Tchorski--------------------------------------
Tchorski
Les cloches de dommages de guerre
(La circulaire)

De très nombreuses cloches ont été enlevées par les Allemands en 1943. Le fonds De Beer l'inventorie de manière assez conséquente. Les cloches de remplacement, après la fin du conflit mondial, s'appellent des cloches de dommages de guerre. Ces travaux de remplacement étaient subventionnés par l'état Belge. La circulaire ci-dessous précise qui était en droit de travailler sur ce sujet, soit seuls les fondeurs belges. Des sociétés écran ont été créées, afin d'obtenir des parts de marché. Il s'agit de Bauwens-Goossens pour Petit & Fritsen (NL), Horacantus pour Eijsbouts (NL).

Le document ci-dessous précise donc textuellement le nom des fondeurs (passé en bleu en bas). Certains noms sont bien étonnants, Léon Van Rie par exemple. Il n'est pas connu comme fondeur mais comme horloger. Précisions à ce sujet en fin de page.

 

TRAVAUX RELATIFS AU REMPLACEMENT OU A LA REFONTE DES CLOCHES.
MISE EN ADJUDICATION. — AUTORISATION.

Administration des cultes, dons et legs. Fondations. 1ère section, n° 20614 C 11-19.
Bruxelles, le 17 novembre 1953.

A MM. les Gouverneurs de province.

Le coût approuvé des travaux relatifs au remplacement ou à la refonte des cloches qui furent enlevées par le pouvoir occupant allemand dans les églises affectées à l'exercice public ou légalement organisé du culte et qui doivent être considérées comme définitivement perdues ou qui furent restituées endommagées est à charge de l'Etat, en vertu de la loi du 6 juillet 1948. Il appartient à M. le Ministre des Travaux publics et de la Reconstruction de procéder, sur ma proposition, à l'engagement provisoire de l'intervention financière de l'Etat dans ces travaux, après approbation du projet, et à l'engagement définitif de cette intervention, après approbation de l'adjudication dûment autorisée des travaux.

Eu égard à l'insuffisance des crédits budgétaires et à la forte hausse du prix du cuivre et de l'étain, le Gouvernement avait décidé, au début de l'année 1951, que, pour les travaux de l'espèce, il ne serait plus procédé, jusqu'à nouvel ordre, à l'engagement provisoire ou définitif de crédits sur le budget de l'Etat. Dès lors, l'examen des dossiers relatifs aux projets ou aux adjudications de ces travaux a été provisoirement ajourné. En raison de la baisse du prix du bronze qui se manifeste actuellement, le Gouvernement a décidé de rapporter la mesure susvisée et il sera, pour les travaux de remplacement ou de refonte des cloches pour lesquels la chose n'a pas encore été faite, procédé à des engagements provisoires ou définitifs de crédits ad hoc dans la mesure des possibilités budgétaires. Il y a lieu dès lors de se conformr aux instructions générales suivantes : Les administrations fabriciennes ou communales auxquelles les dossiers relatifs aux projets de travaux de l'espèce ont été renvoyés à la suite de la décision prise en 1951 et qui n'ont pas encore été autorisées à mettre les travaux en adjudication, pourront envoyer ces dossiers, constitués conformément aux prescriptions, en vigueur, directement à mon département.

Moniteur belge 1953, n°s 319-320-321.
16-17 November 1953. 147

VERLENGINGEN VERNIEUWING DER VERBLIJFSTITELS.
Brussel, 16 November 1953.
Omzendbrief aan de heren Burgemeesters van het Rijk.
Voor kennisgeving :
Aan de heren Provinciegouverneurs,
Aan de heren Arrondissementscommissarissen.

De onderrichtingen vervat in mijn omzendbrief van 30 September jl., n r 1 B 6 (Belgisch Staatsblad van 7 October) en afgeschaft bij deze van 29 October j l. (Belgisch Staatsblad van 1 November) worden van heden af opnieuw van kracht voor wat betreft de Britse en Nederlandse onderdanen. Zij zullen ophouden van toepassing te zijn, de dag dat, door toedoen van het Ministerie van Binnenlandse Zaken, in het Belgisch Staatsblad een koninklijk besluit betreffende de door de vreemdelingen te kwijten verblijftaksen zal verschijnen.
De Administrateur-Directeur-Generaal,
DEFOY.

WERKEN TOT VERVANGING OF OMSMELTING DER KLOKKEN.
AANBESTEDING DER WERKEN. — TOELATING.

Bestuur der Erediensten, Schenkingen en Legaten. Stichtingen.
Ie Sectie, n° 20.614 C 11-19.
Brussel, de 17 November 1953.

Aan de heren Provinciegouverneurs.
De goedgekeurde kosten van de werken tôt vervanging of omsmelting der klokken die, door de Duitse bezettende macht, uit de tôt de uitoefening van de openbare of wettelijk ingerichte eredienst aangewende kerken werden weggenomen en als definitief verloren dienen beschouwd of in beschadigde staat werden terugbezorgd, vallen ten laste van de Staat, krachtens de wet van 6 juli 1948. Het behoort tôt de bevoegdheid van de heer Minister van Openbare Werken en van Wederopbouw over te gaan, op mijn voorstel, tôt de voorlopige vastlegging der financiële Staatstussenkomst in die werken na goedkeuring van het ontwerp er van, en tôt de definitieve vastlegging dezer tussenkomst na goedkeuring der regelmatig toegestane aanbesteding der werken.

Gelet op de ontoereikendheid der begrotingskredieten en op de hoge prijsstijging van het koper en het tin, besliste de Regering, in het begin van het jaar 1951, dat voor zulke werken, tôt nader bevel, op de rijksbegroting geen kredieten voorlopig of definitief zouden vastgelegd worden. Derhalve werd de behandeling der dossiers betreffende de ontwerpen of de aanbestedingen van die werken voorlopig uitgesteld. Ingevolge de thans ingetreden prijsdaling van het brons, heeft de regering beslist bedoelde maatregel in te trekken en zal, voor de werken tôt vervanging of omsmelting van klokken waarvoor zulks nog niet geschiedde, overgegaan worden tôt voorlopige of definitieve vastleggingen van kredieten ad hoc in de mate der begrotingsmogelijkheden.

Derhalve moeten de volgende algemene onderrichtingen nageleefd worden. De kerkfabriek of de gemeentebesturen aan dewelke de dossiers inzake ontwerpen van soortgelijke werken teruggezonden werden ingevolge de in 1951 getroffen beslissing, en die nog geen machtiging ontvingen om de werken aan te besteden, mogen deze dossiers — na volledige samenstelling er vah overeenkomstig de geldende voorschriften — rechtstreeks aan mijn département zenden.

17 novembre 1953.
Après approbation de ces dossiers par mon département et celui des Travaux publics et de la Reconstruction, la mise en adjudication des travaux sera autorisée. Si les administrations fabriciennes ou communales, maîtresses de l'ouvrage, ont déjà été autorisées à mettre les travaux en adjudication, mais n'ont pas encore procédé à cette formalité, elles peuvent passer à la mise en adjudication des travaux projetés et doivent s'adresser, à cet effet, à tous les fondeurs de cloches connus du pays, à savoir :
Bauwens-Goossens, à Gand;
Horacantus, à Lokeren;
Michiels, à Tournai;
Sergeys, à Louvain;
Slegers, à Tellin;
Tastenoe, à Sint-Pieters-Leeuw;
Vanhabost, à Courtrai;
Van Rie, à Quaregnon.

Le dossier dûment constitué, relatif au résultat de cette adjudication, doit être transmis directement à mon département.

D'autre part, j'estime qu'il est nécessaire de rappeler que les frais de réparation des dégâts causés aux accessoires de suspension des cloches d'église, lors de l'enlèvement de ces cloches pendant l'occupation allemande, est également, à titre de réparation de dommages de guerre, à charge de l'Etat, conformément à la loi précitée. Toutefois, il ne peut être perdu de vue qu'au cas où un projet de travaux comprend, outre le remplacement ou la refonte de cloches d'église avec leur battant et leur bélière, le remplacement ou la réparation d'autres accessoires des cloches, il y a lieu de faire dans la description, dans l'évaluation et dans le cahier des charges relatifs aux travaux, une nette distinction entre, d'une part, les cloches avec leur battant et leur bélière et, d'autre part, les autres accessoires. Si ces « autres » accessoires doivent, à titre de réparation de dommages de guerre, être réparés ou remplacés aux frais de l'Etat, les dossiers doivent comporter,
entre autres, trois exemplaires :
1° du procès-verbal approuvé de constatation et d'évaluation, sur la base des prix unitaires du troisième trimestre de l'année 1939, des dégâts occasionnés à ces accessoires lors de l'enlèvement des cloches;
2° de l'évaluation, sur la base des prix unitaires du troisième trimestre de l'année 1939, des travaux projetés à ces accessoires. Le dit procès-verbal doit être dressé par un expert et mentionnera la déclaration suivante, signée par lui : « J'affirme sur l'honneur que cette constatation est sincère et véritable. »

En outre, il est à remarquer que l'intervention financière de l'Etat dans tous les travaux susvisés n'est payée qu'après l'achèvement et l'approbation des ouvrages, sur production du dossier du décompte, et pour autant que les crédits nécessaires sont définitivement engagés.

Vous voudrez bien, le plus tôt possible, communiquer ces instructions, par la voie du Mémorial administratif, aux administrations fabriciennes et communales de la province.
Pour le Ministre :
Le Directeur d'Administration
L.POMBA

A propos de Henri Tastenoe
Fondeur local basé à Sint-Pieters-Leeuw.
D'après les fiches d'état civil consultées :
Né le 18 janvier 1890 à Ruisbroek.
Décédé le 4 avril 1960 à Sint-Pieters-Leeuw.
Fils de Tastenoe Joannes et Van Koekenbeek Jeanne.
Marié à De Coster Euphrasie. Enfant : Tastenoe Justine, 22 novembre 1913 à Halle - 27 juillet 1966 à Schaerbeek.
Atelier basé à Sint-Pieters-Leeuw. Activité semble minimale.
Autorisé à agir en réparation de dommage de guerre le 17 novembre 1953.
Cloches répertoriées : Sint-Pieters-Leeuw, (kerk Sint-Pieter) et Mont-Saint-Guibert.
Il existe un curieux monument intitulé "Den Bonmo", à Ronse, qui utilise une cloche de 1743, du fondeur Petrus Peeters (fondeur connu dans mon Refond, malgré son nom banal). Pour l'inventaire, c'est un peu intermédiaire entre cloche et sculpture... Il est précisé qu'Henri Tastenoe a fourni le métal au sculpteur Florent Devos pour une somme de 10.000 francs, la cloche Peeters quant à elle fait 135 kg.
Il est aussi mentionné que " een lokale klokkengieter genaamd Tastenoe en Cie uit Sint-Petersleeuw " souhaitait rénover le carillon de Hal, OLV.
Aucune autre information ne m'est disponible.


A gauche Marcel Michiels JR. Au milieu, Léon Van Rie. A droite, Géo Clément.

A propos de Léon Van Rie

Il y eut trois Léon Van Rie : Léon I, Léon II et Léon III Van Rie. Ils sont connus comme horlogers, probablement campanistes, éventuellement fondeurs de cloches. Les données sont très floues les concernant, peu de documentation est accessible. A chaque individu, les dates de naissance et de décès sont inconnues. Ils ont toujours été basés à Quaregnon. Ils étaient tout d'abord au n°16 de la rue Docteur Isaac, puis après un déménagement, au n°30 de la même rue.

L'apogée de la firme semble se situer après la reprise de l'établissement Somers. Une collaboration fructueuse se met en place avec Marcel Michiels JR.

Les Van Rie étaient fabriquants de carillons. Attention au fait que cela représente tout l'attirail nécessaire à faire fonctionner l'instrument, mais uniquement cela. Il est régulièrement présenté des photos anciennes de carillons plutôt costauds. Ce sont des carillons Michiels bien connus. Par contre, il n'est pas exclu que les Van Rie ait été de petits fondeurs. Plusieurs témoignages vont en ce sens. Il ne sont pas connus dans le RECIB, l'inventaire des cloches de Belgique, mais ce document n'est pas exhaustif.

Les travaux sont répandus dans de multiples clochers, l'aura d'activité a largement dépassé le Borinage. Monsieur Hervé Lottin, de Cuesmes, nous apporte les précisions suivantes : Jusqu’à présent, je n’avais trouvé de références sur cette entreprise boraine que pour son activité d’horlogerie et de mécanismes automatiques de carillons. Pourtant, la première personne qui m’a parlé de cette firme me disait qu’elle pratiquait la fonte de cloches.

Madame Rose Lhost (96 ans, résidente de la maison de repos ‘Léopold’ à Ghlin, près de Mons) m’en a parlé ; elle a travaillé dans cette société et son témoignage est crédible. Elle me disait aussi que des techniciens de Van Rie étaient régulièrement appelés en URSS (Moscou ? le Kremlin ?) pour y ‘entretenir les cloches’ (je présume qu’il s’agissait plutôt du mécanisme d’horlogerie, apparemment fourni par Van Rie) sous la surveillance et les armes de militaires qui ne riaient pas beaucoup… Après de premières recherches où je ne voyais que l’activité d’horlogerie, je lui ai reparlé de Van Rie et elle m’a confirmé l’activité de fondeur de cloches.

Madame Lhost m’a confirmé la fonte de cloches et la fourniture (avec service après-vente) à Moscou. Van Rie (le père – y aurait-il eu deux générations ? ; mais si c’est le cas, le fils n’a pas dû poursuivre bien longtemps) avait aussi été sollicité pour livrer un carillon à Mexico. Il y aurait envoyé son ‘bras droit’ à qui, selon Mme Lhost, il envisageait de remettre son activité.

Mais celui-ci aurait été débauché par les Mexicains et lui aurait raflé le contrat. Revenu en Belgique pour se marier, il est reparti au Mexique avec sa jeune épouse qui n’a pas pu s’adapter au pays. L’indélicat employé est revenu en Belgique mais Van Rie, vexé et échaudé, a refusé de le reprendre à son service.


L'émouvant témoignage de Rosa Lhost, recueilli par Hervé Lottin.

Voici maintenant la transcription du témoignage de Rose Lhost ci-dessus (réalisé par Hervé Lottin) :

Au cours de la 2ème partie du XIX siècle Mr Léon Van Rie de Quaregnon a fondé une fonderie de cloches. Il pensait le faire pour les églises, son usine a très bien marché. Mais un jour il a été appelé à faire des cloches pour le Kremlin à Moscou, ça a été un énorme travail : visites à Moscou, fabrication des cloches, tous les ans 3 ouvriers, allaient à Moscou pour l’entretien et les réparations des cloches. À son décès, son fils Léon Van Rie, a repris l’usine et continué la fabrication des cloches pour les églises. Il a aussi créé un clocher spécial pour l’exposition mondiale de Mexico.

Quand il est décédé, son fils Léon Van Rie lui a succédé. Mais il n’avait pas été initié par son père. Il a cessé la fabrication et a acheté les cloches. Il a créé le clocher de la cathédrale [sic] de Koekelberg. Mais au cours du transport, au déchargement des cloches, la plus grosse est tombée du camion et a perdu un éclat et n’a pas été installée, elle a été longtemps le long d’un mur de la cathédrale (peut être y est-elle encore.) Au décès de Mr Van Rie, (il n’avait pas d’enfant), l’usine a fermé.

Hervé Lottin apporte l'analyse suivante : Il apparaît donc que la famille Van Rie a constitué une petite dynastie active dans les cloches et qu’à chaque génération nous avions un « Léon Van Rie ». Si Léon I et Léon II ont effectivement fondu des cloches (et c’était donc encore le cas dans les années 1950 puisque l’arrêté ministériel qui le désigne comme fondeur date de 1953), le dernier, Léon III, s’est contenté de les acheter et revendre et, vraisemblablement de concevoir, placer et entretenir les mouvements d’horlogerie pour les carillons. C’est probablement pour cette raison, oubliant l’activité de ses prédécesseurs homonymes, il n’est plus répertorié comme fondeur, notamment dans le Dictionnaire des facteurs d'instruments de musique en Wallonie et à Bruxelles de Malou Haine et Nicolas Meeùs.

Par ailleurs, Mademoiselle Nicole Figue (88 ans en février dernier, une personne de Cuesmes), évoquait le cas de Van Rie. Elle a longtemps travaillé dans les bureaux de la tannerie de son père, Maurice Figue, à Cuesmes et elle se souvient que la tannerie Figue livrait à Léon Van Rie des cuirs pour les battants de cloches fabriquées à Quaregnon. Elle précisait que ces cuirs devaient être solides et résistants et mis en forme chez eux pour être facilement passé dans la cloche autour de la tige qui allait supporter le battant et se rabattre sur le haut de celui-ci auquel il serait fixé. Ces cuirs étaient composés de 3 sangles assez épaisses superposées mais de longueurs différentes la sangle à l’extérieur de la courbe étant forcément la plus longue. Elles étaient cousues ensemble à l’aide de « lanières d’Afrique », cordons de cuir ayant reçu un tannage spécial à l’alun et à la glycérine. Ce deuxième témoignage confirme le précédent : Léon Van Rie était bien fabricant de cloches à Quaregnon.

 

Ci-dessous, deux courriers annonçant les réquisitions de cloches. Evêché de Malines.
Documents donnés par Paul Gouverneur.

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