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Tchorski
Les fondeurs de cloches de Breuvannes
(Une biographie des fondeurs de Breuvannes ayant travaillé en Belgique)

 

Breuvannes est un village du Bassigny. De très grande réputation du point de vue campanaire, ce village a comporté 173 fondeurs de cloches d'après Henry Ronot. C'est une des situations les plus extrêmes concernant l'ensemble des villages du Bassigny. Certaines lignées fondamentales de fondeurs en proviennent, dont les Bollée à titre d'exemple.

A ce jour, Breuvannes compte 720 habitants. C'est un assez gros bourg comparé à d'autres centres campanaires : Huilliécourt, Illoud, Levécourt, Damblain... Le blason de Breuvannes comporte deux cloches et une clarine.

Cet article fait le point sur la biographie des fondeurs de cloches originaires de Breuvannes et ayant mené une ou des campagnes en Belgique.


Une vue de Breuvannes. Photo : Google.

Les fondeurs de Breuvannes ayant réalisé des cloches en Belgique sont : BERNARD Pierre I ou II, les BOLLÉE (lesquels ne seront pas traités ici, cela nécessite un article à part entière), BROCARD Jean, les DELAPAIX (voir ici), JACQUOT Jean, GUILLEMIN Pierre, PETITFOUR Adam.

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** BERNARD Pierre I ou II
Il n'est pas clairement établi que (les) Pierre(s) BERNARD ai(en)t réalisé une campagne en Belgique, au contraire d'André BERNARD et d'Antoine BERNARD, pour lesquels quelques travaux plus conséquents sont enregistrés. Concernant un "Pierre Bernard", on enregistre uniquement une cloche, à Wavre, en 1685.

Alors, est-ce Pierre I Bernard, décédé aux environs de 1680-81, ou bien Pierre II Bernard, né en 1673, et qui aurait douze ans lors de cette coulée ? Pour nous, les deux données sont incohérentes.

Dans tous les cas, il faut se méfier des biographies établies par le DFIM, qui comportent des approximations. Il faut dire qu'avec un nom aussi courant, ce n'est pas évident. Il en est de même concernant Henry Ronot (gros anachronismes). Les Pierre Bernard sont de Breuvannes, André et Antoine Bernard sont de Doncourt.

Pierre I Bernard est né vers 1645 et décédé vers 1680. En réalité, il pourrait avoir vécu jusqu'en 1716, étant donné qu'il est qualifié de fondeur de métail à cette date. Pourtant, il est mentionné comme décédé avant 1681. De claires confusions entre Pierre I et Pierre II peuvent exister.

Pierre II Bernard est né en 1673 et décédé le 12 mai 1753, fils de Pierre I. Qualifié de bourgeois de Breuvannes.


L'acte de mariage de Pierre II Bernard.

** BROCARD Jean
Est supposé avoir réalisé une campagne en Belgique. Il n'en résulte pas de cloche connue à ce jour.
Henry Ronot cite l'existence de deux Brocard de Breuvannes, BROCARD Jean-Baptiste l'aîné, BROCARD Jean-Baptiste le jeune. Le Jeune fut associé avec Jean Jacquot, d'où éventuellement une campagne commune... ?

** JACQUOT Jean
Étrange individu que ce fondeur ! ... et en tout cas, un casse-tête sans nom pour les campanologues. En cause, il est aussi relevé sous les noms : JACO Jean, JACOB Jean, DEMARTIN Jean ainsi qu'une foultitude de fautes orthographiques approchant les Jaco, Jacqot, Jaco Ian, etc. Henry Ronot le relève sous le nom JACQUOT Jean. Il précise en note de bas de page que soudainement, en 1744, il se mette à signer JACOB, ce y compris dans les actes de mariage et de décès. Ces actes fantasques ne sont pas expliqués.

La mention de DEMARTIN est une erreur. En effet, Jean Demartin est un autre fondeur. Les corrections adaptées ont été données aux divers documents présents en ce site. Jean Demartin et Jean Jacquot ont collaboré ensemble pour une cloche réalisée à Ath en 1697, d'où l'erreur car la signature n'est pas très claire. Le texte de dédicace est : IEAN DEMARTIN IEAN IACQUOT MAFET FAIT AHT 1697 - IEANNE CECILE CHAPLEN.

Jean Jacquot est né aux environs de 1694 et décédé en 1762. Son acte de naissance n'a pas été retrouvé dans les dépouillements du cercle généalogique de Haute-Marne. Henry Ronot suppose qu'il est né ailleurs. Il décède à Breuvannes le 2 mai 1762.

Il se marie en première noce avec Françoise Petitfour, décédée à l'âge de 26 ans. Le cercle généalogique de Haute-Marne mentionne 23 ans, ce qui semblerait être une erreur.
Il se marie en secondes noces avec Sébastienne Decharme, décédée à l'âge de 33 ans.
Il se marie en troisième noces avec Nicole Bailly.
Il aura au total 12 enfants, dont 4 sont décédés en bas-âge.
Le moins qu'on puisse dire, c'est que Jean Jacquot n'aura pas été entouré par la chance...

Pendant son premier mariage, il habite aux Gouttes-Basses, un hameau de Breuvannes. A ce jour, c'est une énorme exploitation agricole, une départementale et une voie ferrée !
Durant son second mariage, il habite dans une maison de la rue du Bois. Les numéros n'existaient pas, donc nous ne savons pas la localiser ; tout en gardant à l'esprit que le paysage a inévitablement énormément changé. A l'époque, ça devait être un petit écart, au même titre que Gouttes-Basses et le Dardu.


Détail de l'acte de mariage de Jean Jacquot.

Les cloches de Jean Jacquot nous sont peu connues, vu le faible nombre. De ce qui est connu, le style est un peu maladroit mais dénote une volonté de réaliser un objet esthétique : belle frise, décor soigné, le tout malgré des décalages d'épigraphies indéniables. L'orthographe est totalement désastreuse, ce qui nous fait penser que Jean Jacquot était partiellement illettré. Cela devait probablement l'handicaper.

Une cloche (Ath, 1717) possède des feuilles de sauge, symbole de prospérité et de longue vie... Ce dont l'entourage de Jean Jacquot aurait bien eu besoin.

Les cloches qui lui sont connues en Belgique (Recib) : Ath (1697), Ath (1717), Beloeil (1701). En France (Recif) : Kernouès (1759), Lanrivoaré (1748), Plougastel-Daoulas (1756), Plougonven (1756), Plounéour-Tréz (1748, avec DECHARME François), Plounéour-Tréz (1758, idem), Poullaouen (17..), Saint-Benoit-sur-Loire (1764, 2CL, avec MICHEL Jean), Boissy-aux-Cailles (1733), Garlan (1760), Laz (près de Chateauneuf du Faou, 1771), Saint-Thegonnec (1769), Saint-Pierre de Guiclan (1771).

Il est relevé comme fondeur en 1730 et 1743. Il a manifestement réalisé une campagne majeure en Bretagne. Actif de 1697 à 1764, le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il s'agit d'une longue carrière. Les dates belges sont début 18ème, les françaises de 1730 à 1771. L'on peut se demander s'il n'y a pas là un cas d'homonymie. Vu les difficultés rencontrées sur les noms, ce ne serait pas étonnant...

La cloche de Saint-Pierre de Guiclan mentionne : L'AN 1767, MATHURIN HIACINTHE AUTHEUIL, PROMOTEUR GENERAL DU LEON, RECTEUR DE GUICLAN, HERVE L'HERROU, PAREIN, MARIE POULIQUEN MAREINE, LOUIS ET JEAN JACOB M'ONT FAIT. Or, nous ne connaissons pas de Louis Jacob ni Jacquot. Ceci étant, nous ne connaissons pas le prénom de son frère, de Maisoncelles. Dans le même espace, il est mentionné à Laz : L'AN 1771 JEAN JACOB FONDEUR LOREIN. De ce fait, il ne s'agit certainement pas d'un fondeur breton, mais bel et bien d'une campagne d'un fondeur lorrain.


Une décoration d'une cloche de Jean Jacquot. Photo : Irpa.

** GUILLEMIN Pierre
Est l'auteur supposé de quatre cloches au musée ducal de Bouillon, 1768. Marqué sur la panse : J'APPARTIENS A LA VILLE DE BOUILLON, PREGUILLEMIN NOUS A FAIT.
Seul Pierre Guillemin semble correspondre à cet enregistrement. Les dates sont concordantes.

Né vers 1694 d'après Henry Ronot et décédé après 1780 de même source. D'après le centre généalogique de Haute-Marne, décédé le 6 avril 1781 à l'âge de 85 ans.
A commencé le métier de fondeur à l'âge de 19 ans.

A souffert de gros problèmes d'alcoolisme et de manière liée, du syndrome de Korsakoff.

Citation d'Henry Ronot, l'auteur le plus complet sur ce fondeur : Depuis longtemps, il avait pris l'habitude de boire beaucoup et son caractère était devenu égoïste, taciturne, irritable, violent même. C'est pourquoi il ne trouvait plus ni associé ni compagnon et partait seul en campagne. Paresseux et dépensier, à la fin de la campagne, il s'attardait à dissiper au cabaret et à l'auberge l'argent qu'il avait gagné. Il vint un temps où il ne rentrait plus à Breuvannes qu'à la fin de l'hiver au moment où les autres fondeurs s'apprêtaient à ouvrir la campagne suivante. Certaines années, il oubliait même le chemin du retour. A Breuvannes, tout son temps était consacré au jeu et à la boisson. Plusieurs fois il fut ramené au logis dans le coma alcoolique. Enfin à la suite d'une chute d'un arbre au cours de la cueillette des fruits de septembre 1779, il présentât des troubles mentaux: un état confusionnel, composé d'amnésie, de fabulation et d'agitation nocturne, connu des psychiatres sous le nom de syndrome de Korsakoff.

Il laisse derrière lui de nombreuses dettes mais aussi des cloches légendaires, dans le sens où elles n'ont existé que dans son imagination : Verdun, vingt mille livres...


L'acte de décès de Pierre Guillemin.

** PETITFOUR Adam
Est l'auteur d'une cloche à Isières, chapelle Notre-Dame de la Cavée, datant de 1651.
Ce saintier est totalement inconnu.
Le village de Breuvannes a comporté une sacrée dynastie de Petitfour : André, Claude I, Claude II, Jean-Baptiste-Hippolyte, Michel, Paul-François. Cela nous fait supposer qu'Adam Petitfour était originaire de ce village, mais nous n'en savons pas plus.

Bibliographie
-Dictionnaire des facteurs d'instruments de musique en Wallonie, Malou Haine, Nicolas Meeùs.
-Dictionnaire des fondeurs de cloches du Bassigny, Henry Ronot.
-Base de données de l'IRPA reprenant le fonds De Beer.

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