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Tchorski
La fonderie de cloches Grassmayr (1/25)

 

Ces pages constituent un documentaire sur la fonderie de cloches Grassmayr située à Innsbruck, en Autriche. Vous y découvrirez les coulisses de cette superbe fonderie, ainsi qu’un film sur une coulée de plaques commémoratives. Un grand merci à Johannes Grassmayr pour l’autorisation de réaliser ce sujet et l’accueil sur place. Merci aussi à Peter Grassmayr et Kristina Kornbichler pour la visite de la fonderie. La moitié des photos est de Sandy De Wilde. 589 photos sont présentées en ce documentaire.

Le documentaire est structuré en 4 parties, dont les images ci-dessous sont des liens.
- L’impressionnant atelier de moulage de la cire. [5 pages].
- Une visite des coulisses de la fonderie. [10 pages].
- Un aperçu du musée des cloches Grassmayr ainsi que des détails d’épigraphie sur de superbes cloches anciennes. [9 pages].
- Une visite du clocher de Garmisch, où se trouvent de belles cloches Grassmayr de 2012. [4 pages].

Grassmayr est un artisan fabriquant des cloches d’églises, de gros bourdons, de battants, de bols tibétains et de sculptures en bronze. Pour toute commande, vous pouvez contacter la famille Grassmayr : Glockengießerei Grassmayr, Leopoldstraße 53, 6020 Innsbruck, Tirol, Autriche. www.grassmayr.at et téléphone : +43 / 512 / 59416.


L'atelier de la cire

La fonderie

Le musée

Garmisch

 

Etendue de fabrication

Chaque fondeur de cloches possède ses spécificités. Même si techniquement, on sait pour ainsi dire tout réaliser, des choix sont faits afin de se spécialiser dans l’un ou l’autre des domaines. En ce sens, Grassmayr possède une identité forte, avec des produits originaux. La gamme de fabrication de Grassmayr est décrite ci-dessous. C’est le chapitre le plus important de cette présentation, étant donné que cela retraduit le cœur de leur activité.

- Les cloches. Il s’agit de l’immense majorité de la production, comme on le devine avec aisance. Si cela peut sembler être une évidence, là où c’est plus spécifique, c’est que la fonderie Grassmayr produit des cloches pour 5 religions différentes : catholique, protestante, juive, orthodoxe, bouddhiste.
Toutes les cloches sont fondues, nous le verrons dans la partie technique et surtout les photos, en méthode traditionnelle de A à Z.
Les cloches juives et orthodoxes ont des épigraphies particulières : un thésaurus de saints patrons différents, des dédicaces en cyrillique russe, en grec copte ou rarement en autre langue : bulgare, ukrainien, etc.
Les cloches bouddhistes sont ce que nous appelons plus communément des bols tibétains. Leur poids peut parfois être impressionnant, atteignant des masses avoisinant les 600 kg.

- Les gros bourdons. La production de la fonderie est assez lourde. En ce sens, il est commun que des cloches de plus 4 tonnes soient coulées, et les réalisations de bourdons de 8 à 10 tonnes ne sont pas rares. La plus grosse cloche coulée par la fonderie est récente, il s’agit de la Tabor Glocke, coulée en 2012, pour un poids de 15684 kg. C’est une cloche copte destinée au Mont Tabor, en Israël. Une autre cloche importante pour les Grassmayr est la Friedensglocke, c’est-à-dire la cloche de la paix. Elle pèse 10 tonnes. Elle est située à Telfs / Mösern, et elle sonne tous les jours à 17h00.

- Les battants. La production de battants n’est pas négligeable. C’est ainsi la fonderie Grassmayr qui a remplacé le battant de la Pummerin, le superbe gros bourdon de la cathédrale de Vienne. L’ancien battant de la Pummerin est exposé dans le grand local de fonderie d’Innsbruck.

- Les sculptures en bronze. Il ne s’agit quasiment pas de représentation de personnes célèbres, mais surtout : des plaques commémoratives, des plaques de décès, des représentations monumentales de monuments, de musées, etc. Cette section est assez difficile à expliquer et des photos seront plus explicites (voire section cire).

- Accessoirement, la fonderie produit aussi, de manière locale, un important volume de clochettes. Elles sont accordées sur place, manuellement. La production avoisine les 60 à 70 clochettes par jour.

- Signalons que Grassmayr produit aussi tous les éléments nécessaires à la suspension des cloches, à savoir des moutons, des tirants, etc. A la menuiserie sont produits des abat son, dont le format est très particulier. Ils permettent trois choses : amoindrir le son au bas de l’église, le porter au loin de manière efficace, empêcher les entrées de pigeons (sans filet) tout en laissant entrer les chauves-souris.

- En dernier lieu, il faut mentionner la participation très active de Grassmayr au sein de ProBell. Cette structure permet d’effectuer des simulations de mise en volée, avec modélisation des contraintes. Cela permet de calculer les forces mises en œuvre, dans le but d’équilibrer des volées, notamment et surtout sur des cloches anciennes. ProBell est aussi une structure d'expérimentations, notamment en matière de métallurgie.

Ce que Grassmayr produit, peu, moins, ou pas :
- Les carillons sont des commandes un peu moins fréquentes comparé à d’autres firmes. On relèvera toutefois un carillon exceptionnel, le Svati Sava à Belgrade.
- Les cloches en tierce majeure ne sont pas produites. C’est un feeling et disons que pour l’instant, ce n’est pas apparu comme une priorité.
- Les coulées sur site. Catégoriques sur la question, les Grassmayr expliquent que l’on fait soit de l’évènementiel, soit de la fonderie de cloches. Pour eux, les deux ne sont pas compatibles, pour des questions de qualité de métallurgie. Lorsque l’on se prive de l’environnement de la fonderie, de multiples paramètres sont moins maîtrisés : humidité, température, connaissance du four, etc… Du coup, Peter et Johannes Grassmayr expliquent réaliser un travail métallurgique d’extrême précision, mais de ne pas pouvoir le reproduire dans un lieu inconnu, avec la question de la gestion du public, les aléas climatiques, etc.

Grassmayr est la seule grande fonderie d’Autriche. Il existe plusieurs autres fondeurs, qui sont techniquement limités à de plus petites cloches.

Historique

La fonderie a été créée en 1599. Cela en fait la plus ancienne entreprise à activité continue d’Autriche. L’entreprise a été débutée par Bartlme Grassmayr. Le nom Grassmayr signifie approximativement : les cultivateurs d’herbe. Les ancêtres Grassmayr étaient des fermiers implantés dans le Tirol. Cela explique le blason actuel des Grassmayr : un aigle autrichien portant une cloche d’un côté, une touffe d’herbe fleurie de l’autre. C’est un symbole important sur les cloches actuelles, car il se retrouve sur toutes les robes.

Cette épopée campanaire constitue donc un historique de 400 ans de fonderie. La fonderie de Bartlme Grassmayr n’était pas située à Innsbruck dans les locaux actuels mais à Habichen (Ötztal). Ce lieu est visitable de manière touristique. Par la suite, sans que toute la généalogie nous soit connue, les travaux sont notamment repris par Johann Grassmayr qui migrera la fonderie, de Habichen à Wilten, Innsbruck, dans les lieux actuels. L’opération est réalisée en 1836, avec l’aide du fils de Johann. Nous visitons donc dans ces pages une fonderie datant de 1836.

Les ascendants de la dynastie Grassmayr qui nous sont connus sont les suivants :

- Bartlme Grassmayr, fondateur.
- Benedikt Grassmayr, décédée en 1688.
- Son fils Lukas Grassmayr. Né en 1632, décédé en 1692.
- Son fils Oswald Grassmayr.
- Georg Grassmayr. Né en 1661, décédé en 1720.
- Son fils Josef Grassmayr. Né en 1690, décédé en 1765.
- Jakob Grassmayr. Décédé en 1742.
- Bartlme Junior Grassmayr. Mentionné en 1724.
- Johann Nepomuk Grassmayr. Né en 1754, décédé en 1822.
- Franz Anton Grassmayr. Né en 1763, décédé en 1824.
- Son fils Josef Alois Grassmayr. Né en 1805, décédé en 1858.
- Konrad Johann Grassmayr. 16/05/1801, Habichen. 04/04/1883, Wilten, Innsbruck.
- Jakob Anton Grassmayr. Né en 1802, décédé en 1873.
- Josef Grassmayr. Né en 1839, décédé en 1899.

La fonderie sera conduite par Josef Grassmayr jusqu’en 1870, il est le neveu de Konrad Johann Grassmayr. Par la suite, la fonderie sera conduite par Emma Grassmayr, veuve de Josef Grassmayr, avec l’aide de ses frères Otto Knittel et Nikolaus Knittel.

Aujourd’hui, la fonderie est conduite par Johannes Grassmayr (Né en 1963) et Peter Grassmayr (Né en 1966). La fonderie emploie selon les périodes de 35 à 40 employés.
Leur père, Christof Grassmayr (Né en 1938) et leur mère Elisabeth Grassmayr, anciens fondeurs, s’occupent en partie de la visite guidée du musée. C’est donc une famille de fondeur qui vous guide.

Durant l’épopée campanaire, toujours en cours à ce titre, le profil a inévitablement changé. Des cloches Grassmayr anciennes sont présentes au musée.
Il n’existe aucune cloche Grassmayr connue actuellement en Belgique. En France, il existe une cloche : Vézelay, réalisée en 2003. 130 kg, pour un Mi(4).
La production en Allemagne et en Autriche est intense. La production est aussi actuellement destinée à de très nombreux pays étrangers.

La technique en quelques mots

Les cloches Grassmayr sont très particulières, à savoir qu’on les reconnait du premier coup d’œil vu certaines spécificités. Entre autres, il est à noter que toutes les cloches sont montées selon la méthode traditionnelle. Les moules n’ont subi quasiment aucune adaptation. La seule adaptation notoire est, pour des questions de praticité, l’absence de mise en fosse pour les cloches du tonnage le plus courant. Pour les bourdons, la fosse reste utilisée. Quand la fosse n’est pas utilisée, le carcan est un châssis. Comme chez Eijsbouts, ce sont des anneaux empilés et non une pièce d’un seul tenant. Une autre adaptation est la confection d’un trou pour la mise en place de la bélière, boulonnée. La bélière n’est plus disposée à l’avance, dans le moule. Johannes Grassmayr estime que cette méthode est « une ancienne mode ».

La terre des moules provient de différents endroits d’Autriche. Dans une grosse malaxeuse, il y est ajouté le crottin de cheval. Afin d’assurer la cohésion, les Grassmayr n’utilisent ni le chanvre (très traditionnel) ni le lin, mais de la barbe d’orge. En effet, lorsque l’on passe le doigts dessus, il y a de minuscules épines qui empêchent de remonter à rebrousse poil. De ce fait, la cohésion des terres est extrêmement bonne.

Pour toutes les cloches Grassmayr, il est constitué une couronne en méthode traditionnelle. Les anses sont des angelots. Ces couronnes sont toutes moulées en positif de cire rouge. Il n’existe aucun moule positif préfabriqué en aluminium. C’est très important à signaler car ça constitue les quatre cinquièmes du temps de travail en matière de main d’œuvre manuelle. La méthode est donc on ne peut plus traditionnelle.

Les cloches Grassmayr, dans l’immense majorité, sont très peu accordées par alésage. En effet, du point de vue profilage, les fondeurs essaient d’avoir le profil le plus juste possible en brut de fonderie. C’est un risque car si la cloche possède des harmoniques un peu trop graves, on ne sait strictement rien faire, si ce n’est refondre. Il n’y a pas de différence sonore, à ma connaissance, entre une cloche juste accordée par tournage et une cloche juste en brut de fonderie. Certains reprochent aux cloches fortement accordées d’avoir subi une étape contre nature, avec une certaine artificialisation du procédé. Quelquefois, les Grassmayr effectuent un alésage léger pour une seule harmonique. Grassmayr produit donc du brut de fonderie ou presque, de très grande qualité. Les cloches produites sont dans tous les cas sonores, très justes et le son a une durée de vie très longue. Dans le cas d’un bol tibétain de 160 kg, c’est 7 minutes.

Du point de vue de l’aspect, l’excellence est recherchée. Pour autant, le choix a été pris de garder un aspect un peu rugueux, il n’est pas constitué de miroir. Les cloches sont meulées, polies, puis sablées. L’aspect final (comme vernis) est uniquement réalisé par un sablage léger. Ces cloches sont vraiment belles !

Autant du point de vue ProBell que de celui de la recherche, les Grassmayr essaient de réaliser une expérience par mois. Ces expérimentations ont pour but d’améliorer la technique et c’est ainsi que la forme des battants a fameusement évolué. Les actuels ont une chasse plus courte (rappelons qu’en lancer franc pur, la chasse est fort longue). Quelques matériaux ça et là font penser à des recherches, des lingots de zinc, de la poudre d'aluminium. On trouve de manière fort avantageuse deux cloches en aluminium au musée, fait extrêmement rare, ce qui enfin permet d’écouter ces expérimentations (voir les cloches Oborzil).

Nous allons maintenant nous promener dans diverses parties de la fonderie, afin d’apprécier la belle qualité de ce travail. Pour le musée, environ 400 photos ont été réalisées, cela constitue une belle matière d’inventaire. Toutefois, j’ai choisi d’en présenter relativement peu, internet ne remplaçant pas une visite du musée, lequel de plus est ludique et interactif.

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