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Tchorski
Claude Deforest, fondeur de cloches
(Une biographie de Claude Deforest et des Simon)

 


Une cloche Deforest. Photo : Irpa.

DEFOREST Claude

Fondeur de cloches dont le nom a subi de très nombreuses variations orthographiques, dont les principales sont : DE FOREST, DUFOREST, DEFÔRET. La véritable orthographe semble être Deforest, c'est en tout cas ce qui est mentionné sur son acte de naissance.

Son nom n'a rien à voir avec la ville de Forest située à proximité de Bruxelles, ni le village de Forest près de Tournai. Pour Forest situé en région bruxelloise, les mentions anciennes sont souvent indiquées "Vorst", en flamand. Le nom Deforest pourrait signifier que les ancêtres de l'intéressé vivaient à proximité d'une forêt. Son acte de naissance est très clair et nous savons le placer géographiquement et temporellement.

Né à Illoud en Haute-Marne le 17 février 1726 (et non pas 1725) et décédé après 1788, sans que nous sachions ni la date ni le pays. Décédé en 1803 d'après Henry Ronot. Il s'agit donc d'un fondeur du Bassigny. Nous apprendrons qu'il appartient à ce titre à la plus pure tradition de fonte du Bassigny lorrain : travail collégial, qualité, itinérance. Illoud est le village d'origine de certains fondeurs connus en Belgique : les Regnaud, Boitel, Chevresson, Simon, Bernard.

Sa mère se nomme Anne Simon. Gaston Van Den Bergh suppose qu'elle est la soeur des fondeurs Joseph Simon et Louis Simon. Il épouse Elisabeth Chevresson à Illoud, le 18 février 1760. Elle est la fille de Joseph Chevresson. Il aura deux enfants : Marguerite et Anne, qui se marieront elles-aussi "en interne" : aux Regnaud et Simon.

Deforest ne fondra pour ainsi dire jamais seul, ses travaux sont des collaborations. On relève principalement : les Chevresson, les Simon. Des collaborations sont supposées avec les Regnaud, Habert.

D'importants travaux sont signalés au beffroi de Mons en 1759. Nous en trouvons quelques traces, dont un contrat pour 11 cloches en 1760. Simon était à cette époque résident à Mons. En Belgique, nous relevons des cloches à : Brye (1782), Buzet (1776), Fleurus (1788), Lesve (1780 ?), Ophain (1761), Bonlez (1768), Charleroi (1760), Gerpinnes (1766), Piéton (1783), Wihéries ( 1772).

Il fond à Sévigny-Waleppe en Ardennes françaises en 1756 (en 1856 d'après le DFIM !!). Autrement, des cloches lui sont connues à Moisenay en Seine-&-Marne, en 1792. Certaines collaborations sont réalisées avec Clément Drouot.

Le DFIM mentionne une cloche fondue à Bavikhove, village de Harelbeke, en 1784. Nous pensons qu'il s'agit de Bavinchove et ce serait donc en France que cette fonte se réalise. Un texte (annales) nous apprend : Les cloches anciennes furent enlevées par les Français. La plus petite est actuellement à Beveren (Roeselare). On en trouvera ci-après l'inscription. Beveren : AD USUM HABITANTUM IN D'EERLYCK ME FECIT D.J.VANDALE, TORNACENSIS, ANNO 1774. [ Il s'agit donc d'une cloche de Denis-Joseph Van Dale, que fait-elle dans ce texte concernant Deforest ? ] et Bavichove : ECCLESIA ME (?)IT PASTOR BENEDIXIT 1784. J. ET N. SIMON ET C. DEFOREST M'ONT FONDU. On serait donc tenté de croire que l'enregistrement de Bavinchove est erroné.

Ce fondeur est un itinérant mais aussi un migrant par nécessité. Certains fondeurs : les Regnaud, Habert, Drouot, quittent la France lors des évènements liés à la révolution et à la Terreur ; d'autres arrêtent leur activité, sombrant dans la misère ou bien des activités tout à fait accessoires, comme l'agriculture de subsistance.

Si l'on borne l'activité de Deforest, cela donne : 1756-1792. La production semble nettement attisée de par le mariage avec une Chevresson. les collaborations seront fréquentes avec les Chevresson en début de carrière. Par la suite, il semble clairement marquer une préférence pour les itinérance avec les Simon. La date de 1792 est très étonnante, vu les intenses problèmes révolutionnaires que connait la France en cette année.

Si l'on doit placer Deforest dans une case, il est de ceux qui auront stoppé les fontes avec la révolution. Il stopperait son activité aux alentours de 66 ans, c'est plus que très honorable ! Il décèderait à l'âge de 77 ans. Il ne lui est pas connu de fils fondeur de cloches. En matière de biographie, Henry Ronot a pris pour choix de l'oublier, étant un fondeur mineur le concernant (rapidement expatrié). En Belgique, il s'agit d'un fondeur mineur, directement assimilé aux Chevresson et aux Simon. Ses travaux sont qualitatifs. Il est le fondeur rendant Illoud célèbre.

Deforest n'étant pas noble, mais un artisan itinérant, il ne lui est pas connu de portrait (au contraire des Dumery, De Haze, etc). Il est loisible d'imaginer qu'il voyageait léger, avec une planche à trousser, quelques compas... et surtout un immense savoir-faire.

Nous conclurons par une note d'humour, n'ayant rien à voir avec Claude Deforest mais un homonyme, un texte relevé lors des recherches et bien sympathique : Malgré ces précautions en 1680, la grosse cloche fut cassée. (...) Le service du clocher laissant toujours à désirer, les mambours congédièrent les sonneurs le 8 août 1680, et les remplacèrent par Nicolas Duforest, à la charge par lui de pourvoir à ses frais de sonneurs assistants, capables, non ivrognes, ni femmes ; qu'il tiendra le clocher fermé, de sorte que les enfants ne puissent y aller, qu'il fera rapport aux mambours de ce qui manquera aux cloches et à leurs bélières, pour y remédier. Le 10 septembre de la même année, ils décidèrent qu'on ne sonnerait plus la grosse cloche que les grandes fêtes, les processions et dans quelques autres cas.


Une vue d'Illoud. Photo : Google.

Trier les cloches Simon des Deforest relève souvent de l'arbitraire, étant donné qu'ils ont énormément travaillé ensemble. Dans les relevés qui suivent, il ne faut pas se mettre martel en tête quant aux démarcations.

Il est très difficile de trouver des informations sur les Simon, vu que leur nom de famille est fréquent. Les quelques précisions que nous donnons sont bien maigres par rapport à l’ampleur de la production. En effet, un nombre non négligeable de cloches sortent des mains des Simon, le plus souvent en collaboration avec les deux fondeurs Deforest et Chevresson. Les décrire revient d’ailleurs à écrire l’histoire des Simon, tant les destins sont mêlés.

Les Simon ne représentent pas une dynastie, mais plutôt un ensemble de quelques fondeurs, reprenant Louis Simon, Joseph Simon son frère et Nicolas Simon, fils de Joseph. De nombreux autres Simon ont existé en Bassigny et ils furent fondeurs, mais ils n’ont pas eu d’activité en Belgique, ou tout du moins, cela ne leur est pas connu.

SIMON Louis
Né en 1724 à Illoud et décédé le 17 juin 1792 à Lombise, un village situé entre Soignies et Ath.
Il est le fondeur actif au beffroi de Mons avec Deforest et Chevresson en 1760. Il est réputé décéder le jour même de sa dernière cloche (d’après le DFIM). Serait-ce un accident de coulée ? Nous ne le saurons jamais…

En France, Il lui est connu des cloches à : Sévigny-Waleppe (voir Deforest) ; éventuellement une cloche à Vervins (adjudication, date non connue, avec Nicolas Regnaud et François Villotte).
En Belgique, le RECIB lui connaît des cloches à : Arquennes (2 cloches, 1763 & 1764) ; Fontaine-l'Evêque (1778) ; Piéton (1783, voir Deforest) ; Racour (1778) ; Lesve (1762) ; Anderlues (1781) ; Anvaing (1783).

SIMON Joseph
Dates de naissance et de décès inconnues, actif entre 1751 et 1791.
Il se marie avec Marguerite Chevresson le 26 janvier 1751, la fille de Nicolas 1er Chevresson. A cette occasion, il s’installera comme résident de la ville de Mons, ce qui peut expliquer certaines facilités à travailler sur le carillon du beffroi de Mons, à l’époque ‘tour du château’.

En France, il lui est connu des cloches à : Varennes-en-Argonne (4 cloches, 1765) ; Brieulles-sur-Bar (1751) ; Mairy (1758) ; Rocroi (les Simon, 1751).
En Belgique, le RECIB lui connaît des cloches à : Gerpinnes (1766, voir Deforest) ; Wommelgem (1773) ; Wechelderzande (1774) ;
Waarmaarde (1791). Celle de Waarmaarde est faite avec Claude Foissey, un fondeur originaire du Bassigny. Ce dernier n'est pas connu dans le Henry Ronot, bien que deux autres Foissey soient connus. Vosselaar (1774) ; Bilzen (1782) ; Eigenbilzen (non datée) ; Ville-en-Hesbaye ( 1778) ; Irchonwelz (1759) ; Wavre (1788) ; Mélin (1779) ; Marchienne-Au-Pont (1772).

SIMON Nicolas
Dates de naissance et de décès inconnues. Il « serait » décédé à Zwevegem en 1803.
Il se marie avec Anne Deforest, la fille de Claude Deforest.
Un fondeur homonyme et antérieur existe à Clermont-Ferrand, il ne nous concerne pas.

En France, il lui est connu des cloches à : Moisenay (voir Deforest) ; Gambaiseuil (1772) ; Garancières (1730). Eventuellement une cloche de 382 kg à Fessanvilliers, 1751, refondue en 1890 par Georges Bollée. La date parait bien précoce...
En Belgique, le RECIB lui connaît une cloche à : K
asterlee (Sint-Willebrordus, Joseph et Nicolas Simon, père et fils, 1786) ; Tongeren (1782) ; Feluy (1789) ; Seneffe (1788) ; Houdeng-Aimeries (1780).


La signature de Nicolas Simon, témoin à un mariage.

Bibliographie
-Dictionnaire des facteurs d'instruments de musique en Wallonie, Malou Haine, Nicolas Meeùs.
-Dictionnaire des fondeurs de cloches du Bassigny, Henry Ronot.
-Base de données de l'IRPA reprenant le fonds De Beer.

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