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Tchorski
Les cloches de l'abbaye de Maredsous (1/10)

 

Ces dix pages constituent un petit documentaire sur les cloches de l'abbaye de Maredsous. Un tout grand merci au Père-Abbé Bernard Lorent pour l'autorisation de réaliser ce reportage. Très grand merci aussi au frère Eric de Borchgrave et à Yves pour l'accueil sur place. La moitié des photos a été faite par Sandy De Wilde. Ce documentaire est dédié au frère Thierry De Bethune.
Corrections au texte : Pascal (Campalsa).

L'abbaye de Maredsous comporte un paysage campanaire assez particulier, celui-ci représente une longue page d'histoire de la firme Causard/Slégers. Il y a dans les deux clochers de l'abbaye, 6 cloches disposées en sonnerie. Le gros bourdon se trouve dans la tour de gauche, seul. Les 5 autres cloches se trouvent dans la tour de droite. Elles ont des aspects assez différents, bien que sortant toutes de la même fonderie ; les époques et les fondeurs sont différents.

En petit tableau synoptique, cela donne :
- Elisabeth, le bourdon. 8000 kg. 1952. Fondeur : Georges II Slégers. Note : Sol(0).
- Sainte-Marie. 2506 kg. 1892. Fondeurs : Firmin & Adrien Causard. Note : Mi(1).
- Saint-Benoît. 1100 kg. 1911. Fondeur : Marie Causard. Note : Sol(1).
- Saint-Michel. 1045g. 1882. Fondeurs : Firmin & Adrien Causard. Note : La(1).
- Saint-Placide. 510 kg. 1881. Fondeurs : Firmin & Adrien Causard. Note : Si(1)
- Saint-Pierre. 300 kg. 1882. Fondeurs : Firmin & Adrien Causard. Note : Ré(2).

L'histoire des cloches de Maredsous est très mouvementée. Certaines ont reçu jusque quatre refontes, afin d'obtenir la tonalité juste. D'autres ont été enlevées par les Allemands en 1943. Sur la base d'un article du frère Eloi Merry, l'ACW retrace l'historique dans le bulletin campanaire 2004/3. Ce documentaire est complété par une page web de l'ACW, où il est possible d'écouter le bourdon. Nous nous bornerons donc à étudier la structure actuelle, étant donné que l'historique est déjà poussé assez loin. Les mesures d'harmoniques ont été effectuées par Matthias Walter, de Bern (Suisse). Elles sont en notation allemande. De ce fait, il est nécessaire de les passer dans une table de correspondance. La notation originale a été respectée.

Les vidéos des cloches sont disponibles ici : Lien.

Saint-Pierre
La plus petite des cloches, elle veille au dessus des quatre autres. En réalité, elle est fort inaccessible ! Nous ne donnerons donc quasiment aucune description, étant donne que c'est à peine si on a pu voir sa robe. Elle est la plus ancienne cloche de ce clocher. D'après la photo de l'ACW, elle possède un blason avec une croix pattée et une branche d'olivier. Elle possède en dédicace, d'après le frère Eloi Merry, le texte : Laudate pueri Dominum. Cela signifie : Enfants, louez le Seigneur. L'ACW précise : Peu après l'installation de cette cloche, la petite cloche Saint-Pierre fut refondue pour la 4e fois afin d'harmoniser son timbre à la voix de ses deux coreligionnaires.

Diamètre : 0,75m. Tangentielle : 0,58m. Harmoniques - Hum : Des(1)+2, Prime : D(2)-3, Tierce : F(2)-3, Quinte : A(2)-4, Octave nominale : D(3)-1.

Saint-Placide
Elle porte son nom en l'honneur du père Placide Wolter, premier Abbé de Maredsous. C'est la seule cloche qui ne fut pas enlevée par les Allemands en 1943. Elle est d'une exécution proche du parfait, sa robe est superbe. Le rinceau de pince est un végétal Causard très classique. La cloche possède en faussure le blason du baron Pycke De Peteghem, donateur. Ce blason est surmonté d'une couronne. Il s'inscrit dans un bel ensemble de dédicace, en milieu de robe, d'une textura très aérée. Le volumineux rinceau de cerveau (1/3 de la robe !) est un bel arrangement gothique, comportant en grand 12 figures des apôtres. Les anses sont sans décoration, mais fines et soignées. En bas de panse, l'inscription : S. Placide, O.P.N (c'est-à-dire Ora Pro Nobis). Le tout est surmonté d'une belle croix pattée. De l'autre côté : F & A Causard. Tellin. Elle comporte encore la peinture de l'enlèvement des Allemands. Le plateau de cerveau comporte une frise gothique d'une grande finesse, ce qui renforce l'esthétisme de l'instrument. L'autre côté (très difficile d'accès !!), comporte un blason plutôt inhabituel. Il s'agit probablement du blason du Père Placide. Il comporte une étoile rayonnante au dessus de deux lignes de vagues, une mitre et une crosse. C'est indéniablement la plus belle cloche de l'abbaye.

Diamètre : 0,89m. Tangentielle : 0,71m. Harmoniques - Hum : H(0)-7, Prime : H(1)-4, Tierce : D(2)+4,
Quinte : Fis(2)-3, Octave nominale : H(2)+5.

Saint-Michel
Là aussi une très belle cloche, d'une facture soignée. Elle est cependant plus simple que la précédente. C'est un don de madame Ledoux, à l'occasion de la profession monastique de son fils, le frère Antoine Ledoux. Elle comporte un bord vierge une patte joliment arrondie, une pince seulement marquée de filets. La faussure arbore un blason visiblement semblable à Saint-Pierre : croix pattée et rameau d'olivier. La dédicace est composée d'une textura quadrata très régulière, lisible, et d'une exécution parfaite. Le texte est : Dico ego Michaël - Domino quia servio - Princeps draconum bello - Lego Deo populos - PAX - MDCCCLXXXII. Cela se traduit par : Je m'appelle Michel - Parce que je sers le Seigneur - Prince, je combats le dragon - Pour Dieu je rassemble les foules - Paix - 1882. Les anses sont sans décoration mais soignées.

La robe possède encore sa grande inscription datant de l'enlèvement des Allemands : BELG A VII 610 1070V. Ce type d'inscription, souvent lavé vu le mauvais souvenir, est si possible à conserver. Il ne reste plus beaucoup de témoignages de ce type. Nous pouvons d'ailleurs préciser que cette cloche n'a pas été photographiée dans le fonds De Beer.

Diamètre : 1,10m. Tangentielle : 0,84m. Harmoniques - Hum : A(0)+8, Prime : A(1)-1, Tierce : C(2)+12, Quinte : E(2)+7, Octave nominale : A(2)+8

Saint-Benoît
De facture très classique pour les Causard, elle possède un rinceau végétal Causard en pince (difficile à voir, sauf lévitation). La robe est prise par une longue dédicace, des lettrines typiques Causard. Le texte est : Honori Sanctissimi Patris Benedicti, Primas Ordinis Hildebrandus, anno magni Jubilaei MDCCCC, Dedicata in Urbe aede anselmiana, hoc signum aereum Plebis Dei laetitiam aucturum gratias agens sacravit. Cela se traduit par : En l'honneur du très saint Père Benoît Hildebrand, Primat de l'Ordre, en l'année du grand jubilé de 1900, l'église de Saint-Anselme à Rome ayant été dédicacée, bénit ce signe de bronze destiné à accroître la joie du peuple de Dieu. En rinceau de cerveau, c'est une vaste frise gothique extrêmement fine et relativement chargée. Elle comporte aussi les douze apôtres. Le plateau comporte une frise de type Causard/Slégers. Les anses sont sans décoration. Le mouton est d'une gigantesque hauteur ! C'est assez semblable au montage observable à la cathédrale de Liège. L'ensemble des décors est chargé mais ne manque pas d'esthétisme. Par contre, la robe possède une couche de guano, ancienne, non négligeable, ce qui lui donne un triste aspect de cloche d'église paroissiale. Elle fut réquisitionnée par les Allemands en mars 1944, et ramenée intacte en octobre 1945.

Diamètre : 1,17m. Tangentielle : 0,91m. Harmoniques - Hum : Ges(0)+4, Prime : Ges(1)+6, Tierce : B(1)+0, Quinte : D(2)-5, Octave nominale : G(2)+1. [En notation allemande, les -is signifient # et -es signifient b].

Sainte-Marie
C'est une assez volumineuse cloche, au son agréable. Nombreuses personnes s'accordent pour dire que c'est la plus belle cloche de la sonnerie. Elle possède en pince un rinceau végétal de type Slégers. En robe, il y a un Christ en croix, avec trois personnes au Golgotha. La figure est soignée. Au fond, on aperçoit les maisons de Jérusalem. En rinceau supérieur, c'est une frise gothique de type Van Aerschodt, avec un décor gothique fin et les douze apôtres en pourtour. C'est un travail très soigné. Les anses sont à décor végétal, d'un modèle que nous connaissons peu pour les Causard.

Diamètre : 1,48m. Tangentielle : 1,16m. Harmoniques - Hum : E(0)+5, Prime : Cis(1)+6, Tierce : G(1)+2, Quinte : H(1)+8, Octave nominale : E(2)+7. Deuxième cloche en poids, elle est d'une décoration classique, mais d'une très bonne exécution.

Elisabeth
Pour son poids, ce bourdon est trapu. Il est conçu en profil lourd. Il est en lancé franc alors que les 5 autres cloches sont en rétrograde. Son battant est énorme.

Diamètre : 2,17m. Tangentielle : 1,67m. Harmoniques - Hum : G(0)-4, Prime : G(0)+8, Tierce : B(0)+1,
Quinte : D(1)+11, Octave nominale : G(1)+0.

La pince comporte des rinceaux typique Slégers. La dédicace, traditionnellement sur le côté opposé au marteau, est du lettrage habituel. En faussure, un christ en croix très classique mais détaillé, occupe une grande place. En rinceau de cerveau, on trouve une frise gothique assez proche de celle de Sainte-Marie. Les anses comportent des figures géométriques peu habituelles, voire uniques. Ces anses sont doublées.

Le cerveau est percé. Quatre brides soutiennent la cloche. Cela a peut-être été effectué par suite du traumatisme du 24 décembre 1948. En effet, lors de la volée de Noël, la couronne s'arracha de son plateau. Les anses restèrent intactes, mais la cloche chuta de tout son poids (alors 7100 kg). Elle forma un cratère dans le sol. Quelques dizaines de secondes avant, un frère venait de passer à cet endroit précis. Ce n'est pas sans émotion que le frère Eric nous raconte cet accident. Du coup, comment s'étonner que la structure actuelle ne soit renforcée pour éviter ce type d'accident...

Elle possède sur sa panse de très nombreuses traces de fissuration. Plus précisément, parce que le terme fissuration n'est pas correct, cette robe possède sur ses surfaces (intérieure et extérieure) des craquelures, d'environ 2mm de profondeur, mais aussi parfois en relief positif. Ces craquelures forment des plaques, comme pour une terre de désert qui a reçu de l’eau et qui s’est desséchée. Ces craquelures n’ont pas l’air récentes, elles seraient éventuellement présentes depuis la coulée. S'il s'agissait effectivement d'une fissuration traversante, cela ferait longtemps que le bourdon serait éclaté en mille morceaux. Il est donc probable qu'il faut s'orienter - sans que ça soit une expertise - vers une imperfection de moulage. Il n'est pas impossible que la terre de la chape comme du noyau aient eu des problèmes de contraction et/ou de dilatation, lors de la coulée du métal. Les fissures proviendraient ainsi du négatif/positif de la terre, le métal aurait simplement reproduit cette "décoration". La question de la terre de moulage est importante, les fondeurs de cloches l'attestent bien souvent. Comme certains le disent : il faut une bonne qualité, qu'elle ait expurgé toute son humidité, qu'elle soit très dure... Si cet aspect de fissures provient de ce défaut de terre, il serait donc clair que le bourdon n'est pas en danger lors des volées. Le défaut technique est inexistant et le défaut esthétique proche de l'insignifiant. Reste à voir que c'est une interprétation et non une expertise.

Le mode de volée
La question du mode de volée de ces 6 cloches est un sujet de discussion depuis de nombreuses années. Déjà le chanoine Jean Ringue (+), il y a plus de vingt ans, émettait des remarques non dénuées de sens. Nous donnerons copie quasi intégrale de son courrier d'époque. Le fait le plus étonnant est que le bourdon est monté en lancé franc, les autres cloches en rétrograde. De ce que nous avons pu remarquer :
1/ Le rétrograde est un mode de volée lent. La puissance est moindre. Le lancé franc est un mode de volée rapide. La puissance est élevée. Des petites cloches, naturellement moins sonores, sont mises en plenum en rétrograde contre un bourdon, naturellemen
t plus sonore, en lancé franc. Il en résulte un déséquilibre entre un bourdon écrasant et une sonnerie atténuée. C'est le cas de la cathédrale de Sens, où les petites cloches, minuscules grelots, sont écrasées par les deux bourdons. Ceci-dit, les bourdons sont tellement beaux... Il y a donc un déséquilibre de puissance.
2/ Les cloches en rétrograde sont très fortement équilibrées. Elles se poussent du petit doigt. Les moutons sont conséquents, voire très conséquents (cas de Benoît). Ce qui est certain, c'est que les battants collent-collent-collent. Certains points de frappe sont effarants (jamais vu ça ailleurs) (cas de Marie). Le bord intérieur est usé sur 90% de la circonférence. Ce n'est pas une fragilisation excessive, mais surtout le témoignage que le battant se promène sur quasiment toute la cloche, il frotte, colle, se promène... C'est tout à fait nuisible au son. En effet, ça éteint la résonance et la puissance. En cause, sans avoir vu en détail (trop haut), c'est probablement dû à un baudrier très fatigué, une bélière lâche... En tout cas, la boule du battant est symptomatique, elle a une usure très élevée sur presque tout son pourtour, aussi.
3/ Le bourdon est monté de travers. Je ne peux pas l'affirmer, mais il me semble que c'est le cas... Quand on monte l'échelle et qu'on se retrouve face au bourdon, il me semblerait qu'il penche vers le bas au fond à gauche. Cela expliquerait le fait qu'en volée, un côté frappe plus fort que l'autre, ce qui se ressent de manière sonore en volée. Il faudrait faire une mesure avec un niveau plus une mesure au sonomètre. Quoi qu'il en soit, il n'y a aucune photo de la bouche que j'ai réussi à remettre droit...

La mise en lancé-franc de toutes les cloches n'est certainement pas une mauvaise idée. Reste à vérifier si toutes ces cloches sont suffisamment solidement constituées pour supporter l'assaut. A priori oui vu leur consitution a priori épaisse, a priori robuste. D'après Pascal (Campalsa), il s'agit de profils ultra-lourds. Il explique, ce profil est : le plus lourd que Causard parvenait à réaliser. Par exemple, la cloche mi3 (Ste Marie) pèse 2506 kg pour 1m48 de diamètre alors qu'une cloche Causard en profil moyen, pour la même tonalité, pèse 1180 kg pour 1m20 de diamètre... idem pour toutes les autres cloches. Rien ne s'oppose donc à une mise en lancé franc.

Le courrier (partiel) du chanoine Jean Ringue à ce sujet est le suivant :

Comme convenu, je me permets de vous donner aussi les résultats de mes investigations dans vos deux clochers. Vous avez la chance de posséder des cloches qui, à l'époque où elles ont été coulées, représentaient certainement ce que l'on pouvait faire de mieux. Ce disant, je songe surtout à ces profils lourds demandés par le Père Jean Blessing : profils qui n'étaient guère pratiqués ailleurs à la fin du 19ème siècle.

Hélas ! Ces cloches ne rendent pas ce qu'elles devraient car elles sont équipées de ce qu'en terme de métier nous appelons le système rétrograde. A l'encontre du système de "volées franches" où le battant est projeté vers le bord de la cloche pour le quitter aussitôt, le système "rétrograde" fait basculer Ia cloche contre Ie battant : lequel reste alors collé trop longtemps sur le bord de la cloche, l'empêchant ainsi de résonner normalement.

Il en résulte, surtout lorsque toutes les cloches sonnent ensemble, une malencontreuse cacophonie et non pas un majestueux concert de musique sacrée. Le Père Irénée (sans le vouloir) confirmait ce que je viens de dire en m'expliquant, il y a plusieurs mois, qu'à son avis, la cloche La était la plus belle et la cloche Sol la moins bonne. Or, il se trouve précisément que la cloche La est équipée d'un joug presque normal et la cloche Sol d'un immense joug aussi haut qu'elle, qui l'empêche de résonner normalement...

Je suis donc presque persuadé que toutes les cloches se valent mais qu'elles sont dénaturées par leur équipement. Il conviendrait donc (et ce sera ma première remarque) de revoir totalement ces équipements (jougs, roues de sonneries, battants, moteurs, etc). et de doter toute la sonnerie de volées franches. La cassette ci-jointe illustrera ce que je veux dire, plus encore, à l'audition, après Noël, des cloches de Maria-Laach, qui pour moitié, sont du même fondeur Adrien Causard. (...)

Avant d'entreprendre ce travail, il serait bon que moi-même (ou un autre expert réellement compétent) puissions faire l'analyse complète de ces cloches. J'ai observé en effet que les notes au coup sont les suivantes : Sol(2)+1/16ème de demi-ton - Mi(3)+7 - Sol(3)+2 - La(3)+7 - Si(3)+6 - Ré(4)+ ?? (je n'ai pu accéder à cette petite cloche avec mes diapasons).

Vous voyez donc que la ligne des notes au coup n'est pas parfaitement juste : les deux cloches Sol sont plus basses que les autres. Il faudrait faire l'analyse complète des six cloches pour décider s'il y a lieu ou non de faire sur certaines d'entre elles d'infimes corrections par meulage. Cette opération pourrait se faire dans les clochers mais elle requiert l'intervention d'un ouvrier spécialisé. (C'est là ma deuxième remarque).

On constate enfin (ce qui d'ailleurs est confirmé par tous les documents d'archives) que l'intervalle entre le bourdon et la cloche Mi est trop grand. Causard et Sergeys ont formulé, à ce sujet, de judicieuses propositions. Personnellement, je pense que la solution "grandiose" serait la suivante : acquisition d'un deuxième bourdon donnant le La 2 (une case est prête pour lui dans le beffroi de la tour Nord) et de deux cloches pour la tour Sud donnant le Do(5) et le Ré(3). On obtiendrait ainsi une sonnerie complète et bien équilibrée dans la tour Sud : laquelle serait, aux grandes fêtes, étayée par les deux bourdons de la tour Nord. En fait le thème de la Cathédrale de Strasbourg un demi-ton plus bas (cf.cassette - plenum).

Solution moins onéreuse mais très belle aussi : ajouter dans la tour Sud deux cloches donnant le Si(2) et le Ré(3) qui donneraient au thème actuel "Mi-Sol-La-Si-Ré" la basse dont il est dépourvu, le tout étant soutenu et magnifié par la voie puissante du bourdon. Ce bourdon gagnerait s'il avait un battant mieux proportionné (manche plus épais, boule moins lourde, chasse plus longue), idem pour les cloches Mi(3) et Ré(4) dont les battants ont été indûment raccourcis. C'est là ma troisième remarque.

Pour l'heure, je rêve à ce que pourrait être la sonnerie de Maredsous ! Il est évident que ces éventuelles améliorations ne devraient se faire qu'après un examen plus approfondi. Elles ne devraient être confiées qu'à des entreprises éprouvées et capables de donner des références unanimement reconnues par les spécialistes (...)

Il n'est pas aisé de critiquer ce courrier, tant le propos est juste. D'avoir vu les cloches, voici ce qu'en quelques brefs mots, je pourrais y ajouter :
~ Oui effectivement, la boule du battant est très grosse. L'un des risques, c'est l'éclatement du bourdon, pour cause d'un point de frappe lourdement soumis à un impact trop violent. Sur place, malgré les traces de fissuration, nous n'avons vu aucun éclat à la pince. Les fissures ne sont - probablement - rien d'autre qu'une "décoration" on va dire, datant de la coulée, ce qui n'a rien de grave. Aucun éclat veut dire qu'il n'y a pas d'impact trop violent au point de frappe, l'absence de chasse peut jouer en cette faveur.
~ Oui effectivement, un lancé franc ne serait pas désagréable. Il faut bien lire entre les lignes que le chanoine Jean Ringue était influencé par Strasbourg, provenant une culture campanaire germanique, soit : du lancé-franc et du profil lourd en très grande majorité. Le plus répandu en Belgique est le rétrograde. Certains trouvent ce mode de volée mélancolique parce qu'il est lent et doux. Et pourquoi pas... C'est un choix d'expression musicale... Le problème principal de la sonnerie de Maredsous est son mélange de franc et rétrograde d'une part, d'un rétrograde nécessitant un peu de réglage d'autre part (afin d'éviter le frottement). On ne peut pas dire que la sonnerie est hideuse, bien au contraire. Tout cela, c'est de la préoccupation de musicologue ! Une mesure du bourdon serait tout de même nécessaire, afin d'établir si son montage est effectivement légèrement de travers.
~ La cloche Marie développe des doublets assez importants. C'est effacé en volée, mais pas à la note au coup. Une saignée de type "Paccard" dans la robe intérieure, réglerait facilement ce problème. C'est indéniablement un souci mineur, en tout cas.

Après ces commentaires, il est grand temps de montrer à quoi ressemblent ces cloches !


Nous voici à l'abbaye de Maredsous.


La base de la tour Nord.


De manière étonnante, une bonne part du parcours est sur échelle.


Nous arrivons au bourdon, voici la fin des échelles.

Le bourdon


Il se situe dans la tour de gauche. Ici c'est donc la charpente de la tour Nord.


La patte, mystérieuse.


Voici la belle cloche.


Bien que trapue, elle est tout de même assez grande.


Le grâcieux rinceau Slégers à la pince.


Le rinceau gothique au cerveau.


Voici ces fameuses traces de fissures évoquées dans le texte.


Ce serait le résultat d'un retrait de la terre.

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