des fondeurs de cloches du Bassigny, Henry Ronot.
- Base de données de l'IRPA reprenant le fonds De Beer.
- Enregistrements et recherches de Maurice Thouvenin au profit des chercheurs.

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