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Tchorski
Les Lainville, fondeurs de cloches
(Une biographie des Lainville du Bassigny)


Une cloche Lainville. Photo : Irpa.

Dans le Bassigny, les Lainville sont nombreux. Seuls deux nous intéressent : François Lainville, l'aîné et Louis Lainville, le cadet - Ce sont deux fondeurs ayant beaucoup réalisé en Belgique. Ils sont tous deux fils d'Antoine Lainville. Nous possédons quelques rares relevés de cloches pour Antoine Lainville. Nous avons peine à considérer qu'il était fondeur, étant donné qu'il était agriculteur. Nous pensons qu'il a ponctuellement aidé ses enfants. Nous n'en dresserons pas la biographie.

Les cloches des deux frères Lainville sont assez rarement différenciables. Ils ont travaillé ensemble le plus souvent, allant jusqu'à signer parfois : les Lainville frères. Ils ont collaboré avec les Drouot et Regnault. En Belgique, ce sont des cloches nombreuses. Elles sont souvent d'une qualité passable. Quelquefois même, la qualité est franchement mauvaise. L'épigraphie est peu soignée et monotone. Les fautes d'orthographe sont légion. Dans l'ensemble, il n'est pas exagéré de dire que ce furent des fondeurs médiocres. Ils devaient par contre être de bons commerçants.

Nous allons passer en revue l'état des maigres connaissance sur les deux frères Lainville. Ce sont des fondeurs exclusivement itinérants, ils ne possèdent aucun atelier fixe. Leurs campagnes sont assez fortement orientées sur la Belgique et notamment le Namurois. La pleine période d'activité se situe aux alentours de 1820-1830.


Une vue de Huilliécourt. Photo : Google.

François et Louis Lainville sont les enfants d’Antoine Lainville et d'Agnès Michel. Si l'on doit les placer quelquepart, ils sont à rattacher au village de Huilliécourt plutôt que Levécourt, ce dernier village étant relativement anecdotique dans leur existence. Un déménagement a eu lieu entre la naissance de François et de Louis. Quoi qu'il en soit, il faut minorer les propos, les deux villages ne sont distants que de 3 kilomètres. Huilliécourt est un impressionnant village de fondeurs, Henry Ronot en relève la bagatelle de... 100 fondeurs ! Aujourd'hui, le village compte 127 habitants.


Les signatures de : François Lainville tout en haut à droite, Clément II Drouot au milieu à droite, Louis-François-Etienne Regnaud au milieu à gauche. Le maire Habert n’est pas le fondeur de cloches éponyme.

Attention au piège. La signature du maire Habert est parfaitement identique à celle de Clément Habert, fondeur. Or, ce dernier était décédé à cette date (ici 1826). Le décès de François Lainville est aussi constaté par un maire Habert (Henry Habert). Les pièges sont donc bien présents.

LAINVILLE François
Né à Levécourt le 28 avril 1795 (9 Floreal an III) et décédé à Huilliécourt le 9 août 1869, à l’âge de 75 ans. D’après Berthelé, son surnom était « Fanfan ». Les fondeurs du Bassigny avaient souvent des sobriquets. Le DFIM mentionne comme date de décès 1865, ce qui semble être une faute de copie.
Il se marie avec Anne-Marie Drouot le 29 novembre 1820. Les premières coulées de cloches semblent dater de cette période là, (1816, 1819 puis 1820). En 1816 notamment, on lui connaît une période d’apprentissage avec Clément II Drouot et Regnault. Cette période sera relativement courte vu que Clément II Drouot décède en 1821.
Dans les registres de départ vers l’étranger, il est qualifié de fondeur de métail et de fondeur de cloches.


Les signatures de : François Lainville en bas à gauche, Louis Lainville en haut au milieu, Joseph Perrin sur la droite. Le maire Habert n’est pas le fondeur de cloches éponyme.

LAINVILLE Louis
Né à Huilliécourt le 14 janvier 1797 (25 nivôse an V) et décédé en même lieu le 30 janvier 1856.
Il se marie avec Elizabeth Drouot le 18 janvier 1826. Elle est la sœur d’Anne-Marie Drouot. C’est de cette manière que les deux frères Lainville ont pour beau-père le fondeur de cloches Clément II Drouot, domicilié lui aussi à Huilliécourt. Cela les rapproche de la même manière (beaux-frères) des fondeurs Joseph Perrin et Louis-Etienne-François Regnault. Les collaborations seront fréquentes.
Louis débute son apprentissage de la même manière que François, avec Drouot à Anvers. Il deviendra rapidement autonome et dès 1820, les cloches sorties des coulées nous semblent être exclusivement Lainville, elles sont signées « Lainville Frères ». Les campagnes s’orienteront surtout sur le Namurois.

Il ne leur est pas connu de cloches après 1852 ; il est probable qu’ils se retirent du métier pour s’occuper de travaux moins itinérants. Sur l’acte de décès de Louis, il est qualifié de cultivateur.

Leurs cloches sont parfois honnêtes, voir à ce titre la photo en tête de page, mais sont le plus souvent peu soignées. Les Lainville possédaient très peu de matrices. On retrouve quasiment toujours les mêmes. En matière de figure, un petit Saint-Nicolas est très souvent présent, et permet de posséder un bon indice de reconnaissance.

47 cloches leur sont connues en RECIB. Ce nombre assez faible est à augmenter de manière probable par de nombreuses anonymes, que nous n’arrivons simplement pas à reconnaître. En France, 4 cloches leur sont connues, dont des mentions d’Antoine Lainville. Serait-ce dès lors si sûr que ça que les Lainville n’étaient pas fils de fondeur ? C’est difficile à déterminer…

Ils n'ont réalisé aucune cloche exceptionnelle en tonnage. Les cloches actuelles de Huilliécourt sont des Honoré Perrin de 1869, date de décès de François Lainville. D'après divers relevés, ils n'eurent pas d'enfants.

Leurs campagnes

En matière de campagnes, il est connu pour François :
- 1821 : Pays-Bas et Suisse.
- 1822 : Prusse, Pays-Bas et Hollande. Est-ce à considérer que les Pays-Bas sont la Belgique ?
- 1823 : Prusse, Pays-Bas et Hollande.
- 1823 : Prusse, Pays-Bas et Hollande. L'acte est réalisé dans les derniers jours de l'année, il faut plutôt considérer la date comme étant 1824.
- 1825 : Prusse, Pays-Bas et Hollande.

En matière de campagnes, il est connu pour Louis :
- 1824 : Suisse, Pays-Bas et Hollande.
- 1826 : Prusse, Pays-Bas et Hollande.

Ce sont les registres officiels.
Il est toutefois attesté que dès 1815, François travaillait à Antwerpen avec Clément II Drouot, à l'âge de 20 ans. Même type d'activité en 1816. On est donc antérieur à 1821.

Plus tard que 1826, les travaux ne manquent pas non plus. Des identifications et des dates attestées sont relevées en 1832, 1841, 1843, etc. On a de l'activité en 1843 avec les Gaulard.

1850 est la dernière date de certitude dans laquelle on relève de l'activité. Il est connu une cloche supplémentaire en 1852, mais comme le relevé provient de l'IRPA, il est à mettre en doute. Ce d'autant plus, que l'IRPA relève à Hotton une cloche de 1842, une seconde de 1852, les deux ayant des décorations identiques.

L'activité pourrait donc se borner comme étant : Floruit 1816-1850.

Leurs décès

L’acte de décès de Louis Lainville est qualifié de la sorte :

L’an mil huit cent cinquante six, le trente du mois de janvier, à neuf heures du matin, par devant nous Claude François Andriot, Maire et Officier de l’Etat Civil de la commune d’Huilliécourt, canton de Bourmont, département de la Haute-Marne, sont comparus François Lainville, âgé de soixante un ans, propriétaire, et Etienne Jadot, âgé de quarante ans, cabaretier, tous les deux domiciliés à Huilliécourt, le premier frère, le second ami du décédé ci après désigné, lesquels nous ont déclaré qu’aujourd’hui, trente janvier à deux heures du matin, Louis Lainville, âgé de soixante ans, cultivateur propriétaire domicilié à Huilliécourt, époux d’Elisabeth Drouot, âgée de cinquante six ans, sans profession, domiciliée au même lieu, fils d’Antoine Lainville âgé de quatre-vingt dix ans, ancien cultivateur, domicilié à Huilliécourt et de feu Agnès Michel, décédée dans ladite commune, est décédé dans sa maison sise à Huilliécourt ainsi que nous nous en sommes assurés et les déclarants ont signé avec nous le présent acte de décès après que lecture en a été faite. Approuvé le mot cinquante surchargé à la troisième ligne de la page.

Notons que cela permet là-encore de prendre connaissance de la signature de François Lainville.

L’acte de décès de François Lainville est qualifié de la sorte :

L’an mil huit cent soixante-neuf, le dix août, à midi, devant nous Habert Henry-Joseph-François, maire et officier de l’état civil de la commune de Huilliécourt, canton de Bourmont, Haute-Marne, sont comparus Lainville Clément, âgé de soixante-un ans, manouvrier, frère du décédé et Cornevin Joseph, âgé de cinquante-trois ans, charron, voisin du décédé, tous les deux domiciliés à Huilliécourt, lesquels nous ont déclaré qu’hier, neuf août à six heures du soir, le nommé Lainville François, âgé de soixante-quinze ans, propriétaire né et domicilié à Huilliécourt, époux de Drouot Marie-Anne, âgée de soixante-douze ans, sans profession, domiciliée à Huilliécourt, fils des défunts Lainville Antoine et Michel Agnès, est décédé dans sa maison d’habitation, sise au dit Huilliécourt. Nous officier de l’état civil, après nous être assuré du décès, en avons dressé immédiatement le présent acte, dont nous avons donné lecture aux déclarants et que nous avons signé avec eux.

Bibliographie
- Dictionnaire des facteurs d'instruments de musique en Wallonie, Malou Haine, Nicolas Meeùs.
- Dictionnaire des fondeurs de cloches du Bassigny, Henry Ronot.
- Base de données de l'IRPA reprenant le fonds De Beer.
- Joseph Berthelé, Mélanges, Campanographie ancienne et moderne. 1906. Belgique et Prusse rhénane.

- Maurice Thouvenin, relevés généalogiques sur les fondeurs du Bassigny. Edité au profit des chercheurs.

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