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Le carillon ambulant de Prague (1/4)


Petr Manoušek à l'oeuvre dans la fonderie durant les années nonante.

Il s’agit d’un documentaire sur le carillon ambulant de Prague. Lors de la fête de la musique à Chastre (Belgique), le 18 juin 2011, il a été possible de visualiser et d’écouter le carillon, nous en avons donc profité pour faire un chouette petit documentaire. Le véritable nom de l’instrument est Pražská mobilní zvonohra. Merci à Walther Gries pour l'organisation de l'évènement, merci à Petr Manoušek pour les multiples informations inestimables. Chastre fut le 303ème concert de ce carillon ambulant.

A propos du carillon ambulant et de ses cloches

Un carillon ambulant est monté sur un camion. C’est un carillon itinérant qu’il est possible de commander pour divers évènements musicaux. Ce type de carillon voyage dans de nombreux pays. Les plus connus sont ceux de Douai, le carillon Reine Fabiola de Mons, le OLV Van Hanswijk de Mechelen, det transportable klokkespil de Løgumkloster, le concert carillon de Dordrecht, le carillon Christophe de Béthune. Il existe a priori 13 carillons ambulants de par le monde. Le nombre est bien entendu difficile à donner, considérant qu'il faut se limiter à un certain nombre de cloches, ce qui est arbitraire...

Le carillon ambulant de Prague est volumineux, c’est un des plus imposants. C’est un très bon instrument, qui permet un jeu étendu. Il possède 57 cloches, 8 octaves + 1 note. Le clavier est un do(1), ré(1) et chromatique jusqu’au la(5). Il possède 4950 kg de bronze. La plus grosse cloche fait 860 kg, la plus petite 5 kg. Il est la propriété de la Zvonarstvi Manoušek, située à Prícná 823, 252 19 Rudná u Prahy. L’ensemble, inévitablement assez compact, donne une très bonne impression, notamment par un choix judicieux de couleurs, une réalisation plus que soignée, un éclairage de qualité. Si l'on peut présupposer que c'est la plus grosse cloche la plus remarquable, il faut bien dire ici que ce sont les petites qui sont les plus extraordinaires. Quelle difficulté d'accorder de si petits instruments... Le son est cristallin, piquant et juste. Elles sont si petites qu'il a fallu forger des marteaux spéciaux.

La première idée de construction de ce carillon remonte à 1994. Ce n’est qu’après un long chemin de croix que le carillon voit enfin le jour, le premier concert est donné en septembre 2001. Tout le profilage a été fait par Manoušek, y compris les moules en terre. Les cloches furent coulées par Eijsbouts à Asten aux Pays-Bas, le système campanaire monté par Clock-O-Matic à Leuven. A noter que les épigraphies n’ont pas été conçues par Eijsbouts mais par la maman de Petr Manoušek, à Prague, en 1999. Il s’agit de la sculpteur Kveta Manouskova. Le clavier quant à lui est basé sur un standard européen. Ce clavier, placé au centre de l’instrument, permet au joueur une audition très bonne des cloches, étant donné qu’il n’y a pas de décalage. Quant au public, il peut apprécier la technicité du joueur. Fait assez particulier, seuls les bâtons sont en bois. Tout le reste du clavier (montants, abrégés), est directement inclus dans le montant du bâti, y compris les encadrements de bâtons et de pédalier. C’est tout à fait compréhensible, cela permet de rigidifier l’ensemble et d’éviter que certaines parties ne se démantibulent. Les bâtons ne sont pas en frêne mais en bois exotique, afin d'éviter les dégradations (humidité, pluie).

L’instrument a été calculé par Petr Manoušek. Dans la conception de ses profils, il a reçu l’aide de Luigi Bergamo, de la firme Cornille-Havard en Normandie, France. Concernant le montage campanaire, c'est Aimé Lombaert qui a conseillé. La fonderie Manoušek a des contacts réguliers avec Eijsbouts en ce qui concerne les fontes de cloches de sonnerie. Son atelier a été fortement inondé en 2002 (4 à 5 mètres d'eau). Les destructions furent tellement importantes que reprendre aurait été difficile. De ce fait, tous les moules campanaires sont effectués sur place, les coulées quant à elles sont réalisées à Asten. Ce système n'est pas facile à gérer côté trajets (il est long de traverser l'Allemagne), mais c'est le seul compromis actuel qu'il a été possible de trouver. Petr Manoušek a choisi Eijsbouts alors qu'il aurait pu s'engager auprès d'une fonderie allemande. Il réalise cela pour des raisons de qualité, notamment pour les questions d'accordage des cloches de carillon (au cent près), ce qui n'est pas chose habituelle en Allemagne.

Ici d'autant plus, Eijsbouts a été choisi car vu l'ampleur de la fonte (5 tonnes), ça permettait de tout couler en une fois, ce qui n'aurait pas été possible dans un petit atelier. Pour un carillon, une seule coulée est plus souhaitable, dans le but d'avoir une harmonie de couleur dans les tons musicaux.

Les battants sont à boule rapportée sur jambe et reliés à une tringlerie, ce sont des battants tirés. Ce système est doublé par un automatisme Apollo, permettant de jouer des ritournelles. Il y a donc un jeu de marteaux supplémentaire. D’habitude, les marteaux à système électromagnétiques sont à l’extérieur de la robe, ici ils sont pour bon nombre à l’intérieur, en tout cas dès que le volume de la cloche le permet. Les battants sont forgés et non coulés. Ce travail de forge n’a pas été réalisé par Clock-O-Matic. Les battants sont l’śuvre de Vratislav Hruby. Ces battants, en fer forgé, sont plus doux que des battants en acier. Petr Manoušek explique que ça coute plus cher, mais ça permet une meilleure qualité sonore. Il est rare de voir du battant forgé, bien souvent ce sont de simples battants en acier.

L’épigraphie reste relativement simple, bien qu’étant d’une grande finesse et d’une exécution parfaite. Il n’y a pas le moindre défaut de fonte. Deux rinceaux végétaux entourent, au cerveau, une dédicace en lettres romaines. Les plus petites cloches ne possèdent qu’un seul rinceau. Pour les très petite, il s’agit d’une matrice différente, le décor est le même, mais il est rétréci et simplifié. Ce décor végétal, relativement floral, est d’une délicatesse extrême. Les fleurs ressemblent à des roses, sans que ce soit exactement cela. Il est à noter que cette épigraphie est unique, étant donné qu'elle a été réalisée pour ce carillon, et n'a jamais été appliquée ailleurs.

Les dédicaces comportent le texte suivant :
EIJSBOUTS ET PETER MANOUŠEK ME FECERUNT ANNO MMI. Quelques-unes sont ANNO MM.

Sur la monture du cadre sont placées des plaques commémoratives. Elles possèdent les symboles suivants : une cloche, une clé, un edelweiss. Le texte mentionné est Zvonarstvi Manoušek (fabriques de cloches Manoušek), Ceska Republika, CZ – 156 00 Praha. Les logos sont ceux de la firme Manoušek. Les trois symboles représentent la firme Manoušek. La cloche sommitale, c'est le logo de son papa, Rudolf Manoušek. La fleur, qui en réalité n'est pas un edelweiss, mais simplement une fleur, est le logo de sa maman Kveta Manouskova. La clé du milieu, c'est la représentation de Saint-Pierre, ou plutôt Svatý-Petr en tchèque. C'est le logo de Petr Manoušek, qui en quelque sorte a eu les clés de la fonderie à 17 ans. A ce jour, Petr réalise environ 10 tonnes de fonte par an.

Un historique de la famille Manoušek – fondeurs de cloches

24/04/1881 – Rudolf Manoušek Sénior nait à Habruvka, à Krtiny.
1896-1899 – Il s’entraine sur une machine Adamov.
1899-1904 – Il voyage à l’étranger, et il étudie la production de cloches, il commence quelques travaux de construction. Durant ce temps, il développe sa compréhension du profilage des cloches.
1905-1907 – A son retour, il met ses connaissances en application à la fonderie Hiller (Hiller Père & Fils).
1908 – Il établit sa fonderie : Rudolf Manoušek & Compagnie, à Brno, Husovice, producteur de biens métalliques et de cloches.
1911 – Gagne un prix pour ses cloches à « l’exposition de produits tchèques » à Brno.
1914-1918 – Durant la première guerre mondiale, la production de cloches cesse et les cloches de Rudolf Manoušek sont réquisitionnées. Le métal est utilisé à des fins militaires.
Années 1920’ – La production de cloches à Husovice repart très fortement, devant faire face à une forte demande après la guerre. La société entre en compétition avec les fondeurs de cloches Allemands, et a entrainé Rudolf Manoušek a effectuer des améliorations sur sa production de cloches, son profil, et son accordage. La qualité de ses cloches était telle, Rudolf Manoušek a été l’un des fondeurs de cloches les plus recherchés, au même titre d’expertise que les firmes Perner et Herold. Aussi bien dans un contexte local qu’à l’étranger, il a reçu de nombreuses commandes (Belgrade, Vienne) et les enregistrements démontrent que plus de 3000 cloches ont été fondues. La plus lourde faisait 10 tonnes.
1926 - Rudolf Manoušek fabrique son unique carillon, pour l’exposition régionale de Pelhrimov. Ce carillon de 14 cloches a joué l’hymne national tchèque et des chansons folk.
Années 1930’ - Rudolf Manoušek invente un nouveau et beaucoup plus simple système d’électrification pour les cloches de volée. Le système est breveté en 1931. Il était utilisable autant pour des cloches individuelles qu’une sonnerie entière.
1931 – Ce système automatique a été installé dans le plus grand carillon tchèque, à Olomouc / Hejcin, dont la firme Manoušek a fondu 10 cloches, pour un total de 8 tonnes.
Années 1940’ – La production de cloches est fortement réduite à cause de la période de guerre et la demande de métal à des fins militaires. La fonderie est réduite à des travaux de réparation : soudure de fissures sur des cloches historiques fêlées qui n’ont pas été réquisitionnées. Une des cloches ressoudée en 1940 était la cloche appelée « Vondra » à Klatovy, elle pesait 4230 kg.
1941 - Rudolf Manoušek vend la fonderie de Husovice, durant la seconde guerre mondiale.
1945-1948 – Après la seconde guerre mondiale, Rudolf Manoušek a travaillé dans la fonderie de son fils, à Ceská, à côté de Brno, jusqu’à la nationalisation.
01/06/1951 - Rudolf Manoušek Sénior décède à Brno Husovice, âgé de 70 ans.

Les enregistrements des activités de Rudolf Manoušek sénior sont fragmentaires et incomplètes. Sa production de cloches, jugée par le poids des fontes dans les enregistrements, serait de 705 tonnes. Seulement peu de cloches de sa production ont été préservées. La plupart, pourtant jugée d’une grande qualité, a été réquisitionnée durant les périodes de guerre pour le métal, premièrement en 1916, et ensuite en 1942. A peu près un tiers de sa production était destinée pour la Slovaquie. Il est probable que ces travaux sont toujours préservés étant donné que le territoire Slovaque n’a pas été affecté par les réquisitions de guerre.

Le successeur de la tradition familiale a été Rudolf Manoušek Junior.

17/09/1909 – Rudolf Manoušek Junior nait à Sobešice, près de Brno.
1925-1927 – Après sa période scolaire à Brno, il commence à travailler dans la fonderie de son père.
1928-1933 – Il a premièrement étudié à la haute école de machinerie industrielle, puis plus tard à l’université technique. En 1934, il quitte son pays pour prendre de l’expérience, il va à la fonderie Gotthold, située à Hambourg, en Allemagne.
1935 – 1936 – Il revient à la fonderie de son père, à Husovice.
1937 – Il débute une fonderie indépendante, sous le nom de Kolovit, R. Manoušek & Comp. à Ceská, à côté de Brno.
1939-1945 – Durant la seconde guerre mondiale, la société fabrique de l’armement et constitue des pièces de rechange pour des objets de guerre. Les cloches qui persistaient à être produites, étaient réalisées avec des alliages de substitution, mais la firme a aussi réalisé des réparations de cloches historiques.
1945-1948 – Environ 12.000 cloches ont été réquisitionnées et détruites. De ce fait, la fabrication de cloches reprend très vite. Kovolit était la seule fonderie de cloches de la République. La fonderie fut active autant pour des productions locales (Sušice, 1 cloche de 1800 kg, Námestová, 5 cloches pour un poids de 5300 kg, et Trstená, 4 cloches pour un poids de 2700 kg), que des productions vers l’étranger, Kovolit a par exemple fourni des cloches pour Batanagar, en Inde.
1948 – La société de Rudolf Manoušek Junior, Kovolit, est nationalisée. Elle est incorporée dans une entreprise nationale, Zukov, à Prague. Même si Rudolf Manoušek continue la fabrication de cloches jusqu’en 1952, il n’aura jusqu’en 1960 que la position d’inspecteur extérieur.
1952 – Il est donc transféré à Prague, à l’usine Zukov, où il est employé comme métallurgiste, jusqu’en 1968.
1954 - Rudolf Manoušek junior est embauché comme consultant en campanologie, au cartel national pour les monuments historiques.
Années 1960’ - Rudolf Manoušek Junior continue des travaux de manufacture basiques. Il collecte toute la documentation qu’il peut en provenance des anciennes fonderies : informations sur la production, construction des profils. Après la fin de la production à la fonderie de Ceská, son équipement a été graduellement démoli et reconverti à d’autres usages. La plupart des outils dédiés au calcul et au design ont été démolis, perdus ou mal utilisés.
1967 - Rudolf Manoušek junior établit la fondation d’une nouvelle fonderie, à Zbraslav, Vltava, aujourd’hui Prague 5, où il travaille comme membre du SCVU (Union des Artistes Tchèques), avec sa femme, le sculpteur Kvetoslava Manoušková, qui réalise les décorations des nouvelles cloches.
1968 – De nombreux travaux de restauration sont commandés à l’atelier Zbraslav, aussi bien que la fonte de nouvelles cloches. Les premiers travaux de restauration majeurs furent celui du carillon Loreto de Prague. Les commandes pour les nouvelles cloches venaient de partout dans la République, et parmi elles : quatre cloches pour Sedlcany, six cloches pour Unhošt à côté de Kladno, une cloche à main pour la chambre du conseil national tchèque. Les travaux de soudure sur des cloches fêlées et d’autres projets de restauration étaient commandés sur des sites de tours d’églises. Les quatre cloches de Saint-Vitus (svatého Víta), et la cloche du château Karlštejn, ont été restaurées sur site.
1974 - Rudolf Manoušek junior est nommé expert légal et officier d’état pour la production de cloches. L’étendue des travaux est telle que la fonderie de cloches s’accroit sans faillir.
1975 – Rudolf Manoušek Junior commence l’enseignement de son fils, Petr Rudolf Manoušek, né le 05 mai 1957, à la technique campanaire familiale.
1976 – Après avoir terminé ses études au collège des arts de Prague, Petr Manoušek commence à travailler aux côtés de ses parents, à l’atelier Zbraslav, il devient dès lors la troisième génération à travailler dans la firme familiale campanaire. Durant cette période, un jeu de cloches pour Hoštka à côté de Litomerice est préparé, d’autres sont faites pour Kysucké Nové Mesto, Slovaquie, et ajoutées aux anciennes réalisées par Kovolit à Ceská, en 1947.
1979 – L’année internationale de l’enfance a propulsé la réalisation d’une cloche pour le Memorial Hall de Sofia, en Bulgarie, et aussi une autre tâche unique, la fonte d’un jeu de huit cloches pour Klokoty, à côté de Tábor, qui a été commandé à l’origine en 1939 auprès de la fonderie de Rudolf Manoušek à Brno-Husovice, et qui avait été annulé pour cause de seconde guerre mondiale. D’autres travaux de cette époque ont été la restauration de cloches pour l’église de la Sainte-Trinité à Prague, St-Vojtech, St-Pankracius et d’autres lieux.
1980 – Les travaux de restauration de la firme Manoušek font l’objet d’une exposition, notamment au sujet des nombreuses restaurations engagées dans la ville de Prague.
1981 – Petr Manoušek est nommé conseiller légal et Expert certifié d’état en campanologie.
1982 – La fonderie produit de nouvelles cloches pour les églises de Prague St-Thomas, et celle de l’enfant de Prague, dans la ville basse. La seconde plus grosse cloche de Prague, Maria, fondue en 1553 pour l’église Tyn, est restaurée. En même temps, la fonderie travaille sur un projet de grosse cloche pour Veliko Tarnovo, en Bulgarie.
1986 – La commande est finalisée en 1986. Six cloches sont produites, dont la plus lourde pèse 6300 kg. Ces travaux ont été réalisés en collaboration avec la fonderie Schilling, Apolda, en Allemagne.
1987 – Durant cette année, d’autres nouvelles cloches sont fondues pour des églises à Prague : l’église de la Vierge Marie, Lhotka et l’église de la Vierge Marie, Strahov. En complément, une nouvelle cloche est fondue pour l’International Foundry Organisation, CIATF, à Genève. La plupart des cloches des cathédrales gothiques de Tchécoslovaquie ont reçu une attention en vue de restauration.
1988 – 47 cloches de différentes collections sont restaurées, et réunies ensemble pour une exposition permanente dans le musée national.
1989 – Après la révolution violette en 1989, les nouvelles libertés signifient qu’il n’est plus obligatoire pour chaque contrat de négocier avec l’union des artistes, la fonderie peut agir de manière indépendante. Elle prend alors le nom Zvonarstvi Manoušek (fonderie de cloches Manoušek). Les nouvelles commandes dans ce marché libéré sont des cloches de bateau et des cloches plus grandes pour des chapelles, églises.
1990 – Des commandes inusuelles ont lieu durant cette période : des cloches de mariage, et une cloche attractive avec un mécanisme de tintement, pour le Diplomat Hotel à Prague. Des travaux de restauration sur une cloche provenant de l’ex-Thécoslovaquie, Orech, sont terminés. Elle est installée dans le Central Bohemian Museum de Roztoky, à côté de Prague. De nouvelles cloches sont fondues et prennent part dans une sculpture ornementale dynamique, appelée Metronom, à Prague-Letná. Quatre concerts de cloches ont été réalisés pour l’orchestre philarmonique tchèque.
1991 – La firme Manoušek est représentée à l’exposition universelle tchèque, tenue à Prague en 1991. Deux cloches, de 960kg et 450kg, sont exposées sur un stand, spécialement fondues pour l’occasion. Equipées avec un système de volée électrique fabriqué en Belgique et contrôlé par ordinateur, elles sonnent à intervalle régulier. De décembre 1991 à mars 1992, une exposition indépendante est montée à Roztoky, à côté de Prague. A cet endroit pour la première fois, l’histoire entière de la famille Manoušek est présentée. Il y est inclus les travaux durant la période de guerre, le boom d’après guerre et la nationalisation. Le tout avec de nombreux enregistrements historiques et des photographies des travaux, de nombreuses cloches sont exposées, ainsi que la cloche avec le décor de la Pieta, faite pour l’église Tyn de Prague.
1992 – Une autre église historique de Prague, l’église du Sacré-Cśur de Notre Dieu, à Vinohrady, a été équipé avec de nouvelles cloches provenant de la fonderie. Les travaux ont débuté avec la rénovation du jeu original de cloches conçu en 1992 par Rudolf Manoušek Sénior, à Husovice. Deux plus petites cloches, de 420 kg et 750 kg, sont alors fondues, toutes les deux équipées par des systèmes d’automatisation Campa, firme de Belgique. L’association entre Campa et Manoušek marque le début d’une importante coopération entre les deux firmes. Les systèmes électriques Campa sont universellement approuvés pour les installations de cloches historiques, la Zvonarstvi Manoušek fournit régulièrement des installations équipées avec ces machines. Une part considérable de la production est destinée à la Slovaquie après l’enlèvement des frontières administratives, l’exportation de cloches vers les autres pays s’accroit aussi. Un évènement marquant de 1992 est l’admission de la fonderie Manoušek à la société des fondeurs européens. L’organisation prestigieuse admet seulement la représentation d’un seul fondeur par pays. La sélection est faite sur le choix des membres actuels.
1993 - Une décision est prise en vue de restaurer entièrement le carillon Loreto de Prague. Aussi démarre la réparation de la grande cloche, fêlée, de l’église St-Ignatius. La cloche a été descendue en utilisant une flèche télescopique hydraulique, une technologie entièrement nouvelle. En août 1993, une nouvelle cloche est installée dans l’église décanale à Melnik, et un mois plus tard, les cloches ont commencé à sonner à Horažd’ovice et le vénérable Budec. L’année écoulée, la restauration du carillon Loreto terminée, les cloches historiques ont été exposées au public durant 5 semaines à la fonderie.
1994 – Des nouveaux travaux sont commandés, dans le but de remplacer des cloches de carillon qui ont des caractéristiques acoustiques de basses performances. Les cloches de l’église St-Ignatius sont ressoudées en coopération avec Lachenmayr Co., Allemagne, et sont ainsi remises en état d’utilisation. De nouvelles cloches sont faites pour Hronov, Malá Chuchle, et Krahulci, à côté de Telc, Ocová et Parchovany en Slovaquie. En résultat d’une coopération efficace avec Campa en Belgique, des commandes commencent à venir de Belgique. 1994 a aussi marqué le début des enregistrements des « voix » des cloches de Prague. Ce furent les premiers enregistrements de cloches réalisés en utilisant des enregistreurs digitaux. Ce fut accompagné de données techniques sur les cloches enregistrées.
Le 3 octobre 1994, les travaux de réparation sur le carillon Loreto sont terminés. Ensemble, deux nouvelles cloches rejoignent la tour.

Le 31 octobre 1994, Rudolf Manoušek Junior, qui a souffert d’une longue maladie dans un hôpital de Prague, meurt à l’âge de 85 ans. S’arrête ainsi une vie entièrement dédiée aux cloches. De nombreuses cloches réalisées par ses soins sont malheureusement détruites dans la tourmente de la guerre, mais plusieurs centaines sonnent toujours en mémoire de leur créateur.

1995 – Déjà tôt dans l’année, de nombreuses cloches sont terminées, parmi elles deux pour l’église St-Wenceslas à Prague-Smichov, d’autres pour Chvateruby à côté de Kralupy à Vltava, et d’autres pour l’église de Kytin, à côté de Mnišek. De gros travaux de réparation sur deux cloches de l’église St-Anthony, Prague-Holešovice, sont terminés. Elles sont installées avec des systèmes de volée électriques. Cette église abrite aussi une copie de la Liberty Bell, fondue aux Etats-Unis en 1918. Des travaux de reconstruction ont lieu à la tour de l’église de l’Assomption de la Vierge Marie à Prague, à Strahov, durant les mois d’été. Les moutons originaux en bois, pour quatre cloches, sont restaurés. Cela inclut le plus ancien, datant de 1475. De nouveaux battants sont installés et le système de volée Movotron de Campa est implanté. Ces machines représentent une nouvelle génération de mécanismes, contrôlés par micro-processeurs. La première des quatre cloches commandées par l’église St-Prokop à Prague-Branik, sont fondues, et les décorations d’une commande Sud-Coréenne sont finies. Pour terminer, en novembre, des réparations sont entamées sur la cloche abimée de l’église St-Giles, à Prague. Cette cloche, ancienne de 500 ans, a été amenée au sol à l’aide d’une énorme grue, et conduite à la fonderie. A Noël, le son joyeux de la cloche ressoudée et rénovée de l’église St-Ignatius se faisait entendre en sonnerie.

1996 – Cette année là a vu la finition de deux grandes cloches pour l’église décanale de Louny. Dans la même période, la fonderie préparait la fonte de cloches pour la Corée du Sud, et une grande cloche pour Orech, à côté de Prague. De nombreuses autres cloches étaient réalisées, pesant de 1, 5 à 50 kg. Un CD d’enregistrements sonores de cloches, concernant exclusivement les cloches de la famille Manoušek, fut réalisé (les cloches de la famille Manoušek). Ce Cd comporte les cloches produites durant les travaux de Rudolf Manoušek Sénior (remontant au début du XXème siècle) jusqu’à celles installées du plus récemment. L’exposition de Brno, nommée Fond-Ex, a pris place en juin 1996. Manoušek et la firme Clock-O-Matic, de Belgique, ont alors exposé des travaux communs.

Durant l’été, quand le climat le permettait, des restaurations et des installations ont été continues dans les tours. La fonte des cloches Sud-Coréennes a pu être débutée en septembre. Aussi bien que les cloches, les structures campanaires devaient aussi être construites. Les cloches, les moutons et les roulements, les battants forgés et les systèmes de volée Campa furent enfin prêts à la livraison. Le 2 décembre 1996, le paquetage tout entier commença son voyage vers Séoul, Corée du Sud.
Avant Noël, une cloche pesant près d’une tonne a été installée dans la tour de l’église à Orech, et aussi la cloche restaurée « Dominick », accrochée à la tour de l’église St-Giles, à Prague.

1997 – Des commandes pour des petites cloches avec des usages inusuels apparaissent dans le carnet de commandes, notamment avec une cloche pour des prestations théâtrales, au théâtre Palmovka. Les cloches sont de plus en plus considérées pour leur valeur historique ; la restauration et les travaux de réparation forment un peu plus de la moitié des commandes. La fonderie Manoušek devient la détentrice exclusive d’une licence pour la restauration, de la part du ministère de la culture en République Tchèque, et les commandes proviennent régulièrement de l’administration du château de Prague (où une cloche date de 1580, chapelle de tous les Saints), de la part de la cathédrale St-Vitus, incluant la plus grosse : Zikmund zvon. Les travaux sont aussi entrepris pour le hall municipal, comme à Karviná, Velky Chlumec, et Prague-Suchdol. En avril, 55 ans après les réquisitions de la seconde guerre mondiale, une nouvelle cloche a été entendue en sonnerie à la tour de l’église, à Prague-Nebušice. Un mois ensuite, deux cloches étaient bénies, et installées dans la ville de Turnov. Après une période de 5 ans, une troisième cloche a été ajoutée à l’horloge à Horažd’ovice. De très nombreuses rénovations et réparations ont été menées à bien, aussi bien que des électrifications de cloches de toutes tailles. La fonderie a collaboré avec des travailleurs provenant de d’horizons divers, et a commencé à équiper la plupart de ses cloches avec des moutons fabriqués à partir des meilleurs bois, de la meilleure qualité possible. Un exemple de cloches ainsi équipées sont les deux fondues en 1997 pour la célèbre église d’Albrechtice à Vltava.

Durant l’été, pour la première fois, l’entièreté des représentants du comité central européen des fondeurs de cloches a été invité par Eurocarillon à participer à leur festival annuel. Cette rencontre de carillonneurs professionnels pris place à Barcelone, le comité organisateur de Prague fut sélectionné pour héberger le festival suivant, en 2001, à condition qu’un carillon de haute qualité soit disponible pour l’évènement.

Une commande fut reçue pour trois nouvelles cloches pour Cervená Recice, pour l’année suivante, mais de manière plus urgente, des travaux de réparations sur une cloche historique, l’église St-Mary Magdalena, devaient être effectuées. C’est la seule cloche qui est restée en place après les réquisitions effectuées en période de guerre, celles qui ont notamment dérobé trois cloches Rudolf Manoušek Senior en ce lieu, une fonte de Brno en 1935. Il avait été évoqué par certains que cette cloche était fêlée, mais remplacée avec un nouveau battant, et réparée avec un nouveau joug en bois, la cloche sonna de nouveau. Jusqu’aujourd’hui et aux dernières nouvelles, elle sonne toujours seule.


La fonderie Zbraslav.

A la fin de l’année et juste avant noël, sur le coup d’une alarme générale, il fut découvert que le battant de la deuxième plus grosse cloche de la cathédrale St-Vitus, était cassé. Au vu de la détresse sur ce sujet et de l’urgence, les réparations nécessaires ont signifié à la fonderie que les premières semaines de la nouvelle année seraient exclusivement dédiées au remplacement. Le design du nouveau battant de 133 kg fut effectué. Quelques semaines plus tard, le battant de la plus petite cloche de la cathédrale « Jan », fut lui-aussi remplacé.

1998 – Au printemps, de nouvelles cloches historiques de la République Tchèque sont équipées avec de nouveaux battants, ou bien des nouveaux moutons en bois (Dolni Branná, Prague – Uhrineves, Jilovište). En mai, les nouvelles cloches de Mnichovo Hradište sont bénies et mises en service. Durant l’année, deux des trois cloches commandées par Cervená Recice, et une autre commande pour une cloche à Treštice / Telc, sont fondues. Plus tard arrivent de nombreuses commandes pour la Slovaquie, ainsi qu’un remaniement des six cloches existantes de Ludanice à côté de Nitra. La dernière cloche manquante de Cervená Recice est fondue (la plus grosse), la commande est donc finalisée. Du coup, en final, après 56 ans, les cloches fondues par la même fonderie, avec le même accordage, remplissent les espaces vides du clocher. Cet évènement heureux est marqué par une dédicace festive des cloches. Les cloches sont équipées d’un système de volée Campa, avec une commande entièrement électronique. Le 26 juillet 1998, toutes les cloches sonnent ensemble dans un grand plenum, un son longuement attendu par la population de la République Tchèque. Il y eut aussi un accroissement des commandes, autant par les autorités locales que des commanditaires privés, pour de plus petites cloches hébergées dans des beffrois en briques, dans les parcs des villages. Bien souvent, les donateurs souhaitent rester anonymes, mais c’est une communauté entière qui apprécie le son des cloches après un peu plus de 50 ans de silence. D’ici la fin de l’année 1998, ce sont de nombreux contrats pour des cloches qui sont passés, des instruments allant de 8 kg à 35 kg, équipés de moteurs de volée électriques.

1999 – L’approche du millénaire amène inévitablement de nombreuses commandes pour de nouvelles cloches, notamment ceux qui sont fiers de marquer le passage à l’an 2000. Certaines de ces commandes ne peuvent être honorées que peu à peu, certaines de ces cloches sont exposées en attendant dans des églises pour des durées variables. Les installations ne furent terminées que lorsque la dernière cloche fut installée. La plupart des installations ont demandé des travaux de rénovation ou de réparation, ainsi que le montage de moteurs électriques. Dans cette lancée, après plusieurs décennies, trois cloches ont été rendues à la tour d’église de Bludov, dans le nord de la Moravie. D’autres cloches sont livrées à l’église romane de Prague-Reporyje, à Ledec en Sázava, et Klecany à côté de Prague. Les deux premières cloches des quatre commandées sont exposées à l’église de Beroun. Les premières cloches du nouveau millénaire à être produites par la fonderie sont livrées en France. D’autres sont commandées par la ville de Liberec et la ville historique de Telc.

Prague est désignée comme ville européenne de la culture, et prenant part à l’évènement, un projet louable est conçu, construire un carillon ambulant de 50 cloches, pour un poids total de 5000 kg. Comme les locaux de la firme Manoušek sont trop exigus pour accueillir un aussi grand projet, Une coopération a été recherchée puis obtenue, à Asten, aux Pays-Bas. La firme Campa a aussi été fort investie dans cette commande unique. La sculpteur Kveta Manoušková a travaillé intensément afin de réaliser les décorations de ces cloches de carillon. Les calculs et les modèles des cloches sont effectués. La Fonderie Royale Eijsbouts a généreusement accepté que les cloches puissent être coulées dans leur fonderie, à Asten. D’ici la fin de l’année, c’est une cloche richement décorée qui quitte la fonderie Manoušek, en direction de Rome, Italie. C’était un cadeau pour le pape, pour la commande de St-Hubert. La dernière installation de cloche nouvellement fondue et/ou restaurée pour ce siècle, a lieu le 30 décembre 1999. La première volée de ces cloches à Prague-Bohnice, Prague-Cakovice et Žilina à côté de Kladno, a été entendue exactement à minuit, au passage de l’an 2000.

2000 – De plus en plus de gens expriment le désir d’offrir une cloche à leur lieu de naissance. Dans cette série, le cloître du sud de la Bohème, Vyšši Brod, Skorice par Rokycany, Kasejovice et Nyrsko, ont tous reçu une nouvelle cloche. L’église paroissiale de Hnevkovice, à côté de Ledec, à Sázava, a réussi, enfin, à résoudre les problèmes administratifs de longue durée. Ils célèbrent alors l’installation d’une nouvelle cloche, qui a été finalement fondue à Apolda, Allemagne, 30 ans auparavant en 1970. A cette période, les autorités du régime courant avaient interdit son installation. Après 30 ans d’attente, la cloche est nouvellement installée pour célébrer le millénaire.

Il fut décidé à ce moment que le projet du carillon du millénaire devrait devenir un symbole de Prague, capitale de la République Tchèque, dans le but de reconnaître les 57 districts de la ville, dès lors le nombre de cloches du carillon devait passer de 50 à 57. Durant le printemps de l’été 2000, tous les designs et modèles sont réalisés et transportés aux Pays-Bas. La dernière semaine d’avril est dédiée à la phase technique la plus exigeante, lorsque les décorations à la cire perdue sont installées, à la fonderie d’Asten. D’ici la fin de l’année 2000, ce sont 55 des 57 cloches qui sont terminées. Autrement, deux nouvelles cloches sont installées à Beroun, et préparées pour leur première volée, à Noël. Durant septembre, la ville historique de Telc et à côté Radkov, reçoivent de nouvelles cloches, et un système de volée électrique. D’autres commandes de rénovations sont honorées.

Le principal évènement de l’année 2000 a été le 100ème anniversaire de la fondation de la fonderie Manoušek. Un meeting du congrès des fondeurs de cloches européens a réuni des représentants de firmes de fondeurs de cloches à Prague, le 15 octobre 2001. C’était la première fois que ce type de réunion prenait place dans un pays d’Europe de l’Est. Une visite de la fonderie de Zbraslav a été organisée, afin de marquer le centenaire de la firme Manoušek. Les membres ont été à même d’étudier les différents systèmes et d’apprécier les hautes qualités des cloches produites à la fonderie, ainsi que le savoir-faire dans la réparation et la rénovation des cloches. Ils ont aussi marqué un intérêt considérable sur les accessoires de cloches.

Une autre programmation de ce congrès des fondeurs de cloches était d’écouter un concert du carillon ambulant, mais malheureusement, l’instrument Tchèque ne put être terminé à cette date. La firme Eijsbouts, basée à Asten, a généreusement prêté son propre carillon, et au 13 octobre 2000, l’histoire fut écrite à Prague avec des concerts de cet instrument. Une prestation matinale a eu lieu au parc d’Ovocny trh, et un concert de soirée au parc Loreto, devant le palais Cernin. De grandes foules se sont rassemblées, remplissant le parc, enchantées par le son. Quand les groupes des Etats du Sud (NdT : probablement des danses hongroises), la foule a commencé à danser.

Durant les vacances scolaires, le 28 octobre 2000, la fonderie Manoušek monta une exposition du carillon ambulant français (NdT : Douai). La population put apprécier les concerts à Vyšehrad, et trois autres à Roztoky, Beroun, et devant le monastère de Brevnov. Le carillonneur émérite Aimé Lombaert joua au carillon avec distinction, la performance entraina un grand enthousiasme lors des auditions.

Durant le même mois, ce sont trois grandes cloches, fondues à la société Grassmayr, Innsbruck, Autriche, qui sont équipées de moutons en bois et tirants en acier. La dernière commande significative de l’année 2000 est une grande cloche, pesant 900 kg, pour Horažd’ovice, où elle rejoignit les quatre autres cloches installées auparavant, les sept années précédentes. Il était donc désormais possible de sonner joyeusement la sonnerie entière, ce fut fait la première fois à minuit le 31 décembre 2000, afin d’annoncer la nouvelle année. La course pour monter cette installation complète, initialement prévue pour le nouvel an de l’année précédente, ne put être aboutie qu’à cette date.

2001 – Durant les premiers mois de 2001, la tâche principale a consisté à terminer les cloches pour le carillon Tchèque, dont les autres cloches avaient été coulées à Asten, aux Pays-Bas. De nouvelles cloches sont faites depuis l’atelier Zbraslav, pour une tour inhabituelle à Prague-Kobylisy, et pour Kadan et d’autres endroits. Des réparations sur des cloches existantes sont aussi engagées à ces endroits là. Le dernier évènement concernant la désignation de Prague comme capitale européenne de la culture, a été un dernier concert du carillon ambulant Hollandais, dans le parc de la Vieille Ville à Prague, en février 2001. La cloche « Vondra », dans la tour noire de Klatovy, subi sa première inspection professionnelle, afin de projeter des réparations de soudure sur une fêlure apparue six ans auparavant. La cloche recevra alors un nettoyage, une protection à l’enduit, le baudrier est remplacé. Le fonctionnement est sécurisé pour les nombreuses années à venir. Les anciens du village ont évoqué leur mémoire, du temps où la cloche était acheminée avec une carriole à chevaux à la fonderie de Brno, chez Rudolf Manoušek Sénior. Après réparations, d’autres cloches historiques ont recommencé à sonner, dans les villes de Kladno et Hnevkovice parmi d’autres.

Plus tôt dans l’année, c’est le forgeron Vratislav Hrubi, de Revnice, qui commence à forger le premier battant, des 57 nécessaires pour le carillon ambulant. Le 27 mai 2001, l’équipement entier est transporté en Belgique pour son installation. Les mois d’été sont dédiés au travail sur le carillon. Afin de compléter ce travail, les cloches sont emportées des Pays-Bas, vers la Belgique, où la construction de la structure et le procédé de montage aura lieu. A partir de mi-août, la ville belge de Holsbeek a attiré des spécialistes de carillons d’un peu partout de par le monde, intéressés de voir la structure du nouveau carillon ambulant. Chaque jour, des professionnels viennent au chantier, désirant voir l’instrument, quelques derniers ajustements mineurs sont effectués.

Le 22 août 2001 est remis un carillon ambulant entièrement terminé. Il prend place à Holsbeek en présence de nombreux invités importants. L’imagination et la technicité d’artisan de celui qui a conçu l’instrument est entièrement reconnu. L’instrument est interprété comme étant la Rolls Royce des carillons ambulants. Deux jours après, quand le carillon est monté sur un camion, dans le but de rejoindre Prague, il fut l’objet de l’attention de nombreux médias, ce fut un moment chargé d’émotions pour celui qui a travaillé sur ce projet. Lors de son retour dans la République Tchèque, le carillon ambulant a été au centre de préparations intensives pour le festival Eurocarillon, prévu du 5 au 8 septembre 2001. Durant ce festival, les carillonneurs de neuf pays ont généreusement donné leur expertise, au grand délice des visiteurs. Les concerts nocturnes dans le parc du château Vyšehad et au jardin « Hvezda », furent extrêmement populaires. Dans la réunion du comité Eurocarillon, le dernier jour du festival, le fondeur de cloche Petr Manoušek fut nommé membre honoraire de cette prestigieuse organisation. Jusqu’à la fin 2001, le carillon fut utilisé pour onze concerts. La première performance à ciel ouvert à Prague eut lieu le 8 décembre à Jihlava, et malgré le temps glacial, une foule de plus de 3000 personnes s’est réunie pour écouter l’instrument.

A l’approche de la fin de l’année, la fonderie de Zbraslav travaille sur de nombreuses commandes substantielles, une d’entre elles était la réparation de trois cloches historiques dans l’église de Preštice. Ces cloches ont été équipées de mécanismes de volée Movotron, dans les règles de l’art, fabriquées par Campa en Belgique. De telles installations représentent désormais plus de la moitié du chiffre d’affaire de la société. Durant ce temps là, Petr Manoušek est aussi chargé de devoirs de surveillant et d’inspecteur de cloches. A cause de législations inadéquates, il y a eu de nombreux vols, des destructions absurdes et des exportations illégales. Le temps était venu de donner une opinion d’expert sur la question.

2002 – Assez tôt en 2002 est réalisée une commande de deux cloches, sur un total de 15, nécessaires pour le carillon de la remarquable église de Krtiny, Brno. Elles sont rapidement livrées. Juste avant le printemps, les deux plus grandes des trois nouvelles cloches pour Vrchlabi sont transportées jusqu’à cette ville, afin de prendre place à une exposition municipale. La fonderie était hautement impliquée dans des travaux de restauration, et la fonte de plus petites cloches pour un beffroi étaient en cours. Durant la première partie de l’année, le carillon ambulant a pris place dans quinze concerts, six d’entre eux étaient hors de Prague, à Velké Mezirici par exemple. Des problèmes administratifs aggravés par le nombre important d’administrations impliquées, ont signifié que les trajets vers l’étranger seraient tristement bloqués.

15/06/2002 – Le 15 juin 2002, la nation tchèque fut fort perturbée par la nouvelle que le battant de la plus grande cloche tchèque, Zikmund zvon, accrochée dans la tour de la cathédrale St-Vitus à Prague, se cassa en deux et tomba au sol. Selon une ancienne prophétie, cela représentait une menace de grand malheur (mauvais présage). Après une discussion et des plans précautionneux de sauvetage, le battant fut évacué. Les deux parties endommagées furent descendues à la grue et amenées à la fonderie de Zbraslav. Il y eut un immense intérêt de la population et une attention spéciale des médias était donnée à ce désastre. La date de retour pour le battant de la Zikmund était prévue au 28 septembre, date de la fête du saint patron Saint Wenceslas. Durant les deux semaines suivantes, le design et les plans pour le nouveau battant furent préparés.

En juillet, les cloches pour Vrchlabi et Lanšperk furent terminées. Elles quittèrent la fonderie le 7 août. Ce fut également un triste jour pour la famille Manoušek, dans le sens où la maman de Petr, Kveta Manoušková, qui continuait d’effectuer le design des décorations malgré une grave maladie, fut emmenée à l’hôpital pour y terminer sa vie.

Le samedi 10 août a lieu à Vrchlabi une consécration festive de 3 cloches, leur montage incluant les moteurs électriques. Les ouvriers retournèrent tard à la fonderie à cause de la complexité de l’installation. Paradoxalement, cela a sauvé certains équipements de la fonderie, étant donné que durant cette absence, l’atelier commençait à se faire inonder. Le jour suivant, l’inondation devenait désastreuse et dans sa plus grande puissance.

Au milieu du mois d’août 2002, le monde entier était au courant du désastre que cette grande inondation avait causé, engloutissant des parties de la Vieille Ville, ses quartiers et ses environs. Des eaux boueuses des rivières proches ont inondé l’entièreté de la fonderie Zbraslav, le 11 août, en dépit d’efforts intenses et désespérés pour évacuer de l’atelier ce qui avait de la valeur. De nombreuses choses ne pouvaient pas être sauvées. Le carillon ambulant fut conduit en sécurité, mais seulement des objets légers purent être sortis de la fonderie, étant donné que l’eau montait rapidement, l’utilisation d’équipements plus conséquents était impossible.

Assez rapidement, l’électricité fut coupée. Dans une course contre le temps, les enregistrements et autres objets uniques furent montées aux plus hautes places dans le bâtiment : le grenier. Les moules des cloches attendant la fonte sont alors montés au plafond en utilisant des poulies. Le lundi 12 août 2002, le quartier entier de Zbraslav et environs furent fermés par la police, et les deux jours suivants, la fonderie fut submergée jusqu’à la cheminée. La perte était énorme : les fours de fusion, les étuves, l’équipement de levage mécanique, les outils, les modèles, les patrons, les archives des modèles précédents, des fontes, les magasins à modèles, même les moules qui avaient été amenés jusqu’au plafond. La seule chose qui restait était une eau souillée et polluée, ce pour de nombreux jours. L’unique clavier électronique, prévu pour l’entrainement au carillon ambulant, tout cela avec les archives le concernant, moururent, ainsi que de nombreux moteurs de volée attendant l’installation.

25/08/2002 – Le 25 août, Kveta Manoušková, mourut à l’hôpital de Prague, où elle passa ses derniers 18 jours. Par chance, elle ne sut rien du désastre de Zbraslav, qui avait détruit la plupart des moules originaux en terre, et les matrices de décoration en plastique. Même les moules en cire perdue, réalisés pour la commande de l’église de Krtiny, Brno, furent perdus. Il est bon de savoir que son travail a « encerclé » tant de cloches produites par la tradition familiale.

Grâce à la grande aide et gentillesse de nombreux amis, de vieux comme de tous nouveaux, provenant de Tchéquie comme de l’étranger, la fonderie fut assez rapidement nettoyée, mais quand les eaux se sont retirées, il fut assez clair que la production ne pourrait pas reprendre dans l’atelier. Tout le matériel spécialisé n’était plus utilisable, les structures du bâtiment historique étaient devenues instables, cela aurait nécessité de lourdes reconstructions. Le fait que le quartier était inondable, le fait d’un voltage inadéquat pour les fours, auraient d’autant plus rendu les autorisations d’exploiter hasardeuses.

Seules les cloches anciennes attendant restauration ont survécu sans réelles dommages sérieux. Les nouvelles cloches, nettoyées de leur saleté, révélaient l’inscription : Fondue par Manoušek, Prague, Zbraslav. Tristement, ces mots ne seraient plus jamais utilisés. Ainsi se terminent 35 ans de production de cloches par la fonderie Manoušek, Zbraslav, dans le bâtiment d’origine. Au tout départ, ce bâtiment était une école industrielle, la toute première pour la région de Bohème.

Dans les premières semaines de septembre 2002, le 24ème congrès des fondeurs de cloches européens eu lieu à Birmingham, en Angleterre. Le festival Eurocarillon fut tenu à Brugge, en Belgique. Ces deux organisations offrirent à Manoušek leur aide dans le rétablissement de l’activité, incluant des offres de production temporaire dans des fonderies étrangères. Dans le même état d’esprit, le partenaire Clock-O-Matic / Campa, réalisa, rapidement et sans charges, des réparations aux moteurs de volée, claviers, et envoya un paquetage de nouveaux composants.

Dans la même période, la fonderie a essayé de résoudre le problème de rétablissement du battant pour la cloche Zikmund, une commande prestigieuse pour la cathédrale St-Vitus. Reçu comme un cadeau provenant des cieux, arriva un message de la société ŽDAS, à Žd’ár nad Sávazou, offrant de fondre un lingot de fer de la qualité correcte et de la bonne dimension, avec les facilités de forge qu’offre leur établissement. Le travail final fut exécuté par Vratislav Hruby dans son atelier, à Revnice, et le battant fut transporté à son lieu de destination.

Le 27 septembre 2002, lors d’une cérémonie solennelle, il fut suspendu dans la cloche Zikmund. La première sonnerie de la cloche Zikmund réparée fut entendue le jour de la Saint-Wenceslas, le 28 octobre 2002, rencontrant alors la promesse de délai de la firme Manoušek. Par un accord de toutes les sociétés ayant participé à la réparation, il fut décidé de donner le nouveau battant à la ville de Prague.

Durant octobre 2002, les dernières cloches qui étaient faites par la firme à l’atelier Zbraslav, avant l’inondation, furent installées. Une était un travail de restauration, deux étaient des nouvelles, une pour Malá Losenice, l’autre une cloche G² / 76 kg pour Lanšperk, dans les montagnes Orlice. Cette dernière est vraiment la dernière cloche faite à Zbraslav. Le 2 novembre commence un autre travail de restauration prévu depuis longtemps, la réparation de la cloche « Kryštof », de Rychnov sur Knežna. Après 400 ans d’existence, la cloche était sérieusement évidée au point de frappe avec le battant, elle était en danger de fêlure. Manśuvrer une cloche pesant un peu plus de sept tonnes, avec une valeur historique exceptionnelle, était affaire compliquée. Toutefois, avec l’utilisation d’engins de levage hydrauliques, la cloche a été sortie de ses paliers sans encombres. Le vieux mouton en bois de chêne, les tirants et le battant de 173 kg ont aussi été enlevés. En ce jour, des années de spéculations sur le poids furent terminées. L’engin de levage révéla que la cloche seule, sans sont battant et son joug, pesait exactement 5900 kg. Il était prévu que, au milieu du mois de décembre, la cloche serait tournée de 90°, équipée d’un nouveau mouton en bois de chêne, des tirants de fer et un battant forgé. Les habitants de Rychnov pourraient profiter du son joyeux de leur sonnerie à Noël.

Au même moment et après une longue période de silence, la cloche datant de 1518, dans la tour St-Henry de Prague (Jindrišská vež) devait être replacée, le beffroi intérieur de la tour étant entièrement reconstruit. Il fallut repenser l’espace, afin que le mouvement de la cloche soit visible, pour les personnes qui visiteraient le lieu, à la suite de l’exposition sur l’art campanaire à venir.

Au fil des années, des cloches de toutes tailles et de tous les tons, produites dans de nombreux buts, ont quitté la fonderie Zbraslav. Le développement de 5 profils campanaires ont permis à l’activité d’honorer toutes les demandes. En plus des cloches d’églises au profil classique, des cloches de carillon ont été réalisées, d’autres pour des orchestres, d’autres pour de petits carillons automatiques.

Inévitablement, la production de cloches aux techniques avancées, avec une acoustique exacte, fut l’activité principale de la société, leur décoration plutôt limitée, cela étant relégué au second rang, comme étant moins important que l’acoustique. De ce fait, les mêmes motifs et designs apparaissent sur les cloches de différents fondeurs de cloches. Cela a changé lorsque Kveta Manoušková a rejoint l’équipe d’artisans. Avec ses connaissances et son intérêt pour la sculpture, elle a développé de nouveaux motifs de décoration, qui a donné à la fonderie un renom pour son apparence originale et si particulière.

Le poids complet des cloches produites par la fonderie Manoušek durant un siècle (de 1900 à août 2002), a été de 2.144.560 kg.

Depuis, durant l’année 2003, le travail a continué, mais dans des conditions très difficiles. Tristement, la fonte de cloches a été entièrement stoppée. Malgré tout, la fonderie espère en de temps futurs, où elle pourra retourner à une production complète, sur un nouveau site, afin de fondre de nouvelles cloches et exécuter des restaurations sur des cloches historiques pour lesquelles des travaux sont nécessaires. Ainsi continuerait l’activité d’un nom prestigieux dans l’histoire des fontes de cloches européennes.

Petr Manoušek, Praha, 2003.

Epilogue : La fonderie Manoušek est une ode à la résistance, renaitre de ses cendres après l’adversité, les enlèvements de la première guerre mondiale, de la seconde, les destructions et interdictions liées à la nationalisation, les inondations dramatiques de 2002. Ce texte, rédigé en 2003, ne pouvait pas être bien optimiste. Aujourd’hui, la fonderie vit autant que possible, bien que rien ne soit facile. L’atelier n’a jamais été totalement reconstitué. Les moules en terre sont encore réalisés à Prague, mais les fontes sont toutes coulées à Asten, chez Eijsbouts. De ce fait, des trajets réguliers de moules sont effectués vers les Pays-Bas. Cette situation d’itinérance provoque d’inévitables difficultés, surtout sur les routes en hiver. Coute que coute, environ 10 tonnes de fonte par an sont achevées. Les travaux d’expertise et de rénovation continuent aussi. De gros nuages noirs se sont accumulés sur le carillon ambulant, cela amenant le projet devant la justice. Ce n’est pas sans difficultés et sans lourdes pertes, mais l’orage est écarté aujourd’hui. Le carillon ambulant est sur la route, pour une trentaine de concerts par an. Au volant, Petr Manoušek vous accueillera. Il sera disert sur le carillon et la technique campanaire, avec une gentillesse rare. A ce souvenir inoubliable, je donne tous mes remerciements.

Nous allons maintenant découvrir le carillon en images !


Voici le carillon ambulant.


Dans le fond, c'est la maison communale de Chastre.


De face.



Voici une première vue des épigraphies.


Il y en aura des dizaines de représentations.


Sur les moyennes cloches, c'est une seule ligne.


Sur les petites, c'est une petite ligne, mais d'un autre décor.


Bel alignement.


Le décor est splendide.


Sans être identiques, toutes les cloches sont semblables.


Cela confère une belle unité à l'ensemble.


Détail d'un des rinceaux.


C'est d'une très grande finesse.

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