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Tchorski
La dynastie Grongnart

 

Dans le courant du mois d’août 2011, Jean-Marie Demelenne a découvert une cloche Roch Grongnart à la chapelle Saint-Roch de Soy, Erezée. Cela nous fut relayé par Anne Bottin, du musée des cloches de Tellin. Cette découverte est d’importance, étant donné qu’il ne reste plus beaucoup d’instruments de cette dynastie de fondeurs. C’est une occasion unique pour décrire l’état des connaissances sur cette petite famille relativement peu documentée. Laurent Grégoire nous donne les photos de l'instrument de Soy en fin de cette page. Cette page a été complétée en juillet 2012 avec les informations d'Eric Dumont sur la cloche Grongnart d'Heppignies.

Les Grongnart sont une famille de fondeurs de cloches. Ils comportent comme personnalités connues : Jean I, Jean II, Roch, Paul, Pierre, Henri. Cette famille est réputée comme étant riche, ce au couvert d’une production prolifique. De nos jours, il reste assez peu de ces cloches, en tout cas pour ce qui est connu. Les variations de noms dans les archives sont : Grognart, Grongnart, principalement. Le Dictionnaire des facteurs d'instruments de musique évoque : Groignart, Groingnaert, Groyngnaert, nous ne les avons actuellement pas répertoriées (épigraphie, archives), mais nous en avons d'autres ! L’orthographe principale selon la même référence est Grongnart. Toujours selon cette source, la famille est originaire de Dinant. Nous aurons la possibilité de compléter pour chaque fondeur.

La cloche de la chapelle St-Roch de Soy, l'instrument découvert.
Jean-Marie Demelenne nous en fait parvenir les photos en fin de cette page.
Elle fait plus ou moins 75 kg selon les mesures du précité, elle sonnerait le La, sous réserve d'étude acoustique. Elle a un diamètre à la bouche de 46 cm. Elle a été transférée dans une nouvelle chapelle datant de 1896, reconstruite sur les ruines d'une plus ancienne de 1606. La cloche a été fondue 5 ans après la construction du premier sanctuaire. Elle possède comme épigraphie un rinceau au cerveau, d’inspiration gothique, assez simple mais soigné. La dédicace comporte le texte : SANCTE ROCHE ORA PRO NOBIS Ao 1611 MF RG. La traduction est relativement simple. Saint-Roch, priez pour nous. Année 1611 (Ao est Anno abrégé). Me Fecit, Rochus Grognart.

La traduction de RG est basée sur une recherche assez intuitive : une comparaison des épigraphies. Il s’agit, à 95% de certitude, d’une cloche Roch Grongnart. Le rinceau au cerveau est semblable à ceux utilisés par Jean et Henri Grongnart. Nous ne dirons pas identique parce que les images de l’Irpa ne permettent pas cette identification, mais disons que ça en donne le sentiment. A propos des lettrines, l’écriture est semblable aux autres instruments Grongnart. Au niveau localisation, Roch semblerait être principalement basé à Tongeren. Ses productions principales sont à Liège et environs. On en retrouve à notre connaissance jusqu’à Lincent. Rien d’anormal donc à ce qu’une cloche soit présente dans les environs de Marche / Barvaux. Le MF correspond à « me fecit » ou éventuellement « m’a faicte », bien que nous penchions pour la première nomination, vu que le début de la dédicace est en latin. C’est la seule cloche connue de ce fondeur, présente en clocher. Les autres connues ont été enlevées par les allemands en 1943.

Biographie des Grongnart
Les données provenant du Dictionnaire des facteurs d'instruments de musique de Malou Haine, assez nombreuses, sont annotées (dfim). Celle de l'Irpa sont aussi annotées, avec le numéro d'inventaire.

En France, il n’est actuellement pas inventorié d’instrument Grongnart. Cependant, dans Mémoires de la Société des lettres, sciences et arts de Bar-le-duc, nous relevons la courte phrase : Il existe, au presbytère d'Herzerange, une cloche, hors d'usage, qui porte pour inscription : Grongnart me fecit, 1590. Serait-ce Herserange (54400 ?), peu d’autres références semblent relevantes géographiquement. Quant aux autres sources, une non identifiée se lit en ces termes : Grongnart, seizième siècle, fondeur de cloches qui en fit une pour l'église d'Herserange (Lorraine), datée de 1590.
C'est bien tout pour la France...

** A propos de Jean I Grongnart (tout dfim, sauf mention contraire) – Connu sur Dinant et Mons. A épousé Jeanne de Vergnies. A eu trois fils : Jean II, Christophe et Nicolas.
Travaux connus :
-1579, Marchienne Au Pont. Plusieurs cloches, pour un poids de 4541 livres. Non répertorié par nos services en clocher, donc disparues ?
-1583, Mons, Sainte-Elisabeth. Un carillon et une cloche de 460 livres.
-1587, Gosselies, église Saint-Jean Baptiste. Irpa 10035237. En collaboration avec Isaïe Herwin.
-1589, Nivelles. Sainte-Gertrude. Grosse cloche. Disparue.
-1590, Nivelles. Sainte-Gertrude : 17 cloches pour le carillon, en collaboration avec Blaise Heuwin.
-1590. Jumet, église Saint-Sulpice. Irpa 10048181. Possèderait en épigraphie le nom de donateur Micael Willelmus. Rinceaux typique de la cloche Rochus Grongnart de Soy.
-1591, Lessines, beffroi. Une cloche.
-1592, Enghien, Saint-Nicolas. Refonte de plusieurs cloches du carillon
-1593, Mons, cloche de la Porte, de 1125 livres. Inscription : MARIE AY NOM. MON OFFICE ET DEBVOIR EST D'ANNONCER ET DE FAIRE SAVOIR LE CLOS DE MONS ET SON OUVERTURE AUSSY JE FUS FONDUE L'AN QU'ON VOIT ICY 1593 – JEAN GRONGNART M’A FONDUE.
-1593, Enghien. Saint-Nicolas : cloche Petrus.
-1593. Heppignies, église Saint-Barthélémy. Irpa 10035445. Possède en épigraphie le nom de Anne d’Ophem. Documentée en cette page.
-1596, Gand. Sainte-Pharaïlde. Cloche Marie
-1598 Bruxelles. Sainte-Gudule : deux cloches pour le carillon.
-1598, Ligne. Une cloche.
-1598, Binche. Cloche de l’heure. Nommée : L'Indépendance, poids de 1700 kg. Inscription : J’ANNONCE L'HEURE ET NON LE TORT - CHACUN SE GARDE DE LA MORT - JAN GROGNART M'A FAICT A MONS 1598.
-1603, Ath, cloche de la porte, sonnant le mi bémol.
-1604, La Thure, abbaye. Refonte de la moyenne cloche.
-1605-1606 Bruxelles. Saint-Nicolas. Dix cloches pour le carillon. En collaboration avec Thomas Tordeur.
-1605, Chimay. Saints-Pierre-et-Paul. Cloche pour le carillon. Irpa 10064725. Rinceaux gothiques, supérieur et inférieur, très fins.
-1606,. Villers-La-Ville, église Notre-Dame de la Visitation. Irpa 10001125.
-1607, Ypres. 21 cloches pour le carillon. En collaboration avec Blaise Heuwin.
-1609, Frasnes-lez-Buissenal. Refonte d'une cloche.
-1609, Nivelles. Sainte-Gertrude, quatre petites cloches.
-1615, Toumai. Athénée royal, cloche de la cour.

Peu de références existent, et c’est pourtant celui de la dynastie où nous avons le plus de renseignements. Une cloche est décrite en ces termes : Une cloche fut fondue, en 1605, par Jean Grongnart de Mons pour compte de l'église Saint-Jacques à Anvers. (Bulletin académique royal des Archives de Belgique, 1913. F. Bonnet). Une seconde référence décrit des travaux exécutés à Sainte-Elisabeth de Mons : En 1583, la fabrique fil poser au clocher un carillon et une cloche du poids de 460 livres, qui fut fondue par maître Jean Grongnart. Bertrand Piermont, couvreur d'ardoises, fit quelques réparations au clocher vers la même époque. (Mémoire sur l'église et la paroisse de Sainte-Elisabeth à Mons). Il est intéressant de mettre l’accent sur ce terme de Maître / Magister. C’est un titre honorifique assez rare en ce qui concerne les fondeurs de cloches. Ca explicite une haute reconnaissance vis-à-vis de ses travaux : savoir-faire, expertise, etc. Il est probable que Grongnart fut appelé, comme les Van Den Gheyn, à juger des contentieux. Dans les Annales du congrès, Volume 17, Fédération archéologique et historique de Belgique, c’est la cloche d’Enghien qui est brièvement décrite : En 1593, Théodore Planeau fit refondre plusieurs petites cloches de l’église Saint-Nicolas, à Enghien, par Maître Jean Groygnaert (Grongnart), fondeur à Mons. La cloche « La » qui s’était fendue, fut refaite à raison de 2 sous 6 deniers la livre. Une intéressante variation d’orthographe nous est donnée !

Une plus longue description existe concernant le carillon d’Ath (Annales, Volume 7, Par le Cercle archéologique de Mons) : Au mois d’avril 1603, la cloche au ton de mi bémol servant à annoncer l’ouverture et la clôture des portes de la ville, fut remise en fonte par Jean Grongnart, Maître fondeur à Mons. Il lui fut payé deux sols tournois pour chaque livre de métal mis en œuvre, la ville fournissant le bois et le charbon nécessaires, ainsi que les briques pour la construction du fourneau. Le reste de la main d’œuvre était à la charge de l’entrepreneur. Le même fondeur entreprit également cette année au même prix et aux mêmes conditions, la refonte de la 2e, de la 3e et de la 4e cloche de l’église Saint-Martin, au ton de fa mi ré, ou de mi ré ut. Deux mille livres de métal vendues au prix de 40 florins le cent, par Hendric Snaitte, Maître chaudronnier à Ath, furent employées au parachèvement de cet ouvrage.

Cette documentation est complétée par une courte mention dans les Mémoires de la Société historique et archéologique de Tournai, Volumes 19 à 20 : Jean Grongnart, fondeur de cloches, fait en 1620 la quinzième cloche du batillage du Beffroi. Ce fondeur était-il tournaisien ? Etait-il parent de Pierre Grongnart, fondeur montois, qui coule dès 1598 deux des trois cloches de l'église de Ligne ? A notre connaissance, la cloche de l’église de Ligne a effectivement été réalisée par Pierre, sur lequel nous n'avons aucune documentation.

Un texte très intéressant nous concernant existe dans « l’église Saint-Barthelemy d’Heppignies. Mme Henriet-Etienne. 1989, Fleurus ». En effet, dans ce texte dont nous reproduisons la totalité, il est clairement mentionné qu’il subsiste une cloche Grongnart. Ceci nous fut confirmé en juillet 2012.

Heppignies peut se targuer de posséder une cloche très ancienne : Anne. En effet, cette cloche, fondue par Jean Grongnart, a été offerte à notre église par Anne (ou Jeanne) OPHEM (OPEN), 22e abbesse de l‘Olive qui prit son abbatiat après le décès d'Antoinette d'Oignies le 15 décembre 1583 et qui gouverna prudemment son monastère pendant environ dix-neuf ans. Elle quitta ce monde le 1er novembre 1602 .

La cloche porte les armoiries de l'abbesse et la date de 1593 (sur le souvenir de baptême des nouvelles cloches en 1961, il a été imprimé erronément 1393). Elle est en bronze et mesure 90 centimètres de hauteur pour un diamètre de 1,05 mètre. Elle porte l'inscription suivante : ANNE d'OPHEM par la Grâce de Dieu, Madame l'abbesse de l'Olive et HUME abbé de l'Eglysse. Jean GRONGNART m'a faite 1593. S'y trouvent les armoiries de l'abbesse et sa devise : Espoir en Dieu.

Une troisième cloche fut installée en 1788. L'an 1788, le 27e jour d'août a été bénie la troisième cloche d'Heppignies pesant 1054 livres 3/4 (491 kg environ) sous l'invocation de Marie dont j'ai été parrain et ma soeur Marie Joseph Dame des Forges à Namur, marraine. Tel est le texte que fait figurer le curé dans les registres paroissiaux (p. 10 recto du volume III). C'est cette cloche qui a été refondue (ou remplacée) par une autre, fondue par N. Antoine fils, portant la Vierge et l'Enfant et datée de 1803. Installée en 1805 par le curé CANVA, elle mesurait 80 centimètres de hauteur pour un diamètre de 95 centimètres.

La deuxième, la grosse cloche, a été, quant à elle, refondue le 10 juin 1835 par Pierre Jos. Courteaux et pèse 1870 livres (poids Brabant soit 875 kg environ). Elle portait le Christ en croix et mesurait 1 mètre pour un diamètre de 1,15 mètre. Des pièces d'or y furent incorporées, raconte-t-on, lorsqu'elle fut fondue. Ces pièces avaient été offertes par les demoiselles Carpent, filles de Jean-Louis et Marie-Françoise Dupuis. Ces deux dernières cloches furent enlevées par les Allemands au mois d'août 1943. Elles furent remplacées par deux nouvelles cloches qui ont été baptisées et consacrées par Monseigneur Thomas, vicaire général de Tournai le 20 août 1961, sous le pastorat de l'abbé Van Loon. Toutes deux furent fondues par Van Habost, de Coutrai. La première se nomme VALERIE ayant pour parrain Roger Thévenier et pour marraine Valérie Heine. La seconde porte le prénom de MARIE-ALCIME, son parrain étant Léopold Janssens et sa marraine Soeur Marie Alcime.


Une cloche Rochus Grongnart (Photo IRPA).

** A propos de Roch Grongnart (tout dfim) – Connu comme fondeur local à Tongeren entre 1586 et 1598. A refondu le carillon de ladite ville en 1586. A travaillé, d’après le fonds Terry, sur diverses cloches de ladite ville en 1598. Aurait fondu en collaboration avec Jean Cronen.
-1597. Fize-Le-Marsal, église Saint-Martin. Irpa 10015099. Signée Grongnart Rochus, production à Dinant.
-1681. Viemme, église Notre-Dame. Irpa 10019537. Visiblement un problème de date, nous y verrions plutôt 1581.
-1776. Retinne, église Sainte-Julienne. Irpa 10072003. Dédicace : Rochus Croegnaert me fecit 1776. Visiblement un problème de date, nous y verrions plutôt 1576.
-1663. Heure-Le-Romain, église Saint-Remi. Irpa 10094624. Dédicace : Rochus Grongnart : Had honorem et gloriam ss trinitatis dei (...) Rochus. Visiblement un problème de date, éventuellement 1563 ? Rinceaux typique de la cloche Rochus Grongnart de Soy. Superbe blason en haut de faussure.

Notons aussi la référence bibliographique :
-Couillet, église Saint-Basile. En 1920 la paroisse fut morcelée par suite de la création de celle de N.D. du Rosaire. Pendant la dernière guerre, les Allemands enlevèrent deux cloches, laissant la plus petite « trop vieille » fondue par Roch Grongnart en 1654, cédée par la paroisse Saint-Laurent. (Notice historique sur Couillet, par Alfred Bolle).

Quasiment aucun renseignement n’existe sur ce fondeur, si ce n’est qu’il est lui aussi considéré comme Magister, notamment dans la Chronique archéologique du pays de Liège : Le registre 372 de l'abbaye renseigne encore la livraison, en janvier 1644, de bronze fourni par Roch Grongnart, maître-fondeur de cloches. Il livre XIe XLV (1145) livres de matière de cloche à XLV (45) florins les cent livres ou IX (9) pattars la livre. Autrement, dans le Cartulaire de Dinant, nous relevons la courte mention : Roch Grongnart, fondeur à Dinant, s'engage à livrer une cloche au chapitre de Moustier-Sur-Sambre, le 18 septembre 1600.

Il est connu l'existence d'une cloche Rochus Grongnart à Arthies. Citation : Une autre cloche "belge" de la première moitié du XVIIe siècle a été acquise à Pontoise peu après la Révolution pour l'église d'Arthies (Val d'Oise). Elle est signée "Rochus Grongnart me fecit" ; son diamètre est de 0,75 m.

** A propos de Jean II Grongnart (tout dfim) – Connu comme fondeur local à Gand entre 1618 et 1620.
Travaux connus (tout dfim) :
-1618, Namur, porte de Hoyoul. 17 cloches pour le carillon.
-1618, Malonne, abbaye. 6 cloches pour le carillon.
-1618, Jambes, abbaye. 1 cloche.
-1620, Mons, Notre-Dame de Cambron. 1 cloche.
-1620, Tournai, 15ème cloche du beffroi. N’existe plus à ce jour.
-1620, Gand, Saint-Michel. 11 cloches pour un total de 4064 livres.

Nous savons peu de choses sur Jean Grongnart, si ce n’est que son prénom est assez souvent mentionné en flamand : Jan. On relève dans Handelingen der Maatschappij van Geschiedenis en Oudheidkunde te Gent, Volumes 6, la mention : Jan Grongnaert, fondeur de cloches, fixé à Gand depuis deux ans avec sa femme et ses enfants, se fait inscrire, par procuration, comme bourgeois de Gand.

Un instrument semble encore exister. Dans Les Instruments de musique à Bruxelles et en Wallonie, inventaire descriptif, à la page 399, il est relevé : Musée archéologique, rue du Pont à 5000 Namur. Cloche Grongnart Jean II, à Gand, 1618. Inscription : Anthoine de Marbays, chevalier SR de la Haye et Mayeur de Namur Ao 1618. Magister Johannes Grongnart Gandensis fusor totam harmoniam fecit 1618. Cloche portant les armoiries de la ville et du seigneur de Marbais. Cloche principale provenant du carillon de la porte Hoyoul.

** A propos de Pierre Grongnart (tout dfim) – Connu comme fondeur local entre 1598 et 1656. Se fixe à Mons et se marie avec Jeanne Lozenge.
Travaux connus (tout dfim) :
-1598, Ligne. 2 cloches.
-1622, Thieusies. Refonte de la petite cloche.
-1630, Binche, carillon de l’hôtel de ville. 3 cloches.
-1632, Mons. Maison d’abbaye de Notre-Dame du val des Ecoliers. Refonte de 3 cloches.
-1641, Enghien, église des Capucins. 1 cloche de 42 livres.
-1645, Ath. Refonte de la seconde grosse cloche.
-1656, Thieusies. 1 cloche.

** A propos de Paul Grongnart (tout dfim) – Connu comme fondeur local en 1703 à Tongeren. Deux grandes cloches pour le carillon. Le dfim mentionne qu’elles existent encore aujourd’hui.

** A propos de Henri Grongnart – Son prénom francisé est Henri, latinisé Henricus. Peu de travaux sont connus nous concernant.
-1612. Zonhoven, kerk Sint-Kwinten. Datée éventuellement de 1617. Irpa 77752. Rinceaux typique de la cloche Rochus Grongnart de Soy.
-1624. Heverlee, abbaye van ‘t park. Pot et broyeur. Possède l’inscription : GVILIELMVS VANDEN DRIESSCH PHARMACOLA ANNO 1624 - HENRICVS GRONGAERT ME FECIT.

Dans le bulletin de la Société d'art et d'histoire du diocèse de Liège, volume 26, une phrase semble préciser le prénom francisé : D'autre part, Henri Grongnart reçut, en 1617, 66 florins de Brabant pour métal mis
« autour des cloches » et les journées de travail. En 1620, l'administration du mobile paya 428 florins à Nicolas Chapelle, fondeur de cloches.


Une cloche Henricus Grongnart (Photo IRPA).

Henri est probablement un ouvrier (un artiste ?), lié à la dinanderie. Ce mot peu répandu se définit comme
suit : La dinanderie est la technique du dinandier. Elle consiste à mettre en forme les métaux en feuille comme le cuivre, le laiton, l'argent ou encore l'étain au moyen de différents outils dont principalement les marteaux. Ce mot désigne l'ensemble des ustensiles de cuivre et de laiton fabriqués à l'origine dans la ville de Dinant, en Belgique. Dans la référence 269 de la base de donnée Prométhée de l’ULB, il est écrit :
Grongnart, "clockman" de Dinant, relève en 1609 le Métier des fèvres de Liège par l'intermédiaire de sa femme. Ce terme fèvres, peu répandu aussi, s’applique à la dinanderie. De manière accessoire, en 2261 de la même base de donnée, nous relevons : En 1617, Grongnart reçoit 66 florins Brabant pour métal mis "autour des cloches" et journées de travail à la cathédrale Saint-Lambert à Liège.

Une longue référence , dans Latijn van toen tot nu, par Andries Welkenhuysen, décrit la Mariaklok, 1612, de Henricus Grongnart :

De Mariaklok van 1612, die — zoals ter inleiding werd gezegd — sedert het einde van de 18de eeuw, dank zij Jan Bielen, het halfuur aangaf, is een relatief grote klok, van 103 cm hoogte en een slagrand-doormeter van 118 cm. Ze is een produkt van de Luikse bronsgieter Henri Grongnart. Dat leert ons het opschrift, dat onder een decoratieve fries van bladeren en ranken over de klokkraag in twee registers verloopt. Wij trachten een getrouwe natekening van deze inscriptie te geven. Om redenen van duidelijkheid spreiden wij elk register over twee regels :

SANCTA MARIA ORA PRO NOBIS
ME FECIT HENRICUS GRONGNART A° 1612
PASTORE EXISTENTE. D AC M PAULOX CHARLIERS STL
SIMONE LEONARDI ET GETRUDE A LAPIDE SUSCEPT

Het is meteen klaar dat de bovenste tekst van deze inscriptie (onze regels 1-2) met zorg is uitgevoerd, in een duidelijk kapitaalschrift (behalve het jaartal, in Arabische cijfers van de tijd), een behoorlijk goede imitatie van de Romeinse capitalis monumentalis. De onderste tekst daarentegen (onze regels 3-4) werd er vrij onverzorgd bijgeplaatst, in kleinere onregelmatige kapitalen, met enkele vergissingen in de orthografie. De verklaring voor dit contrast lijkt ons de volgende. Henri Grongnart had voor de veel gevraagde Mariaklok inscripties goede matrijzen in voorraad, die voor meer dan één klok bruikbaar waren, en die hier het bovenste register hielpen samenstellen. Maar de tekst van het onderste register, die de plaatselijke pastoor en de susceptores memoreert, en die hier het bovenste register hielpen samenstellen. Maar de tekst van het onderste register, die de plaatselijke pastoor en de susceptores memoreert, en dus uiteraard alleen voor dit éne exemplaar kon dienen, voegde hij er bepaald nonchalant aan toe.

In het bovenste register lezen we: SANCTA MARIA ORA PRO NOBIS. ME FECIT HENRICVS GRONGNART Ao 1612 = Heilige Maria, bid voor ons. Henri Grongnart heeft mij gemaakt in het jaar 1612. De Onderste tekst voegt daaraan toe : PASTORE EXISTENTE D(OMINO) AC MAGISTRO) PAULOX CHARLIERS S(ACRAE) T(HEOLOGIAE) L(ICENTIATIO), SIMONE LEONARDI ET GETRUDE A LAPIDE SUSCEPT(ORIBUS).

We kunnen vertalen als volgt : toen de Eerwaarde Heer Meester Paul Charliers, Licentiaat in de Heilige Godgeleerdheid, pastoor was, met als peter en meter Simon Lenaerts en Geertrui van [de/den/der] Steen. We merken op dat de letter N twee keer (van de drie) in spiegelschrift staat, een eigenaardigheid die ook elders dikwijls voorkomt. Maar bovendien staat er PA VLOX in plaats van PAVLO (de X heeft, menen wij, niets te maken met b.v. een tweede voomaam van de pastoor) en is de eerste R van GERTRVDE vergeten. Dit laatste hangt mogelijk samen met iets dat we alleen bij autopsie van het klokopschrift kunnen opmerken : de lettergroep GETRVDE is blijkbaar over andere lettertekens heen uitgevoerd. Wij menen eronder A LAPIDE te ontwaren, hetgeen zou betekenen dat de voomaam GERTRVDE eerst gewoon was overgeslagen en dan gauw gauw over A LAPIDE heen werd uitgevoerd.

Uit dit alles, alsook uit het ontbreken van decoratie, buiten de sierringen en de reeds vermelde fries (een opvallend contrast met de Quintinusklok), kuntnen we opmaken dat de bronsgieter niet van het niveau was van een Zeeltsman of een Waghevens. Hij behoorde tot het geslacht Gro[n]gnart, van Dinant afkomstig, maar uitgezwermd naar Bergen (Mons), Gent en Luik. De Gro[n]gnarts zijn als bronsgieters (ook van kanonnen) en koperslagers werkzaam geweest van de 15de tot een stuk in de 18de eeuw. Van Henri Grongnart, in Luik, zijn ons vijf bewaarde werken bekend: de Zonhovense Mariaklok van 1612, een andere Mariaklok in de Sint-Lambertuskerk van Gleixhe (onder Awirs, ong. 15 km ten westen van Luik), gedateerd 1621, en drie vijzels, waarvan de jongste met opschrift FAICT A LIEGE PAR HENDRIC GRONGNAR LAN 1633. Het opschrift van de klok van Gleixhe luidt S. MARIA ORA PRO NOBIS - HENRICVS GRONGNART ME FECIT A° 1621 (ook hier is de N tweemaal in spiegelschrift gezet) : zo goed als identiek dus, op het jaartal na, met de Zonhovense inscriptie. Henri Grongnan heeft dus inderdaad zijn Marialdok-matrìjzen nog gebruikt.

Cette description nous fixe la fonderie d’Henri Grongnart à Liège. La cloche y est décrite comme étant un instrument d’un grand volume. Il est évoqué que le début de la dédicace est réalisé avec beaucoup de soin. Par contre, la seconde partie possède des lettres capitales plus petites et de moins bonne qualité, avec un certain nombre de fautes d’orthographe. L’auteur explique que le texte du haut est classique et pouvait resservir à d’autres cloches, tandis que le nom du prêtre est chose variable selon les cloches – donc non réutilisable. Cela explique d’après lui le manque de soin. Il note aussi qu’assez souvent, les N sont à l’envers. L’auteur estime, jugeant les autres éléments de décor, que la qualité est relativement faible et que les instruments d’un Waghevens ou d’un Zeeltsman sont supérieurs. Notons en dernier lieu qu’il mentionne brièvement une autre cloche, signée Hendric Grongnart.

Cette longue description est complétée par l’Irpa. En effet, cette Mariaklok de Zonhoven est décrite et plusieurs fois photographiée, objet 77752.

Conclusion : Les Grongnart représentent une petite dynastie de fondeurs wallons. Du point de vue des archives, ils sont méconnus, mais il existe largement pire (les Chevresson). Certains de la lignée sont considérés comme des Magister. Cependant, un certain nombre de cloches semble relever d'une exécution légèrement malhabile, préfigurant la grande chute de qualité du 18ème siècle. Il reste à ce jour, et selon nos connaissances actuelles, très peu de cloches visibles en clocher. La cloche de Soy à Erezée est donc un instrument à conserver précieusement !

Bibliographie
- Dictionnaire des facteurs d'instruments de musique en Wallonie, Mardaga. Malou Haine, Nicolas Meeùs.
- Documentation de Véronique Wintgens, notamment pour l’analyse du Fonds Terry.
- Inventaire de l’Irpa / Kik sur le Fonds De Beer.
- Notice historique sur Couillet, par Alfred Bolle.
- Annales, Volume 7, Par le Cercle archéologique de Mons (1866-1867). Le carillon d’Ath.
- Annales du congrès, Volume 17,Partie 2 - Fédération archéologique et historique de Belgique (1904).
- Les Instruments de musique à Bruxelles et en Wallonie, inventaire descriptif.
- Bulletin de la Société d'art et d'histoire du diocèse de Liège: Volumes 26 à 27. Société d'art et d'histoire du diocèse de Liège (1935).
- Mémoires de la Société historique et archéologique de Tournai : Volumes 19 à 20 . Société historique et archéologique de Tournai (1885).
- Bulletin académique royal des Archives de Belgique, 1913. F. Bonnet.
- Handelingen der Maatschappij van Geschiedenis en Oudheidkunde te Gent, volumes 6 à 7.
- Mémoire sur l'église et la paroisse de Sainte-Elisabeth à Mons, Léopold Devillers.
- Mémoires de la Société des lettres, sciences et arts de Bar-le-Duc, volume 2, Société des lettres & sciences et arts de Bar-le-Duc – 1887.
- Latijn van toen tot nu, Andries Welkenhuysen.

La cloche de Soy
Sur les photos de Laurent Grégoire, nous ayant été transmises par Jean-Marie Demelenne.


Elle possède un superbe volant en bois.


Voici une vue générale de la dédicace, avec le fameux rinceau si typique.


Du côté alignement des lettres, c'est à revoir, même si la lettrine elle-même est de bonne qualité.


La datation anno 1611.


De plus loin, avec une vue sur la robe.


Me fecit Rochus Grongnart.

La cloche d'Heppignies
Sur les photos d'Eric Dumont.


Voici le relevé de l'épigraphie.


La cloche Grongnart Jean. Le relevé photo date de 1994.


Le blason de l'abbesse.


Autre cloche présente en clocher. A noter : la pince est de profil français. Etrangement, cette
cloche est à tête plate. Il s'agit d'une Van Habost de 1961.


La seconde cloche de Van Habost.

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