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Les cloches Lombard


Une cloche Lombard (photo : IRPA).

Grâce à l’aide de Guy Roland, un membre de l’ACW, nous avons eu la chance de pouvoir identifier une cloche Lombard, placée en clocher dans l’église de Strépy. Cet objet est devenu excessivement rare, ce qui justifie assez largement qu’on y mène une étude, malgré que la date de fonte (1804) n’ait rien de médiéval. Cette cloche Lombard serait la seule encore existante en Belgique.

Que sait-on de Lombard ? La réponse est simple, quasiment rien !

Nous ne connaissons pas son prénom pour les inventaires belges. Il provient de Montignies-sur-Roc, ce qu’il orthographie parfois Rocq. C’est un sympathique hameau des Honnelles. Géographiquement parlant, ça se situe à proximité de Valenciennes, mais du côté Belge. En France, il est identifié deux fondeurs du nom de Lombard :
- Edme Lombard.
- Nicolas Lombard, provenant de Robécourt (Bassigny), fils de Edme Lombard. Ce dernier aurait collaboré avec Pierre-François Cochois.
Nous pouvons suspecter que nous sommes en présence des bons fondeurs, sans pour autant avoir de base solide pour l’affirmer. Il est mentionné dans une monographie de Montignies-sur-Roc l'existence d'une fonderie de cloche (sédentaire), sans information complémentaire.

En contrepartie, nous sommes amenés à penser qu’il existe des sources de confusion dans la généalogie des Lombard. En effet, nous relevons pour notre part que :

Un certain Edmé Lombard (avec un accent é) est né le 27 juin 1681 à Everly, décédé le 26 février 1743 à Jutigny. Notons (voir ci-après) que c’est extrêmement proche de Sognoles-en-Montois et de Lizines. Ce dernier, aura 5 enfants, dont un Nicolas Lombard et un Edmé Lombard :
Nicolas Lombard : né en 1704 et décédé le 13 février 1772 à Jutigny. Profession : vigneron et laboureur.
Edmé Lombard : né le 19 avril 1717 à Jutigny.

Il est assez probable que des descendants de ces personnes soient les fondeurs des cloches de Seine-et-Marne. Il serait par contre plus scabreux d’affirmer que ces personnes sont celles qui nous intéressent en Belgique.

Au sujet de Perseaux et Aubrix, nous ne savons strictement rien, aucun inventaire ne les mentionne. Il est mentionné sur une seule cloche le nom Perseau, sans X. A propos de Perseau sans X, mentionnons pour mémoire que de très nombreux fichiers généalogiques mentionnent une famille Perseau à Audregnies, village voisin de Montignies. Curieusement il n'y a quasiment pas de Perseau ailleurs. Les personnes qui pourraient nous intéresser sont Perseau Jacques et Perseau François. Vu le nombre de Perseau dans le secteur et l'absence de PerseauX, nous pouvons penser que le sans X est la bonne orthographe.

De ces fondeurs, les cloches connues sont les suivantes, (Perseaux ; Perseau = aucune, Aubrix = aucune). Les Lombard sont ci-dessous. Pour les cloches françaises, certaines épigraphies mentionnent que Edmé Lombard est originaire de Champigny (89340). La grande question est : est-ce que les fondeurs français sont de la même famille, du genre père et fils ? Il serait aventureux de répondre oui. Ce serait plutôt... pourquoi pas !

Belgique
- Mons, Eglise Saint-Denis - 1 cloche - 1807. Déposée en 1943.
- Masnuy-Saint-Pierre, Eglise Saint-Pierre - 1 cloche - 1766. Déposée en 1943.
- Elouges, Eglise Saint-Martin - 1 cloche - 1803. Déposée en 1943.
- Erquennes, Eglise Saint-Ghislain - 1 cloche - 1783. Déposée en 1943.
- Gottignies, Eglise Saint-Léger - 1 cloche - 1780. Déposée en 1943.
- Casteau, Eglise de la Sainte-Vierge - 1 cloche - 1804. Déposée en 1943.
- Montignies-Lez-Lens – 1 cloche – 1806. Déposée en 1943.
- Herchies – Eglise – 1 cloche – 1805. Déposée en 1943.
- Strépy – Eglise Saint-Martin – 1 cloche – 1804. Présence certaine.
- Strépy – Eglise Saint-Martin – 2 cloches – 1804. Refondues par Drouot en 1887. Une de ces deux cloches n'est pas identifiée avec précision comme étant Lombard.
- Houdeng-Aimeries – Eglise Saint-Jean-Baptiste – 1 cloche – 1804. Présence certaine.

France
- La Motte-Tilly (10) – Eglise – 1 cloche – 18.. – Edme Lombard.
- Lizines (77) – Eglise Saint-Georges – 3 cloches – 1805. Edme Lombard.
- Sognoles-en-Montois (77) – Eglise – 1 cloche – 1805 – Edme Lombard.
- Courlon-Sur-Yonne (89) – Eglise Saint-Loup – 1 cloche – 1794 – Edme Lombard.

A ces cloches, il faut ajouter les informations suivantes, qui nous sont données par Gilles Mesnil, de Paris :

- Frasnoy (59) à 5 km du Quesnoy – 1 cloche non datée – Inscription : PAR MSR ET MRE DE ROBILLARD BOURGOIS L'AN 1782, J'AI ÉTÉ NOMMÉ MARIE JOSEPH & PAR DAMME MARIE ROBILLIARD ÉPOUSE DE MISSIR DESFONTAINES DE ST DNE ESCUYÉS, SEUR DE COMBLESIR COUPIGNY DE FRASNOY. FAIT PAR LES LOMBART.

- Anor (59) – 1 cloche (qui n'existe plus à ce jour) – 1788 – Inscription : L'AN 1788 J'AI ÉTÉ BÉNITE AU NOM DE DIEU ET DE LA STE VIERGE AYANT POUR PARRAIN ET MARRAINE LA JEUNESSE D'ANOR REPRÉSENTÉE PAR LE SSR NICOLAS MARTIN MAYEUR ACTUEL QUI M'A NOMMÉ JESUS MARIA. AU CULTE DIVIN J'APPELLE LES FIDÈLES / JE CHASSE LES DÉMONS LE TONNERRE ET LA GRELE / LES LOMBARDS DE MONTIGNIS SUR ROCQ M'ONT FAICT ET MA SŒUR.

- Wallers (59) – 1 cloche – 1784– Inscription : IAPPRTIEN A WALLERS IE MAPPELLE DE ST HILAIRE IAI POUR PARRAIN ET MARAINE LA COMMNUNAUTÉ IE SUIS POUR APPELER LES CRÉTIENS AU SERVICE DIVIN ET POUR LEUR FAIRE SOUVENIR DE LEUR DERNIÈRE FIN. FAIT PAR LES LOMBARD DE MONTIGNIES LAN 1784.

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Caractéristiques des cloches Lombard de Belgique : elles possèdent souvent des anses très élancées. Nombreux filets et lignes de dédicace. Rinceau fleurdelysé. Inscription Montignies-sur-Rocq à la fourniture. Jolies cloches de belle facture. Les anses élancées ne sont pas systématiques. Caractéristiques des cloches Lombard de France : les anses ne sont pas aussi élancées mais forment un bel ovale. Nota : ça correspond exactement à la forme des cloches de Gottignies et Erquennes, datées de 1780 et 1783. Nombreuses lignes de dédicace.

Strépy - Inscription de la cloche refondue en 1887, et Lombard de manière certaine : L'an 1804, j'ai été nommée Marie Norbertine par Norbert Durieu, abbé de Saint-Feuillien, chanoine honoraire de Tournai, recteur de Strépy, parrain et par Marie Catherine Delattre, épouse de Godefroid Waucquez, censier à Bracquegnies. J'ai été faiteainsi que mes deux soeurs, sur les dons volontaires des habitants de Strépy, à qui j'appartiens. J'ai été faite par Lombard et Aubry de Montignie-sur-Roc.

Strépy - Inscription de la seconde cloche refondue en 1887, Lombard de manière incertaine: L'an 1804, j'ai été nommée Alexandrine Amélie par Alexandre Dassonville, gardien des Récolets à Mons, parrain et par Amélie Deneubourgépouse de Jean Joseph Huart, censier à Strépy, marraine.

La cloche de Strépy

Elle provient donc de Lombard, Perseaux et Aubrix, c'est-à-dire nous le mentionnions précédemment, une collaboration entre ces trois fondeurs. Elle est inventoriée par l’Irpa comme étant l’objet 10036853. Hauteur 75 cm, diamètre à la bouche 75 cm. Date de fonte : 1804.

Inscription de la cloche Martine-Félicité : L'an 1804, j'ai été nommée Martine Félicité par Mathieu Joseph Coppée, censier et maire de Strépy, parrain et par Félicité Coppée, censière à Bracquegnies, marraine.

Note de Guy Roland : Selon une étude réalisée par un cercle d'histoire local, des trois cloches achetées par les paroissiens en 1804, seule Martine-Félicité est restée au clocher. Les allemands ont réquisitionné la cloche provenant de la refonte, en 1887, de deux cloches en une seule, opération qui fut réalisée par Paul Drouot et Charles Drouot. A ce titre, il existe une étude fort complète sur le sujet : Les cloches de Strépy, par Jacky Dersin. Nous ne pouvons que conseiller cette étude !

Bibliographie
- Jacky Dersin, Les cloches de Strépy.
- P. Chevalier, Dictionnaire topographique de l’arrondissement d’Avesnes.

Ci-dessous, Guy Roland nous donne quelques images récentes de la cloche de Strépy. Merci à lui pour ces investigations.


Voici cette cloche. On remarquera d'emblée la couronne élancée.


Le 8 est aplati comme chez Regnault.


Sous les filets, on voit bien les traces de troussage.


Le rinceau sommital est constitué par une fresque de fleurs. Le rinceau du bas est de la palmette.

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