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Tchorski
Le musée des cloches de Tellin (1/2)

Corrections sur les recherches et les hypothèses : Philippe Slégers, Emmanuel Delsaute et Serge Joris.
Recherches historiques : Geert Van Bockstaele du cercle d'histoire de Lierde (Inventarissen van de
parochiearchieven te Lierde
) et Stefaan Van Steenberge.
Photographies : Vincent Duseigne et Sandy De Wilde.
Grâce au soutien de : Anne Bottin, Olivier Mézierre et Etienne Carton

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EDIT 2013 > Le musée a fermé fin 2012. Sa transition est en cours de réalisation durant le printemps 2013.

Le musée des cloches et du carillon de Tellin se situe rue Grande, numéro 23. Il est situé dans un ancien relai de poste. Ce musée comporte une impressionnante collection de coqs, celle de monsieur le Boulangé. Du point de vue campanaire, on y trouve des fort belles horloges cages, un grand tambour ainsi qu’une jolie collection de cloches. Pour le chercheur ou passionné de cloches, il est important de signaler que le musée dispose d'un film tourné dans les années 50, dans la fonderie Causard. On y entend les explications de Georges II Slégers, inestimable !

La collection des cloches comprend :
-Pierre Le Vache, Nicolas Le Vache - 1 cloche. 1734. C’est une cloche relativement rare, étant donné que ces fondeurs sont mineurs.
-Urbain (fr) - 1 petite cloche de 1769. "fait à Lille par Urbain". Nota : ce fondeur est inconnu dans le Recif fr, ce qui peut se révéler rapidement intrigant !
-François Lainville - 1 cloche. 1850 (le 5 à l'air d'être à l'envers). Faite à Namur par les frères Lainville.
-Causard - 1 carillon de 16 cloches. 1906. Certaines cloches ont une épigraphie Causard-Dury, d'autres une épigraphie Adrien Causard. Cela provient éventuellement de la collaboration entre Adrien Causard et Firmin Causard, ce qui est toutefois difficile d’affirmer.
-Georges II Slégers - 2 cloches. 1946. Proviennent de l'église de Massul, ayant brulé.
-Causard - 1 cloche. 1852. Causard, 1852. Il s’agit d’une cloche de Charles Causard.
-Causard - 1 cloche. 1872. Causard Père et Fils, avec un grand et beau médaillon. Elle est nettement plus élaborée que la précédente. Il s’agit d’une collaboration de Charles Causard avec son fils Hippolyte.
-Félix Van Aerschodt - 1 cloche. 1924. Présente sur le porche du bâtiment.
-Van Bergen, Heiligerlee (nl) - 3 cloches. 1948. Jeanne, 150kg, Mi. Isabelle, 105kg, Sol. Laure, 75 kg, La. Suite à une mauvaise utilisation, une est tombée il y a quelques années, heureusement dans dommages (ni humains ni pour la cloche, mais plancher perforé).
Nota : ce seraient les seules cloches de cette firme en Belgique.
-Cornille-Havard (fr) - 1 petite cloche de démonstration sans épigraphie.
-Une cloche mystère que nous appellerons la cloche CM, longuement décrite ci-dessous. En effet, il s'agit d'une cloche relativement atypique et surtout mystérieuse. Nous en donnons tout d'abord une description de l'épigraphie, et ensuite les hypothèses d'identification.

La cloche CM s'appelle ainsi à cause de ces deux initiales, présentes autour de l'estampille. Ca pourrait aussi signifier Cloche Mystère, car même après analyse, elle le restera encore un peu...

Description de l'épigraphie de la cloche CM

Au cerveau, entourée de palmettes sur 4 côtés, dédicace en lettres romaines, précédée d'une petite fleur horizontale, du type campanule, assez plate, assez lâche, sur filets : TEN TYDE VAN GEERART VAN ONGHEVAL BORGHEMEESTER ENDE IGNATIUS BURY JOANNES VAN HELEPUTTE SCHEPENEN.
A la fourniture : M DII L IX. A droite de l'estampille.
** Panse, rinceau avec fleur de roses et végétation à feuillage non identifié, type chêne sessile **
** Blason, surmonté d'une tête de mort. Un homme agenouillé priant, un pape (?) sur un trône, une énorme tiare. On devine difficilement le mot MALDEN puis en dessous, ??? **
** Estampille de fabrique = cloche, entourée aux côtés par C M **
** Sous l'estampille, deux canons entrecroisés **
** Cerveau, entourée de palmettes sur 4 côtés, dédicace en lettres romaines, précédée d'une petite croix pattée, ou croix à béquilles (?), sur filets : JJ VANDERMEERSSCHE DESERVITOR IN MARTENS LIERDE ENDE (dernier E dans palmettes) FRANSOISE VANDEN VELDE HEBBEN MY GENOEM BARBARA.
** clôturé d'une petite fleur horizontale, de type campanule **
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TEN TYDE, TEN TIJDE, A ce moment là sont :
GEERART VAN ONGHEVAL > Inconnu sous toutes orthographes.
BORGHEMEESTER > Bourgmestre
IGNATIUS BURY > Inconnu ou dates incohérentes.
JOANNES VAN HELEPUTTE > Inconnu.
SCHEPENEN > Echevins.
JJ VANDERMEERSSCHE DESERVITOR > A comprendre comme "prêtre".
IN MARTENS LIERDE ENDE > Probablement Sint-Martens-Lierde, sud de Gent, Oudenaarde, Zottegem, Aalst.
FRANSOISE VANDEN VELDE > Inconnue, probablement la marraine.
HEBBEN MY GENOEM BARBARA > Ils m'ont donné le nom de Barbara.

Analyse de l'épigraphie de la cloche CM

A propos de l'analyse de l'épigraphie, la conclusion sur l'identification va tout remettre en cause. Cependant, je préfère laisser le texte étant donné que le fondeur formellement identifié est inconnu ou quasiment. De ce fait, si ces hypothèses sont écartées, il reste toujours des doutes et des incompréhensions... A lever, bien sûr !

A propos de l'estampille : C’est un très bon travail au niveau de la qualité de matrice. Le fait qu’il y ait une tête de mort et deux ailes de chauve-souris est intrigant. Cette estampille est pour l'instant inconnue, similaire n'a pas été localisé sur d'autres cloches. On y lit difficilement, et de manière incertaine : MALDEN. Malden est une ville faisant partie de Nijmegen (NL). On croit rêver, car c'est la ville de Geert Van Wou, fondeur de canons ! Cependant, les épigraphies classiquement connues pour lui ne correspondent pas à celle de cette cloche là. Ce mot Malden semble se référer à rien de connu nous concernant.

A propos de CM :
Si ce sont les initiales du fondeur, et considérant que ce serait un fondeur de canons, à première vue :
Incohérent dans Refond* Be. Ne donne que des francophones purs et durs.
Inexistant dans Refond* Nl, même à l'envers.
Inexistant dans Refond* Fr.
* Refond : index des fondeurs connus comme ayant exercé dans un pays donné.
Autrement, ce CM signifie autre chose. Voir chapitre suivant.

A propos des fautes d'orthographe :
J'ai effectué des recherches sur les fautes d'orthographe, afin de localiser d'éventuelles cloches possédant les mêmes défauts.
Il existe une personne qui a une orthographe néerlandaise désastreuse, avec quelques mots similaires : Ten Tyde par exemple.
Il existe une personne qui écrit Borghemeester, ende Schepenen. Le mot ende n'est finalement pas si courant que ça, normalement c'est 'en de'.
Il existe une personne qui signe CM, pour dire, Clock-Meester (je garde son orthographe).
C'est Jan Van Roosbeke, fondeur malinois.
Personne qui a du talent et qui place un médaillon très fouillé pour signer.
Emmanuel Delsaute minore cependant les affirmations sur l'orthographe : C'est écrit en Flamand ou Néerlandais. Ces langues, comme le Français ont évolué au niveau de l'orthographe et des termes utilisés. On sait que les inscriptions des cloches présentent régulièrement des erreurs, dont des espaces manquants, etc. Le ENDE pourrait fort bien être EN DE, ce qui signifie "et le(s)" ou "et la". Donc ce serait une liaison entre plusieurs sujets. Je proposerais donc la traduction fragmentaire suivante :
"Au temps de Gerard Van Ongeval, Bourgmestre, et des échevins Ignace Bury et Jean Van Heleputte, JJ Vandermeersche, desservant à Martens Lierde (et Madame ?) Françoise Van Velde, m'ont appelée Barbara".
Que ce soit une Jan Van Roosbeke serait inestimable, cependant beaucoup d'hypothèses vont contre.

A propos de la date :
Qui, pour rappel, est notée M DII L IX : La première idée est de dater de 1759.

Selon Philippe Slégers, interrogé sur la question : La question demande beaucoup de prudence dans la manière de répondre ; il faut considérer la réponse comme un essai plus que comme une certitude. Il a existé pas mal de fondeurs de cloches fabriquant aussi des canons (la technique est proche et le métal est d’une composition similaire). Toutefois Richelieu (1585 / 1642) mit fin au travail de tous ces artisans en créant les arsenaux de guerre et ainsi devenir maître des fabrications d’artillerie et s’assurer le monopole. C’est pourquoi, semble-t-il, au XVIIIème on ne trouve plus de fondeurs de cloches et de canons.

En conséquence, je me demande si la date de 1759 (M DII L IX) est correcte. Si on se base uniquement sur l’écriture latine, j’ai tendance à croire que, comme souvent dans les textes latins sur des cloches, l’auteur a pris des libertés qu’aujourd’hui on ne se permettrait plus. Je peux citer des dizaines de cas. Celui qui a réalisé les lettres IIL ne voulait peut-être pas (comme nous l’avons appris à l’école) signifier 200, dans ce cas … MDII LIX voulait pour lui peut-être signifier : 1502 (+) 49 ce qui nous donne 1551, ou 1500 (+) 48 (+) 9 = 1557.

La date de 1759 pourrait sembler exclue, vu l’explication précédente. Il semble acquis et peu discutable que l'on ne fondait plus de canons en fonderie de cloches à cette période... De plus, le 18ème siècle est une section de l'histoire où les cloches sont de qualité désastreuse, ce qui n'est pas (du tout) le cas pour l'objet musical qui nous intéresse.

M est mille et c’est normalement peu sujet à discussion. Ce serait une cloche de 900 quelque chose, ça serait préoccupant !
L IX devrait être en principe 59. Il n’y aurait pas d’ambigüité…

Les difficultés sont sur le DII. Comment le comprendre… ? 502 ? 5 moins deux ? En effet, on peut imaginer, et ça n’aurait rien d’illogique, que l’auteur ait voulu inscrire IID, pour 300, (qui reviendrait en classique à CCC). L’épigraphie s’inscrit à l’envers dans la terre, alors une erreur ? Pourquoi pas… Tout est possible, et il sera toujours possible de réfuter en disant que c’est de l’imagination. En tout cas, les lettres sont groupées par :
M-DII-L-IX. Les lettres DII sont groupées sans équivoque. On peut ainsi argumenter, et pourquoi pas, que DII représente un seul chiffre. Pas facile...

Admettons que c’est mille ~ trois cent ~ cinquante-neuf. La cloche Roeland a été fondue en 1314 selon la plupart des sources, puis parfois et rarement 1315. Nous n’avons pas été vérifier sur place. Le créneau de date est de toute façon court. C’est une cloche magistrale, pesant 6 tonnes. Ce n’est pas un travail de débutant. Pour Tellin, si l’on en croit alors la date de 1359, il se pose clairement un problème. La cloche Roeland n’est pas une œuvre de jeunesse, alors comment attribuer à Van Roesbeke un instrument conçu 44 ans plus tard ? Geert Van Wou est quant à lui postérieur. On n’est pas sorti de l’auberge !

A propos de la forme de la cloche :
Pour une cloche qui serait datée de 1300 quelque chose, on peut s’interroger d’office sur le profil, car ici très manifestement, c’est un profil gothique et certainement pas un pain de sucre ou un roman. En comparaison avec la « Roeland klokke », de 1314 et de Jan Van Roosbeke, il y a des analogies. Les cloches se ressemblent, sans être identiques. Disons que cela n’a rien d’incompatible. Par contre, l’instrument de Tellin est totalement incompatible avec l’art d’Albert De Roesbeke.

A propos de Jan Van Roosbeke :
Il est quasiment au stade d’inconnu, ce qui n’est pas étonnant pour un fondeur de cette époque un peu reculée pour nous. Il était Malinois et a travaillé pour Gand. Sint-Martens-Lierde n’est pas un lieu extraordinaire et pourrait s’inscrire dans ses travaux.

A propos de Martens Lierde :
Il n’existe aucun autre lieu qui cumule ces deux noms. Quant à dire que c’est Sint-Martens-Lierde, c’est de l’extrapolation, mais elle n’est que relativement peu aventureuse. En tout cas, il est vrai que le nom complet de la ville n’est pas mentionné textuellement.

Analyse hitorique de la cloche CM

L'intégralité de l'analyse a été faite par Geert Van Bockstaele du cercle d'histoire de Lierde (lien).

Texte originel : De datum : er staat effectief 2 x een I, waar er in feite zou moeten staan CC. De datum wordt dus 1759.
Pastoor JJ Van Der Meersche is Judocus (Joos) - Josephus (Jozef).
Hij is in Aalst ca 1716 geboren en ontving zijn wijding op 14 december 1749.
Onderpastoor in Sint-Lievens-Esse, vermoedelijk van 1749 tot 1757.
Pastoor in Martens-Lierde van 1757 tot 1765.
Pastoor in Welle van 1765 tot aan zijn dood op 28 februari 1792.

De andere personen heb ik niet verder bestudeerd. Gegevens zijn terug te vinden in het Oud gemeentearchief, dat zich nu in het Rijksarchief van Gent bevindt.

De klokkengieter :
Ik vermoed dat de letters CM staan voor de klokgieter Claude Murcy, ook genoemd Claudius du Murcies, wonende in Parike (Brakel). Hij goot ook klokken in Meerbeke (1758), Sint-Goriks-Oudenhove (3 klokken in 1772) en in Schorisse (1765). Dus in dezelfde periode als in Sint-Martens-Lierde.

Hou er rekening mee dat de parochiekerk in 1785 gesloten werd en dat de klokken met al de rest van het kerkmeubilair naar de nieuwe parochiekerk werden overgebracht. Die kerk was de vroegere kartuizerkerk.

De kerkrekeningen van Sint-Martens-Lierde zijn bewaard van 1666 tot 1795. Ongetwijfeld zal men hier meer details vinden over het gieten of het hergieten van de klok, tenminste wanneer de rekening van dit jaar bewaard is. Zie ook hiervoor Rijksarchief Gent, Oud gemeentearchief nr. 22 - 27.

Traduction : Il ya effectivement un 2 x I, où en fait il devrait y avoir CC. La date est donc 1759.
Le prêtre JJ van der Meersch possède les prénoms Judocus (Joos) - Josephus (Joseph).
Il est né à Alost vers 1716 et a reçu son ordination le 14 Décembre 1749.
Prêtre à Sint-Lievens-Esse, probablement de 1749 à 1757.
Prêtre à Martens-Lierde 1757 à 1765.
Prêtre à Welle en 1765 et jusqu'à sa mort le 28 Février 1792.

Les autres personnes n'ont pas été étudiées davantage. Les données peuvent être trouvées dans les dossiers des Archives de Gand.

Le fondeur de cloches :
Je soupçonne que les lettres CM représentent le fondeur de cloches Murcy Claude, aussi connu comme Claudius Du Murcies, résidant à Parike (Brakel). Il a aussi fondu des cloches à Meerbeke (1758), St-Géry-Oudenhove (3 cloches en 1772) et Schorisse (1765). Ainsi, Sint-Martens-Lierde se trouve dans une période concordante.

Gardez à l'esprit qu'en 1785, la paroisse a été fermée, vidée de ses cloches et de tout le reste du mobilier. Cela a été transféré à la nouvelle église paroissiale. Cette église mentionnée était l'ancienne église des Chartreux.

Les comptes de l'église de Saint-Martens-Lierde ont été maintenus de 1666 à 1795. On y trouve sans doute plus de détails sur la fonte de la cloche, du moins si les comptes de cette année ont été enregistrés. A ce titre, voir les archives nationales de Gand, archives municipales numéro 22 à 27.

Analyse de l'interprétation historique :

Le fondeur est Murcy Claude. Résidant à Parike, petite commune de Brakel.
La date est bien 1759.

A propos de Claude Murcy, il est inventorié dans le refond sous le nom Claude Marcy. Cet inventaire Refond a été puisé, pour ce fondeur,dans l'inventaire de l'IRPA. Il existe effectivement un objet répertorié, la cloche de Meerbeke (objet :19875). Il est possible que l'orthographe Marcy soit à écarter, puisque les historiens se basent sur les lectures d'épigraphie. Autant dire que ce n'est pas forcément facile.
Il n'est pas connu ailleurs, sur les orthographes Marcy, Murcy, Murcies, De Murcies, Du Murcies, Claude, Claudius. Il est inconnu dans le refond FR, dans le refond NL, dans le dictionnaire des facteurs d'instruments de musique.
L'art de la cloche de Meerbeke (objet :19875) n'est pas incompatible avec l'objet de Tellin. Epigraphie différente, médaillon différent, décor différent, rinceaux différents, date en chiffre. Ce n'est pas glorieux. Cependant, il est à signaler, malgré ces différences, qu'il n'y a pas d'incompatibilité totale.
A signaler (et ça concerne Amiens !), l'objet 19875 possède l'impression de deux feuilles de sauge dans la terre.

Avec ça, toujours pas d'explication sur les canons...
Cette résolution d'énigme ne va pas forcément nous arranger.
C'est un mystère de levé pour en faire émerger un autre...
Pourquoi deux canons ? Si l'on en croit la description de Philippe Slégers, et c'est attesté, les fondeurs de cloches ne faisaient plus de canons à cette époque, pourquoi alors cette estampille ? Qui est Claude Murcy ?


Voici le musée de Tellin.


La fameuse dédicace de la cloche CM.


L'estampille et la date.


La dédicace de l'autre côté.


Détail sur l'estampille.


Les intrigants canons.

Nous allons visiter le reste du musée. Contrairement aux habitudes, nous n'avons
pas fait des photos de *tout* ! C'est parce que vous devez y aller pour visiter !


Le musée.


La Félix Van Aerschodt au porche.


Une jolie cloche dehors.


Voici l'étage des coqs.


Et ceci, c'est l'étage des cloches.


Il y a de nombreuses et jolies horloges.


Le carillon.

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