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Tchorski
Le beffroi de Namur (1/3)


Le beffroi dans le passé.

Ce documentaire a été réalisé avec un pied partiellement cassé ; Autant dire que les précautions maximales ont été prises ! Cela explique que les hautes voltiges habituelles n'ont pas été exécutées, les vues générales du haut des poutres-équilibre-précaire ont été évitées. Un tout grand merci au cabinet de l'échevin Tanguy Auspert pour l'ouverture des portes, ce y compris dans des horaires pas conformes aux habitudes, merci tout particulièrement à madame Nathalie Laforêt pour l'organisation pratique du reportage. Merci aussi à Emmanuel Delsaute pour la planification du documentaire.

Le beffroi de Namur reste assez méconnu du grand public, peut-être parce qu'il ne se trouve pas sur un grand axe de passage. C'est une tour d'angle qui date de l'ancienne enceinte de la ville, il reste à ce titre trois tours de ce type à Namur. Cette tour ronde de beffroi, relativement basse, est placée derrière la place d'Armes. C'est un édifice massif en moëlons calcaires. Dans le bâtiment se situent les locaux d'Infor Jeunes. Dans - en quelque sorte - le grenier, sont accrochées deux cloches. Elles sont placées sous la toiture à bulbe. La plus petite se trouve en bas, dans un large espace qui pourrait contenir 6 cloches en plus ! En haut par contre, l'espace est réduit. De la bancloche fondue par Jean Falise en 1371, il ne reste aucune trace (curieusement, on s'en doute !). Plus trace non plus des réaménagements du 16ème siècle : la tour est aménagée pour accueillir la bancloke, cloche qui annonçait l'ouverture et la fermeture des portes de la cité et sera appelée cloche-porte. Nous ne savons d'ailleurs même pas à qui nous devons cette cloche à bans.

Les deux cloches aujourd'hui présentes sont les suivantes :
Cloche 1
ANDREAS VAN DEN GHEYN ET AND L VANAERSCHODT VAN DEN GHEYN ME FUDERUNT LOVANII ANNO 1832.
Cloche 2
(main indicatrice) A. L. J. VANAERSCHODT VANDENGHEYN ME FUDIT LOVANII J841. On retrouve comme à l'habitude d'Andreas une lettre J pour marquer le numéro 1. Philippe Slégers nous précise cependant : Il s’agit d'un J pour junior. Chez les fondeurs, il était d’une importance extrême de bien marquer son territoire et d’être « senior » ou « junior », ce n’était pas du tout la même chose. Il existe pas mal d’anecdotes à ce sujet et même un procès entre frères-fondeurs.
Ce sont donc deux instruments relativement similaires, bien que les épigraphies soient fondamentalement différentes. C'est disons, deux cloches de Louvain, émergeant des traditions de fonte des Van Den Gheyn - Van Aerschodt, gothiques, romantiques et soignées.

La première cloche possède une épigraphie classique de la tradition campanaire du 19è siècle : acanthe très enroulée sous la dédicace et d'un remarquable soin d'exécution, un rinceau à besants (en médaillons à perles) au dessus de la dédicace. Le reste du décor est d'une éminente simplicité. La seconde cloche possède un décor typique des Van Aerschodt : des rinceaux gothiques avec des personnages dans les remplages. Notons cependant que ce sont des figures primitives pour les Van Aerschodt. Au dessus se trouve un rinceau d'angelots, lui aussi primitif, mais très bien réalisé. Ces deux cloches sont des classiques de l'art campanaire belge, représentatives de ce qui existait en masse avant l'enlèvement de 1943, ce dont le beffroi n'a pas été victime. A relever que la ALJ Van Aerschodt est en tous points similaire aux cloches les plus anciennes présentes au carillon de Namur, y compris en épigraphie. Pour une date de 1840, on peut quasiment se demander s'il ne s'agit pas d'une commande conjointe.

La structure campanaire est par contre en certains points localisés dans un état de dégradation avancé. De ce fait, ces cloches ne sont plus sonnées depuis 10 ans, 20 ans ? Difficile de le dire. En tout cas, la couche de vert de gris ainsi que de poussière n'étaient pas tristes. Pour la plus grosse cloche, environ deux tonnes, un mouton gigantesque surmonte la cloche. Il est sur-dimensionné, c'est un monstre de bois plus volumineux que la cloche. Une gouttière a été placée tant et si bien que la cloche ne peut plus être mise en volée, au risque de démolir l'installation. Ceci-dit, deux coudes à 5 euros et l'affaire est dans le sac ! Aucun équipement électrique n'est présent à ce jour ; les cloches étaient tirées à la corde et manoeuvrées à l'aide de volants en bois. Pour ce qui est de la seconde cloche, la plus petite, c'est le même type d'installation : sonnerie manuelle, désaffectée. Pas de gouttière cette fois-ci, mais un volant abîmé. La cloche frotte contre, à tel point que la sonorité est éteinte.

A noter la présence sur la petite cloche d'un marteau étrange, placé sur un moteur. Il frappe la patte. C'est tout à fait dommageable et heureusement que c'est désaffecté. La cloche n'en a subi heureusement aucun dégât. Pour ces raisons cumulées, j'ai choisi de ne pas réaliser de mise en volée, me disant d'office que j'allais mettre la structure en danger. J'ai donc copté. C'est toujours ça...

Hormis ces problèmes de structures campanaires, les cloches sont intéressantes, elles ont de belles sonorités. Les problèmes de structure(s) restent somme toute assez légers puisque le beffroi campanaire en lui-même n'a rien de dégradé. Les corrections à engager, c'est à dire les remplacements des moutons et des paliers sont relativement mineures. Une sonnerie en volée à midi serait du plus bon effet pour ce centre-ville, ce d'autant plus qu'actuellement, ce sont seulement deux très petites cloches qui sont lancées. Vu le monde fou présent à midi en ce lieu, autant dire que ce ne serait pas inutile,ce serait une signature sonore de la ville.

L'analyse sonore de ces cloches est la suivante :

Cloche 1
Do au piano
Analyse /// Hum : B(-1)-13 - Prime : C(1)-47 - Tierce : D(1)-34 - Nominal : B(1)+16 - Superquint : F#(2)+18 - Oct Nom : C(3)-23.
Nb d'harmoniques détectées : 17
Si l'on compare la fondamentale à l'octave nominale : C(1)-47 et C(3)-23, c'est une cloche qui a une signature sonore de bonne qualité.

Cloche 2
Fa# au piano
Son éteint à cause de frottements du volant sur la cloche, avec une pression assez importante. La cloche n'a rien, c'est juste la structure.
Analyse /// Hum : Ab(0)-39 - Prime : F(1)-46 - Tierce : A(1)+25 - Quint : Db(2)-21 - Nominal : F#(2)-19 - Superquint : C(3)+49 - Oct Nom : F#(3)-18.
Nb d'harmoniques détectées : 17
Si l'on compare la fondamentale à l'octave nominale : F(1)-46 et F#(3)-18, c'est très bien aussi.

Les déterminations entre piano et analyse sont concordantes. Cela signifie donc qu'on a des notes franches et des cloches bonnes. Vivement leur remise en route !

Les vidéos des coptées

 

Nous allons à présent voyager dans le beffroi.


Voici le beffroi, vu depuis la place d'Armes.


Les cloches se trouvent au niveau des abat-son.


Bien que très sombre, la structure du beffroi est impressionnante.

La cloche 1


Voici la cloche 1 en vue d'ensemble.


Vu le manque d'espace, elle est dure à prendre en photo.


Comme évoqué, le joug est énormissime.


Cela doit faire un rétrograde très lent.


Le mouton en bois est en bon état, mais il est sans charme particulier.
On voit bien la gouttière posée sur le mouton. Elle reprend les eaux pluviales du bulbe.


Une vue vers le haut montre la structure de ce mouton. En haut à droite, l'horloge électronique.


Vue générale de l'autre côté.


La pince. L'on voit bien ici que c'est une cloche superbe.


Les rinceaux.


Le nom Van Den Gheyn y est très clair.


Le rinceau inférieur est une acanthe très enroulée.


De l'autre côté, le décor est parfaitement identique.


Au sommet sous le cerveau, les besants.


Entre les besants, ce sont des cabochons.

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