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Tchorski
Les cloches de Notre-Dame La Riche (1/8)
Un documentaire de Nicolas Duseigne et Yann Dubois

Ce documentaire est une exploration campanaire du clocher de l'Eglise Notre-Dame La Riche, à Tours (37), France. Le documentaire a été réalisé par Nicolas Duseigne et Yann Dubois. La moitié des photos est respectivement de chacun d'eux. Un grand merci à monsieur Xavier Gué pour l'autorisation et monsieur Gérard Plessis pour l'accueil.

Notre-Dame La Riche est surtout connue à Tours pour son institution, accueillant des enfants de la maternelle au BTS. Ce nom couvre aussi l'église de Notre-Dame-La-Riche, qui nous intéresse ici. L’origine de l'édifice serait un tombeau de Saint-Gatien, construit à cet endroit par Saint-Martin, et une basilique Notre-Dame-La-Pauvre. L’église dans sa forme actuelle a été construite à la fin du XVème siècle. Dans les diverses affres de l'histoire, on notera qu'à la révolution, l'église sera reconvertie en fabrique de salpêtre. Il ne reste pas, en clocher, d'instrument conçu à la période de construction initiale (XIIème siècle) ou plus tard à la rénovation du XVème siècle.

La clocher contient trois cloches. Deux sont affectées à la volée, afin de rythmer les appels aux offices, une est un timbre. Cette dernière est donc fixe et sert au tintement horaire. Le règlement de sonnerie est une alternance de tintement sur Bollée-Anonyme, puis la sonnerie de l’heure sur la Hamonet. L’alternance est une fois, deux fois, trois fois, quatre fois, à chaque quart. Les deux cloches Bollée-Anonyme sont dans le clocher, la Hamonet est à l’air libre dans le clocheton de croisée. Les cloches datent de 1667, 1787 et 1857. Nous allons les étudier respectivement.


La cloche François Hamonet

Elle date de 1667. Elle a un diamètre de 75cm et pèse 280kg. Sa note est probablement Do(3)+16. Elle se nomme Marie. C'est un instrument très intéressant. En effet, c'est la seule cloche de ce fondeur actuellement inventorié pour la France. De ce fait, elle est une base d'étude excellente. De plus, le fondeur Hamonet nous est peu connu. Malheureusement, placée dans un clocheton ajouré, il est impossible de la voir de près, il faudrait s'encorder. Nous n'en donnerons donc, à grand regret, aucune image. Quelques notes à propos des Hamonet sont données ici à titre documentaire.

Nous relevons une citation à leur compte dans : Notes pour servir à l'histoire des Savoyards de divers états. Les fondeurs de cuivre, et les canons, cloches, etc. , en Savoie, notes recueillies et mises en ordre par MM. Auguste Dufour et François Rabut. LES FONDEURS DE CUIVRE ET LES CANONS, CLOCHES, ETC. EN SAVOIE, que nous citons ci-dessous : 1681-1685 : François Hamonet Les Alberghetti, nous venons de le voir, n'étaient employés que temporairement, en même temps que Boucheron remplissait les fonctions de fondeur d'artillerie de tous les Etats du duc de Savoie. A la mort de celui-ci, le duc Victor-Amédée II donna sa charge de fondeur et fabricant général de grosse et petite artillerie à François Hamonet, de Tours en Touraine, dont la capacité et l'expérience lui étaient connues. Les patentes, données à la Vénerie le 29 mai 1681, lui attribuent le traitement ordinaire de 20 ducatons de Savoie par mois, le ducaton valant 4 livres et demie, et la livre 20 sols. Le duc Victor-Amédée continuait, comme ses prédécesseurs, à accueillir les artistes étrangers. Comme Boucheron, Hamonet était chargé de divers travaux concernant l'art du fondeur, autres que ceux de sa charge. En 1085, le trésorier général lui paye 500 livres pour des conduits en laiton et en plomb, pour les fontaines du château du la Vénerie.

D'après cette citation et la quantité faible d'instruments réputés provenir de sa fonderie, nous pouvons supposer que ce fondeur était ce qu'on appelle un batteur de cuivre. Il n'était pas seulement saintier.

Dans les Mémoires de la Société archéologique de Touraine, volume 33 – 1885, il figure une seconde courte biographie des Hamonet, que nous reproduisons ci-dessous :

Hamonet ou Hammonet, nom d'une famille de maîtres fondeurs de cloches et de ciseleurs sur métaux.
— (Guillaume), est cité dans les comptes de la ville, comme ayant exécuté plusieurs travaux de son art, en 1570.
— (Claude), fils du précédent, paroisse Saint-Hilaire, à Tours, passe un marché, en 1603, avec les chanoines et chapitre de l'église Saint-Georges de Faye-la-Vineuse, pour la fonte de plusieurs cloches. Au mois de septembre 1624, Claude, associé à son frère Pierre, avait fondu une cloche nommée Bricet, pour l'église Saint-Martin de Tours, lorsque, au moment de la monter, les chanoines s'apercevant qu'elle n'était d'accord ni avec la cloche Louys, ni avec les Gros Braillards, protestèrent par devant notaire. Le maître fondeur n'en continua pas moins de faire monter Bricet, d'où s'ensuivit un long procès, dont nous n'essayerons pas de retracer ici les péripéties.
— (Pierre), frère du précédent, figure dans les comptes de l'ancien hôtel-Dieu de Tours, comme ayant fondu une cloche pour l'hôpital de la Madeleine. Le 14 février 1632, il s'engage à livrer à l'abbaye de Beaumont-lez-Tours une grosse cloche à raison de quinze sols la livre de métal. Ce même fondeur est nommé quelques années après maître fontainier de la ville de Tours. Enfin, son nom figure pour la dernière fois en 1690, dans le compte particulier de la construction d'un arc de triomphe élevé à la gloire de Louis XIV, auquel il contribua par la fourniture d'ouvrages de fonte, qui lui furent payés la somme de cent soixante-quatorze livres tournois.
— (Jehan), fils du précédent, lui succède dans sa maîtrise en 1651 ; il exerçait encore en 1674.
— (François), succède au précédent, en 1677.

La cloche Joseph Minel, Pierre Huot

Elle date de 1787. Elle a un diamètre de 72cm et pèse 210kg. Sa note est Do#(3)+15.

Elle provient de deux fondeurs du Bassigny : Joseph Minel et Pierre Huot. Sa décoration est sobre. La dédicace est en grosse lettre romaine, elle ressemble au travail des Lainville, bien qu’étant plus soigné. Elle est ornée de 4 lignes, assez bien vert-de-grisée. La pince est à ce titre victime de décollements. Les anses sont carrées sans décoration. Le montage semble être en lancé franc allégé par un mouton de taille réduite. Le battant est assez ancien. Aucune décoration supplémentaire ne vient orner la cloche.

Dans le beffroi, un volant en bois est entreposé, bien préservé. Il est joli.

La cloche Bollée

Elle date de 1857. Elle a un diamètre de 64cm et pèse 150kg. Sa note est Ré(3)+0. Elle provient du fondeur 'Bollée Ainé', installé à Orléans.

Les Bollée sont une dynastie de fondeurs. Ils sont originaires de Breuvannes en Haute-Marne. C'est en 1838, que de statut d'itinérant, ils finissent par se fixer à Saint-Jean-de-Braye, près d'Orléans, lieu où l'établissement est toujours existant. La dénomination ainé n'est pas aisée à interpréter. Il s'agit très probablement de Jean-Baptiste Amédée Bollée (1812-1876). Le mot 'Ainé' est probablement pour distinguer de son frère cadet, Amédée Bollée, installé au Mans. Son fils Georges Bollée, sera aussi fondeur de cloches. Il travaillera souvent en collaboration avec les fondeurs Isidore Cornevin, Cléophas Curt et Paul-François Petitfourt, et avec son frère Ernest-Sylvain Bollée. Ses travaux sont souvent des fontes de bonne qualité, richement décorées en épigraphie, avec un grand nombre de lignes de dédicace. Les anses sont carrées et ne comportent aucune décoration.

La cloche nous concernant comporte de nombreuses lignes de dédicace (4), conformément à l’habitude du fondeur, en lettres romaines, précédées de nombreuses mains indicatrices. Il y a un rinceau végétal au cerveau, probablement des roses. Sous la dédicace, une assez grosse frise de palmettes. Au sommet du cerveau, entourant la couronne, une frise géométrique de triangles. On retrouve cette même décoration à la patte. Le battant est neuf et semble être un Paccard. Sous réserve de mise en volée, le montage semble être lui aussi en lancé franc allégé, le mouton est assez petit, cerclé par 4 brides. En panse, un christ en croix très classique. Les anses sont à godrons alignés, dans un état de relative usure.

La charpente

La charpente est assez particulière et vu sa forme, pourrait dater de la construction de l'édifice. Elle possède une structure XIIème siècle. Nous aurions tendance à la dater de manière légèrement postérieure, soit le XIIIème, sans qu'il soit possible de statuer avec facilité. Elle possède une structure ressemblent à un toit en carène, ou encore une ressemblance avec les structures Philibert de L'Orme. Elle n'est ni l'un ni l'autre étant donné que la couverture est plate, elle ne prend pas la forme d'une coque de bateau. De plus, il n'y a aucune clavette s'enfonçant dans la mortaise.

Là où cette charpente est très particulière, c'est sur la structuration des aisseliers. Ils sont placés en forte flexion entre les entraits et les faux entraits, sur la sablière. Cela donne l'apparence de carène. Un poinçon de forte constitution rejoint le faite au sol. Les cerces, en forte flexion, génèrent des poussées latérales préjudiciables pour les murs. C’est pourquoi de forts entraits sont placés au sol, afin de reprendre la traction. Les chevrons sont placés sur les aisseliers. De l'extérieur, il est parfaitement impossible de deviner que cette structure existe. La carène est visible uniquement depuis le comble. Les liernes sont en effet sur les chevrons. Cela va sans dire que c'est une charpente - sans être extrêmement rare - qui mérite beaucoup d'attention. La flexion des aisseliers permet de reprendre les efforts de compression et le poinçon la traction, tout cela dans un équilibre assez ahurissant. Elles étrésillonnent les fermes principales. Ce travail de maître-compagnon témoigne d'un savoir-faire très abouti. Cette charpente est réellement magnifique, avec des courbes et des couleurs élégantes, c’est un labyrinthe de bois. Le grand vide laissé produit une impression de pureté.

Bibliographie
- Frédéric Epaud et Vincent Bernard, L’évolution des charpentes d’églises du Val d’Oise, du XIe au XXe siècle
- Les recherches de Maurice Thouvenin sur les fondeurs du Bassigny.


Les photos sur le blog de Nicolas.

L'édifice


L'édifice est assez discret dans le bâti ancien de la ville.


Bienvenue à Notre-Dame La Riche.


Le clocheton est là où se cache sauvagement la cloche Hamonet.



Le porche. Depuis la place, elle a un petit quelque chose d'imposant.


Le bâtiment donne une apparence trapue et sobre, bien que richement décoré.


Le tympan du portail occidental.


Le restaurateur est Gustave Guérin, il a officié principalement en 1860.


Les statues sont quant à elles du sculpteur Trodoux.


Détail de l'archivolte.


Les plans de l'église et du présent porche !

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