Tchorski--------------------------------------
Tchorski
Le carillon du beffroi de Mons (1/5)


Le beffroi de Mons dans le passé.

Ces pages sont un documentaire sur le carillon de Mons. Un très grand merci à Pascaline Flamme et Audrey Dye pour leur accueil. Merci à Nicau Elias pour sa présence et ses photos !

Le beffroi de Mons est un patrimoine majeur de Wallonie et un patrimoine exceptionnel pour la ville de Mons. Il possède à son sommet un carillon de 49 cloches, historique et de composition hétéroclite. Il totalise un poids de bronze de 24.874 kilogrammes, ce qui en fait un des plus lourds de Wallonie. Il est sur base 5.500 kg.

Dans un lointain passé, un petit carillon existait. La tour de l'horloge comportait 13 cloches du fondeur Van Harelbeke en 1361.

Le beffroi de Mons s'écroule en 1661, ce avec le carillon de 19 cloches placé en son sommet, fondu en 1544 par le fondeur malinois Jacques Waghevens. De cet ancien carillon, il ne reste rien en matière campanaire si ce n'est une trace bibliographique. Le beffroi actuel date de 1662-1669, soit un an à peine après l'effondrement. La construction dura 7 ans. Il est de style baroque ; c'est le seul beffroi de Belgique à être monté sur ce style.

Le carillon comporte aujourd'hui l'ensemble campanaire suivant :
- François Delapaix, 1673, 10 cloches.
- François Barbieux : 1714, 1 cloche
- Joseph Drouot, Clément Habert, Jules Bastien, 1820-1821, 6 cloches.
- Félix Van Aerschodt, 1911, 5 cloches.
- Marcel Michiels Jr, 1934, 25 cloches.
- Eijsbouts : nous supposons 2 cloches.

D'après certaines sources (Jean-Pierre Félix), Nicolas Chevresson a oeuvré en ce lieu, en livrant 11 cloches en 1760. Cet enregistrement est partiel, dans le sens où ces cloches sont des Deforest-Simon-Chevresson. Ces fondeurs Claude De Forest, Nicolas Chevresson et Nicolas Simon, cités comme collaborateurs, ont donc coulé au beffroi de Mons. Un texte intéressant (annales), nous en donne le détail suivant :

Le 3 septembre 1759, Louis Leblanc, horloger à Soignies et N. Philippon, organiste à Saint-Germain, firent une inspection détaillée du carillon, qui fut jugé très défectueux. Aussi, le 30 août 1760, fut passé un contrat avec Nicolas Chevresson, Louis Simon et Claude Duforest, fondeurs de profession, pour la fonte et refonte de onze cloches savoir : 9 à refondre qui sont ré de la 2è octave d'en bas, sol, sol dièse, la, si bémol, si naturel (ut) et ré de la 3è octave d'en haut, et celle du collège de Houdain et 2 à fondre, ut et mi, petites cloches de la dernière octave d'en haut. Ces cloches pèseront de 600 à 680 livres. (...) Ces travaux privèrent les Montois de leur carillon pendant un an et demi.

Le 9 avril 1761, après avoir travaillé pendant une année et demie entière à un nouveau tambour pour l'horloge du château, le carillon de l'heure et de la demie-heure, pendant lequel temps le carillon ne sonnait plus, le nouveau fut enfin en état de jouer pour la première fois aujourd'hui fête de Sainte Waudru. Le nombre des cloches est plus grand et il dure beaucoup plus longtemps qu'auparavant. Par l'adjonction des deux petites cloches ut et mi, le nombre des cloches du carillon fut porté de 35 à 37.

Le 7 août 1821, il fallut de nouveau faire refondre six cloches : un contrat fut passé, à cet effet, avec les fondeurs de cloches Drouot et Habert. Ces cloches pesaient environ 3530 livres Hainaut et donnaient les notes ut, ré, mi, fa, sol, de la 2è octave, et sol de la première.

L'ACW mentionne le passage de Flincon en ce lieu : En 1770, Flincon fond 15 cloches pour le carillon.

Les cloches Drouot de 1821 ne sont pas, comme bien souvent cité erronément des Bastien Drouot. Ce fondeur n'existe pas. Elles sont l'oeuvre des fondeurs itinérants du Bassigny : Joseph Drouot, Clément Habert, Jules Bastien. Elles semblent provenir de refonte des Chevresson-Deforest-Simon.

En 1911, Félix Van Aerschodt monte au beffroi. Il élargit le carillon à 47 cloches, en ajoutant cinq cloches provenant de ses fontes.

En 1953, le carillon est soumis à une forte restauration, sous la direction de Geo Clément, en compagnie de l'horloger Van Rie de Quaregnon. Le bâti est entièrement renouvelé, le clavier et la cabine sont reconstruits à neuf. Les dernières étapes de rénovation remontent à 1985 : renouvellement de la mécanique, du clavier, et ajout de deux cloches par Eijbouts. Certaines annotations (auteur G. Huybens) mentionnent qu'il pourrait s'agir de deux Jacques Sergeys. Nous ne pouvons juger de cela.

Le beffroi de Mons est un lieu emblématique. On y trouva notamment les carillonneurs Geo Clément et Elisabeth Duwelz.

 
Pascaline Flamme au clavier du carillon de Mons. Elle joue Jef Denijn.

Les cloches Delapaix - 1673.

Elles proviennent de la construction du nouveau beffroi, dont le bâti est achevé quatre ans avant.

Les sources bibliographiques mentionnent 35 cloches fondues pour la tour du château, en 1673. Nous supposons d'emblée qu'il s'agit des cloches qui nous intéressent. A ce jour, il en reste 10. Nous savons que 9 ont été refondues par Chevresson en 1759. Nous pouvons supposer qu'il choisit de procéder de la sorte car ces cloches étaient médiocres. Il est à noter toutefois que les cloches Chevresson ne sont plus présentes à ce jour en carillon. Défaut de qualité du métal, fragilité ? Nous ne le savons pas.

Nous avons donc un héritage historique de 10 cloches, provenant du carillon originel.

Le profil montre les traces de troussage, aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur. Cela signifie que l'auteur n'a procédé à (strictement) aucune retouche son profil. C'est conforme à l'enseignement des Hémony. Notons par simple précision technique que :
* Le profilage consiste à avoir le profil campanaire le plus juste possible, sans modifications ultérieure. C'est de nos jours la technique des Grassmayr.
* L'accordage consiste à modifier le profil campanaire par alésage, afin d'avoir de manière ultérieure le profil le plus juste possible. C'est de nos jours la technique des Paccard.

La cloche Barbieux - 1714.

Il s'agit de la plus grosse cloche, réputée peser 5500 kg. Sur le carillon manuel, c'est la cloche la plus basse. En ritournelle, c'est celle qui sert à tinter les heures. D'après Thibaut Boudart, ce bourdon s'appelle l'Auberon, diamètre 2053 mm, ton La°. Il semblerait que Barbieux ait dû le recommencer trois fois tant le travail était difficile.

Engoncée au milieu des autres grosses cloches, elle est assez difficilement visible. Elle se trouve au fond, par rapport au cheminement piéton, et placée derrière les Delapaix et Van Aerschodt. C'est une cloche monumentale, qui donne un cachet " lourd " à ce carillon, ce qui le place dans le top 10 des carillons les plus lourds de Belgique. Sa décoration est relativement modeste, mais d'excellente facture. La représentation du château de Mons est excellente.

Elle possède un gros mouton, engoncé dans la structure et assez peu visible. Cette cloche sonnait en volée dans le passé. Lors de l'élargissement du carillon (en 1934, en 1953 ?), il est à croire que par manque de place, l'actionnement de la volée a été l'objet d'un retrait. D'office, nous pouvons dire que c'est dommage. En effet, le bourdon du beffroi de Tournai, en de nombreux points semblable, donne un cachet à l'édifice : solennité, aspect imposant.

Les cloches Drouot - 1821

Il s'agit de six cloches moyennes, présentes en partie basse au dessus de la cabine. Elles proviennent des fondeurs itinérants : Joseph Drouot, Clément Habert et Jules Bastien. Ces fondeurs sont originaires du Bassigny lorrain. Ces fondeurs dits " ambulants " ont souvent travaillé en collaboration. Les Drouot ont travaillé à Mons en 1820-1821. Deux cloches de Sainte-Waudru (une a été volée en 1943) étaient des Drouot. Clément Habert, dit Clémentin, dit le petit Clément, était l'élève des Drouot et Regnault. Pour faire ces cloches, Habert a emprunté les matrices en buis à Regnault. [ Voir à ce titre les cloches d'Ostiches, identiques ]

Ces cloches ne sont pas fréquentes, sans êtres rares pour autant. Ce sont des cloches honnêtes. L'épigraphie n'est pas remarquable, mais de bonne facture. La représentation du château de Mons est soignée. Pour une série de cloches fondues en itinérance, le résultat est bon. Cela témoigne une fois de plus de l'excellence des fondeurs du Bassigny.

Les cloches Van Aerschodt - 1911.

Il s'agit de cinq cloches, présentes en partie basse. Elles proviennent des ateliers de Félix Van Aerschodt, fondeur de Louvain. Elles sont de décoration néo-gothique, du gout de l'époque. Le fondeur a utilisé des matrices Séverin Van Aerschodt pour les rinceaux et ALJ Van Aerschodt pour la frise d'anges. Il a mentionné en figure le château de Mons, qui est de très bonne facture.

Les Van Aerschodt, successeurs des Van Den Gheyn, furent d'excellents fondeurs de carillons. Ces cloches sont soignées, mais ne sont pas originales. Ce sont les mêmes cloches qu'un peu partout. Elles sont en outre bien moins soignées qu'à Nivelles.

Les cloches Michiels - 1934.

Traditionnellement dans la littérature, nous lisons que ces cloches datent de 1953. Sur place, nous constatons qu'elles datent de 1934. Alors soit Michiels a utilisé des cloches déjà existantes (de ses fontes) et les a montées en 1953, soit il y eut un carillon originel de 1934, soit nous n'avons pas tout compris quant à Michiels à Mons… Quoi qu'il en soit, ce défaut d'information n'est pas d'une grande importance.
Michiels fut un très grand fondeur de carillons, en nombre et en qualité.

Il s'agit de toutes les cloches les plus petites, à l'exclusion des deux plus petites. Elles sont en partie supérieure de la partie haute du carillon.

Ces cloches sont importantes du fait qu'elles représentent une partie non négligeable de la gamme du carillon. Ces cloches sont fortement vert-de-grisées et peu lisibles (noircies, étant battues par les vents dominants).

Les cloches Eijsbouts.

En littérature, il est mentionné deux cloches Eijsbouts. Nous supposons par déduction qu'il s'agit des deux plus petites cloches, en sommet de carillon. Elles n'appellent de notre part aucune remarque.

 
Pascaline Flamme au clavier du carillon de Mons. Elle joue Geo Clément.

François Delapaix est très peu connu des campanologues. En effet, nous ne possédons qu'un nombre très restreint d'informations le concernant. Il fait partie d'une dynastie de fondeurs, comme c'est bien souvent le cas pour le Bassigny lorrain, région dont il est originaire. La dynastie comporte 22 fondeurs nommés Delapaix. Ceux qui ont officié en Belgique sont : François Delapaix, Antoine Delapaix, Joseph Delapaix. Leur nom est parfois orthographié "De La Paix". Cela n'a rien à voir d'une quelconque manière avec les cloches de la paix, répandues en de nombreux pays.

François Delapaix est probablement né à Damblain. Quelques traces (infimes) placeraient sa naissance en ce village en 1627. De ce village sont sortis les fondeurs "Chapelle", les "Jullien", "Thouvenin", parmi les meilleurs du bassin.

Habitant Huilliécourt, village trois fois plus que mythique, il partira en écolage aux alentours de 1661. Il apprend le métier avec les très célèbres frères Hémony jusqu'en 1667. Une partie de l'apprentissage se fera à Amsterdam, d'où il sort diplômé. La date 1667 n'est pas anondine, étant donné qu'elle marque le décès de François hémony, à la suite d'une longue maladie.

D'après Ronot, il fond un carillon de 35 cloches en 1673, pour la tour du château de Mons. D'après nous, il s'agit du beffroi de Mons, nous concernant. Le poids total est de 21.000 livres. La plus grosse cloche fait 4000 livres. D'après le DFIM, neuf de ces cloches seront refondues en 1759.

Des Delapaix, nous trouvons trace de travaux à Havré. En 1664, Antoine Delapaix de Breuvannes livre des cloches pour Saint-Nicolas en Havré (Mons), en association avec le fondeur André Bernard.

Les dernières traces d'activité de François Delapaix se situent en 1674.

Nous allons à présent visiter le carillon...


Voici le beffroi. Nous sommes en plein dans des conditions hivernales. C’est à tel point que durant une large part de la journée, les nuages s’engouffraient dans le carillon par les abat son.


C’est une cloche François Delapaix. Elle est superbe.


Près de l’escalier d’accès à la cabine, c’est la cloche qui est la plus visible. En effet, il n’y a aucune difficulté d’accès et elle est bien éclairée.


On trouve sur la robe une magnifique représentation du blason de Mons.
Il s’agit d’un château à quatre tours dont l’entrée est gardée par un chien.


Les tours représentent le château des Comtes de Hainaut. La forteresse en question est établie sur une colline. A l’époque, ce château se trouvait en lieu et place du beffroi, à tel point que dès que l’on se met à étudier le beffroi dans des documents historiques, on découvre que les fondeurs ont œuvré pour « la tour du château », ce fut longtemps le nom du beffroi.


Le cerveau est beaucoup plus classique, des angelots avec des lyres.


Une vue rapprochée de l’épigraphie.


De l’autre côté de la cloche, on retrouve le blason de Mons, accompagné d’un collier de laurier. Cette représentation est très distinguée.


Les marteaux sont en pierre, ce qui garantit un son doux.


Un peu plus haut dans le carillon, à un étage intermédiaire, on trouve un profil fort hétéroclite.


Ici, nous sommes au dessus de la cabine.


Les multiples équerres constituent un joli paysage de toile d’araignée.


Le carillon se trouve sur un ensemble de poutres en très bon état.


Une cloche Drouot, Habert et Bastien, les fondeurs itinérants du Bassigny.


Une autre Delapaix, avec des framboises. Ce qui est très étonnant, c’est que les framboises sont des épigraphies Chevresson. Serait-ce là une contrefaçon de cloches Delapaix ? Ce sera de toute évidence extrêmement difficile à déterminer.


Une vue plus détaillée de cette végétation de framboises.


Et aussi, une vue plus détaillée du blason enrubanné (superbe et de grande classe).

SUITE >