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Matthias Vanden Gheyn et les fondeurs
de cloches du nom de Vanden Gheyn


Matthias Vanden Gheyn

Ce dossier est une synthèse sur la dynastie de fondeurs Vanden Gheyn, il est composé de définitions, d'une compilation d'articles anciens et de notices bibliographiques. Ayant réussi à me procurer des écrits très rares, je me suis permis de les numériser afin de les rendre accessibles à tous. Le recueil du Dr. Georges Van Doorslaer, Les Van Den Ghein, fondeurs de cloches, canons, sonnettes et mortiers à Malines, est disponible ici. Ce travail est le résultat d'une très longue période de recopiage, décryptage, ocr-isation, correction de textes. Le document pdf mis en page est disponible pour qui en aurait besoin...

Si les Vanden Ghein ne sont pas les meilleurs fondeurs de tous les temps, il faut reconnaître que cette dynastie a fortement influencé le paysage campanaire Belge, ce qui mérite donc une assez vaste étude sur le sujet, notamment vu les sources de confusions possibles dues aux prénoms similaires ou identiques, ou volontairement modifiés (Jan = Jean, Peter = Pierre ; ça ne simplifie pas les choses...)

Ce dossier comporte :
- Une courte notice biographique pour chaque fondeur.
- Un chronogramme et une table qui permettent de déterminer le fondeur d'une cloche datée.
- Des articles, dont un très long sur Matthias Vanden Gheyn. Ces articles sont parfois flip-flop, c'est à dire beaucoup de bla-bla pour un contenu assez maigre... C'est une manière de faire pour l'époque, de longuement blablater pour n'édicter que peu de faits historiques vérifiés. Je n'ai pas résumé ni taillé dans le vif afin de garder l'information telle quelle, surtout sans la déformer.

L'orthographe du nom est très variable. Nous nous basons sur la plus communément répandue selon les époques (surtout selon la classification d'André Lehr). Les variations d'orthographe sont : Van Den Gheyn, Vanden Gheyn, Van Den Ghein, Gheyne, Gheijn... Les autres orthographes sont probablement des erreurs d'écriture, bien que ce soit difficile à déterminer...

Notons en préalable que la dynastie n'a rien à voir avec le célèbre peintre Jacob De Gheyn.


Chronogramme de la dynastie ; (image plus grande accessible en lien).

Willem Vanden Ghein (1450 - 1533) s'est établi comme fondeur de cloches à Malines en 1506. Nous ne connaissons pas ses ancêtres comme étant des fondeurs de cloches, bien que ce soit possible... Il est né en 1450 à Goirle, un hameau de Tilburg aux Pays-Bas. C'est un village entre Turnhout et Tilburg. Il est donc à considérer que Willem provient d'une culture flamande bien ancrée. Il est décédé en 1533, à 83 ans. On lui connait l'achat de la maison Gulden Leeuw à Malines en 1511. Il resterait une seule cloche de ce fondeur, à Notre-Dame au-delà de la Dyle. Sa pierre tombale serait dans le mur de l'église, ainsi que celle de Pierre De Clerck, côté rue Notre-Dame (Onze-lieve-vrouwekerkhof).

Peter [I] Vanden Ghein (1500 - 1561), fils de Willem, s'est établi comme fondeur à Malines en 1528. Il aura deux fils, Peter [II] et Jan [II]. Parfois noté en épigraphie : Peeter Vanden Ghein. Il s'installe dans une propriété appelée De Swaene, ou De Swane, répertoriée par Van Elewyck. La tombe répertoriée par Van Doorslaer, dans le flanc de l'église Notre-Dame au-delà de la Dyle, aurait disparu après 1910. Il faut croire que le tombeau familial, y-compris Willem, fut concerné. Il fond un nombre assez important de cloches et elles sont plutôt réputées pour leurs qualités acoustiques. Il est réputé avoir fondu la cloche de La Mary Rose, qui était le navire emblème des Tudor et faisait partie du programme naval du roi Henri VIII d'Angleterre.

Jan [I] Vanden Ghein (15xx - 1543), aurait fondu une cloche en 1534. Il a eu un fils, Anton Vanden Ghein, qui aurait été fondeur, mais nous ne possédons aucune trace de cette activité. Il décède de manière prématurée (Haine, p419) et laisse sa famille dans une situation précaire.

Peter [II] Vanden Ghein (15xx - 1598), a travaillé comme fondeur entre 1561 et 1593 à Malines. Il aura trois fils : Peter [III], Hendrick et Jan [III]. Tous sont devenus fondeurs de cloches. Sa situation est très prospère. Fin acousticien, il travaillera sur un nombre important de fontes, allant même jusqu'à proposer des travaux expérimentaux de cloches hémisphériques (Van Doorslaer, 1910). Cependant, malgré l'excellent travail fourni, il vivra dans une certaine misère, la ville de Malines étant touchée par une forte récession de 1585 à 1595. Ses cloches fort soignées sont visibles à Hal par exemple, mais aussi au carillon de Veere. En raison du manque d'espace, il est réputé que cette cloche est hémisphérique. (NdT : une photo est visible sur internet et je ne vois pas trop la particularité... ?)

Jan [II] Vanden Ghein (15xx - 1573), aurait fondu une cloche en 1546, mais on ne lui connait peu d'autres activités.

Hendrick Vanden Ghein (1560 - 1602), connu comme ayant fondu 4 cloches dans la période 1587-1599.

Peter [III] Vanden Ghein (1552 ou 1553 - 1618), a travaillé dans la fonderie de son père jusqu'en 1596. La fonderie a été très prospère, bien que les cloches n'aient pas eu une réputation de qualité si fondée que ça. De ce fait, à son décès, la fonderie ne se revendit pas avec facilité (les données sont floues sur la question). Malgré tout, surtout à la fin de sa carrière, il est souvent appelé à être juré dans des cas de litiges entre forgerons. Pour un fondeur de cette époque, on notera le fait que nombreuses cloches sont exportées, ce qui donne quand même un certain signe de reconnaissance pour sa production.

Jan [III] Vanden Ghein (15xx - 1626), a fondu des cloches à Malines en 1588. N'a fondu que peu d'instruments et est surtout connu auprès de nous pour ses difficultés financières. Il laissera de nombreuses dettes à son décès. On le relève aussi sous le nom de Hans Vanden Ghein, ce qui amène un certain nombre de confusions importantes, car il a été notamment inventorié en tant que fondeur indépendant de Jan [III] en Refond. Sa production de cloches est connue comme étant assez médiocre. A priori, on ne lui connaitrait plus de cloches en Belgique, sauf dans quelques musées. Elles nous sont toutes signées 'Hans'

Peter [IV] Vanden Ghein (1607 - 1654 ou 1659, incohérences de sources, a priori plutôt 1659), a fondu le bourdon Salvator pour Sint-Romboutskerk à Mechelen, en 1638, en partenariat avec le fondeur Peter De Clerck, qui par mariage était son oncle. Assez souvent répertorié comme étant Peeter Vanden Ghein, il signe ses cloches sous ce nom. Le bourdon Salvator de Sainte-Gudule de Bruxelles est de lui. On ne sait quasiment rien de ce fondeur, si ce n'est qu'en association avec De Clerck, il était déjà actif à 19 ans.

Jan [IV] Vanden Ghein (1642 - 1697), fils de Peter [IV]. C'est le dernier fondeur à orthographier son nom Ghein. A fondu un nombre important de cloches d'assez bonne qualité. On le répertorie aussi comme étant fondeur de laiton. On ne répertorie pas de fonte de mortiers. A priori serait un fondeur assez artisanal. Sous réserve d'inventaire, on ne lui connaitrait pas d'instruments en Belgique.

Andreas Vanden Gheyn (1634 - 1683), fils de Peter [IV], émigré à Sint-Truiden en 1655 puis à Tienen en 1661.On ne connait rien de lui, sinon que c'est par lui qu'on trouve une branche Van Den Gheyn à Tienen. A ne pas confondre avec Andreas-Frans, Andreas-Josephus, et Andreas-Lodewijk, dont les instruments sont répandus.

Peter [V] Vanden Gheyn (16xx - 1717), fils d'Andreas, a travaillé comme fondeur à Tienen. Sa fonderie était située à Groote Berghstraat. Sa fonderie était artisanale, on ne lui connait pas d'instrument en Belgique, sous réserve d'inventaire.

Andreas-Frans Vanden Gheyn (1696, quelquefois faussement inventorié en 1699 - 1730), fils de Peter [V]. A déménagé à Leuven en 1727 pour la fabrication d'un carillon dans cette ville. Deux fils : Matthias et Andreas-Josephus. D'après Malou Haine, que je cite : il décède prématurément à l'âge de 34 ans, laissant des enfants en bas-âge. Sa veuve Elisabeth Peeters reprend la gestion de la fonderie, assistée de son beau-frère Peter VI Van Den Gheyn. En 1740, elle fait au nom de celui-ci et de ses deux fils (...) une demande auprès de la ville de Malines pour y établir une fonderie. Ce projet restera sans suite.

Peter [VI] Vanden Gheyn (probablement Tienen, 1698). Fils de Peter [V]. En 1732, il reprend la fonderie, et essaie d'initier Matthias au métier. Cependant après quelques fontes, celui-ci se tourne vers l'univers de la musique : compositeur, organiste, carillonneur. En 1751, la fonderie sera transmise à son neveu : Andreas-Josephus. On répertorie dans certaines littératures qu'il est frère cellite, c'est à dire de la congrégation des Alexiens. Cela s'écrit souvent 'cellebroeder' en néerlandais. Sa production est très importante. Elle est assez difficile à identifier étant donné qu'il ne mentionne pas son prénom. Il faut déterminer avec les dates... Il constitue un nombre assez important de carillons, mais aussi des tambours de ritournelles automatiques.

Andreas-Josephus Vanden Gheyn (1721 - 1793), deuxième fils d'Andreas-Frans. C'est le fondeur Vanden Gheyn le plus prolixe, très importants travaux en quantité. Il a fondu une vingtaine de carillons, de très bonne réputation, qui avaient l'avantage d'être plus légers que les Hemony ; il se forge une très grande réputation en matière de fonte de carillon. Ses travaux de sonneries quant à eux se trouvent dans nombre d'églises de campagne. Ce sont des instruments simples en épigraphie, souvent de très bonne qualité acoustique.

Matthias Vanden Gheyn (1753 - 1807), fils d'Andreas-Josephus, a fondu un carillon en 1774, pour le Val-Saint-Lambert. Cependant, il se tourne vers le métier d'organiste et compositeur. Andreas-Lodewijk, le petit frère, prendra la succession de la fonderie. Une statue de Matthias se trouve sur l'hôtel de ville de Leuven.
Vu la très longue description disponible ci-dessous, par M Van Elewyck, nous ne nous appesantirons pas sur le texte ci-présent.

Andreas-Lodewijk Vanden Gheyn (1758 - 1833), fils d'Andreas-Josephus, a été le dernier fondeur à porter le nom des Vanden Gheyn. Il s'est marié en 1783 à Nivelles avec Maria Rochet et y a vécu une longue période. Sa fille, Anne-Maximilienne (1792 - 1875), s'est mariée en 1813 à Nivelles avec Guillaume ou Thomas Van Aerschodt (1769 - 1831). [Je précise les deux car j'ai des incohérences de sources].

Quelques mots sur la généaologie... Anne-Maximilienne (plus souvent répertoriée comme Anna-Maximilian), s'est mariée avec - en principe - Thomas Van Aerschodt. Ils ont eu pour enfants Reine-Barbe Van Aerschodt, Andreas-Lodewijk Van Aerschodt (que nous connaissons bien comme fondeur de cloches), Severinus Van Aerschodt (que nous connaissons bien comme fondeur de cloches, plutôt sous le nom Séverin Van Aerschodt), Dominique Van Aerschodt. Reine-Barbe Van Aerschodt, mariée avec Pierre Sergeys, a eu un enfant : Constant Sergeys. Ce dernier a eu pour enfant Fernand-François Sergeys, ce dernier ayant eu pour enfant Jacques Sergeys. Jacques a été un des derniers fondeurs de cloches de Belgique.

Si l'on descend la branche de l'autre côté, Séverin Van Aerschodt aura pour enfant Alphons Van Aerschodt et Felix Van Aerschodt (que nous connaissons bien comme fondeur de cloches).

La descendance est donc très marquée par la tradition campanaire. Nous estimons donc que la très grande tradition de fonte des Vanden Gheyn s'est établie de 1450 à 1980. C'est finalement la crise campanaire que nous connaissons de nos jours qui éteint 530 ans de savoir-faire...

Table de reconnaissance des fondeurs Vanden Ghein, Vanden Gheyn, en cas de rencontre d'une de ces cloches en clochers, aide à l'inventaire RECIB. Ce tableau est un aide-mémoire mais ne peut pas remplacer une analyse de l'instrument observé en clocher, indispensable étant donné qu'il y a des périodes de chevauchement...

Willem Van Den Ghein - En principe introuvable.
Peter [I] Vanden Ghein - Rare. Très chargées en épigraphie. Magnifiques.
Jan [I] Vanden Ghein - En principe introuvable.
Peter [II] Vanden Ghein - En principe introuvable.
Jan [II] Vanden Ghein - Assez rare, a tendance a être signé Hans Vanden Ghein.
Hendrick Vanden Ghein - En principe introuvable.
Peter [III] Vanden Ghein - Daté entre 1595 et 1617. Quelquefois signé Petrus.
Jan [III] Vanden Ghein - Daté entre 1598 et 1626.
Peter [IV] Vanden Ghein - Daté entre 1627 et 1654. Quelquefois signé Peeter.
Jan [IV] Vanden Ghein - Daté entre 1666 et 1696.
Andreas Vanden Gheyn - En principe introuvable.
Peter [V] Vanden Gheyn - En principe introuvable.
Andreas-Frans Vanden Gheyn - En principe introuvable.
Peter [VI] Vanden Gheyn - De 1732 à 1751, signe Van Den Gheyn avec un y, sans prénom.
Andreas-Josephus Van Den Gheyn - Signe Andreas Vanden Gheyn.
Matthias Vanden Gheyn - En principe n'a que peu ou pas fondu.
Andreas-Lodewijk Vanden Gheyn - Signe AL Van Den Gheyn. Mentionne Lovanii.

Donc si on résume les difficultés :
Peter : Si 1595-1617, Peter III. Si 1627-1654, Peter IV. Si Gheyn avec Y, Peter VI.
Ian : Si 1598-1626, Jan III. Si 1666-1696, Jan IV.
Andreas : Si A. Van Den Gheyn, ou AJ. Vanden Gheyn, ou Andreas Vanden Gheyn daté entre 1750-1790, alors Josephus. Si AL + Lovanii, alors Lodewijk. A ne pas confondre avec les ALJ Van Aerschodt, qui est aussi un Andreas-Lodewijk Vanden ++.
Si n'importe quoi d'autre : alors vous avez de la chance ;-)

Si lors de relevés, vous faites des confusions, ne vous en étonnez pas, c'est normal. Il n'est pas beaucoup de lignées autant confusantes que celles des Vanden Gheyn et Van Aerschodt. Les superpositions de noms sont si nombreuses que les erreurs sont quasiment inévitables...


Saint-Rombaut, Malines.

L'ancienne industrie du cuivre à Malines. Hyacinthe Coninckx. Décembre 1912. [Extraits, mais le texte complet, très intéressant, sur Adrien Steylaert, Medardus Waghevens, etc, est conservé en tant qu'archive].
Notons que nous identifions quant à nous l'auteur comme étant Georges Van Doorslaer, donc nous ne savons pas qui est Hyacinthe Coninckx dans le cadre de cet article.

Henri Van Den Ghein

Un fils de Pierre II, né vers 1560, qui parait ne pas avoir fait des affaires bien brillantes. Déjà en 1588, il était forcé de recourir à l'assistance bienveillante de son père, qui offrit en garantie, à l'écoutête malinois, sa personne et tous ses biens, pour tous les droits judiciaires qu'éventuellement ce dernier pourrait élever contre son fils Henri.

En 1590 Henri Van Den Ghein s'installa rue Sainte-Catherine, dans l'ancienne fonderie de feu Jacques Waghevens et d'Adrien Steylaert, qu'il prit en location des héritiers du premier, au prix de 25 florins par an. Il dut l'abandonner bientôt, ne pouvant faire face aux frais énormes qu'avaient entraînés les réparations de la maison et au sujet desquels il fit, en 1595, un compte de liquidation avec les propriétaires.

Il acheta, en 1596, en son nom et en celui de son épouse, une maison située dans la même rue, à proximité du Heembemd. Cette propriété était grevée de rentes dont le payement resta en souffrance. Se débattant dans un embarras financier continuel, le Magistrat dut intervenir en 1599, pour l'obliger à rembourser à Henri Claes une somme de 146 florins, empruntée à ce dernier.

Il ne parvint pas à sortir de sa situation critique et, après sa mort en 1602, la succession se trouva obérée, au point que sa veuve, en présence du grand nombre de créanciers, fut obligée de l'accepter sous bénéfice d'inventaire. La liquidation, embrouillée, n'était point terminée encore en 1606, alors que sa veuve s'était remariée déjà à Pierre van Rymenant.

Sa signature, tronquée, reproduite ci-dessous, se trouve dans un registre appartenant à l'Administration des hospices d'Anvers, au bas d'un contrat pour la fourniture d'une cloche en 1599.

Sa veuve, d'après les documents, s'appelle Anna Verspreet ; toutefois, dans les registres paroissiaux de l'église N.-D. on trouve, à la date du 14 août 1559, le mariage de Henri Van Den Ghein avec Anne Janssens d'Anvers. S'agit-il là d'une même personne ? Cela parait assez probable, attendu que la date de ce mariage est bien en rapport avec celle du baptême du premier des enfants, dont l'indication se retrouve, de même que celle du baptême des autres enfants d'Henri, dans les registres de la paroisse Sainte-Catherine, mais à laquelle manque malheureusement le nom patronymique de la mère. Ces registres signalent six enfants : Elisabeth, née le 4 juin 1590 ; Corneille, né le 18 septembre 1591 ; Jean, né le 7 février 1593 ; Anne, née le 8 mars 1594 ; Pierre, né le 4 septembre 1597; Marie, née le 5 juin 1600.

De toute cette descendance, un enfant, Anne, survit. Elle seule est mentionnée dans le testament de son oncle Pierre, en 1618. Ses débuts comme fondeur paraissent remonter à l'an i588. Sa mort, survenue en 1602, termina hâtivement cette carrière. Le petit nombre d'ouvrages connus et dont seulement deux mortiers ont subsisté, est cause de ce que son nom soit peu répandu.

Quatre cloches sorties de ses moules nous sont signalées : la première, de 1595, à Nylen ; la seconde, de 1595, à Malines; la troisième, de 1595, à Fluldenberg ; et la quatrième, de 1599, à Anvers. Nous n'avons pu voir une de ses cloches ; bornons-nous donc à les signaler.

1598 - Henri Van Den Ghein avait coulé en cette année une cloche pour l'église de Nylen. Elle était consacrée à S. Willibrord et poite l'inscription intéressante par l'indication du domicile du fondeur. HENRICUS VAN DEN GHEIN HEEFT MY GEGOTEN - INT lAER 1593 TOT MECHELEN - BY DE CATHLY NEPOORT - VOOR WILBRORD BEN IK GEGOTEN - DAER IK DEN PATROON BEN VAN ONDER DEN BYVANCK. Elle fut brisée le 28 décembre 1798, lors des troubles révolutionnaires, et refondue en 1816.

1595 - Les comptes de l'église Saint-Rombaut à Malines mentionnent le paiement de 143 florins fait à Henri Van Den Ghein, pour une cloche de 358 livres, à raison de 8 sous la livre. Elle devait être suspendue dans le campanile. Il avait fourni en même temps les deux pannes, d'un poids total de 11 livres, au prix convenu, soit ensemble 4 flor. 8 sous.

1698 - Il y eut anciennement dans le clocher de l'église de Huldenberg, une cloche portant l'inscription : HENDRICK VAN DEN GHEYN HEEFT MY GEGOTEN - INT JAER ONS HEEREN 1598 - SINT NICLAES TOT HULDENBERG.

1599 - Une cloche de l'hôpital Sainte-Elisabeth à Anvers, nommée " Ihesus ", pesant 199 livres, fut refondue par Henri Van Den Ghein, en 1599. L'ancienne cloche ayant été jugée trop mince et trop légère, la nouvelle fut portée au poids de 280 livres. Le travail du fondeur, pour la refonte de l'ancien métal, fut payé à raison de deux sous la livre ; le métal supplémentaire se paya 8 sous la livre. L'ensemble de l'opération, avec les six sous dus pour le transport par bateau, fut payé 52 florins, 12 sous.

Henri Van Den Ghein devait garantir son travail sans défauts et en rester responsable pour un an. Henri Bernaerts, fondeur de cuivre à Anvers, se constitua caution pour Van Den Ghein. La cloche, disparue aujourd'hui, peut avoir été détruite dans le cataclysme que subit le clocher lors d'un ouragan fameux ayant sévi le second jour de Pâques de l'an 1606.

Nous remercions bien vivement notre confrère M. Edm. Geudens, qui nous a très obligeamment renseigné au sujet de cette cloche.

Pierre Van Den Ghein III

Fils de Pierre, il est né vers 1553, d'après un acte de 1600, concernant une cloche livrée à la commune de Hingene, dans lequel il se déclare âgé de 47 ans. Après avoir collaboré avec son père, il s'en sépara vers la fin de la vie de ce dernier. Marié en 1590, il achète avec son épouse, en 1596, une maison dans la rue de l'Empereur, aboutissant rue Voocht, et située non loin du Marché au Bétail.

Pierre III fit rapidement des affaires florissantes qui l'obligèrent, en 1598, à agrandir ses installations. Il acquit à cet effet une maison contiguë à la sienne. Celle-ci fut l'objet de transactions diverses en 1600 et 1603. En 1610, il se rendit encore acquéreur d'un jardin situé au Neckerspoel.

Sa situation et sa valeur professionnelles le désignèrent au choix de ses confrères de la Corporation des forgerons pour les dignités de doyen et de juré du métier. Les comptes communaux le signalent comme doyen en 1602, 1606, 1609, 1610, 1611 et 1613, comme juré en 1605, 1607 et 1617. Il fut aussi investi de plusieurs charges honorables dans sa paroisse, où il remplit, en 1611 et 1617, l'office de proviseur de la Confrérie du Saint-Sacrement, et en 1606 et 1607 celle de proviseur de l'Hospice Saint-Julien.

Pierre Van Den Ghein III se fiança le 20 septembre 1590, à Anne Benoit, avec laquelle il contracta mariage peu de jours après. Son épouse meurt le 13 décembre 1607 ; il se remarie le 23 mai 1608, avec Claire Vergaelen, fille de Lambert. Il n'eut point d'enfants de sa première union ; la seconde lui donna un fils, Pierre, né le 9 janvier 1609, mais qui vécut deux jours seulement. Pierre III mourut sans descendance directe, le 15 décembre 1618.

Des dispositions testamentaires furent faites par Claire Vergaelen, son épouse, au 22 mai 1608, devant le notaire Jean Van Der Hoffstadt, et le 15 avril 1615, devant le notaire H. Sporckmans ; d'autres furent faites par lui-même devant ce dernier notaire, le 23 octobre 1618.

Néanmoins sa succession donna lieu à différentes procédures entre ses héritiers, frères et sœurs, et Catherine Verpaelt, épouse de Henri van Hanswyck, et fille de Henri Verpaelt et de Anne Benoît, première épouse de Pierre Van Den Ghein. Sa veuve vendit, en 1623, à Guillaume Jaecus d'Anvers, la maison de la rue de l'Empereur, dont la dénomination était alors " de Clocke ". C'est aussi à ce moment que la propriété ancestrale, la première fonderie des Van Den Ghein, " de gidden Leeuw ", de la rue de Bruxelles, restée jusqu'alors en possession de la famille, fut morcelée et vendue par les héritiers de Pierre.

Malgré le petit nombre de travaux connus, il apparaît cependant nettement comme technicien consommé et comme acousticien de premier ordre. On rencontre encore de ses cloches à l'étranger, en Hollande et en Angleterre. A Monikkendam, en Hollande, existe toujours le carillon, composé par lui en 1595. Celui de l'église N.-D. à Malines, n'existe malheureusement plus. Il travailla également au carillon de la tour Saint-Rombaut en cette ville.

L'ornementation de ses cloches est pareille à celle de ses prédécesseurs. Quant aux inscriptions, elles sont généralement en flamand. Deux fois, en 1595, il fit exception à cette règle, en tentant, par l'emploi de belles formules latines, un retour à l'usage ancien. Plus tard encore, en 1610, il reprend d'anciennes formules flamandes.

1595 - Dans la tour de l'ancienne maison du conseil, à Monikkendam, en Hollande, est conservé encore un carillon très mélodieux, œuvre de P. Van Den Ghein. La cloche servant à sonner la demi-heure mesure 90cm de diamètre et porte l'inscription en capitales romaines : VIVOS o VOCO o DEFUNCTOS o PLANGO o FULGURA o FRANGO o VOX o MEA o VOX o VITAE o VOCO o VOS o AD o SACRA o VENITE o GEGOTEN c INTJAER o ONS o HEREN o M o CCCCC o XCV o PETER o VAN o DEN o GHEIN o HEFT o Ml o GEGOTEN o

Cette inscription latine qui se retrouve identique sur une cloche qu'il fournit en la même année, à l'église N.-D. à Malines, et qui indubitablement sort de ses mains, nous autorise à attribuer ce carillon à Pierre III, quoique son père Pierre II n'avait pas encore cessé de vivre à cette date. En dehors de celle-ci, il y a encore une grande cloche, sonnant l'heure, œuvre de Thomas Both, et seize autres cloches formant carillon, portant toutes le nom de Peeter Van Den Ghein, avec les millésimes de 1595 ou de 1590.

1595 - Les marguilliers de l'église Notre-Dame au delà de la Dyle, à Malines, achetèrent à Pierre Van Den Ghein, le jeune, une cloche nommée " Gabriel ", pesant 1641 livres, avec les pannes, 1669 livres. En échange, il reçut la cloche " Anna ", pesant 970 livres, qui dut être retirée du jeu de cloches, parce que sa tonalité n'était pas en accord avec les autres. Il lui restait donc à toucher, à raison de 38 florins par cent livres, la somme de 693 livres. L'épouse de Van Den Ghein ne fut pas oubliée dans cette négociation. Elle reçut pour son compte une pièce d'étoffe de la valeur de 6 florins 6 sous.

1595 - Le 20 octobre de cette année, les marguilliers de la même église, à Malines, achetèrent à Van Den Ghein, le jeune, une nouvelle cloche nommée " Henri ", dont le poids était de 1280 livres. Elle portait l'inscription : DEFUNCTOS PLANGO, VOCO VIVOS, FULGURA FRANGO, VOX MEA, VOX VITAE, VOCO VOS AD SACRA VENITE. Elle lui fut payée au même prix de 38 florins les cent livres, comme la précédente.

1597 - Les marguilliers de l'église Notre-Dame au delà de la Dyle, à Malines, achètent de nouveau, en 1597, une cloche de 828 livres, nommée " Anna ", et, en plus, des pannes d'un poids de 20 livres. Le prix est toujours de 38 florins les cent livres. Son épouse fut gratifiée derechef d'une pièce d'étoffe, dont la valeur s'élevait à 3 florins 3 sous.

1597 - Une nouvelle cloche fut livrée par ce fondeur à l'église Saint-Jean de Malines. Elle pesait 800 livres. Comme elle n'était pas en concordance avec le son des autres cloches, elle fut reprise par le fondeur, qui en fournit une autre, pesant, cette fois, 1134 livres.

1599 - Une série de onze cloches harmonisées entr'elles et destinées à former carillon, furent achetées au fondeur, par le conseil de fabrique de l'église Notre-Dame au delà de la Dyle, à Malines. L'ensemble pesait 1549 livres. Ce travail fut payé 42 florins les cent livres, au lieu de 38 florins, comme précédemment. Les soins plus délicats à donner à des cloches s'harmonisant entr'elles expliquent cette augmentation de prix. Le contrat relatif à cette fourniture fut enregistré par le notaire Jean van der Hofstadt, le 26 mai 1599.

Une de ces cloches existait encore en 1799 et portait l'inscription : PEETER VAN DEN GHEIN HEEFT MV GEGOTEN M CCCCC XCIX.

1600 - Le fondeur avait livré une cloche aux marguilliers de l'église de Hingene. Une somme dépensée en écots, faits à l'occasion de la livraison, lui restait due, c'est à ce propos qu'il se présente devant le Magistrat de Malines. En déposant sa réclamation, il se déclare âgé de 47 ans.

1601 - Une cloche aujourd'hui disparue existait encore en 1799 à l'église N.-D. au delà de la Dyle à Malines, et portait l'inscription : PEETER VAN DEN GHEIN HEEFT MY GEGOTEN INT JAER M CCCCCCI.

1603 - La grande cloche de l'église de Waesmunster fut refondue en 1603, par ce fondeur, au prix de 75 livres de gros. Un des marguilliers se rendit à Malines pour prendre livraison de la cloche et la faire embarquer. Quand tout fut prêt, le fondeur réclama le pot de vin, qu'il était d'usage, prétendit-il, de lui octroyer au moment de la livraison. Le marguillier, malgré ses protestations, dut s'exécuter et payer de ce chef une somme de 10 florins.

1604 - Le fondeur fournit deux pannes nouvelles pour la cloche du travail à la tour Saint-Rombaut, à Malines. Après soustraction du poids des anciennes pannes, il toucha la somme de 10 livres 4 sous.

1605 - Le 2 juin de cette année, le Magistrat de Malines offrit en cadeau au greffier des finances Croonendael, une cloche fondue par Pierre Van Den Ghein, pour laquelle ce dernier toucha la somme de 49 livres 2 sous.

1606 - A l'église collégiale de Termonde on conserve une petite clochette, portant autour du cerveau l'inscription : PEETER VAN DEN GHEIN ME FECIT MDCVI. Près du bord, cette autre inscription, précédée de l'écu aux armes de Malines : DITS DE BELLE VAN DEN H. SACRMENTE IN DRMON.

1606 - Jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, l'église de la commune de Godveerdegem conservait une petite cloche de 100 livres, haute de 1-1/2 pied et mesurant 2 pieds de diamètre. Elle était ornée de trois têtes d'anges et portait l'inscription : PEETER VAN DEN GHEIN HEFT Ml GHEGOTEN. 1606

1610 - La grande cloche de l'église de Lierre, d'un poids de 8000 livres, se fêla en août 1610. Elle lut expédiée à Malines, chez Van Den Ghein, qui en fit deux nouvelles, dont l'une, nommée " Salvator ", pesa 7861 livres et l'autre, nommée " Maria ", 1597 livres. Elles furent livrées à destination au 13 novembre suivant.

1610 - Une cloche, en possession de M. Félix Van Aerschodt, fondeur de cloches à Louvain, haute de 0 pied 38 et d'un diamètre de 0 pied 50, porte au-dessous d'une frise circulaire au cerveau l'inscription suivante, précédée de l'écu aux armes de Malines : PEETER VAN DEN GHEIN HEFT MY GHEGOTEN INT JAER M OCX. SINTE MICHIEL IS MYNEN NAEM MY GHELVYT SY GODT BEQVAEM. Elle est ornée en outre des deux médailles décrites en parlant de la cloche de 1597 par Pierre Van Den Ghein II, conservée à l'église N.-D. d'Hanswyck. Un troisième médaillon figure l'Adoration des Bergers.

1610 - La petite commune de Wechelderzande possède encore dans sa belle tour du XVe siècle, une cloche de Pierre Van Den Ghein, avec l'inscription suivante : PEETER VAN DEN GHEIN HEFT MY GHEGOTEN INT JAER ONS HEER M CCCCCC X. Ces lettres hautes, de 0 pied 02, sont enserrées dans un double filet au-dessus et en-dessous, dont le plus mince se trouve à l'intérieur. Au-dessus du filet supérieur, il y a la même frise que sur la cloche de Pierre II, conservée à Marne, en Allemagne, et coulée en 1565. Elle porte trois médaillons, séparés par des têtes ailées de petits anges qui, par de triples liens s'échappant de la bouche, tiennent suspendus d'élégants cartouches. L'ensemble de ce motif, mesure 0 pied 65 de hauteur. Le premier médaillon, sans inscription, reproduit une très artistique représentation de l'Adoration des Bergers. Elle semble appartenir au XVIe siècle. A l'abri d'un portail antique, se trouve placée la crèche, aux côtés de laquelle se tiennent la Vierge et saint Joseph. Tout autour, en de gracieuses attitudes, se pressent les bergers, tandis que dans la partie supérieure planent des anges. Le second et le troisième médaillons portent l'empreinte, l'un de la médaille de Philippe II, l'autre de la médaille qui date de l'année 1579 et qui rappelle le souvenir d'Hyppolite de Gonzague. Ces deux médailles ont été décrites en parlant de la cloche, fondue en 1597, par Pierre Van Den Ghein II.

1613 - Le musée communal de Malines conserve une petite cloche, haute de 0 pied 29, avec une inscription curieuse dans sa forme, tandis que sa première partie est flamande, la dernière est latine : PEETER VAN QEN GHEIN HEFT ME FECIT MO C XIII. L'écu aux armes de Malines précède le texte. En place de la lettre D, qui devrait se représenter deux fois dans le texte, le fondeur a placé la lettre G renversée. L'ornementation consiste simplement dans le cartouche suspendu à la tête d'ange ailée, reproduit à la page précédente, et répété trois fois sur la clochette.

1614 - La cloche de l'église de Crail, comté de Fife, en Angleterre, porte l'inscription : PEETER VAN DEN GHEIN HEFT MY GHEGOTEN INT JAER (M) DC XIIII.

1617 - Une clochette de 185 livres fut fournie par ce fondeur, pour le carillon de la tour Saint-Rombaut, à Malines, à raison de 12 sous et 1 denier la livre.

1617 - En même temps que la cloche précédente, il fournit pour la tour de l'église Sainte- Catherine, à Malines, une cloche devant y remplacer une autre, pesant 950 livres et qui avait été retirée de cette tour pour compléter le jeu de cloches de la tour Saint-Rombaut.

Jean Van Den Ghein III

Fils de Pierre II, et plus jeune que ses deux frères Henri et Pierre III, il resta plus longtemps que ceux-ci près de son père, travaillant probablement avec lui, jusqu'au moment de la mort de ce dernier, survenue en 1595. Aussi est-ce à partir de cette date qu'apparaissent les premières cloches signées de son nom et qu'on trouve Jean III, occupant la fonderie paternelle De Swaene.

Au début, son industrie semble avoir été florissante. Il avait su gagner l'estime de ses confrères, qui relevèrent, en 1615, à la dignité de doyen de leur corporation.

En 1616, il greva d'une rente, au profit de Paul Van Lare, d'Anvers, sa fonderie De Swaene. Cette rente fut suivie par d'autres encore, l'une en 1617, au nom de Rogier Verbrecht, un parent de sa femme, et l'autre en 1622. Ce n'étaient là probablement que des formalités exigées pour les garanties des commandes entreprises.

Cependant vers la fin de sa vie, et par suite, croyons-nous, d'un état de santé délabré, la situation économique de Jean III devint plus sombre, au point qu'après son décès, en 1622, sa veuve fut accablée par les sollicitations des créanciers. Le notaire Sporckmans, curateur de la faillite, vendit l'ancienne fonderie De Swaene en 1627, réservant pour la veuve et les orphelins le droit d'habiter la maison jusqu'au mois de mars de cette année.

Les créanciers étaient nombreux et les dettes importantes. Voici quelques-unes de ces dernières, relevées dans les documents.

Pierre Van Rymenam, probablement le mari de la veuve d'Henri Van Den Ghein, marchand d'étoffes de soie, réclame pour ses fournitures la somme de 112 florins ; Guillaume Jacques, d'Anvers, sans doute le même que l'acquéreur de la fonderie de Pierre III, introduit une créance de 15 florins ; Michel Van Lare, apparemment un des membres de la famille Van Lare, chaudronniers à Anvers, est créancier pour la forte somme de 1432 florins ; les héritiers de Jean de Grauwe réclament 122 florins ; Jean Cauthals, fondeur malinois, avait fourni pour 300 florins de cuivre, dont le payement lui restait dû ; les Sœurs Noires de Malines réclament, par l'intermédiaire de la mère supérieure, une somme de 22 florins, pour soins donnés pendant la maladie du fondeur ; le Magistrat de Tirlemont sollicite la restitution de ses cloches, confiées au fondeur pour la refonte et, en plus, la valeur d'une fourniture de 677 livres de métal ; les écoliers de Léau aussi avaient fourni du métal en vue de la confection d'un jeu de cloches pour une valeur de 1200 florins, dont ils réclament le remboursement ; enfin Jean de Frans, d'Anvers, s'inscrit pour une créance de 460 florins.

La débâcle financière de Jean Van Den Ghein était complète, et la succession obérée au point que sa liquidation ne se termina qu'en 1659.

Marié à Anne Verbrecht, le 4 juillet 1604, il eut de cette union quatre enfants, renseignés dans les registres de baptême de l'église Notre-Dame au delà de la Dyle : Jean, né le 3 octobre 1605, Pierre, né le 7 octobre 1607 et qui succéda à son père, Claire, née le 8 juillet 1610, et Anne, née le 20 mars 1612.

Jean Van Den Ghein III trépassa en 1626, avant le 6 novembre. Son décès n'est pas enregistré dans l'obituaire de la paroisse Notre-Dame. On peut présumer qu'après avoir été soigné chez lui par les Sœurs Noires, qui de ce chef réclament une redevance à la succession, il a été astreint, dénué de ressources, à chercher un refuge à l'hôpital pour y finir ses jours. L'obituaire de cette institution charitable ne débutant qu'en 1629 ne peut donc nous livrer la date de sa mort.

Le plus ancien de ses ouvrages connus est un mortier datant de 1588; mais ce n'est qu'en 1598 qu'on signale une cloche portant son nom. Sa réputation de fondeur paraît bien établie par les nombreuses commandes dont il fut chargé et, ce qui plus est, les divers carillons qu'il avait mission de composer ou d'arranger, nous le font connaître comme un harmoniste de premier ordre.

Lui seul de ses homonymes portant le prénom de Jean, adopte quelquefois pour celui-ci, la forme de Hans au lieu de Jan. L'ornementation de ses cloches est belle ; ses inscriptions sont simples, généralement en flamand, rarement en latin. La concurrence ayant amené un fléchissement de l'exportation aux pays étrangers, on ne trouve plus ses produits que dans nos provinces.

1598 - Près de Mol, dans le campanile surmontant la chapelle de Lille, existe encore une clochette avec l'inscription : HANS VAN DEN GHEIN ME FECIT M D XCVIII.

Dans son histoire de la commune de Meerhout, le curé Jongeneelen a attribué cette cloche à Frans Van Den Ghein. Le nom du fondeur Frans nous ayant fortement intrigué, M. A. Reydams, notre Confrère, eut l'obligeance d'examiner pour nous cette clochette sur place et put ainsi rectifier la double erreur relative au prénom et à la date.

1599 - En 1718, la commune de Massemen possédait encore une cloche avec l'inscription : HANS VAN DEN GHEIN HEEFT MY GHEQOTEN INT JAER - ONS HEEREN EEN DUYSENT VYF HONDERT ACHT EN NEGENTICH. S. MARIA PAROCHIE VAN MASSEMEN.

1601 - En 1747, on lisait sur la grande cloche de l'église d'Overmeire, province de Flandre Orientale, la légende suivante : JAN VAN DEN GHEIN HEEFT MY GEGOTEN INT JAER ONS HEEREN M D CCI SANCTA MARIA VAN OVERMEIRE, ORA PRO NOBIS. Dans un écusson rond était représentée la Sainte Vierge avec l'Enfant Jésus, dans un autre, un lion, dans un troisième, Adam et Eve. Nous présumons que la date dé 1701 doit être rectifiée par celle de 1601.

1606 - L'église collégiale de Termonde conserve une petite avec une double inscription gothique : La première au cerveau, précédée de l'écu aux armes de Malines : ian van ghein me fecit mccccccvi. La seconde près du bord, précédée également de l'écu aux armes de Malines : belle van cappelle ber bellice sacramente.

1606 - L'église du Grand Béguinage, situé jadis hors des remparts, à Malines, avait perdu toutes ses cloches, lors de l'invasion des Gueux, en 1578. On reconstitua le béguinage à l'intérieur de la ville et on édifia une nouvelle église provisoire, pour laquelle une clochette fut fondue en 1606. Elle sert encore aujourd'hui et porte l'inscription : JAN VAN DEN GHEIN HEEFT MI GHEGOTEN INT JAER M CCCCCC VI S. ALEXIUS PATRONUS ECCL. MAGNI. BEQHIN. MAGHL. Elle est ornée d'une frise identique à celle utilisée par Pierre II, en 1585, sur la cloche de l'église Saint- Jean, à Malines, et qui se trouve reproduite plus haut. On y voit aussi le cartouche suspendu à la tête d'ange, dont le fac-similé a été donné, en parlant de la cloche de 1610, par Pierre III. Enfin, un médaillon orne également cette cloche. Il représente l'Apparition de Notre Seigneur sur l'autel, pendant la messe dite par un grand-prêtre, qui, surpris, s'est écarté de l'autel. Aux côtés du Christ se trouvent deux candélabres garnis de cierges. Sur les côtés et en haut se tiennent des anges angenouillés et tenant en main des flambeaux.

1607 - Dans la chapelle d'Amelgem, arrondissement de Bruxelles, existe encore une cloche qui porte l'inscription : JAN VAN DEN GHEIN HEEFT MY GHEGOTEN M CCCCCC VII

1607 - La seconde des cloches de l'église de Lille, province d'Anvers, porte l'inscription suivante : JAN VAN DEN GHEIN HEEFT MY GEGOTEN INT JAER 1607. JAN VAN OECKEL, SINTE PEETER PATROON TOT LILLE.

1607 - Sur les instances du curé de Sichem, les cloches de l'église furent arrangées ou refondues par Jean Van Den Ghein. L'entreprise terminée, le fondeur fit la livraison de quatre cloches. La plus grande pesait 2100 livres ; les frais de celle-ci furent supportés par le Chapitre de l'abbaye de Sainte-Gertrude, à Louvain. La seconde, De Werkklok, pesait 727 livres. La troisième, qui existe encore, pèse 535 livres et porte l'inscription : JAN VAN DEN GHEIN HEEFT MY GEGOTEN INT JAER M CCCCCC VI. Sur le corps de la cloche on lit : SANCTA MARIA ORA PRO NOBIS.

La quatrième pesait 2122 livres. Celle-ci fut offerte par le curé G. Van Thienwinckel, qui en supporta lui-même les frais, s'élevant à la somme de 160 florins du Rhin, non compris les pannes, le battant ni les courroies.

1611 - A Louvain, dans le clocher de l'église Saint-Jacques existe encore une petite cloche de ce fondeur.

1612 - A l'époque des troubles religieux, en 1575, l'église paroissiale de Vosselaere fut spoliée de ses cloches. Elle en resta privée jusqu'en 1612, lorsque le fondeur Jean Van Den Ghein fut chargé de couler celle qu'on y voit encore.

1615. - Au musée du Cinquantenaire, à Bruxelles, se trouve une petite cloche, portant, avec l'écu aux armes de Malines, l'inscription : JAN VAN DEN GHEIN ME FECIT M CCCCCC XV. En-dessous de l'inscription se trouvent trois têtes d'ange ailées.

1622 - La tour de l'église de Monstreux, arrondissement de Nivelles, est pourvue d'une cloche fondue en 1622 par Jean Van Den Ghein.

1622 - Vers 1888, le fondeur Van Aerschodt, de Louvain, fut chargé de refondre une cloche fêlée, appartenant à l'église de Brecht, qui portait l'inscription suivante, précédée de l'écu aux armes de Malines : JAN VAN DEN GHEIN HEEFT MI GHEGOTEN INT JAER ONS HEEREN M D LXXXXXXXII.

1622 - Une cloche de 64 livres fut commandée en cette année par le conseil de fabrique de l'église d'Edegem, pour être placée dans le campanile qui se trouvait au point d'intersection du transept et de la nef. Le fondeur reçut en payement la somme de 45 florins 18 sous.

1623 - Dans une petite chapelle située près de la ville de Termonde, sur la digue de Saint-Odulphe, existe encore une cloche avec l'inscription : JAN VAN DEN GHEIN HEEFT MY GHEGOTEN INT JAER ONS HEEREN M CCCCCC XXIII.

1623 - La petite cloche du couvent de Gempe, à Winghe-Saint-Georges, fut refondue en 1623, par Jean Van Den Ghein; son poids fut porté de 150 à 183 livres.

1623 - Le Magistrat de Tirlemont fit accord avec Jean Van Den Ghein, au 17 octobre 1623, pour la refonte des sept cloches provenant de leur Voorslag.

En 1626, le fondeur, dont la situation commerciale n'était guère brillante, n'avait pas encore donné suite à cet accord. Par une sentence en date du 8 mai de la même année, le fondeur fut mis en demeure, par le Magistrat de Malines, d'effectuer la livraison avant le 1er juillet suivant. Néanmoins, l'exécution de la commande resta en souffrance, apparemment par suite de la maladie du fondeur. Celui-ci mourut peu de temps après. Aussitôt des instances furent faites par le Magistrat de Tirlemont, pour rentrer en possession des cloches confiées à Jean Van Den Ghein.

En 1628, elle réclamait à la succession de Van Den Ghein, outre les sept cloches déposées à son profit dans le local du Poids communal, 677 livres de métal, manquant aux 3145 livres de métal, livrées à Van Den Ghein, en vue de compléter le carillon. La liquidation de la faillite Van Den Ghein n'était pas encore terminée en 1635 et le Magistrat de Tirlemont fut invité à se rendre à la réunion des créanciers. Ce ne fut toutefois que par une ordonnance du 4 décembre i638 que l'édilité de Tirlemont fut autorisée à retirer du Poids communal les sept cloches de leur Voorslag. Les comptes communaux de la ville de Tirlemont font mention des frais de transport des dites cloches, en l'année 1639, c'est-à-dire après une absence de plus de 13 années.

1626 - La commune de Denderbelle paya 159 livres 17 escalins de gros, pour une cloche pesant 1345 livres.

1626 - Au moment du décès du fondeur, le prieur de la congrégation des écoliers de Léau introduisit une requête auprès du Magistrat de Malines pour entrer en possession de cinq clochettes, coulées par le défunt, avec le métal fourni par la communauté. Cette réclamation étant reconue fondée, le prieur fut autorisé à emporter ces cloches. Toutefois, la commande, faite probablement en vue d'un carillon, n'étant pas achevée, le même prieur réclama en outre la partie de métal livrée mais non utilisée. Ce différend resta en litige pendant quelque temps encore, car en 1628, le même religieux introduisit, pour compte de la faillite, une créance de 1200 florins, représentant la valeur du métal livré pour la fonte et non utilisé pour les cloches.

Pierre Van Den Ghein IV

Fils de Jean III, est né le 17 octobre 1607.

Au moment où l'industrie de la famille allait sombrer à la suite du désastre financier de son père, il était le seul de la lignée des Van Den Ghein qui fut en état d'exercer l'industrie campanaire. A peine âgé de 19 ans, il chercha à rallumer les feux éteints de la fonderie paternelle De Swaene, située rue Haute, et dénudé de ressources personnelles, il se vit obligé d'en rechercher dans l'union, qu'il contracta avec Marie Lambrechts, le 22 décembre 1626, peu de temps après le décès de son père.

Dix enfants sont issus de cette union. Cinq de ceux-ci sont morts jeunes ; une autre enfant, Maria, n'a pu être suivie ; une fille, Claire, épousa successivenaent Théodore Van Der Linden et Pascal Brouwers. Un fils de Théodore Van Der Linden, du nom de Pierre, s'est exercé à l'art de fondeur.

Trois fils survécurent, dont l'un, André, né le 5 juillet 1634, épousa à Malines, le 5 mai 1655, Cécile Ceulers. Ce dernier exerça le métier de fondeur, mais quitta Malines pour s'installer à Saint-Trond d'abord, à Tirlemont ensuite, d'où les descendants se rendirent à Louvain. Un autre fils, Pierre, se fit boulanger et contracta deux unions, la première avec Françoise Sermettens et la seconde avec Anne Loots ; de sa première épouse il eut trois filles, dont la descendance se retrouve à Malines jusqu'en 1745. Enfin, le troisième fils, Jean, fut le continuateur du métier campanaire à Malines, c'est le dernier des Van Den Ghein dont nous aurons à nous occuper.

Pierre IV est mort vers 1654. La date du décès n'a pu être retrouvée dans les registres paroissiaux. A ce moment il est encore renseigné comme habitant la rue Haute, et la dernière de ses œuvres connues date aussi de cette même année. Sa veuve ne lui survécut pas longtemps : elle le suivit dans la tombe le 15 décembre 1656.

Nonobstant la fin désastreuse de la carrière paternelle, le crédit de l'ancienne firme Van Den Ghein n'était pas encore ébranlé, car dès 1627 on confia au jeune fondeur l'exécution d'œuvres d'une réelle importance.

Malgré son jeune âge, il lutta courageusement pour la réussite de son industrie. Mais les charges résultant d'une nombreuse progéniture ne firent point couler le pactole chez lui. Aussi le voit-on, en 1645, condamné à payer une somme de 165 florins, dont il était redevable à Jean Eisthort, marchand anversois. Plus tard encore, en 1652, le Magistrat l'obligea à débourser une somme de 50 florins au profit de Marie Van Den Strick.

Au cours sa carrière, il fournit un nombre de cloches assez considérable, parmi lesquelles il y en eut de dimensions fort respectables, telles entr'autres celle de la tour Saint-Rombaut, à Malines, et celle de l'église Sainte-Gudule, à Bruxelles.

La fourniture de huit nouvelles cloches, qui devaient perfectionner le jeu de cloches de la tour Saint-Rombaut à Malines, nous prouve qu'il possédait, comme ses ancêtres, des connaissances musicales approfondies.

L'ornementation de ses cloches n'a rien de particulier. Les inscriptions utilisées sont quelquefois latines, comme celles de 1638, à Malines et à Bruxelles, le plus souvent elles sont flamandes. Ses produits ne se retrouvent plus à l'étranger.

1627 - Pierre Van Den Ghein coula une cloche de 2263 livres pour l'église de Kessel, près de Lierre. Elle fut amenée vers sa destination, par bateau, jusqu'à Iterbeeck, endroit situé sur la Nèthe.

1635 - En 1892, on brisa, pour la refondre, une cloche de l'église Sainte-Catherine à Hoogstraeten, portant l'inscription : PEETER VAN DEN GHEIN HEEFT MY GHEGOTEN TOT MECHELEN 1635.

1638 - Le gros bourdon de la tour Saint-Rombaut à Malines était fêlé. En séance du 12 avril 1638, le Magistrat décida de le faire refondre et fit annoncer dans toutes les églises paroissiales, qu'au 20 avril suivant, une collecte serait faite dans les cinq sections de la ville. Le clergé fut invité à déléguer cinq de ses membres auprès de la commission chargée d'organiser cette collecte. A la date fixée, tous les membres désignée se réunirent à l'hôtel de ville et, avant de faire leur tournée, il leur fut servi un déjeuner collectif, dont coût 11 florins, et 6 deniers. Ce repas, pris en commun, les mit en veine, car le produit total, y compris l'obole des membres du Chapitre de St-Rombaut, s'éleva à 933 florins. A ce chiffre s'ajouta encore la somme de 300 florins, don de l'Archevêque. La recette totale était donc de 1233 florins 16 sous, 3 deniers.

Disposant des fonds nécessaires pour couvrir les frais de la refonte, le Magistrat s'enquit des conditions à poser pour l'exécution de ce travail. Dans ce but, il s'adressa au Magistrat de la ville de Gand, qui en 1635 avait fait refondre deux grosses cloches, par Florent et Jean Delcourt, fondeurs de cloches à Douai.

Les deux fondeurs malinois, Pierre De Clerck le jeune et Pierre Van Den Ghein IV, de crainte que la refonte ne soit confiée à ces fondeurs étrangers, s'associèrent, et par une requête collective, offrant de faire ce travail en collaboration à des conditions avantageuses, ils prièrent le Magistrat de leur donner la préférence eu égard à leur double qualité de malinois et de fondeurs renommés. Leur démarche fut accueillie favorablement et bientôt, après quelques modifications apportées aux conditions offertes, le contrat fut signé.

Celui-ci stipule que la Ville leur fournira la cloche fêlée à l'emplacement désigné pour la refonte, de même que les quantités de cuivre et d'étain nécessaires au renforcement de la cloche. Les dimensions, la forme, le poids, le son pur et harmonieux, devaient être en tout semblables à ceux de l'ancienne cloche. Le Magistrat se réservait le droit d'exiger la refonte de la cloche, si au jugement d'experts celle-ci ne répondait pas aux conditions posées.

Les fondeurs étaient tenus d'y apposer les motifs décoratifs fournis et les devises indiquées par le Magistrat. La livraison de la cloche se ferait après son extraction de la fosse, le transport à destination n'étant pas à la charge des fondeurs. Le bon fonctionnement de la cloche devait être garanti pendant trois ans, au cours desquels l'un des deux fondeurs était tenu de monter à la tour chaque fois que celle-ci devait être mise en mouvement, afin de parer aux accidents et d'y porter remède éventuellement. Pour les dédommager de ce service extraordinaire, il leur était attribué annuellement une somme de 25 florins.

Le travail devait être terminé endéans les deux mois. Le métal en excès restait la propriété du Magistrat. Après sa mise en place, le Magistrat payerait aux fondeurs une somme de 100 florins, pour laquelle les fondeurs étaient obligés de louer l'emplacement nécessaire aux opérations de la coulée, de faire la construction et la démolition des fours et de livrer tous les accessoires à ce travail. Comme caution, les deux contractants devaient mettre en garantie tous leurs biens, et le fondeur Pierre De Clerck, plus spécialement, son habitation, située près du Marché au Bétail dans le voisinage de l'église des Jésuites, qui, d'après sa déclaration, n'était grevée que de 14 florins par an.

La cloche fêlée fut descendue de la tour le 23 juillet et traînée sur un chariot, par une foule d'enfants. Arrivée aux Bailles de fer, une des roues du véhicule se brisa. Ce ne fut qu'au lendemain vers 4 heures de l'après-midi, qu'on put remettre le chariot en marche, et les enfants y attelés à nouveau le traînèrent alors jusque près du four, construit dans la grange de Jean De Clerck, frère du fondeur Pierre De Clerck, située rue Saint-Jacques, à l'entrecroisement de la rue aux Herbes.

Le poids de la cloche fêlée fut déterminé à 14037 livres. Le 16 août, au matin, on se mit à briser la cloche. Cette opération ne se termina qu'au soir vers 8 heures.

Paul Van Der Auwermolen et Henri Wuytiers, experts, furent désignés par la Ville pour surveiller les préparatifs de la fonte. François Van Looy avait été chargé de sculpter les armoiries et les figures qui devaient orner la cloche. L'opération eut lieu le 21 août 1638, commencée à 1 et 1/2 heure de l'après-midi, elle se termina au bout d'une 1/2 heure. Le fourneau avait été allumé dès la veille à dix heures du soir, on y avait jeté, outre le métal de l'ancienne cloche, 5000 livres de cuivre de Hongrie et une certaine quantité d'étain.

On creusa la terre pour libérer la cloche, le 23 août, la chape fut soulevée le 25, et le lendemain on se mit à retirer la cloche de la fosse, mais, arrivée à une hauteur de 4 à 5 pieds, un clou de la poulie s'étant brisé, la cloche retomba au fond, heureusement sans éprouver de dommage appréciable. Après avoir remis le tout en état, l'extraction recommença et fut terminée le soir. Le nettoyage fut entrepris le 28 août et ne s'acheva qu'au 3 septembre. La pesée se fit le 6 septembre et le poids accusé était de 15222 livres. Immédiatement après, elle fut traînée par les enfants jusqu'au cimetière Saint-Rombaut. Pour récompenser les enfants, un homme muni d'un panier de gâteaux et d'un panier de poires, monta sur la cloche et en distribua le contenu aux enfants accourus.

Elle fut consacrée le 7 septembre, en l'absence de l'archevêque, par Jean Van Wachtendonck, doyen du Chapitre, et le même jour elle fut hissée à la tour. Elle sonna pour la première fois le 10 septembre.

Les inscriptions étaient les suivantes : ICK BEN GEGOTEN VAN PEETER DE CLERCK EN PEETER VAN DEN GHEIN, BEYDE BORGERS TOT MECHELEN INT JAER ONS HEEREN M CCCCCC XXXVIII ENDE SALVATOR KERSTEN GEDAAN.

Sur le milieu de la cloche se trouvaient les armoiries de la ville, avec la devise " in trouwe vast ". En-dessous, une autre inscription : REGNANTE PHILIPPO, FERDINANDO FRATRE BELGIUM GUBERNANTE, ME SALVATORIS NOMINE. S. P. Q. M. IN PRISTINUM NOMEN ET SONUM RESTITUIT. 1638.

Le son de la cloche nouvelle était le sol #, du diapason en usage alors. Le 28 novembre 1659, les deux fondeurs adressèrent une requête au Magistrat en vue d'obtenir une augmentation de rémunération, en considération des frais extraordinaires qu'ils avaient dû supporter et qui avaient réduit considérablement leur bénéfice. La réponse du Magistrat nous est inconnue.

Plus tard, en 1776, la cloche fut allégée de plus de 280 livres de métal afin de mettre sa tonalité en concordance avec celle des autres cloches. Elle continua à fonctionner ainsi jusqu'au 27 avril 1828, lorsqu'elle se fêla de nouveau au cours d'une sonnerie. Après quelques essais infructueux pour la réparer, elle subit une nouvelle refonte, en 1844, par les frères Louis et Séverin Van Aerschodt, de Louvain. Elle pesa cette fois 8146 kilogrammers. Elle reprit sa place au 4 janvier 1846 et c'est elle qu'on entend encore aujourd'hui aux grandes solennités.

1638 - La même année, il coula une cloche à peu près identique pour la collégiale des SS. Michel et Gudule, à Bruxelles. Elle pèse 14138 livres et porte l'inscription suivante : SALVATOR BEN IK GENOEMT ENDE GEGOTEN VAN PEETER DE CLERCK ENDE PEETER VAN DEN GHEYN TOT MECHELEN IN HET JAER ONS HEEREN M DC XXXVIII - PROCURANTIBUS MAGISTRIS FABRICAE ECCLESIAE GUILIELMO BRANT, PBRO, CANONICO THESAURARIO, FRANCISCUS DE DONGELBERGHE EQ. AURAT. DNO HERLARY. ZILBECAE URBIS CONSULI. SALVATORIS NOMINE FUSA ANNO 1481 VISCATA REFUSA ANNO 1638.

1638 - Une cloche nommée Maria, pesant 845 livres, fut livrée en cette année à l'église du Béguinage à Malines. Cachée pendant les troubles révolutionnaires de la fin du XVIIIe siècle, elle reprit sa place en 1832. On y lit l'inscription : PEETER VAN DEN GHEIN HEEFT MY GHEGOTEN INT JAER ONS HEEREN M CCCCCC XXXVIII D. O. M. ET B. MARIAE SEMPER VIRGINI SACRUM.

Le motif de l'inscription est formé d'un ensemble de trois tiges fleuries, qui se répète tout autour de la cloche. Plus bas, l'inscription sous laquelle un mascaron triangulaire, dont le milieu est constitué par une tête d'homme entourée de rinceaux et se terminant latéralement et de chaque côté par une autre tête vue de profil. Ce motif, est pareil à celui de la cloche de Marne, par Pierre Van Den Ghein I et a été reproduit au chapitre relatif à celle-ci. Plus loin, une Sainte-Catherine, appuyant la main droite sur une épée, dont la pointe repose sur le sol, et tenant un livre de la main gauche, une roue brisée gît à ses pieds. On voit encore sur cette cloche la représentation de l'Agneau pascal.

1638 - Une cloche de 585 livres, nommée Begga, avait été faite en même temps que la cloche Maria, mentionnée ci-dessus, pour l'église du Béguinage à Malines. Cachée en 1792, avec la première, elle a été vendue plus tard à l'église de Londerzeel, où elle fut détruite par l'incendie avec la tour de cette église.

1639 - Pierre Van Den Ghein fournit à l'église de Bevel, près de Lierre, une cloche qui portait l'inscription suivante : PEETER VAN DEN GHEIN HEEFT MY GHEGOTEN INT JAER 1639. ANDRIES WORDT ICK GENOEMPT, AEN DE KERCKE VAN ONSE LIEVE VROUWE TE BEVELE, BYVANCK VAN LYERE DOOR GIFTE HEER ANDRIES WALTERGEETS, PASTOOR ALDAER TER EERE GODS ENDE SYNE HEYLIGE VOOR EENE AELMOESE GEGONT. ALS KERKMEESTERS WAEREN : ADRIAEN FELBEERTS ENDE JAN VAN MEENSEL. BIDT VOER SYN SIELE. Depuis 1893, cette cloche se trouve dans le campanile du couvent des Sœurs à Berlaer.

1642 - Au 12 juillet de cette année, le conseil de fabrique de l'église de Hallaer, près de Heyst-op-den- Berg, paya la somme de 351 florins 18 sous pour la refonte d'une cloche fêlée, du poids de 2673 livres. Elle fut hissée à la tour, après avoir été transportée de Malines à Hallaer, sur une charrette tirée par huit chevaux et accompagnée du fondeur, de sa femme, de son domestique, de six charretiers, d'un menuisier et d'un forgeron. La cloche n'existe plus.

1643 - Une cloche aujourd'hui disparue, mais qui existait encore en 1799 à l'église N.-D. au delà de la Dyle à Malines, portait l'inscription : PEETER VAN DEN GHEYN HEEFT MY GEGOTEN TOT MECHELEN 1643.

1644 - Huit nouvelles cloches furent livrées pour améliorer le jeu de carillon de la tour Saint-Rombaut à Malines. Pierre Van Den Ghein utilisa pour la fonte de celles-ci le métal resté en excès lors de la refonte du bourdon. Cette fois encore il y eut un excédent qui lui fut abandonné en guise de salaire.

1644 - Une cloche, don de l'intendant de l'artillerie royale de Malines à l'église Saint-Jean de cette ville, pesait 5300 livres et fut ravie à l'époque de la Révolution française. Elle portait l'inscription : PEETER VAN DEN GHEYN HEEFT MY GEGOTEN - OP DE HOOCHSTRATE TOT MECHELEN - IN MET JAER ONS HEEREN 1644. Ce don nous semble avoir été fait officiellement, en restitution des cloches réquisitionnées lors des troubles du XVIe siècle.

1651 - Dans l'ancien carillon de Hal se trouvait une cloche de Pierre Van Den Ghein, datée de 1651, du poids de 28,5 k. et d'un diamètre de 0 pied 353, sonnant ré. Elle portait l'inscription : PEETER VAN DEN GHEYN ME FECIT 1651.

1651 - Une petite clochette sans aucun ornement, don de M. Marcel Michiels, fondeur à Tournai, au musée communal de Malines, fit partie jadis du carillon de Hal, et porte l'inscription : PEETER VAN DEN GHEYN ME FECIT 1651. Elle sonne le la, pèse 7 kilogrammes.

1651 - Une clochette du musée du Cinquantenaire à Bruxelles, n'a pour toute ornementation qu'une inscription en capitales romaines : PEETER VAN DEN GHEYN ME FECIT 1651.

1652 - On trouve encore une cloche dans la tour de l'église de Schooten, près d'Anvers, dont l'inscription est : PEETER VAN DEN GHEYN HEEFT MY GEGOTEN TOT MECHELEN INT JAER 1652 TOEBEHOORENDE AEN SCHOOTEN. Au-dessous figurent les armoiries de l'abbaye et celles de Respani, seigneur de Schooten. Plus bas, le mot Laurentius avec la figurine de Saint-Laurent, puis ces mots : IGNATIUS ROBERT.

1652 - Pierre Van Den Ghein reçut la commande de deux nouvelles cloches pour l'église d'Assche, près de Bruxelles. Le métal employé provenait d'anciennes cloches, auquel on avait ajouté 850 livres. Il reçut pour son travail un salaire de 151 florins et 15 deniers, suivant les conditions d'un contrat passé le 10 février 1652. La commune d'Assche, livrée au pillage en 1695, lors du bombardement de Bruxelles, perdit ses cloches dans cette tourmente.

1653 - Une chapelle sous Minderhout, dédiée à Notre-Dame et centre d'un pèlerinage fort fréquenté, possède un cloche de P. Van Den Ghein. Elle a été acquise grâce à un don de 45 florins fait par Claire Ferez, baronne de Loenhout. Une frise composée de fleurs de lis contourne le cerveau. En-dessous sur une ligne : PEETER VAN DEN GHEIN HEEFT MY GHEGOTEN, 1653. Sur le corps de la clochette, on lit : STA MARIA DOLOROSA IN MINDERHOUT 1653. Une feuille de sauge est placée devant et une autre devant le millésime. Ces renseignements nous ont été fournis par notre confrère M. A. Jansen.

1654 - Dans le carillon de Hal existe une cloche de Pierre Van Den Ghein, datée de 1654, pesant 20,9 kilogrammes et mesurant en diamètre 0 pied 295.

Jean Van Den Ghein IV

Il est né de Pierre IV, le 31 août 1642.

Son admission dans la corporation des chaudronniers ou batteurs souffrit quelques difficultés. On sollicita, à ce sujet, l'intervention du Magistrat qui, en date du 4 avril 1665, édicta une ordonnance enjoignant aux doyens de la corporation de procéder à l'examen de l'épreuve fournie par Jean Van Den Ghein.

Peu de temps après, le 20 novembre 1665, il se maria à Elisabeth Daneels Van Gent, veuve d'un autre fondeur, Jean De Clerck. Grâce à cette union, il put s'installer dans l'ancienne fonderie des De Clerck, située rue de l'Empereur, près du Marché au Bétail.

D'après le recensement des familles résidant en en 1680 dans la paroisse des SS. Pierre et Paul, le ménage de Jean Van Den Ghein comprenait, outre son épouse, deux des enfants de Jean De Clerck. Nous avons ainsi la preuve que lui-même n'eut point d'enfants de son union avec Elisabeth van Gent.

De ce fait, la série des célèbres fondeurs Van Den Ghein s'éteignit à Malines, par sa mort, survenue le 5 décembre 1697, Il avait tenté cependant de perpétuer l'exercice de l'art campanaire par des descendants de son illustre lignée, en initiant un de ses neveux, Pierre Van Der Linden. Il eut encore un autre élève, dans la personne de Jacques De Clerck, fils de Jean et d'Elisabeth Van Gent, cité ci-dessus.

Ainsi que nous l'avons dit dans la partie historique, ses efforts sont restés stériles. Il débuta donc comme fondeur en 1665, sa carrière finit en 1697. Il fut à la fois fondeur de cloches et fondeur de laiton. Il existe encore de lui un nombre de cloches assez considérable. Comme tous les membres de la famille, il possède de solides connaissances musicales, auxquelles on fait appel pour améliorer le carillon de Saint-Rombaut et corriger les défauts de celui de l'église de Notre-Dame à Malines, mais, à notre connaissance, il n'a pas fourni de jeu complet.

Ses cloches sont ornées comme celles de ses ancêtres, mais apparemment avec moins de soins. Les inscriptions sont en flamand et généralement banales. Dans celles que nous avons vues le nom Van Den Gheyn est écrit avec un Y au lieu d'un I comme précédemment.

1666 - Les comptes de l'église de Muysen, conservés aux archives de Malines, renseignent les détails concernant la refonte de la petite cloche de cette église, qui était brisée en 1666. Celle-ci pesait 372 livres ; on y ajouta cinq livres extraites de la 2eme cloche dont probablement on modifia la tonalité, et seize livres d'étain fin. Pour la refonte de l'ensemble de ces 393 livres, on convint du prix de 13 florins 15 sous par cent livres. Le prix pour le métal nouveau, qui serait fourni éventuellement par le fondeur, était fixé à 13 sous la livre. Après l'opération, la cloche pesait exactement 402 livres. Le fondeur toucha au total la somme de 60 florins 2 sous, mais il avait à garantir son bon état pendant un an.

1666 - Une cloche complémentaire pour le jeu de carillon de la tour Saint-Rombaut à Malines fut commandée en septembre 1666. Il reçut de ce chef la somme de 77 florins 10 sous.

1671 - Une cloche du poids de 3600 livres fut commandée au fondeur, par le conseil de la fabrique d'église d'Heyst-op-den-Berg. Par contrat passé devant le notaire J. Van Den Broeck, au 17 juin 1671, le fondeur s'engagea à utiliser le métal provenant de deux anciennes cloches, pesant ensemble 5587 livres, et à assurer le bon fonctionnement de la nouvelle cloche pendant 3 ans. En cas de fêlure, survenant au cours de ce laps de temps, il était obligé de la refondre à ses frais. L'excédent du métal provenant des anciennes cloches, devait être repris par lui au prix de dix sous la livre.

1673 - Le Magistrat de Malines lui fit de nouveau la commande d'une cloche pour compléter le carillon de la tour Saint-Rombaut.

1673 - Il livra une petite cloche du poids de 395 livres, pour la tourelle de l'église Saint-Jean à Malines. Elle portait l'inscription : IAN VAN DEN GHEIN HEEFT MY GHEGOTEN TOT MECHELEN. ANNO 1673. BARBARA BEN IC GHEGOTEN VOOR DE PAROCHIE VAN SINT-JAN. Le fondeur fournit en même temps une paire de coussinets de 14 livres pour cette cloche. Chaque livre revint à 13 sous ; la somme totale s'élevant à 276 florins 5 sous, fut liquidée le 17 mars 1674. Consacrée par l'archiprêtre Jean-François Van Den Driessche, elle prit place dans la tour, le 5 janvier 1674.

1677 - Le tambour du carillon de Bruges, coulé à Anvers en 1676, était défectueux. La pièce avait été transportée à Bruges le 12 avril 1677, et au 8 mai suivant Jean Van Den Ghein y est mandé pour conférer avec le Magistrat au sujet de sa refonte. Ces pourparlers n'eurent pas de suite, en ce qui concerne Van Den Ghein.

1680 - Lorsqu'en 1680, la cloche Charles de la tour Saint-Rombaut à Malines était fêlée, le Magistrat de la ville réunit quelques fondeurs et autres experts, parmi lesquels Cauthals et Van Den Ghein, afin de prendre leur avis sur la restauration de la cloche. La consultation resta sans suite et la cloche fêlée ne fut refondue qu'en 1696, par Melchior de Haze d'Anvers.

1686 - Une petite cloche de 130 livres existait anciennement à Schipdael, Lennick-Saint-Martin. Elle avait une hauteur de 1 1/2 pied et 2 pieds de diamètre. Elle portait l'inscription : IAN VAN DEN GHEIN ME FECIT. ANNO 1686.

1687 - L'église de Beilaer, près de Lierre, possédait, avant la Révolution française, une grande cloche, pesant 3760 livres, consacrée à saint Pierre. Elle avait été fondue, en 1687, par Jean Van Den Ghein et portait l'inscription : IAN VAN DEN GHEYN HEEFT MY GHEGOTEN INT JAER ONS HEERE ANNO 1687 CAROLUS GODEFRIDUS BARON VAN LOY (LOE?) TOT WISSEN COMMANDEUR IN PITZENBORGH. On y voyait aussi les armoiries de ce dernier personnage et celles de Norbertine Van Diependael, abbesse du couvent de Roosendael (Waelhem), avec la devise : Labora sustinens, et la représentation de Saint-Pierre avec la légende : S. Petrus patronus in Berlaer Prope Lyram est no(ni)en ineum.

Le 2 décembre 1798, vingt soldats français, armés de marteaux de forge, pénétrèrent dans l'église de Berlaer et s'efforcèrent d'y mettre en pièces la cloche, mais elle résista à leurs coups. Peu de jours après, à la fête de l'Immaculée Conception, d'autres soldats brisèrent la partie supérieure de cette cloche et la jetèrent dans le bas de l'église.

1692 - L'église Saint-Jean, à Malines, possédait jadis une cloche de ce fondeur, pesant 1757 livres. Elle portait l'inscription : Ian VanDen gheYn VernIeUWDe Dese kLoCk In JanUarIUs. Plus bas se trouvait : ALS DEN EERWEERDIGEN HEER JAN GOVAELFFS, PRIESTER VAN HET ORATORIE. PASTOOR VAN DESE KERK. EN J.-B. DE SCHEPPER, MET CORNELIS VAN GESTEL, KERKMEESTERS WAEREN, ANNO 1691. S. JOANNES BAPTIST.

Le fondeur reçut, pour exécuter ce travail, une ancienne cloche pesant 812 livres, et de plus 600 livres de cuivre rouge et 195 livres d'étain, soit en tout 1617 livres. La refonte se fit au prix de dix deniers la livre, soit au total pour 2022. Les 140 livres supplémentaires furent fournies par le fondeur au prix de 14 sous la livre. Le cuivre et l'étain avaient été achetés à Anvers, les frais de leur transport s'élevaient à 5 florins. Les frais de transport de l'ancienne cloche, avec la location de la charrette, lui furent également remboursés. Elle fut consacrée en janvier 1692, par l'archiprêtre Amat de Coriache.

Cette cloche fut sauvée de la destruction lors de l'invasion des troupes françaises à la fin du XVIIIe siècle, grâce au carillonneur malinois G. Haverals, qui obtint de la municipalité la faveur de conserver cette cloche, afin de pouvoir, avec celle-ci, compléter son carillon, et perfectionner l'instrument dont les chants républicains devaient célébrer l'avènement du régime nouveau. Elle séjourna longtemps dans les locaux des Halles, d'où elle sortit, après les troubles, pour reprendre sa première place. Aujourd'hui elle n'y est plus, mais nous ignorons par suite de quelles circonstances.

1692 - L'église de Sainte-Dymphne, à Gheel, conserve encore une cloche de ce fondeur, avec l'inscription : IAN VAN DEN GHEIN HEEFT MY GEGOTEN TOT MECHELEN. ANNO 1692. SANCTA DYMPHNA.

1694 - La tour de l'église Ste-Catherine à Malines conserve encore une petite cloche. Entre une triple rangée de filets circulaires de part et d'autre s'aligne autour du cerveau en belles lettres capitales l'inscription suivante, précédée de l'écu aux armes de Malines : IAN VAN DEN GHEYN ME FECIET (sic) ANNO 1694. Au-dessus de l'inscription court une frise, identique en tous points à celle de la cloche de Beersel du même fondeur, coulée en 1696 et reproduite sur le cliché ci-après.

Sous les filets limitant l'inscription par le bas, se trouve d'un côté, l'image de là Vierge debout sur un croissant; de l'autre côté, une armoirie, écartelée, représentant au 1 et 4, trois arbres alignés, au 2 et 3, trois têtes de boucs posés 2 et 1. Ce dernier blason est celui de la famille Van Der Goes, famille zélandaise, dont un des membres, Arnold, vint se fixer à Malines comme avocat au Grand Conseil et y mourut le 26 mai 1350. Cette famille eut plus tard son caveau dans l'église de Ste-Catherine. Il paraît donc assez probable que c'est un membre de cette lignée qui aura fait don de cette petite cloche à l'église.

1695 - L'église de Wavre-Notre-Dame possédait jadis trois cloches, dont la plus grande portait l'inscription suivante : IAN VAN DEN GHEIN HEEFT MY GHEGOTEN TOT MECHELEN INT IAER ONS HEERE ANNO 1695. FRANCISCUS CORNELI PASTOIR IN ONSE LIEVE VROUWE WAVER. GIELIS VAN HOEF ENDE CRISTOFFEL MEES KERCKMEESTERS.

1695 - Le conseil de fabrique de l'église N.-D. au delà de la Dyle, à Malines, s'adressa au fondeur pour transformer le son de la cloche Anna, faisant partie du carillon de cette église, et qui était probablement en dissonnance avec les autres.

1696 - La seconde des deux cloches existantes encore à Beersel, province d'Anvers, est l'œuvre de ce fondeur. Autour de la couronne court une frise avec chimères, dont le sujet se déchiffre facilement. L'ensemble du motif, qui se répète, est identique à celui de la cloche de 1693. En-dessous, sur une ligne, se lit l'inscription suivante : IAN VAN DEN GHEYN HEEFT MY GHEGOTEN TOT MECHELEN. ANNO 1696. En-dessous de cette inscription s'en trouve une autre : BEESEL OP DEN BOS. S. RENISEUS. Les caractères de ces deux inscriptions sont en lettres capitales placées très irrégulièrement, avec peu de soin. Les erreurs de la seconde inscription prouvent également l'absence de grands soucis. Au lieu de Beersel Op Den Bosch, vrai nom de la commune, on lit Beesel Op Den Bos et le nom du patron de la localité qui est saint Rémi, est transformé en S. Reniseus, au lieu de S. Remigius.

Outre ces deux inscriptions et la frise, la cloche est encore ornée : sur le corps, d'un côté par une figurine représentant la Sainte Vierge debout tenant l'enfant Jésus sur le bras ; du côté opposé, par un médaillon rond, figurant dans un ensemble bien ordonnancé, la représentation de la maison de Nazareth. Au premier plan, on voit la maison dont le toit se profile à gauche et près de laquelle la Sainte Vierge est assise. Aux pieds de celle-ci, sur un petit lit, joue l'enfant Jésus à la tète nimbée, deux anges se tiennent à ses côtés. A l'arrière plan, à droite, Saint-Joseph qui, à grands coups de hache, fend du bois, tandis qu'en face de lui un ange s'apprête à mettre le pot au feu.

1696 - A l'église de Bevel, près de Lierre, se trouve une cloche, dédiée à la Vierge, fondue en 1696. Elle pèse 1242 livres et porte l'inscription suivante : IAN VAN DEN GHEYN HEEFT MY GHEGOTEN TOT MECHELEN. ONSE LIEVE VROUWE CLOCK VAN DE PAROCHIAELE KERCKE VAN BEVELE. BYVANCK VAN LIER. JACOBUS MALDROIT, PASTOOR, PETRUS DAEMS EN JOANNES FAES, KERCKMEESTERS.

1697 - Avant sa mort, le fondeur fournit encore une cloche à l'église N.-D. au delà de la Dyle, à Malines. Sa veuve en toucha le prix, qui s'éleva à la somme de 39 florins.


Xavier Van Elewyck.

Matthias Van Den Gheyn - Le plus grand organiste et carillonneur belge du XVIIIe siècle, et les célèbres fondeurs de cloches de ce nom, depuis 1450 jusqu'à nos jours ; par Xavier Van Elewyck.
Docteur en sciences politiques et administratives, membre de l'académie pontificale de Sainte-Cécile de Rome, représentant de la Belgique au congrès de musique religieuse de Paris, etc.

Observations préliminaires.

Cette notice est divisée en deux parties, dont voici, en peu de mots, les raisons d'être.
Ayant accepté, au Congrès de Musique religieuse de Paris (Décembre 1860), la mission d'écrire un travail étendu sur la musique sacrée en Belgique, aux XVIIIe et XIXe siècles, notre attention se porta naturellement, lorsque nous fûmes parvenu au chapitre qui concernait la ville de Louvain, sur les organistes et sur les maîtres de chapelle de l'antique cité académique.

Le nom de Matthias Van Den Gheyn était encore vivant dans la mémoire de plusieurs chantres d'église. Sans l'avoir connu personnellement, la plupart d'entre eux se rappelaient son grand talent et la brillante renommée dont il jouissait, même a l'étranger.

Nous raconterons, dans la deuxième partie de cette notice, comment, après avoir retrouvé quelques œuvres de ce grand artiste, nous crûmes y reconnaitre des preuves indubitables d'un génie vraiment supérieur. Toutefois, l'opinion étant généralement accréditée, parmi les musicologues, que le siècle des Bach, des Handel et des Mozart n'avait guère produit d'illustrations de premier ordre en Belgique, nous nous permîmes de communiquer nos doutes à l'homme qui, mieux que tous les autres en Belgique, pouvait nous éclairer. Ayant eu l'honneur de recevoir la visite de M. Fétis, le savant Directeur du Conservatoire de Bruxelles, en compagnie de M. Lemmens, notre célèbre organiste, et de M. le chevalier Léon de Burbure, archéologue et Membre de l'Académie Royale des Beaux-Arts de Belgique, nous nous empressâmes de mettre sous leurs yeux les premières compositions, découvertes par nous, de M. Van Den Gheyn. Ces Messieurs n'hésitèrent point à proclamer les mérites hors ligne de Matthias Van Den Gheyn et ils nous engagèrent vivement la continuer nos recherches, tant sur les œuvres de ce maître que sur les détails de sa vie, de sa famille, etc, etc.

Nous possédons aujourd'hui cinquante et une compositions de Matthias Van Den Gheyn. Nous sommes parvenu à redresser entièrement sa biographie et il nous est permis de dire que tous les détails intéressants qui le concernent, nous sont définitivement connus. Matthias était membre de la plus célèbre famille de fondeurs de cloches que notre pays ait eus. La monographie de cette famille n'a jamais été écrite. Pendant plus de quatre siècles les Van Den Gheyn ont jeté un véritable lustre sur les provinces belges. Leur industrie était, pour le moins, autant une affaire d'art que de commerce proprement dit.

Il nous a paru qu'au moment où la biographie de Matthias Van Den Gheyn allait prendre sa place légitime dans la galerie des illustrations nationales, il était convenable de publier aussi quelques renseignements sur les fondeurs de cloches de ce nom. Voila la raison d'être de la première partie de cette notice. La deuxième partie est exclusivement consacrée à Matthias lui-même. Pour l'une et pour l'autre nous avons été grandement aidés par différentes personnes de notre pays. Nous aurons soin d'indiquer les noms de ces amis obligeants à mesure que nous parlerons des recherches faites avec leur collaboration. Toutefois, avant de commencer notre notice proprement dite, nous leur exprimons ici l'hommage de notre sincère reconnaissance.
Héverlé près Louvain, 25 Mars 1862.


La signature de Matthias Vanden Gheyn

PREMIÈRE PARTIE.

Les fondeurs de cloches


LES VAN DEN GHEYN DE MALINES

La ville de Malines fut au XVe siècle et au XVIe le siège d'une célèbre fonderie de canons. C'était de cet arsenal que nos souverains tiraient en grande partie leurs armes de guerre. Nous supposons que cette circonstance fut la raison pour laquelle Malines peut citer les fondeurs de cloches au nombre des plus habiles ouvriers qu'elle ait possédés autrefois.

Parmi ces artistes nous connaissons les Van Den Gheyn, les Wagevents ou Wagemants, les Declerck et d'autres encore dont l'histoire mentionne les noms.

Différents documents reposant aux archives de la ville de Malines, prouvent que les fondeurs du nom de Van Den Gheyn furent, au XVIe siècle, plusieurs fois mêlés aux affaires relatives à la fonderie de canons. On les rencontre, eux et leurs associés les Declerck, au nombre des personnes chargées d'expertiser des pièces nouvellement coulées, ou bien aussi parmi celles que l'on choisissait comme arbitres dans des discussions relatives à cette industrie.

Les plus anciennes cloches qui existent des Van Den Gheyn, à Malines, sont celles qui se trouvent dans la tour de Notre-Dame au-delà de la Dyle. Nous devons à l'obligeance d'un ami la copie de l'inscription que porte l'une de ces cloches. La voici : Peeter Van Den Gheijn me fecit HDXXXIII. Le fondeur Pierre Waghevents ou Wagemants était contemporain de ce Pierre Van Den Gheyn. L'autre cloche a été fondue avant celle-ci. Son inscription prouve qu'elle date de 1516 et qu'elle sortait de la fabrique de Hans Poppenruyter et de Wilhem Van Den Gheyn.

Wilhem était probablement le père de Pierre cite plus haut. Nous avons retrouvé, dernièrement a Gand, chez M. Verhaghe, pharmacien, rue Fosse-Ste-Élisabeth, différents mortiers à piler, provenant de cloches dont l'une portait : Petrus Van Den Ghein me fecit, 1571, et l'autre : Jan Van Den Ghein heeft mi ghegoten int' jaar ons Heere XVXXXXXXVI.

Jean Van Den Gheyn et le deuxième Pierre étaient oncle et neveu. Ce qui le prouve, c'est que des trois Pierre Van Den Gheyn, fondeurs a Malines au XVIe siècle, celui-là seulement qui fut neveu de Jean a pu placer la cloche de 1511. Pierre, auteur de la cloche de 1550, était mort dès 1561. Pierre, petit-fils de Jean, n'était pas né. Son père Jean, deuxième du nom, n'atteignit l'âge de 25 ans qu'en 1578. Restait donc le fils du premier Pierre. Il fut l'auteur de la cloche de 1571. Or le premier Pierre, mort en 1561, était frère du premier Jean. Ils eurent encore un troisième frère, nommé Antoine, et Jean, premier du nom, procréa outre Jean, deuxième du nom, deux autres enfants.

Tous ces détails résultent d'un acte échevinal du 5 Juillet1578, reposant aux archives de Malines. En 1541, Pierre Van Den Gheyn vend une maison située rue de Bruxelles et attenante la celle qu'il habitait. Il fut contemporain de Médard Waghemans ou Waghevents. Il mourut, avons-nous dit, en 1561, et ne laissa qu'un fils, nommé Pierre, lequel décéda en 1618. - Nous ne croyons .pas que ce dernier ait eu postérité. Tel est aussi l'avis de M. Van Doren, archiviste de la ville de Malines, aux recherches intelligentes et laborieuses duquel nous sommes redevables, en grande partie, des renseignements qui vont suivre.

Faisons une remarque avant de continuer. Au XVIe siècle et au XVIIe l'orthographe du nom de Van Den Gheyn varie dans les registres de l'état civil et dans les autres archives de Malines, de Louvain, de Tirlemont et de St-Trond. A cette époque on était peu scrupuleux sur l'exactitude des noms. Une foule de preuves, inutiles à reproduire ici, établissent cependant qu'il s'agissait toujours de la même famille.

Jean Van Den Gheyn, frère de Pierre et d`Antoine, décéda en 1575. Son frère Pierre demeurait à Malines, vieille rue de Bruxelles, dans la maison nommée de Gulde Leeuvv ou se trouvait sa fonderie. Les héritiers de son fils Pierre, décédé sans enfants, firent vendre en 1623 cette propriété.

Jean habitait la maison de Zwaen rue Haute, à Malines, et y avait aussi sa fonderie. Il figure dans un acte du 22 Avril 1561, par lequel le magistrat de sa ville natale nomme des experts chargés d'examiner 6 pièces de canon que Pierre Van Den Gheyn avait fondues et au sujet desquelles il s'était élevé une contestation. Jean procréa un fils, appelé Jean, comme son père. Ce deuxième Jean eut un fils Pierre, qui décéda à Malines en 1598. Les uns et les autres furent contemporains de Jacques Waghemans ou Wagevents.

Tous les noms de ces fondeurs, ou au moins la plupart d'entre eux, se trouvent inscrits sur une pierre sépulcrale qui existe encore aujourd'hui, mais dans un état de très-grand délabrement, la l'église de Notre-Dame au-delà de la Dyle. Elle porte, à sa partie supérieure, une cloche sculptés dans le granit, et entourée du chiffre de Pierre Van Den Gheyn. Sur la cloche même se trouvent les mots : Jan Den Ghein me fecit.

Les inscriptions gravées sur ce monument ont été très inexactement reproduites dans un ouvrage en 2 volumes qui a paru à Bruxelles, en 1760, chez le sieur Jorez, sous le titre de : Provincie, stadt ende districkt van Mechelen. Le compilateur de ce livre mériterait que tous les exemplaires de l'ouvrage fussent anéantis. Il a omis des noms inscrits sur la pierre de Notre-Dame au-delà de la Dyle, et nous a ainsi formellement induits en erreur. Si nous n'avions pas eu le bonheur de retrouver la pierre elle-même, perdue et oubliée sous un amas de décombres aux abords de l'église, nous aurions affirmé qu'Azevedo, auteur d'un livre anonyme sur la ville de Malines, s'était trompé en assignant la date de 1598 à la mort de Pierre Van Den Gheyn, fils de Jean.

C'est la lignée de Pierre Van Den Gheyn (décédé en 1598), fils du deuxième Jean, qui va se continuer dans les renseignements que nous allons fournir sur les Van Den Gheyn de Malines. Mais, avant de poursuivre notre travail, mentionnons quelques cloches sorties des ateliers des plus anciens fondeurs de ce nom.

Mgr de Ram, recteur magnifique de l'Université de Louvain, a eu autrefois pour premier professeur de langue latine, un fils du célèbre organiste Matthias. Ce fils, religieux de l'abbaye d'Afflighem, s'occupa d'enseignement, après la suppression des convents, et habits, pendant un certain temps, la ville de Lierre, où demeuraient les parents de notre savant Recteur. Mgr de Ram l'entendit plus d'une fois dire que ses ancêtres étaient fabricants de cloches depuis le XVIe siècle. Ces affirmations sont confirmées par des renseignements que m'ont fournis des fondeurs actuellement vivants. Ces Messieurs se rappellent parfaitement que leurs parents ont été chargés, a différentes reprises, de réemployer, en fusion, des métaux de cloches fêlées datant du XIV" siècle et portant le nom de Van Den Gheyn.

Toutefois, ainsi que je l'ai dit plus haut, nous n'avons pas rencontré jusqu'ici de cloche plus ancienne, sortant positivement de la fabrique des Van Den Gheyn, que celle de 1516. Un compte de 1562, reposant aux archives de Louvain, établit qu'un Pierre Van Den Gheyn, de Malines, fut appelé en cette année à Louvain par le magistrat de cette ville, pour examiner certaines clochettes du Voerslage, ou petit carillon, sonnant en musique l'avant-coup des heures du cadran communal.

En 1525, Pierre Wagemants ou Wagevents, fondeur à Malines, avait fourni a la ville de Louvain un carillon composé d'une octave de cloches. M. Van Even, archiviste de Louvain, a puisé ce détail, ainsi que le précédent, dans les comptes de la ville. Ce ne sont donc point les Van Den Gheyn qui ont livré le premier carillon de Louvain. En 1595, Pierre Van Den Gheyn, fondeur à Malines, acheta du conseil communal de Louvain une cloche fêlée qui se trouvait dans le beffroi de la ville (1).

En 1585, un Pierre Van Den Gheyn fondit deux cloches pour l'église des SS. Jean l'Évangéliste et Jean-Baptiste de Malines (2).

Si l'on parcourt les monographies spéciales de nos principales villes belges, Bruxelles, Anvers, Malines, Gand, Tirlemont, Diest etc, partout on est presque certain de rencontrer la mention de commandes faites, vers ce temps, a des membres de la famille Van Den Gheyn.

Pour nous résumer en un mot, disons que ces fondeurs sont en pleine prospérité au XVIe siècle. Ils livrent à toute la Belgique. Nous croyons d'autant plus inutile d'entrer dans la description de leurs principaux produits, qu'il en existe encore, à l'heure qu'il est, un certain nombre dans les clochers de nos cathédrales.

Reprenons maintenant la chaine généalogique. Jean, mort en 1575, laissa un fils Jean dont le fils Pierre, décéda en 1598. Ce Pierre eut, à son tour, un fils Jean qui épousa, à Malines, Anne Verberght. Jean, fils de Pierre et époux d'Anne Verberght, mourut insolvable en 1627. Quelle fut la cause de ce malheur, nous l'ignorons. Les archives de Malines fournissent une quantité de preuves de la décon?ture de Jean Van Den Gheyn, et cependant il est établi qu'à cette époque, le nom de sa famille était célèbre dans toutes nos provinces. Sa sœur avait épousé Pierre Declerck ou Declercq, dont la renommée comme fondeur égalait celle des parents de Jean Van Den Gheyn. Pierre Declerck et son fils, Deklerck le jeune, devinrent plus tard les associés de Pierre Van Den Gheyn, fils de Jean. Jean eut de sa femme, Anne Verberght, quatre enfants : Pierre (1605), Jean (1601), Claire (1610) et Anne (1612).

(1) Louvain monumental, par M. Van Even, p. 189.
(2) Tous les renseignements relatifs à Malines sont puisés dans les archives de cette ville, registres des mutations de propriété, de population, actes échevinaux, résolutions du Magistrat, état civil, etc, etc.

Pierre, né en 1605, fit des efforts inouïs pour relever l'honneur de la famille, après le désarroi des affaires du père. Il s'associa à Pierre Deklerck et à Pierre Declerck fils. Ce dernier était charpentier. En 1658, ils fondirent ensemble la grande cloche de St-Rombaud de Malines, appelée Salvator. Cette opération ne fut pas heureuse, car en 1696, le fondeur de Haze, d'Anvers, fut chargé de refondre le même bourdon. En 1644, Pierre livra une cloche à l'église des SS. Jean l'Évangéliste et Jean-Baptiste à Malines. Il en fabriqua une foule d'autres.

Grâce il ses efforts, et malgré l'insuccès de la fonte de 1638, il jouissait d'une grande réputation. J'en trouve la preuve dans un ouvrage anonyme d'Azevedo, qui repose, sous le titre de : Historische saemenspraecke over de stadt Mechelen tusschen Pipinus en Ludolfus enz. à la bibliothèque de Malines.

Azevedo, en parlant de la maison que Pierre Van Den Gheyn et Pierre Deklerck habitaient à Malines, dit : In dit huys woonde noch, in 1638, de VERMAERDE CLOCKGIETERS Peeter Van Den Gheyn en Peeter Deltlerck ; (Dans cette maison habitaient encore, en 1638, les CELEBRES FONDEURS P. Van Den Gheyn et P. Deklerck).

Le 22 Décembre 1626, Pierre avait épousé Marie Lamberechts. Il en eut six enfants : Claire (1651), Pierre (1640), Jean (1642), Henri (1645), Jacques (1647), mort à 5 ans, et Marie (1649). Avant de parler de ces enfants de Pierre, né en 1605, con- statons un fait important. Son frère Jean, né en 1607, quitte Malines à l'âge de 22 ans. A partir de cette époque les livres de l'état civil, ainsi que les fardes des archives, sont muets a son égard. Nous savons seulement, par le registre des mariages, qu'en 1655, un André Van Den Gheyn épousa, à Malines, Cécile Ceulens ou Ceulers.

Que cet André fut de la famille des fondeurs de cloches, la chose n'est pas douteuse. Sa femme figure en 1696, a St-Trond, comme marraine d'André-François Van Den Gheyn, fils de Pierre, lequel Pierre, ainsi que nous venons plus loin, exerça le métier de fondeur à St-Trond et ensuite à Tirlemont.

Nous croyons, et tel est aussi l'avis de M. l'archiviste, Van Doren, qu'André, marié en 1655, était le fils de Jean né en 1607. Ce Jean avait quitté Malines à l'âge de 22 ans, célibataire. Son départ eut lieu deux ans après la mort du père décédé insolvable.

On ne trouve d'André ni naissance, ni décès, ni mention de postérité, dans les livres de Malines. Il aura été le fils de Jean parti en 1629, et aura vu le jour dans la localité où son père, fuyant le déshonneur momentané de la famille, s'était retiré pour entreprendre une nouvelle fonderie.

Revenons maintenant à Pierre Van Den Gheyn, né en 1605, père des six enfants que nous avons nommés plus haut et associé des Deklerck.

Sa famille resta habiter Malines et continua le commerce. Toutefois, on ne trouve point l'acte de décès de son fils Pierre né en 1640. Jean, son deuxième fils, né en 1642, vivait encore en 1692, car en cette année, il livra une cloche à l'église des SS. Jean l'Évangéliste et Jean-Baptiste à Malines, et une autre à l'église de Ste-Dymphne à Gheel. Dans les années 1615 et 1685, il avait encore fondu des cloches pour Malines.

Pierre, né en 1605, était, ainsi que nous l'avons dit, l'associé des Deklerck. La fonderie qu'ils exploitaient ensemble était établie sur une propriété de Pierre Deklerck. En 1661, cette propriété fut vendue. Les rentes dont elle était chargée prouvent suffisamment que les affaires n'étaient point brillantes.

D'autres détails, puisés aux archives de Malines, trop longs pour être rapportés ici, établissent que la branche des Van den Gheyn de cette ville déclina peu à peu sous le rapport des grandes opérations. Leur commerce ne cessa point, mais c'était désormais dans une autre branche, celle des Van Den Gheyn de St-Trond et de Tirlemont, qu'allait se concentrer le lustre de la famille.

Il n'existe peut-être pas de généalogie plus difficile il reconstruire que celle des Van Den Gheyn. Les mots de Pierre et de Jean se représentent si souvent a Malines, et ceux d'André et de Matthias à St-Trond, à Tirlemont et à Louvain, qu'il faut une très-grande attention pour ne pas se perdre dans le dédale des prénoms de ces fondeurs. Nous prions le lecteur de retenir ici seulement les noms de Pierre, né en 1640 et fils de Pierre né en 1605, et d'Anne, époux de Cécile Ceulens ou Ceulers et fils supposé de Jean, lequel Jean était né en 1607 et quitta Malines vers 1639.

LES VAN DEN GHEYN DE SAINT-TROND, DE TIRLEMONT, DE NIVELLES ET DE LOUVAIN

Des membres de la famille Van Den Gheyn quittèrent la ville de Malines vers le milieu du XVIIe siècle, pour l'une des trois raisons suivantes et peut-être même pour toutes les trois à la fois : la déconfiture de Jean, décédé insolvable en 1621, la non-réussite de Pierre, né en 1605, et de son associé Pierre Deklerck, dans la fusion de la cloche Salvator, et le désir de l'un ou l'autre des fils de s'allier aux familles des fondeurs qui habitaient Tirlemont. Cette dernière hypothèse m'est communiquée par M. l'abbé Bets, vicaire de St-Jacques à Louvain et auteur d'une excellente Histoire de la ville de Tirlemont. Tirlemont avait des fondeurs du nom de Bronckaerts (3). Il se peut que le Pierre Van den Gheyn que nous allons rencontrer à St-Trond et puis a Tirlemont, et dont jusqu'ici le lieu de naissance est inconnu, fut le fils de l'un des fondeurs de Malines, marié à une fille des Bronckaerts de Tirlemont. Dans les registres de l'état civil de cette ville, M. l'abbé Bets n'a pas trouvé de traces de ce mariage supposé, mais rien n'empêche de croire qu'il ait eu lieu, dans les environs de la localité.

(3) Histoire de Tirlemont, par l'abbé Bets, page 83, et Brabantsch Museum, par M. Edw. Van Even, 1e année, pp. 143, et suiv.

Quoi qu'il en soit, le Magistrat de Tirlemont fut en rapport avec des Van Den Gheyn pour la foute de cloches. On en trouvera la preuve dans l'histoire de Tirlemont, citée plus haut. D'après les recherches faites à l'état civil de St-Trond par mon ami M. l'avocat Ulens, membre du Conseil Provincial du Limbourg, le premier Van den Gheyn dont parlent les registres de. St-Trond est Pierre, époux de Marie-Magdeleine Hennus. En 1696, le 12 Octobre, est baptisé leur enfant André-François, à l'église collégiale de Notre-Dame. La marraine de ce fils est Cécile CEULERS ou Cenlers dont nous avons vu le mariage, contracté en 1655, avec André Van Den Gheyn à Malines (4).

En 1698 Pierre et Marie-Magdeleine Hennus ont encore à St-Trond un autre enfant, Jean-Pierre. Vers 1699, ils doivent avoir quitté St-Trond, car en 1700 leur nait, à Tirlemont, un fils Denis. Ensuite, ils ont encore, dans cette dernière ville, en 1703, Martin, en 1705, Marie-Magdeleine, en 1705, Denis (2è de ce nom), et en 1707, Anne-Marguerite.

Marie-Magdeleine Hennus, première femme de Pierre Van den Gheyn, fondeur à St-Trend et puis à TirIemont, doit être décédée en 1708. Sa famille est originaire de Tirlernont. Les registres de cette ville ne nous laissent guère de doute à cet égard. En 1709, le 24 Octobre, Pierre Van Den Gheyn épouse, à Tirlemout, en secondes noces et avec dispense, pour la proclamation des bans, Lucie Steveniers.

Il a de celle-ci quatre enfants, a Tirlemont : Jeanne (1710), François (1712), Jeanne-Catherine (1715), Élisabeth (1717). A partir de 1717, son nom disparait des livres de Tirlemont. Nous ne sommes point parvenu à connaître le lieu ni l'année de son décès (5).

(4) Les registres de St-Trond disent que Cécile Ceulens fut marraine. Ils n'ajoutent pas la qualification d'épouse ou de veuve d'André Van Den Gheyn. Cette omission ne prouve rien vu l'époque où elle a été faite.
(5) La famille Stevenlers, celle de la seconde femme de P. Van Den Gheyn, fut alliée plus tard a un musicien d'un très-grand talent, J.-J. Robson, dont nous aurons l'occasion de parler plus loin.

Disons tout de suite ici, pour l'intelligence du lecteur, qu'André-François Van Den Gheyn, fils de Pierre et de Marie-Magdeleine Hennus, né la St-Trond le 11 ou le 12 Octobre 1696, baptisé le 12, fut le père du célèbre organiste Matthias Van Den Gheyn, auquel est consacré la deuxième partie de notre travail.

Momentanément, nous n'entrerons dans aucun détail touchant notre grand artiste. Il importe d'abord de continuer la généalogie des fondeurs de cloches du nom de Van den Gheyn, jusqu'à l'époque actuelle. Nous espérons achever ainsi une belle page, inédite jusqu'a cette heure, des annales artistiques de la Belgique. Pierre Van Den Gheyn, époux en premières noces de Marie-Magdeleine Hennus, et père d'André-François, est-il le fils d'André marié en 1655 à Cécile Ceulens ? La chose est très-probable, car Cécile Ceulens assiste, en qualité de marraine, au baptême d'André-François. Sans doute qu'André ne vivait plus en 1696.
Ou bien, Pierre Van Den Gheyn se rattache-t'il à Pierre, né à Malines en 1610, dont on ne trouve point le décès dans les registres de cette ville? La chose est également possible.

Ce qui est certain, c'est que Pierre, de St-Trond et de Tirlemont, est de la famille de Malines. Les prénoms sont les mêmes, le nom s'écrit de la même manière, la profession des uns et des autres est celle de fondeurs de cloches. Il n'y a pas eu, à cette époque, deux familles Van Den Gheyn, étrangères l'une a l'autre et exerçant toutes deux le même métier. L'immense réputation dont les Van Den Gheyn ont joui au XVIIe siècle et les nombreux ouvrages historiques qui parlent d'eux, a propos de cloches et de carillons, ne laissent aucun doute à l'égard de la filiation. Ce serait peine perdue, pensons-nous, que de retarder la publication de notre notice parce qu'un seul anneau manque a la chaine, quatre fois séculaire, que nous déroulons ici.

André-François Van Den Gheyn épousa à Tirlemont, le 17 Juillet 1718, Élisabeth Peeters, fille de Pierre. Il en eut six enfants, dont quatre a Tirlemont et deux a Louvain. Les premiers furent : Anne-Marguerite (1719), qui devint plus tard la femme de Jacques Wéra ; Matthias, le célèbre organiste, né le 7 Avril 1721, baptisé le lendemain a l'église collégiale de St-Germain ; Élisabeth (1725) ; Marie-Catherine (1725). A Louvain, André-François eut encore de sa femme E. Peeters. André-Joseph (1727) et Jeanne (1750), morte en bas âge.

J'ai retrouvé chez les Demoiselles Van Den Gheyn, à Louvain, une note manuscrite, faite de la main même de Matthias Van Den Gheyn, dans laquelle il donne quelques détails sur sa famille. Cette pièce, très curieuse, ne m'est tombée entre les mains qu'après trois mois de recherches faites vainement, dans diverses localités du pays, pour connaitre le lieu de naissance du père de Matthias. J'ai fait cette découverte dans un petit cahier (relié en parchemin de plain-chant), dont presque toutes les feuilles étaient enlevées. J'ignorais encore jusqu'à ce moment que les Dames Van Den Gheyn fussent les descendantes du célèbre organiste. Elles-mêmes ne connaissaient pas le prénom de leur aïeul. Dès que je vis un livre relie en parchemin de Missel, je sentis comme instinctivement que j'étais enfin sur la bonne voie pour élucider toutes mes recherches. J'aurai l'occasion de revenir plus loin sur cet important feuillet. Je constate seulement ici que Matthias fit quelques erreurs dans les renseignements qu'il donne. Ainsi, il dit que son père et sa mère quittèrent Tirlemont pour aller habiter Louvain, en 1721. La chose est controuvée par l'état civil de Tirlemont, où sont
inscrites les naissances de Élisabeth (1725) et de Marie-Catherine (1725), leurs enfants.

Voici la raison pour laquelle André-François Van Den Gheyn vint prendre domicile à Louvain : Le 28 Mars 1725, André Van Den Gheyn, fondeur à Tirlemont, s'engagea, par acte notarial, de fournir un carillon de 2 octaves, composé de 25 cloches, au prix de 24 sols, argent de change, la livre. Il fut stipulé dans l'acte que le carillon devait être supérieur à celui de Tirlemont et, pour le moins, aussi bon que celui de Diest. L'artiste transféra son domicile à Louvain et s'y mit à l'œuvre. Le 26 Août 1728, il informa le conseil que le nouveau carillon se trouvait placé. L'instrument fut alors soumis à l'examen d'une commission, composée de J. Pauwels, carillonneur de Hal, G. Cuppens, carillonneur de Diest, P. Schepers, carillonneur de Gand, et C.-J. Peeters, carillonneur d'Alost. Cette commission indiqua des modifications à faire à 7 cloches. Van Den Gheyn essaya d'y porter remède, mais ne réussit point. Le nouveau carillon resta un instrument médiocre.

Ces détails sont tirés du Louvain monumental de M. Edward Van Even, archiviste de la ville de Louvain (pp. 196 et sv). Citons aussi immédiatement les lignes suivantes, extraites du même ouvrage. Elles ont une très-grande importance pour ce que nous aurons li dire plus loin des conditions qui furent imposées à Matthias Van Den Gheyn lorsqu'en 1745, à la suite d'un magnifique concours, il fut proclamé carillonneur communal de Louvain :

Par acte, en date du 22 février 1750, Van Den Gheyn s'engagea à fournir, au prix de 24 sols de change la livre, un nouveau tambour en cuivre pour le carillon. Il devait contenir 6576 trous à poser les notes, à l'effet de pouvoir jouer 224 mesures de 6 à 8 notes dans la mesure. Charles-Alex Lion, horloger a Charleroy, fut alors chargé de la confection du mécanisme du carillon. Ayant obtenu le droit de bourgeoisie, le 21 Juillet 1750, ce maître transféra son domicile a Louvain et procéda au travail dont il venait d'être chargé. Le tambour, coulé par Van Den Gheyn, fut monté en Juillet 1752 ; il coûta 8000 florins. Lion s'acquitta si bien de cette tache difficile qu'on lui coutera la direction de l'horloge et du carillon à 500 florins par an.

Donnons encore le passage suivant de notre ami M. Edw. Van Even. Tous ces renseignements, basés sur les comptes du Magistrat de Louvain, nous viendront à point, bientôt, pour la biographie de Matthias Van Den Gheyn. Le nouveau carillon n'était qu'un instrument médiocre. Il était discord, dur et criard. Chaque cloche en était dissonante. Le fils du fondeur, frappé de l'imperfection extrême de l'instrument, essaya en 1790 d'y porter remède, en modifiant le son des cloches " au moyen du tour et de la lime " mais ce fut en vain. Plus tard (1811), la ville eut l'occasion de se défaire de son carillon et de l'échanger contre celui de l'abbaye de Parc, dont ou se sert encore aujourd'hui a l'église de Saint-Pierre.

Poursuivons maintenant la généalogie des Van Den Gheyn. La descendance de Matthias trouvera sa place plus loin. Notons seulement ici que Matthias n'exerça jamais le métier de fondeur de cloches. La succession du commerce du père revint tout entière s son frère André-Joseph.

André-Joseph Van den Gheyn est l'auteur de la deuxième grande cloche de la métropole de S. Rombaud de Malines. Je cite ce produit de son établissement parce que la dite cloche porte : Dei gratia me fudit, Mechliniae 1757, Andreas Josephus Van Den Gheyn, Lovaniensis, aetatis suae 29. Les recherches qu'ont bien voulu faire pour moi, l'état civil de Louvain, MM. Goemans frères, ont confirmé cette inscription. André-Joseph était né le 2 Décembre 1727.

En 1730 (nous l'avons vu plus haut) naquit à Louvain la plus jeune sœur de Matthias et d'André-Joseph. La note manuscrite de Matthias dit que leur père, André-François, décéda à Louvain. MM. Goemans ont vérifié avec moi tous les livres de décès de l'époque. Nous n'avons rien trouvé. Il est cependant possible que, malgré l'absence de mention sur les registres des paroisses, André-François fut mort à Louvain. Les livres de décès n'étaient point tenus par le clergé. Les sacristains étaient chargés de cette besogne, laquelle se réduisait, au XVIIIe siècle, en Belgique, à une pure formalité de comptabilité. Ainsi, tandis que les naissances et les mariages, inscrits autrefois par les curés, ont été généralement annotés d'une manière très exacte dans notre pays, les mentions des décès et des enterrements sont l'objet de nombreux oublis de la part des sacristains.

André-Joseph eut quatre enfants : André-Louis, son successeur, né à Louvain le 7 Mars 1758 ; Matthias-Joseph (qu'il ne faut pas confondre avec l'organiste), né le 18 Octobre 1753, et deux filles. André-Louis Van Den Gheyn, fils d'André-Joseph, n'eut qu'une fille, Anne-Maximilienne, née à Nivelles (1792) et mère d'André-Louis Van Aerschodt et de Severin Van Aerschodt.

M. André-Louis Van Aerschodt à Louvain prend aujourd'hui le titre de seul et unique successeur des célèbres fondeurs de cloches du nom de Van Den Gheyn. Son frère cadet, Séverin, qui a longtemps travaillé dans son usine, s'est séparé de lui depuis quelques années et s'est aussi établi comme fondeur de cloches en notre ville, rue Léopold. La fonderie de l'ainé de ces Messieurs est actuellement située rue de Namur a Louvain.

André-Louis Van Den Gheyn, grand-père des fondeurs actuels, quitta momentanément Louvain, à la suite d'une difficulté qu'il avait eue avec son grand-père. Il se maria à Nivelles, y réside quelques années et c'est ainsi que le nom de cette ville se trouve gravé sur plusieurs cloches fondues par lui. Son frère Matthias (qui, nous le répétons, n'est pas le fameux organiste), ayant pris fait et cause pour lui dans le différent dont nous venons de parler, voulut aussi se constituer eu concurrent du grand-père. Matthias a fondu une seule cloche, celle de l'ancienne abbaye de Val-Saint-Lambert, placée aujourd'hui dans la tour de l'église de St-Barthélemy à Liège. M. A.-L. Van Aerschodt, aîné, conserve la plaque matrice de l'inscription de cette cloche.

QUELQUES MOTS SUR LES CARILLONS.

Ainsi que nous l'avons dit au commencement de ce travail, il n'est pas nécessaire d'entrer ici dans la description des produits des fondeurs du nom de Van den Gheyn.

La Belgique est la terre classique des cloches et des carillons. Nulle part, en Europe, on n'a songé a poétiser la sonnerie des heures et a procurer, comme chez nous, à l'homme du peuple une musique brillante et aérienne qui, la nuit comme le jour, le berçât de mélodies suaves et d'harmonieux accords.

Toutes nos villes, nulle exceptée (car l'église de Saint-Jacques sur Coudenberg, à Bruxelles, a aussi son carillon), possèdent des sonneries musicales et souvent plusieurs, l'une dans le beffroi, les autres dans les tours des églises. La plupart de ces instruments sont à deux et à trois octaves et nous connaissons de simples villages des Flandres et de la Campine dont les carillons, comme valeur artistique, sont supérieurs aux orgues des paroisses.

Remarquons, pour l'intelligence de nos lecteurs étrangers à la Belgique, qu'indépendamment de son jeu libre, abandonné à l'inspiration de l'artiste qui le touche, le carillon fait entendre automatiquement un air différent a chaque quart de l'heure. Les demi-quarts eux-mêmes sont indiqués soit par une roulade mélodique, soit par une succession de modulations brèves, les unes et les autres du plus piquant intérêt, si le carillonneur a fait preuve de gout, en fixant ces notes sur le tambour. Il en résulte que toutes les sept minutes nous entendons de la musique aérienne dans nos villes belges.

En 1851, Victor Hugo logea à Malines. Pendant la nuit il lui fut impossible de s'endormir. La musique de la tour de Saint-Rombaud lui causait une sensation des plus agréables, mais des plus singulières. Fatigue d'attendre vainement le sommeil, il se leva et inscrivit, avec le diamant de sa bague, les vers suivants sur la fenêtre de la chambre à coucher de son hôtel :

J'aime le carillon dans tes cites antiques,
Ô vieux pays, gardien de les mœurs domestiques,
Noble Flandre, où le Nord se réchauffe engourdi
Au soleil de Castille et s'accouple au Midi!
Le carillon, c'est l'heure inattendue et folle
Que l'œil croit voir, vêtue en danseuse espagnole
Apparaitre soudain par le trou vif et clair
Que ferait, en s'ouvrant, une porte de l'air.
Elle vient, secouant sur les toits léthargiques
Son tablier d'argent, plein de notes magiques,
Réveillant sans pitié les donneurs ennuyeux,
Sautant a petits pas comme un oiseau joyeux,
Vibrant, ainsi qu'un dard qui tremble dans la cible;
Par un frêle escalier de cristal invisible,
Effarée et dansante, elle descend des cieux;
Et l'esprit, ce veilleur fait d'oreilles et d'yeux,
Tandis qu'elle va, vient, monte et descend encore,
Entend de marche en marche errer son pied sonore.

Oui, les carillons constituent une véritable spécialité pour nos villes de Belgique et pour celles du nord de la France. Ils donnent à nos mœurs nationales un aspect tout nouveau pour l'étranger. Il n'est pas de guide du voyageur qui n'ait soin d'en prévenir les touristes, et les artistes italiens, anglais ou allemands, s'arrêtant dans notre pays, s'informent souvent du jour et de l'heure auxquels ils pourront entendre des morceaux exécutés par le carillonneur de la ville.

Pour nous-mêmes Belges, lorsque nos goûts on d'autres motifs nous conduisent à faire de lointains voyages, c'est bien souvent l'absence du carillon et des cloches qui, dans les pays étrangers, nous fait regretter le plus notre patrie bien-aimée. On ne se figure pas, lorsque l'on est né en Flandre, combien tout est morne et silencieux dans certaines villes protestantes ou l'usage des cloches est prohibé. Pour donner le comble à votre ennui et pour vous faire désespérer sérieusement des progrès de l'art dans ces contrées, entrez, dit Théophile Gautier, dans un temple réformé. Vous y trouverez une grande chambre carrée, sans tableaux, sans statues, sans ornements, sans aucune espèce de musique orchestrale, et la des Messieurs mariés et coiffés, comme en Angleterre, de perruques a trois rouleaux vous parleront gravement et avec force allures bibliques des idoles papistes et de la grande prostituée de Babylone.

Tant il est vrai que la Réforme a, d'en trait de plume, supprimé tous les beaux arts, ce pain moral dont le peuple a aussi besoin que de nourriture physique, et que le catholicisme, au contraire a réalisé pendant dix-huit siècles, dans toutes les conditions de la vie sociale, cette admirable parole : Le beau est la splendeur du vrai (6).

(6) Le mérite de propagation musicale est contesté aux carillons par le philosophe de Genève, dans son Dictionnaire de musique. C'est une sotte musique, dit-il, que celle des carillons. Il est impossible que leurs sons soient exactement justes. D'ailleurs on dit plutôt le carillon pour les cloches que les cloches pour le carillon. Il y a à peu près autant d'erreurs que de mots, dans ce passage.

Evidemment Jean-Jacques Rousseau n'avait jamais entendu ce que nous appelons jouer du carillon. Il fut le contemporain de Matthias Van Den Gheyn. Quel dommage qu'il n'ait point passé par la Belgique, comme le Docteur Burney de Londres, dont nous parlerons plus loin. Sa surprise eut été grande en entendant notre fameux artiste! Au surplus, dans sa préface du Dictionnaire, Jean-Jacques a soin de prévenir le lecteur que ceux qui ne veulent souffrir que des livres bien faits, sont priés de ne pas entreprendre la lecture du sien. Nous sommes entièrement de son avis.

Le mot carillon provient de l'italien quadriglio, quadrille. Il est évident que cette qualification est postérieure, de plusieurs siècles, a l'invention des instruments qui portent ce nom. Elle résulte du genre de morceaux que l'on exécutait le plus fréquemment sur les carillons au XVIe siècle et au XVlle. A cette époque les canevas mélodiques des quadrilles étaient presque toujours les refrains populaires en vogue, et, disons les choses comme elles le sont, nos pères ont beaucoup abusé de ce genre.

Je ne puis me défendre de l'idée de croire que la cause de ces abus est très-ancienne. Les musicologues savent qu'avant le célèbre Pierluigi da Palestrina les contrapuntistes belges jouissaient, en Italie, de la plus grande réputation. Le sujet de leurs mélodies religieuses était presque toujours emprunté à quelque chant du peuple. Il arrivait même fréquemment que les paroles de ces mélodies étaient d'une très grande immoralité. Ces déplorables excès furent corrigés par la réforme opérée par Palestrina, et solennellement approuvée par les papes Pie IV et Grégoire XIV (7).

Ma conviction est que les carillons faisaient entendre des refrains dans le genre de ceux dont il vient d'être parlé et je suis persuadé que la fameuse chanson de l'Homme armé (8) a fait le tour des beffrois et des clochers de toute la Belgique.

(7) Je renvoie pour ces détails à l'excellente notice de M. Fetis, père, sur Pierluigi Da Palestrina.
(8) Cette chanson était, du reste, loin d'égaler en inconvenance, plusieurs de celles dont j'ai parle plus haut.

On a beaucoup écrit sur l'origine des carillons. Nous pensons qu'au XVIe siècle, ces instruments n'avaient généralement qu'une octave. Il nous serait facile de prouver ce point par plusieurs citations, surtout en ce qui concerne la première moitié de ce siècle. Mais, pour ne pas trop nous écarter du sujet, remarquons seulement que la double octave commandée, en 1725, à André-François Van Den Gheyn, par le magistrat de Louvain, devait, aux termes du contrat, être supérieure à celle de Tirlemont et, pour le moins, égale a celle de Diest.

Avant d'avoir un carillon a deux octaves, Louvain possédait une octave simple. Des 1562 Pierre Van Den Gheyn de Malines, nous l'avons vu plus haut, fut mandé à Louvain pour aviser aux moyens de compléter l'instrument fait par Pierre Wagemans ou Wagevents de Malines en 1525. M. Van Even infère d'un compte de la ville, qu'il reproduit dans son excellent ouvrage, qu'en 1454, on avait déjà l'habitude d'exécuter, au moyen de marteaux, des airs sur les cloches suspendues dans le beffroi communal.

Le texte qu'il cite est le suivant : Symoen metten gelde Coster van Sinte Peeters te Loven van beyaerden en luden saterdaghs en des Sondaegs doen men Onser Limer Vrouwe afsette en omdroech voor sinen arbeit 24 plecken. Les mots beyaerden et luden (carillonner et sonner des cloches), n'autorisent point l'induction qu'en tire l'archiviste de Louvain, aux termes de laquelle il serait prouvé que l'on exécutait, au moyen de marteaux, des airs proprement dit (9).

L'origine des octaves simples se trouve, je pense, dans le Voerslage, l'avant-coup de la sonnerie des heures. D'abord on ne se servit que de deux ou trois cloches, de notes différentes, dont la résonnance préparait par la voie du contraste harmonique celle de l'heure proprement dite. L'horloge actuelle de l'hôtel de ville de Bruxelles donne une série de sons que j'imagine pouvoir ressembler musicalement parlant à ce qu'étaient les premiers Voerslage de la Belgique.

(9) Le fait de frapper plusieurs cloches, sur lesquelles il serait impossible, vu leur petit nombre, d'exécuter un air, n'est pas aussi désagréable a l'oreille qu'on pourrait le croire. En Allemagne et surtout dans les provinces Rhénanes, le mot bayaerden a encore ce sens. Un ensemble des sons ainsi produits, est parfois très harmonique. Voir à cet égard deux opuscules qui ont paru dans le Brabantsch de M Van Even, le premier de M. l'abbé Bets sur les carillons de Tirlemont, le deuxième de M. l'abbé D.P. Kuyl d'Anvers sur l'église de Gheel.

Le Voerslage était déjà au XVIe siècle un véritable petit carillon. M Van Even a trouvé à l'hôtel de ville de Louvain un compte de 1542 qui est très précis à cet égard : Betaelt meester Peeter de Hollandere die een goed liedeken gecomponeert hadde opten voerslach en in t' boeck gestelt heeft, 12 Juny 1542 - 4 st. (Payé 4 st à maître Pierre de Hollandere qui avait composé une bonne petite chanson pour le Voerslach et qui l avait copiée dans le livre).

D'autres comptes de 1525 cités par le même savant prouvent que sur le Voerslach, on donna l'année même de son placement un concours de carillonneurs à Louvain. En d'autres termes, le carillon à une octave se nommait Voerslaghe (avant coup) aussi bien que Beijaerd, qui devint plus tard le nom spécifique de l'instrument. Nous sommes convaincus que la même confusion de noms se prépara insensiblement au XVIe siècle dans les autres villes flamandes, comme à Louvain. Ainsi donc du simple Voerslach à une deux ou trois notes, on en vint à l'idée de construire une octave, et successivement furent trouvés les mécanismes de sonnerie et de combinaison du carillon proprement dit, avec l'heure, la demi-heure, les quarts, etc.

L'histoire de ces progrès est suffisamment racontée dans les ouvrages spéciaux pour que nous croyions pouvoir nous dispenser d'en parler ici. Nous n'avons voulu qu'élucider certains points peu développés jusqu'à ce jour, dans les auteurs qui ont écrit sur la matière.

En résumé au XVe siècle, plus au XVIe, et plus encore au XVIIe, les carillons sont adoptés dans toutes nos villes. Ils s'augmentent et finissent par devenir des instruments complets possédant jusqu'à 50 et 60 notes. Chose étonnante, à partir du XVe siècle commencent nos premières informations sur les fondeurs du nom de Van den Gheyn. A dater de 1516, nous trouvons des documents certains sur eux, et au XVIIe siècle, ils sont dans la plénitude de leur renommée !

Certes, ils ne furent point les seuls fondeurs célèbres de la Belgique, mais ils occupèrent longtemps le premier rang entre tous, et les plus grandes comme les plus petites localités du pays possèdent aujourd'hui encore de leurs anciens produits.

Malgré les guerres de religion au XVIe siècle, malgré la tourmente révolutionnaire de 1793, il n'y a pas de doute pour nous que l'amateur qui aurait le temps et le goût de visiter l'un après l'autre nos beffrois et nos clochers, trouverait gravée sur le bronze une très grande partie de la généalogie que nous avons heureusement pu reconstruire dans ce chapitre.

Disons un seul mot des fonderies actuelles de MM. André Louis Van Aerschodt et Séverin Van Aerschodt, frère du précédent, et fondeur comme lui à Louvain. La grande cloche de la métropole de Malines, les cloches de la cathédrale et de Saint-Martin à Liège, la cloche de Sainte-Gertrude à Louvain, le carillon de la même église, celui de Namur, celui de Dunkerque composé de 45 cloches, la cloche donnée à la collégiale de Saint-Pierre à Louvain par feu M. l'avocat Boogaerts mort en 1850, la deuxième grande cloche de la métropole de Saint-Rombaud à Malines, plusieurs cloches de la cathédrale de Liège, celle de l'abbaye d'Averbode, les carillons de Bodeloo sous Gand, de Wyngene, de Harlebeke, et des centaines de produits annuels sortant de l'une ou de l'autre des fabriques que nous venons de nommer, sont là pour témoigner des mérites de ces artistes. Plusieurs rapports présentés au gouvernement par la chambre de commerce de Louvain entrent dans des détails très intéressants sur ces établissements. Nous pouvons dire qu'ils reçoivent à eux deux la très grande partie des commandes de la Belgique et des provinces limitrophes de la France et de l'Allemagne.


DEUXIÈME PARTIE

MATTHIAS VAN DEN GHEYN

Nous partageons la deuxième partie de cette notice en six paragraphes, dont voici la division des matières.

1 - Van Den Gheyn et ses enfant - Détails généalogiques.
2 - Ses professeurs de musique, et sa position comme organiste de Saint-Pierre à Louvain.
3 - Le concours de 1745 à Louvain.
4 - Celui de Malines en 1772.
5 - Les contemporains de Van den Gheyn. Les documents imprimés et la tradition orale sur ce grand artiste.
6 - Ses œuvres - Étude sur son style.


MATTHIAS VAN DEN GHEYN ET SES ENFANTS

Nous avons dit plus haut qu'en recherchant le lieu de naissance du père de Matthias Van Den Gheyn, nous fûmes assez heureux, il ya peu de temps, pour retrouver chez les dames Van Den Gheyn à Louvain, un petit cahier dont la couverture était formée d'un parchemin de Missel. Les feuillets de ce cahier, conservés en partie, étaient de l'écriture même du grand organiste. Après quelques notes sur ses frères et sœurs, Matthias Van Den Gheyn s'exprime de la manière suivante :

(Traduction du flamand)

Moi, Matthias Van Den Gheyn, je suis né le 7 Avril 1721 dans la paroisse de Saint-Germain, à Tirlemont. André, mon père, était natif de Saint-Trond. Il s'est marié à Tirlemont, pendant qu'il était fondeur de cloches (clockgieter zynde), avec Élisabeth Peeters, fille de Pierre Peeters.

En l'année 1721 (10), ils ont transporté leur domicile à Louvain et mon père est décédé dans cette ville, la veille du jour des Rois, à l'âge de ... (11) années.
Requiescat in pace. Amen.
" Ma mère, devenue veuve, est restée dans la même ville, demeurant, pour continuer son établissement, avec ... Pierre Van Den Gheyn. Elle est morte, âgée de 46 ans, le 6 Février 1745. "
Requiescat in pace. Amen.
" Ils ont procréé ensemble six enfants. " Suivent ces noms, que nous avons donnés plus haut et puis, pour la plus jeune des filles, la suscription :
Requiescat in pace. Amen.
" Le 24 Février 1745, j'ai épousé, moi Matthias Van Den Gheyn, Marie-Catherine Lints. C'était la fille de Saint-Mathieu l'apôtre. Ma femme était née à Louvain le 17 Décembre (jour de Ste-Begge), de l'année 1724. "

(10) Il y a ici une erreur. Nous avons prouvé, plus haut, que le père ne quitta Tirlemont qu'en 1725.
(11) Chiffre illisible.

L'artiste fournit ensuite quelques indications peu importantes sur la famille de Marie-Catherine Lints, dont le père, François, et la mère, Jeanne-Marie Le Mijn, eurent ensemble 12 enfants. Balthazar Lints, l'un des beaux-frères de Matthias, devint prêtre, en 1730 vicaire de Saint-Pierre à Louvain, en 1765 pléban de la même collégiale. Il fut parrain de plusieurs enfants de notre organiste et les tint lui-même sur les fonts baptismaux. J'ai trouvé ces détails à l'état civil de Louvain.

La note de Matthias Van Den Gheyn s'arrête aux renseignements qu'il donne sur la famille de sa femme. Nous eussions été heureux de voir confirmer de sa main toutes les autres recherches que nous avons faites, sur sa brillante carrière, mais si nous n'avons point ses propres attestations pour ce qui va suivre, nos lecteurs verront que nos documents n'en sont pas moins positifs. Nous nous sommes scrupuleusement attachés à ne rien affirmer qui ne fût basé sur des preuves incontestables.

Matthias eut de sa femme 17 enfants. Occupons-nous un instant de ceux-ci, avant de parler du père lui-même. Les tables décennales des naissances, qui ont eu lieu à Louvain au XVIIIe siècle, ne mentionnaient que 15 enfants. Or, parmi ceux-ci je ne découvrais pas le nom de Pierre-Joseph que je savais cependant avoir été le successeur de Matthias dans l'important commerce de draps qu'il tenait rue de Bruxelles, vis-à-vis de la rue des Tripes. Nous vérifiâmes donc, M. Goemans, chef de l'état civil, et moi, les registres des paroisses et nous trouvâmes la preuve, qu'effectivement des noms avaient été oubliés sur la table décennale. Je fais connaître ici ce détail pour les personnes qui ont des recherches à faire dans les anciens registres de Louvain.

Voici, dans l'ordre des dates des naissances, la longue liste des enfants de Matthias Van Den Gheyn et de Marie-Catherine Lints : Jeanne-Joséphine (1745), François (1746), Jean-Joseph (1747), Emmanuël-Balthazar (1748), Jeanne-Calh. (1750), Barbe (1751), Josse-Thomas (1752), Jean-Fr. -Math. (1755), Jean-Baptiste (1756), Caroline (1757), Liévin (1758), Car.-Franç. (1760), Henri-Romain (1761), Cath.-Christ (1762), Philippe (1763), Cécile (1765), Pierre-Joseph (1766).

Plusieurs de ces enfants occupèrent de belles positions. L'un fut notaire. Emmanuël-Balthazar fit partie du corps enseignant de l'université de Louvain. Son frère Liévin enseigna les humanités. J'ai reçu sur ces deux personnages les renseignements suivants qu'a bien voulu me communiquer Mgr de Ram: Après avoir terminé ses humanités au collège de la Très-Sainte Trinité, Emmanuël-Balthazar étudia la philosophie à la pédagogie du Château. Dans la promotion générale de la faculté des arts, en 1768, il obtint la quatrième place parmi 128 concurrents. Il entra ensuite au grand collège du Saint-Esprit pour étudier la théologie et reçut le grade de bachelier. Le 11 Juin 1773, il devint professeur de philosophie à la pédagogie du Château. En 1780 l'université lui conféra les fonctions de curé à Contich, mais, à cause de l'état de sa santé, il résigna cette place, au bout de huit jours, pour continuer son professorat. Peu après il devint chanoine de Sainte-Waudru à Mons. Le 1 Octobre 1783, l'état de sa santé le força de renoncer à sa chaire. Il mourut d'une affection cérébrale à Louvain, le 26 Janvier 1810.

Ce Van Den Gheyn était musicien et avait une grande facilité pour composer des vers flamands.
Son frère Liévin, religieux de l'abbaye d'Afflighem, était également bon musicien.
Après la suppression de son couvent, il vint résider à Lierre, où il enseigna le latin comme professeur privé. En 1817 le gouvernement hollandais le nomma professeur au collège de Bois-Ie-Duc. Plus tard il devint directeur de l'Athénée de Bruges, place qu'il quitta pour s'établir à Bruxelles où il vivait d'une pension qu'il obtint de l'État et où il mourut vers 1854.

Josse-Thomas succéda à son père Matthias dans les doubles fonctions d'organiste de la collégiale de Saint-Pierre et de carillonneur communal. Matthias étant décédé le 22 Juin 1783, Josse-Thomas conserva ce poste jusqu'à l'époque de la fermeture des églises. Après la Terreur il reprit ses fonctions et n'y renonça que vers 1812 ou 1813. Il avait peu de goût pour la musique, ne s'occupa jamais de composition et fut probablement découragé par la certitude qu'il avait, de ne jamais pouvoir atteindre au talent de son père (12).

Après sa démission d'organiste de notre collégiale, il resta greffier de la justice de paix du canton de Haecht près Louvain, fonction qu'il cumulait, depuis plusieurs années, avec celles que nous venons de citer. Il mourut en 1821. Dès 1819, était décédé en Hollande Jean-Guillaume, fils de Josse-Thomas et père des demoiselles dont nous avons parlé plus haut.

Pierre-Joseph, le plus jeune des enfants de Matthias, lui succéda dans le commerce de draps, comme nous l'avons dit. La femme de notre grand organiste avait dirigé, pendant de longues années, cette maison de détail.

J'ignore le nom de celui des fils de Matthias qui, ayant fait une assez grave maladie, fut confié aux soins d'un frère cellite. Ce fils témoigna sa reconnaissance au religieux alexien, en lui faisant don de plusieurs œuvres composées par son père. Nous avons eu le bonheur de les retrouver, au couvent des Alexiens de Louvain, au mois de Mars de cette année.

Ajoutons encore que le Liber choralium du chapitre de Saint-Pierre, mentionne plusieurs enfants de Matthias, en qualité d'enfants de chœur.

(12) Lorsque Josse-Thomas donna ou reçut sa démission d'organiste de Saint-Pierre, la place fut mise au Concours. Le sujet d'accompagnement à vue présenté aux concurrents fut un Tantumergo, composé par le vicomte de Spoelbergh, grand amateur de musique. Ce morceau était hérissé de difficultés. M. Pierre Deprins, grand-père des organistes actuels de ce nom à Louvain, remporta la palme et fut nommé organiste de Saint-Pierre. La ville y joignit le titre de carillonneur communal.

SES PROFESSEURS ET SA POSITION COMME ORGANISTE DE SAINT-PIERRE.

Quels furent les professeurs de musique de Matthias Van Den Gheyn ?

A cet égard, nous ne savons rien de positif. II est probable que ce furent, entre autres, les maîtres de chapelle et les organistes de la collégiale de Saint-Pierre à Louvain. Rappelons-nous que dès l'âge de quatre ans il habitait notre ville. L'abbé Dieudonné Raick, licencié en droit civil et en droit canon, fut organiste de Saint-Pierre de 1727 à 1741. Les registres du chapitre l'appellent Dereyck. Les frères Alexiens possèdent son œuvre première, gravée à Bruxelles chez J.-C. Rousselet. Elle porte les noms et qualifications que je viens de reproduire textuellement, et enlève ainsi tout doute quant au nom véritable du prédécesseur immédiat de Matthias Van Den Gheyn (14). Cet abbé Raick jouissait d'une très-grande réputation comme organiste. En voici la preuve : la bibliothèque de l'université de Liège conserve un travail manuscrit, rédigé au siècle dernier, par H. Hamal, excellent compositeur, sur les musiciens belges de son temps. Je dois à l'obligeance du savant chanoine Devroye, directeur général de la musique sacrée dans le diocèse de Liège, communication des principales notices rédigées par H. Hamal.

Hamal, qui ignorait sans doute que l'abbé Raick avait été organiste à Louvain, avant d'accepter des fonctions analogues à Gand, dit de lui : D. Raick, renommé dans tout le pays, fut organiste à Gand. Il mourut en 1760. II a publié des sonates pour clavecin, gravées à Gand chez Wauters.

Nous ne connaissons pas cette deuxième œuvre de l'abbé Raick. Un examen attentif des Suites de Clavecin, citées plus haut, nous fait croire que très probablement il donna des leçons à Matthias Van Den Gheyn. Ses menuets sont d'un autre style que ceux de son successeur. Ils sont d'une douceur remarquable et doivent avoir charmé à l'époque de leur publication. Ceux de Matthias sont plus énergiques et accusent une originalité de rythme extraordinaire. Mais dans les autres parties des Suites de Clavecin de Raick, je trouve certaines formules de modulation que Matthias employa fréquemment depuis, bien que la correction harmonique soit considérablement supérieure chez Van Den Gheyn, il me semble que le degré de parenté entre ses compositions et celles de l'abbé Raick est suffisamment établi pour que je cite cet ecclésiastique au nombre de ses maîtres. Tel est aussi l'avis de M. Lemmens qui a examiné les œuvres de Raick et qui les trouve extrêmement belles (15).

(14) Six suites de Clavecin, dédiées à Mademoiselle la Comtesse Rose, née Comtesse d'Harrach, composées par Dieudonné Raick, prêtre, licencié ès droits, organiste de l'église Collégiale de Saint-Pierre à Louvain. Oeuvre premier. Se vendent chez l'auteur à Louvain. Bruxelles J.-C. Rousselet, graveur.
(15) Des recherches faites dans les archives de la cathédrale d'Anvers, par M. le chevalier de Burbure, au moment où je corrige les épreuves de cette notice, me permettent de compléter les renseignements sur le chanoine Raick. Je donnerai ces détails dans les annexes. J'y renvoie le lecteur.

Penneman, prédécesseur de Guillaume-Gommaire Kennis, fut maître de chapelle de Saint-Pierre à partir de 1736, jusqu'en 1748. Nous avons rencontré, depuis 1756, son nom mentionné en cette qualité, dans le registre de la confrérie des Trépassés, à l'église de Saint-Pierre. Pour 1749 le registre ne nomme personne. En 1750 il cite G.-G. Kennis. Nous reviendrons plus loin sur Kennis, disons ici pourquoi nous pensons que Penneman dut donner des leçons à Matthias Van Den Gheyn. A dater de 1741, Matthias était organiste de Saint-Pierre. Il succéda, à peine âgé de 20 ans, à Dieudonné Raick dans cette brillante position. Il est peu probable que Penneman eut voulu être maître de chapelle avec un jeune homme de 20 ans qui ne se fût point entièrement soumis à sa direction. Penneman était l'un des premiers musiciens de Louvain. De là à supposer qu'il donna des conseils, sinon des leçons, à Van Den Gheyn, il n'y a qu'un pas.

Nous pensons donc que le licencié Raick, le maître de chapelle Penneman et peut-être aussi les organistes de l'abbaye de Ste-Gertrude, du chapitre de Saint-Jacques et du couvent des Jésuites, furent les personnes qui dirigèrent l'éducation de notre maître. Quant à ses talents comme carillonneur, Matthias eut amplement l'occasion de les développer par les relations que son père, en qualité de fondeur de cloches, devait avoir, avec tous les carillonneurs de l'époque. Remarquons d'ailleurs que chaque carillon ayant une disposition plus ou moins spéciale quant aux claviers, ce fut avant tout par lui-même qu'il dut s'instruire dans le mécanisme de cet instrument.

Nous savons qu'il fut nommé organiste en 1741. Cette date a été puisée par M. Van Even dans les archives de la collégiale, et annotée immédiatement. Depuis, il a été impossible à M.Van Even et à moi, de retrouver le registre dans lequel elle avait été inscrite au siècle dernier.

Vers le milieu du XVIIIe siècle, le chapitre canonial était en pleine prospérité dans la principale église de Louvain. Les nombreuses confréries instituées à la collégiale de Saint-Pierre jouissaient de grands revenus et organisaient des fêtes dont celles de notre temps rappellent à peine le souvenir (16). Les solennités religieuses que l'université, depuis longtemps renommée dans toute l'Europe, faisait célébrer après la collation des diplômes, les messes du chapitre, celles des confréries et des sections de paroisses, l'arrivée continuelle d'étrangers de distinction qui venaient visiter les professeurs de Louvain, tout cela donnait une importance majeure au poste d'organiste de Saint-Pierre et nous pouvons dire hardiment qu'un jeune homme de vingt ans, arrivant à cette place, devait posséder un talent hors ligne. N'eussions-nous donc point retrouvé, une à une, plus de cinquante œuvres de Van Den Gheyn, les fonctions qu'il remplit à Saint-Pierre nous seraient déjà une preuve de son mérite.

(16) J'ignore si l'église de Saint-Pierre possédait encore les trois orgues dont parlent quelques historiens.

LE CONCOURS DE 1745.

Bientôt une autre position non moins lucrative et aussi importante que celle d'organiste de la collégiale vint à se présenter pour lui. Le 24 Février 1745 il avait épousé Marie-Catherine Lints et ce mariage devait lui donner le désir d'augmenter son revenu et sa réputation. Charles Peeters, carillonneur de la ville, étant mort en Juin 1745, Van Den Gheyn résolut de demander sa succession (17). L'Administration de la ville décida de mettre la place au concours et notre artiste remporta, avec le plus grand éclat, la palme de la lutte. Il est peu de faits de l'époque, plus intéressants pour l'histoire de la musique en Belgique au XVIIIe siècle que la solennité extraordinaire donnée à ce concours. Aussi en parlerons-nous avec quelques détails (18).

(17) Une pétition de Cath. Druwaert, veuve de Ch. Peeters, (voir les fardes de 1745, aux Archives de Louvain), établit que son mari était mort en Juin 1743. Elle demanda au conseil de pouvoir jouir du traitement de Ch. Peeters pendant le trimestre qui suivrait le décès de son époux. Elle s'appuyait sur la considération qu'une faveur semblable avait été accordée à la veuve de N. Vaes, prédécesseur de Ch. Peeters. Je ne pense pas que cette requête ait été agréée par le Magistrat.
(18) La farde contenant toutes les pièces que nous allons analyser, a été trouvée aux Archives de Louvain par M. Edw. Van Even qui, à ma demande, a bien voulu faire des recherches sur la nomination de Matthias Van Den Gheyn, en qualité de carillonneur de Louvain.

Le 1er Juillet 1745 il y eut réunion du Magistrat de Louvain. Furent présents : Messire J.-M. Bosschaerts, Bourgmestre pour la noblesse, Nicolas Davidts, Bourgmestre des Nations, les échevins, Messires de Herckenrode, van Winghe, Standaerts et Schotte pour la noblesse, les conseillers et doyens des Nations, enfin Messire Jean-François-Dominique van Buggenhout, Conseiller-Pensionnaire de la ville.

Devant ces notabilités comparurent : Matthias Van Den Gheyn, habitant de Louvain et organiste de la collégiale de Saint-Pierre, Pierre Van Den Driessche, habitant de Louvain et organiste de l'église de Saint-Michel, Louis-Joseph Leblancq, carillonneur et musicien attaché au chapitre canonial de Soignies, Antoine Lorecht ou Lauret, carillonneur à Termonde (le nom de cet artiste est indéchiffrable dans la minute du procès-verbal que nous suivons ici), et François De Laet, habitant de Louvain et organiste de l'abbaye noble de Ste-Gertrude.

Ces musiciens, dit le procès-verbal du Conseiller-Pensionnaire van Buggenhout, étaient venus se présenter à la barre du Conseil ensuite de la connaissance qu'ils avaient d'une proclamation que les autorités avaient fait publier dans les gazettes du temps (19). La proclamation est très-curieuse; nous en donnerons le texte. En voici le résumé. Le concours était annoncé pour le 1er Juillet 1745. Le Conseil prévenait les intéressés qu'un jury composé de célèbres musiciens serait appelé à juger du mérite des concurrents.

(19) Remarquons qu'à cette époque Louvain n'avait pas de feuille périodique. Ce point a été vérifié par M. Van Even. Nous croyons donc, qu'il est question ici des journaux de Bruxelles et d'Anvers, etc.

Les concurrents devaient être capables de fixer eux-mêmes les airs sur le tambour du carillon, sinon ils seraient obligés de charger, à leurs frais, une personne, de cette partie de leurs fonctions.
Le sort devait désigner l'ordre dans lequel ils se feraient entendre sur la tour de Saint-Pierre. Chaque concurrent devait jouer les airs qui lui seraient désignés. Il lui était strictement défendu de préluder avant de commencer l'exécution de ses morceaux. Cette mesure de précaution fait honneur au Magistrat de Louvain. Elle empêchait que les membres du jury fussent de connivence avec les candidats. Le sort désignant l'ordre du concours, le nom du concurrent était inconnu aux personnes qui siégeaient à l'hôtel de ville (20). Dans le cas où plusieurs concurrents auraient fourni le même nombre de points, le conseil se réservait le droit de choisir celui qu'il préférerait. Enfin, le vainqueur de la lutte était obligé de payer les honoraires dus aux membres du jury.

Parmi les noms des membres du jury, je rencontre, ceux de Ph. Van Den Eynde, et de H. Verhaghe, organiste de l'église de Saint-Jacques. Le premier de ces artistes ou bien Jean Van Den Eynde, que je suppose avoir été son frère, est l'auteur de la célèbre chanson populaire : Vivat Loven vol van glans, vivant aile de Peetermans, dont je viens de retrouver la musique dans un vieux cahier manuscrit, aujourd'hui en ma possession.

(20) L'hôtel de ville de Louvain est situé sur la grand'place de cette ville, vis-à-vis de la Collégiale de Saint-Pierre, et en face du campanile dans lequel est placé le principal carillon de la ville.

Les membres du jury, accompagnés de Messire Joseph d'Amezaya, de M. Van Gobbelschroy, doyen de Saint-Nicolas et du rédacteur du procès-verbal, Messire Jean-François van Buggenhout, Conseiller-Pensionnaire, conduisirent les artistes à la tour, et aussitôt après l'on tira au sort l'ordre du concours.
Les morceaux présentés aux artistes furent les suivants : De Folie dffispanie; La Bergerie; Capprice, et un Andante. Le conseiller van Buggenhout ajoute : " L'Andante suit ci-après. " Malheureusement la page est restée ouverte et ce curieux morceau n'y a pas été inscrit, non plus que les autres que nous venons de citer.

Le rapport du jury constata, après avoir vérifié les numéros d'ordre, que Leblancq ne parvint pas à déchiffrer la Bergerie, ni De Laet non plus. Loret ou Laurecht s'était fait entendre le premier, Leblancq le deuxième, Van Den Driessche le troisième, De Laet le quatrième, et enfin Van Den Gheyn le dernier.

Le jury déclara que Matthias Van Den Gheyn "avait considérablement excellé au-dessus des autres" (dat hy verre exceleêrde boven d'andere). Loret et Van Den Driessche furent proclamés Seconds-pares. Les autres furent passés sous silence.

Matthias Van Den Gheyn sortit donc triomphant de cette lutte qui avait eu pour témoins, outre la foule assemblée sur la place du Grand-marché et dans les rues avoisinantes, tout le Magistrat de la ville, réuni en séance officielle et plusieurs musiciens célèbres de l'époque. Il avait alors 24 ans!

Nous avons découvert dans un cahier manuscrit qui fut copié au siècle dernier par l'abbé Libau, chapelain du chapitre de Ste-Gudule de Bruxelles et compositeur de musique (21), plusieurs préludes pour orgue composés par Pierre Van Den Driessche, organiste de Saint-Michel à Louvain. C'était l'un des concurrents sur lesquels notre maître l'avait emporté. Les œuvres de Van Den Driessche sont d'une correction harmonique supérieure. Elles décèlent même un mérite rare à toutes les époques et dont je dois dire un mot. Au lieu d'écrire les versets des psaumes ou des antiennes sans logique et sans unité et de préluder à tort et à travers, dans tous les tons et dans tous les styles, il choisit un sujet mélodique déterminé, le développe successivement, avec sobriété, mais en suivant les règles du contraste et de la gradation, règles dont la plupart des organistes, même ceux du XVIIIe siècle, n'avaient aucune idée.

(21) Ce cahier est la propriété de M. van Maldeghem, compositeurs de musique sacrée à Bruxelles.

Examinons maintenant quelques-unes des conditions du contrat que le Magistrat de Louvain passa avec Matthias Van Den Gheyn. Une clause de cette convention est inexplicable pour toute personne qui n'a pas lu l'extrait de l'accord de 1725, conclu entre son père et la ville de Louvain, au sujet du nouveau carillon de cette ville (22).

Le Conseiller-Pensionnaire van Buggenhout a rédigé plusieurs brouillons de la pièce que nous allons résumer. Ils sont tous d'une écriture presqu'indéchiffrable (23). Je crois que les conditions suivantes furent définitivement adoptées :

ART. 1. Obligation pour le carillonneur de jouer gratis pour la ville, tous les jours de marché, et aussi pour toutes les solennités académiques à la collégiale, processions du Saint-Sacrement, cortèges publics, proclamation de docteurs, de lauréats et autres. La clause ajoute : ende dat met voile spel, doende accompagneren de bassen, volgens het verzoeck van ieder aire die hy zal comen te spelen. Nous ne nous expliquons pas cette obligation de se faire accompagner par les cloches de basse d'après l'exigence des morceaux. Nous croyons que c'était une pure formalité d'usage, une clause de style habituelle aux rédacteurs de ces sortes d'actes et, dans tous les cas, fort inutile en ce qui concernait l'artiste éminent qui venait d'être nommé.

ART. 2. Cette condition est relative à la fixation des airs sur le tambour. Elle est reproduite de la proclamation citée plus haut, mais elle mentionne expressément l'obligation de changer les airs des heures, des demi-heures etc., aussi souvent que le magistrat le jugera convenable.

(22) Voir, pages 15 et 14, la citation que nous avons empruntée au Louvain Monumental de M. l'archiviste Van Even.
(23) Le Conseiller van Buggenhout ne s'est probablement pas douté en 1743 que la première personne qui s'efforcerait de déchiffrer son écriture, un siècle après lui, serait un de ses proches parents.

ART. 3. Défense à Matthias Van Den Gheyn de charger quelqu'un de le remplacer au carillon aux heures qui lui sont désignées pour se faire entendre. Amende de 10 pattacons pour la première infraction à cette condition, de 15 pour la deuxième, de 25 pour la troisième, le tout à saisir sur ses appointements.

ART. 4. D'après cet article dont nous donnons le texte (24), l'artiste est obligé de faire accorder à ses frais les cloches discordantes. Le magistrat pourra même le forcer à faire refondre également à ses frais, les cloches que l'on ne parviendrait pas à mettre d'accord avec les autres.

Cette clause était évidemment exorbitante. Elle résultait de ce qu'André-François Van Den Gheyn avait mal réussi dans la fabrication du carillon. La ville avait sans doute compté sur l'amour-propre du fils d'André-François, pour espérer qu'il voudrait réhabiliter la mémoire de son père. Mais Matthias ne tarda pas à s'apercevoir de la fausse position dans laquelle on l'avait placé. Il réclama par une lettre qui repose à l'hôtel de ville de Louvain et le 24 Juillet 1745 le conseil fit droit à sa requête. L'article fut supprimé dans tout ce qu'il contenait de vexatoire pour l'artiste.

ART. 5. Obligation de payer les honoraires dus aux membres du jury.

(24) Dat volgens de presentatie by requesle gedaen, hy Fan den Gheyn, gehouden sal wesen, de clocken Van Den Bayaert soo in de superius als andere octaven die int geheel oft ten deele in thoon differeren ende geen accord en syn, de selve ten syne coste te redresseren soo by uytdragen, selver by hergietinge soo noodig bevonden word.

ART. 6. Matthias Van Den Gheyn doit s'engager à faire don, dans le courant de la première année de ses fonctions, d'une somme de 25 pattacons pour l'achat d'un nouveau baldaquin, destiné aux processions du Très-Saint Sacrement.

Il résulte d'autres pièces du même dossier (farde de 1745, aux archives de Louvain) que les appointements de Matthias Van Den Gheyn ne s'élevaient qu'à 100 pattacons par an. Cette somme peut paraître minime lorsqu'on réfléchit à l'importance des amendes qu'on lui infligeait, pour le simple acte, par exemple de se faire remplacer, à la tour, aux heures du jeu. Mais il ne faut pas oublier que les grands profits de la place provenaient des demandes particulières. Nous l'avons dit plus haut, Louvain à cette époque était en pleine splendeur. Les fêtes académiques, celles des confréries, celles du chapitre étaient aussi nombreuses que variées, et sur toutes le carillonneur prélevait, de la part des intéressés, des honoraires très-lucratifs (25).

Matthias obtint, peu après son entrée en fonctions, le droit de cité à Louvain, a het Poirterschap, avec exemption de la plupart des charges et contributions communales, exemption attachée à ce droit. La minute de sa pétition, retrouvée par M. Van Even, figure dans les résolutions du magistrat (1745, à la séance du 10 Juillet). Ses prédécesseurs, les sieurs Vaes et Peeters, avaient joui de la même distinction. Van Den Gheyn resta organiste de la collégiale de Saint-Pierre et carillonneur de la ville de Louvain, jusqu'à sa mort.

(25) Il y avait jusqu'à six licences par jour. Chaque licence valait sept florins au carillonneur. Le prix des doctorats m'est inconnu.


LE CONCOURS DE MALINES EN 1772.

Avant d'entrer dans les détails de sa carrière musicale proprement dite, il faut encore que nous entretenions le lecteur d'un autre concours d'orgue et de carillon, auquel Van Den Gheyn fut au moins indirectement mêlé. C'est celui de Malines en 1772. Les faits que nous allons raconter mettront en regard des usages suivis à Louvain les procédés des magistrats malinois, et hâtons-nous de le dire, ils prouveront que l'amour de l'art était plus sérieux, au XVIIIe siècle, dans notre ville qu'à Malines.

Tous les renseignements qui vont suivre sont extraits du registre aux résolutions du Magistrat de Malines (année 1772). J'en dois la communication à M. l'archiviste Van Doren de cette ville.

Le 3 Février 1772 le Conseil se réunit et résolut de conférer, suivant les usages précédemment établis, à une seule et même personne, les places d'organiste de la métropole et de carillonneur, devenues vacantes. On y attachera, dit le procèsverbal, une somme de 800 florins à titre d'appointements annuels. Le candidat agréé devra payer le médianat attaché à ces fonctions, plus une somme de 4000 florins, au moins, à titre de finance pour l'obtention de la place. Le même jour le conseil prend connaissance d'une requête de M. Schepers qui sollicite sa nomination, en offrant les mille florins à titre de finance, plus 300 florins, pour le médianat.

Le 10 Février la proposition est faite de mettre la place au concours et d'en donner communication au public par l'intermédiaire des feuilles de l'époque.

Le 18 Février, en confirmation de ce qui avait été proposé dix jours auparavant, le conseil se décide à nommer prochainement comme membres du jury, les trois plus fameux musiciens (fameuste musicanlen hier toe van andere steden te verzoecken) de l'époque.

Le 21 Février on désigne pour le jury, MM. Witzthumb, de Bruxelles, van Helmont, maître de chapelle de Sainte-Gudule de Bruxelles, et François Krafft, phonascus, c'est-à-dire maître de chapelle, de la cathédrale de Saint-Bavon de Gand.

Avant de continuer l'analyse des résolutions du magistrat de Malines, constatons ici qu'effectivement Ignace Witzthumb, Adrien-Joseph van Helmont et François Krafft étaient, avec Matthias Van Den Gheyn, les sommités musicales du temps. Les deux premiers ont été l'objet de fort bonnes notices publiées par le savant directeur du conservatoire de Bruxelles. M. Aug. Gaussoin s'est occupé aussi de ces maîtres dans des articles qu'il a insérés en 1845 dans la Belgique musicale. Inutile donc de nous y arrêter. Ajoutons seulement, que le père d'Adrien-Joseph van Helmont, Charles-Louis fut, comme son fils, un contrepointiste remarquable. J'ai retrouvé plusieurs de ses œuvres. Il en sera question dans mon Histoire de la Musique sacrée au XVIIIe siècle en Belgique.

Quant à Fr. Krafft, j'ai eu le bonheur de redresser toute la notice que M. Fétis lui avait consacrée dans son Dictionnaire. Il était né, non à Donawerth en Bavière, mais à Bruxelles en 1721. A ce propos, je dois faire remarquer qu'en 1753 est né, à Bruxelles, un autre François Krafft. Mais le célèbre compositeur, époux de Marie-Catherine Willems, était fils de Jean-Laurent. Il fut maître de chapelle à Bruxelles, passa en la même qualité, vers 1770 ou 1771, à Saint-Bavon à Gand et mourut en cette ville en 1795. Je connais actuellement de lui, à Gand, près de 80 œuvres oubliées ! Mes recherches, en cette circonstance, ont été grandement facilitées par M. l'abbé Timmerman, professeur de plain chant au Grand Séminaire de cette ville, et par M. Aug. Thys, auteur de l'Historique des sociétés chorales en Belgique.

Krafft était une sommité hors ligne. Ses messes, quelques-unes au moins, sont d'une beauté exceptionnelle. Van Den Gheyn commence son deuxième traité d'harmonie et de composition par emprunter à Krafft, la définition que ce maître donnait de la Basse continue. Le Super Flumina Babylonis de Krafft, dont le manuscrit est la propriété de M. Fr. Terby, professeur de violon et archéologue distingué à Louvain, est digne de Pergolesi. Nous publierons dans notre Histoire générale de la Musique religieuse en Belgique, la biographie et la bibliographie complètes de ce musicien éminent.

Voilà les trois artistes que le Magistrat de Malines choisit pour juger de la capacité des concurrents aux places réunies d'organiste de Saint-Rombaud et de carillonneur de la ville.

Mais Adrien-Joseph Van Helmont n'accepta pas. La lettre qu'il écrivit au Conseil mérite une mention. D'après lui le jury devait être investi du droit de nommer définitivement à la place, tandis que le magistrat n'entendait lui réserver que la prérogative de désigner quelques artistes, parmi lesquels le conseil choisirait à sa guise.

Le 16 Mars, la démission offerte par A.-J. Van Helmont fut acceptée et le magistrat de Malines nomma à sa place Jean-Jacques Robson. Voici quelques détails sur ce maître dont le nom est inconnu à l'heure qu'il est, en Belgique, et dont, en trois mois de temps, nous sommes parvenu à découvrir plusieurs œuvres et à fixer la biographie d'une manière pour ainsi dire complète.

Robson était d'origine anglaise. Il fut nommé, à la suite d'un concours dont Van Helmont fut seul le juge, maître de chapelle de la Collégiale de Saint-Germain à Tirlemont, le 16 Avril 1739.
Il épousa en secondes noces, à Tirlemont, une demoiselle Steveniers dont la famille fut précédemment alliée à celle des Van Den Gheyn. Il décéda, dans l'exercice de ses fonctions et au bout d'une longue et brillante carrière musicale, le 24 Octobre 1785, peu de mois après Matthias Van Den Gheyn dont il fut sinon l'égal, au moins le brillant compétiteur.

J'ai reçu de M. Robson, maître de chapelle actuel à Turnhout, plusieurs fort belles compositions de Jean-Jacques Robson. Le grand-père de M. Robson de Turnhout était le frère de Jean-Jacques. Il occupait les fonctions d'organiste du chapitre royal de Saint-Pierre à Turnhout. En même temps des membres de cette famille étaient organistes à Notre-Dame à Termonde, à Saint-Gilles à Termonde et à Zotteghem en Flandre.

Le cahier fait par le chapelain Libau de Ste-Gudule de Bruxelles, cahier dont j'ai déjà parlé plus haut, contient aussi des préludes très-corrects, écrits pour orgue, par le maître de chapelle de Saint-Germain de Tirlemont.

En résumé, J.-J. Robson était digne de prendre la place d'Adrien-Joseph Van Helmont, dans le jury de 1772.

On se demandera maintenant comment il se fit que Matthias Van Den Gheyn ne fût point au nombre des membres du jury. Il y eut pour cela deux motifs dont l'un figure dans les résolutions du magistrat de Malines et dont l'autre m'a été communiqué, il y a quelques mois, par M. Gérard Deprins, organiste actuel de Saint-Pierre à Louvain. M. Pierre Deprins, dit le vieux, père de cet artiste, a été le contemporain, sinon l'élève même, de Van Den Gheyn.

Notre grand organiste sollicita lui-même la place de Malines pour son fils Josse-Thomas, lequel devint plus tard son successeur à Louvain. Plusieurs autres candidats postulèrent également.

Le registre aux délibérations du conseil de Malines mentionne tous les noms et les offres de finances et de médianats que chacun d'eux adressa respectivement au magistrat.

A la séance du 24 Avril 1772, lecture fut donnée aux conseillers d'une requête du sieur Corneille Stretner qui demandait la séparation des fonctions d'organiste et de carillonneur et offrait 1500 florins pour la seconde, si le magistrat voulait la lui accorder seule. Ce jour le Conseil décida de surseoir à la convocation des membres du jury.

Le 27 du même mois, lecture fut donnée de la requête de Matthias Van Den Gheyn qui offrait pour finances et médianats, la somme de 2000 florins, au nom de son fils Josse-Thomas. Entretemps le concours étant différé, des protestations de tout genre arrivaient à Malines. N. Wagerman de Bruges réclamait une indemnité pour le voyage qu'il avait fait inutilement de cette ville à la cité métropolitaine. Il s'était mis en route pour prendre part à la lute ; celle-ci avait été officiellement annoncée dans les journaux, au nom des magistrats Malinois. Il exigeait des dommages-intérêts.
Jean-Jacques Robson, de son côté, prétendait, dans une lettre très-curieuse et dont l'original repose aux archives de Malines, qu'il avait composé plusieurs morceaux pour être soumis aux concurrents, et il insistait pour être payé de ses peines perdues.

Le magistrat de Malines ne se laissa pas toucher par ces réclamations. La question d'argent primait toutes les autres dans son esprit. Il tint fermement la résolution de mettre la place aux enchères, au profit de la caisse communale.

Van Den Gheyn et un autre postulant du nom de Dodelet maintenaient donc leur offre de 2000 florins. Vint un troisième candidat, Jean-Baptiste Kieckens de Lierre, qui présenta 100 florins de plus.
Le 13 Mai, le conseil s'arrêta définitivement au projet de nommer lui-même le titulaire. Le 16 mai, Jean-Baptiste Kieckens, vu l'offre qu'il avait faite de 100 florins, fut nommé à la pluralité des voix (26).

Et ainsi fut terminé ce singulier concours de Malines, dont le caractère il faut l'avouer, fut bien différent de celui qui, quelques années plus tôt, avait vu triompher M. Van Den Gheyn à Louvain. Dans notre ville on n'avait songé qu'à l'art. A Malines la question de combler les vides de la caisse communale prima toutes les autres.

Disons un mot maintenant du deuxième motif qui peut avoir décidé l'administration de Malines à modifier sa résolution, précédemment prise, de mettre la place au concours.

J'ai retrouvé chez M. Gérard Deprins à Louvain, dix admirables préludes pour carillon, de la composition de notre maître. Quand le célèbre organiste M. Lemmens vit ces morceaux chez moi, il les proclama des chefs-d'œuvre et manifesta son étonnement de ce que de pareilles compositions eussent pu sortir de la mémoire des musiciens.

Or, avant que M. Gérard Deprins sût que j'avais fait des recherches à Malines et alors qu'il était, par conséquent, dans la complète ignorance des renseignements que M. l'archiviste Van Doren avait puisés pour moi dans les registres du Magistrat de cette ville, il me dit : " Ces dix préludes, dont je vous permets bien volontiers de prendre copie, ont été composés par Matthias Van Den Gheyn, ami de mon père, pour un concert qu'il devait donner sur le carillon de Malines, dans une circonstance très-solennelle. Mon père les a toujours conservés parce que Van Den Gheyn en faisait le plus grand cas. Il est à remarquer cependant que Van Den Gheyn exécutait encore de bien plus grandes difficultés sur notre carillon que celles que vous trouverez inscrites dans ces partitions. "

Je pense donc, malgré l'absence de tout document confirmant mes suppositions, que le conseil de Malines songea à s'attacher Matthias Van Den Gheyn lui-même, en qualité d'organiste et de carillonneur. Les dix préludes auront été écrits à l'époque où des pourparlers officieux avaient lieu entre les conseillers de Malines et notre grand organiste. - Je le crois d'autant plus qu'ayant interrogé de nouveau M. Gérard Deprins, j'ai appris de lui que Van Den Gheyn avait souvent parlé à son père des offres qui lui furent faites de Malines, pour venir s'établir, comme carillonneur et organiste, en cette ville (27).

(26) Nous publions toutes les pièces, ainsi que la lettre de Robson, dans les annexes.
(27) Remarquons encore que ces préludes nécessitent l'emploi de notes qui n'existaient pas sur l'ancien carillon de Louvain, tandis que celui de Malines les possédait.

SES CONTEMPORAINS. LES DOCUMENTS IMPRIMÉS
ET LA TRADITION ORALE SUR MATTHIAS VAN DEN GHEYN.

J'ai nommé quelques-uns des contemporains de M. Van Den Gheyn : Van Den Driessche, Witzthumb, Van Helmont père et fils, Fr. Krafft, Jean-Jacques Robson , l'abbé Raick (28). Ce serait une erreur profonde que de croire que le XVIIIe siècle en Belgique ait été dépourvu d'artistes de grand mérite. Les Boutmy (Léonard), les Croes, les Staes, les Van Malder, les Pauwels, les Godecharles et une foule d'autres, dont nous parlerons dans notre histoire de la musique sacrée, étaient positivement des talents supérieurs. La chapelle des gouverneurs Autrichiens à Bruxelles jouissait d'une réputation européenne et plus d'un artiste qui en fit partie, illustra l'école belge à l'étranger.

(28) Il est très-difficile de juger des mérites du chanoine Raiek si l'on n'a pas examiné beaucoup d'œuvres d'organistes belges de cette époque. Le lecteur verra plus loin que du temps de M. Van Den Gheyn toutes les successions d'octaves n'étaient point défendues. Raick emploie les quintes justes par degré conjoint, lorsqu'elles n'existent point entre les deux parties extrêmes du quatuor réel. Le deuxième Traité de basse continue de Van Den Gheyn donne des explications à cet égard aux élèves. Des faits de ce genre (et ils sont nombreux), prouvent qu'il ne faut point trop se hâter de trouver des fautes d'harmonie dans les compositeurs belges du XVIIIe siècle.

Nous venons de citer quelques compositeurs de musique orchestrale à Bruxelles. N'oublions point les Klop , les Barth, les Plouvier à Gand, à Liège M. J. Adrien, Bavière, Thollé, G. Wenick, Barréré, Bodson, Chartrain, H.-F. De Lange, H. Dumont, l'auteur des célèbres messes royales de France, le chanoine H.-D. Dupont, A.-F. Gresnick, les Hamal, dont l'un écrivit une excellente notice sur ses contemporains, T. Paque, F. Redin (et non Redein), Moreau le maître de Grétry, Grétry père et fils. La fondation Darcis de Liège produisit un nombre remarquable de bons musiciens.

A Anvers, où Gossec fut enfant de chœur, les Blavier, les Fiocco, les de Trazegnies, les Van Den Bosch, etc, composèrent non-seulement des motets, mais des préludes pour orgue d'une beauté véritable. Nous avons eu le bonheur d'en retrouver plusieurs. -Nommons encore, parmi les compositeurs religieux , l'abbé Thomas à Malines, Van Den Kerckhoven, Bréhy, Libau et d'autres à Bruxelles, J.-B. Jaemaels, organiste à Baelen.

En un mot, le XVIIIe siècle fut fécond en artistes de valeur. Peu de productions de notre époque sont supérieures à celles des auteurs indiqués plus haut. La révolution française est la principale cause pour laquelle ces œuvres ont été si rapidement oubliées. Nos provinces tour à tour possédées par l'Autriche, par la France et par la Hollande n'eurent point le temps de se reconnaître et moins encore celui de faire valoir les gloires nationales.

Louvain, du temps de Van Den Gheyn, possédait plusieurs musiciens de grand mérite. C'était d'abord G.-G. Kennis, né à Lierre vers 1720, maître de chapelle dans sa ville natale jusques vers 1750 et, depuis cette époque, directeur de la grande maîtrise de notre collégiale. Cet artiste mourut, en notre ville, le 10 Mai 1789. Kennis au XVIIIe siècle, jouit pour le moins d'une réputation aussi grande, comme violoniste, que celle dont jouit à notre époque Charles de Beriot, ce brillant enfant de Louvain. Les œuvres de Kennis étaient imprimées à Paris, à Londres et ailleurs. Des violonistes de premier ordre se rendaient, de ces villes, à Louvain pour consulter notre maître de chapelle au sujet de certains traits qu'il indiquait dans ses partitions et que personne ne savait exécuter. Kennis fut, pendant trente-cinq ans, le collègue de Van Den Gheyn à l'église de Saint-Pierre. L'un était maître de chapelle et l'autre organiste (29).

L'abbaye de Sainte-Gertrude à Louvain était le rendez-vous des artistes. François Krafft, me dit M. le professeur Terby, dont la famille fut très-liée au siècle dernier, à celle du célèbre maître de chapelle de la cathédrale de Gand, étant logé à l'abbaye, composa en une seule nuit, une magnifique messe en musique, qu'il donna aux religieux par reconnaissance pour l'accueil que les artistes recevaient chez eux.

L'organiste de Sainte-Gertrude était un talent supérieur. Il se nommait Natalis-Chrétien Van der Borght, et mourut à Louvain, sa ville natale, en 1785 à l'âge de 56 ans. J'ai retrouvé de Van der Borght plusieurs œuvres. Quelques-unes faisaient partie de la bibliothèque de M. F. Terby. J'ai eu l'occasion de communiquer ces productions à MM. Fétis, Lemmens et de Burbure, le même jour où je leur ai montré les œuvres de Van Den Gheyn. M. Lemmens eut l'obligeance de les exécuter au piano et ces Messieurs furent unanimes pour proclamer les mérites de Van der Borght. Science profonde sans pédantisme, tour de phrase extrêmement gracieux, correction harmonique irréprochable, voilà les qualités prédominantes des compositions de ce maître.

Le couvent des nonnes anglaises à Louvain avait aussi pour organiste un artiste de talent. Il se nommait Van Ham ; il quitta la Belgique en même temps que les dames du couvent anglais, à la révolution française. Van Ham mourut en Angleterre. Je connais une vingtaine de motets de sa composition. Il est l'auteur d'une fantaisie pour orgue intitulée " La bataille de Trafalgar " qui a joui d'une grande réputation (30).

(29) J'ai pu fournir le catalogue pour ainsi dire complet des œuvres de G. G. Kennis à M. Fétis, pour la 2de édition de son Dictionnaire des Musiciens.
(30) Cette œuvre ne doit pas être confondue avec une composition du même nom, signée J. WAN HAL publiée, à Rotterdam, chez L. Plattner.

Enfin, l'église paroissiale de Saint-Quentin, à Louvain, avait pour maître de chapelle un prêtre l'abbé Renard, dont jusqu'ici nous n'avons point retrouvé des œuvres, mais dont la réputation existait, comme bon musicien, à l'époque de Van Den Gheyn.

Voilà, indiqués au courant de notre plume, les noms de quelques-uns des artistes remarquables que Matthias Van Den Gheyn eut pour contemporains tant en Belgique que dans la ville de Louvain.
Disons maintenant ce que nous savions de lui avant de posséder les cinquante et une compositions que nous décrirons dans la dernière partie de cette notice.

M. J.-H. Mees, ancien directeur d'une école de musique qui a joui d'une certaine renommée à Bruxelles dans les dernières années du régime hollandais, a publié en cette ville, vers 1828, une contrefaçon du Dictionnaire de musique de Castil-Blaze. M. Mees a ajouté à cet ouvrage quelques notices très-abrégées sur un certain nombre de compositeurs belges du siècle dernier. A la lettre V, il dit : " Van Den Gheim, organiste à Louvain en 1776, était regardé alors comme un des maîtres les plus distingués de son art. "

Le texte de Mees est littéralement reproduit du Dictionnaire des musiciens de Choron et Fayolle, édition de 1817. Le Lovensch Nieuws de Staes , ne parle de notre artiste que pour annoncer sa mort. Et encore le fait-il dans les termes les plus brefs : " D'heer Matthias Van Den Gheyn, seer beachten beyaerder deser stadt en orgelist van St-Peeters kerck en kapittel alhier, seer bekent om syne uytgegeve musieck werken, soo voor orgel als beyaerd, is overleden op Woensdag 22 deser (Juin 1785)." (M. Matthias Van Den Gheyn, carillonneur très-renommé de cette ville et organiste de l'église et du chapitre de Saint-Pierre, très-connu par ses publications pour orgue et pour carillon, est décédé à Louvain Mercredi dernier, 22 de ce mois.)

Si nous ajoutons à ces documents un extrait de la relation du voyage fait en Flandre, vers 1774, par le docteur Burney, grand musicologue anglais, nous aurons tout ce que le XVIIIe siècle nous a légué sur notre grand artiste. L'ouvrage du docteur Burney fait partie de la bibliothèque du savant directeur du conservatoire à Bruxelles. M. Fétis a bien voulu nous communiquer ce que Burney dit de Van Den Gheyn. Le docteur anglais raconte donc qu'il n'a pas eu le temps de s'arrêter à Louvain, mais qu'il a beaucoup entendu parler, en Belgique, d'un célèbre carillonneur que possédait notre ville à cette époque. Il se nommait, dit-il, Scheppens, et un certain Van Den Gheyn était accordeur de l'instrument. " Voici, ajoute-t-il, le pari qui a eu lieu dernièrement à Louvain. Un violoniste de très-grand talent se vantait de savoir exécuter seul certains traits sur son violon. Le carillonneur lui proposa un défi et s'engagea à jouer sur le carillon tous les passages que l'autre ferait entendre sur son instrument. La proposition fut agréée, un jury d'honneur fut nommé et le carillonneur gagna le pari de la manière la plus brillante.

Le carillonneur, c'était non le sieur Scheppens, mais bien Matthias Van Den Gheyn qui exerça ces fonctions, nos lecteurs l'ont vu, depuis 1745 jusqu'en 1785, année de sa mort. Je suppose, et tel est aussi l'avis de M. l'archiviste Van Even, que Scheppens aura été l'accordeur de l'orgue et non celui du carillon. Au surplus, je n'ai rien trouvé dans les archives sur ce Scheppens. Quel était le violoniste que Matthias avait confondu ? Évidemment c'était son collègue de Saint-Pierre, Guillaume-Gommaire Kennis, que les violonistes de Paris et de Londres venaient consulter à Louvain.

Si les documents imprimés sont d'une rareté extrême en ce qui concerne Van Den Gheyn, en revanche nous pouvons affirmer que la tradition orale est très-explicite à son égard. Sa mémoire est encore vivante dans les souvenirs de tous nos vieux musiciens. J'ai eu l'occasion de constater ce fait non-seulement à Louvain, mais même à Bruxelles et à Malines.

Van Den Gheyn avait d'abord un admirable talent d'improvisation. Il abordait sur l'orgue toutes les difficultés et les maîtrisait avec tant d'aisance qu'il semblait s'en faire un jeu. Ses modulations
étaient neuves, originales et basées sur des mélodies d'une très grande distinction. Lorsque l'archevêque de Malines venait confirmer à Saint-Pierre, ce prélat ne voulait pas quitter l'église avant que l'organiste n'eût terminé le Postludium par lequel il clôturait la cérémonie.

L'orgue de Saint-Pierre à Louvain a longtemps passé pour un des meilleurs du pays. Ou je me trompe, ou cet instrument a dû sa réputation plutôt à l'artiste éminent qui l'a fait valoir pendant quarante-quatre ans qu'aux mérites de l'acteur. Le nom de ce dernier est Jean Crimon (30) de Mons, qui le plaça en 1556. Si, à Saint-Pierre, Matthias Van Den Gheyn était dispensé d'étaler son savoir, comme à Saint-Jacques à Louvain, sur le Rossignol, sur le Tambourin et sur d'autres registres non moins ridicules, quoique très à la mode au commencement du XVIIIe siècle, il n'avait pas cependant l'avantage des pédales séparées, combinaison qui eût pu lui être de la plus grande utilité. L'examen de ses œuvres démontre que les pédales séparées lui manquaient.

Sur le carillon il jouait des fantaisies, des airs variés, des fugues à trois et quatre parties, des concertos et des divertissements dont probablement aucun artiste, en Belgique, n'aurait su vaincre les difficultés.

(30) Louvain Monumental page 200.

Il était très-fier de la réputation dont il jouissait comme carillonneur. Le dimanche, il se faisait entendre régulièrement. La Grand'place de Louvain est située entre l'église de Saint-Pierre où se trouve le carillon, et le célèbre hôtel de ville gothique que tous les archéologues connaissent. Pour l'intelligence de nos lecteurs étrangers à la Belgique, nous dirons que cette place n'est guère aussi large que le Boulevard des Italiens à Paris. Sa longueur dépasse à peine le double de sa largeur. A certaines heures du jour, le dimanche surtout, elle est le rendez-vous des promeneurs. Or, me disent quelques vieux musiciens de Louvain, nos parents nous ont raconté bien des fois qu'une heure environ avant celle à laquelle il devait se faire entendre sur le carillon, on voyait Peke Van Den Gheyn, le père Van Den Gheyn (c'était le surnom qu'on lui donnait), déboucher de la rue de Bruxelles où il demeurait. Il portait le tricorne, avait une tenue irréprochable, habit noir, cravate blanche, gilet et culottes de soie noire, boucles d'or sur les souliers, une grande canne à pommeau à la main. Il venait, pendant une vingtaine de minutes se mêler à la foule et tâchait de découvrir, sans que l'on y prît attention, les personnes étrangères venues à Louvain pour l'entendre. Ensuite, il montait à la tour, changeait complétement de costume, allait se placer au carillon, commençait quelques préludes et enfin improvisait, pendant une demi heure, les compositions les plus brillantes et les plus originales. Son jeu fini, il reprenait sa toilette de fête, descendait lentement et venait serrer la main aux amateurs qui étaient restés l'attendre pour lui adresser leurs compliments.

Il était personnellement très-considéré à Louvain. Le pléban de Saint-Pierre, Balthazar Lints, était son beau-frère. Sa maison était ouverte aux ecclésiastiques et aux artistes. Comme aux profits de ses emplois, de ses publications et de ses leçons (31) il joignait ceux du commerce de draps, dirigé par sa femme, l'aisance régnait chez lui, quoiqu'il eût une nombreuse famille.

(31) Ses traités de composition démontrent qu'il s'occupait d'enseignement. Guillaume Ravets a été l'un de ses élèves. M. Eykens, compositeur de musique h Anvers, élève de Ravets, tient ce détail de Ravets lui-même. Je donnerai la biographie de Ravets dans mon Histoire de la musique. Je pense que M. Pierre Deprins, père de M. Gérard Deprins, fut aussi l'un des élèves de Matthias Van Den Gheyn.


LISTE DES OEUVRES IMPRIMÉES ET MANUSCRITES DE VAN DEN GHEYN. ÉTUDE ABRÉGÉE SUR CES COMPOSITIONS.

Nous possédons aujourd'hui cinquante et une œuvres, grandes et petites, de la composition de Matthias Van Den Gheyn. Les voici dans l'ordre où nous les avons découvertes.

1°. Fondements de la basse continue, avec les explications en français et en flamand, deux leçons et douze petites sonates, fort utiles aux disciples pour aprendre (sic) à accompagner la basse continue, composés par Matthias Van Den Gheyn, organiste de l'église collégiale de Saint-Pierre à Louvain.
Gravé à Louvain par M. Wyberechts.

Michel Wyberechts, graveur, étant mort à Louvain en 1764, l'œuvre est positivement antérieure au 9 Juillet de la dite année.

2° à 13°. XII petites sonates pour l'orgue ou le clavecin et violon, fort utile pour en suitte de préditte règles venire à la pratique ou usance de l'accompaignement de la basse continue par Matthias Van Den Gheyn, organiste de l'église collégiale de Saint-Pierre à Louvain.
Ces sonates font suite à l'ouvrage précédent.

14°. Fugue pour orgue en mi naturel mineur. Manuscrite.
Ces quatorze premières compositions faisaient partie de la bibliothèque de M. Fr. Terby dont le père, ancien maître de chapelle de Saint-Pierre à Louvain, s'est occupé, toute sa vie, de collectionner les productions des artistes et des amateurs des siècles précédents. Les fondements de la basse continue et les douze sonates sont aujourd'hui en ma possession, M. F. Terby ayant bien voulu m'en faire don. Je lui en exprime ici toute ma reconnaissance.

15°, 16° et 17°. Trois fugues manuscrites, ou pour mieux dire, une fugue, précédée de deux sujets travaillés en imitation, intitulés fugues, par Van Den Gheyn, selon la mode de son temps.
Ces fugues appartiennent à M. Van Gobbelschroy (32) père, qui est chantre de l'église de Saint-Pierre depuis cinquante ans au moins. M. Van Gobbelschroy fut un des derniers élèves de la maîtrise de Saint-Pierre, dirigée, depuis la mort de G.-G. Kennis (1789), jusqu'à la fermeture des églises, par G.-J.-J. Kennis fils, lequel devint plus tard maître de chapelle de N.-D. d'Anvers.

(32) M. Van Gobbelschroy possédait, comme M. Terby, les œuvres 1 à 14.

Nous ne connaissions pas d'autres œuvres de Matthias Van Den Gheyn que celles que nous venons de citer, lorsque MM. Fétis, Lemmens et de Burbure nous firent l'honneur de venir nous voir à Louvain.

18°. Fugue en la majeur. Manuscrite. Pour carillon.
19°. Fugue en sol. Manuscrite. Id.
20° à 24°. Cinq sonates, faisant partie d'une collection de six sonates pour clavecin. Manuscrites.
25°. Un allegro ou fuguette en sol majeur pour carillon. Manuscrit.
Les oeuvres 18 à 25 se trouvaient dans deux cahiers qui appartenaient à M. Pierre Deprins, organiste à Louvain.

26° à 37°. Dix admirables préludes, suivis de quelques petits airs, menuets, marches etc. pour carillon. Manuscrits, ils furent donnés autrefois par M. Van Den Gheyn à M. Pierre Deprins, dit le vieux, père de l'artiste dont j'ai parlé plus haut, ainsi que de M. Gérard Deprins, organiste actuel de l'église de Saint-Pierre et carillonneur communal. M. Gérard Deprins a bien voulu me permettre de prendre copie de ces morceaux.

38° et 39°. Rondo en sol et Marche en ré majeur, composés pour l'ancien carillon de Louvain, par Matthias Van Den Gheyn. Ces deux manuscrits, écrits de la main même de l'artiste, ont été donnés par lui à M. Deprins, dit le vieux. Ils ont reposé au carillon de Louvain depuis le siècle dernier jusqu'au mois de Janvier de cette année (1862). J'en dois la copie a M. Prosper Deprins, organiste de l'église primaire de Notre-Dame aux-Dominicains à Louvain et fils de Gérard Deprins.

40°. Fugue manuscrite en fa, écrite et signée de la main de Matthias Van Den Gheyn, en 1785, peu de temps avant sa mort. Cette œuvre a été vendue dix centimes, il y a 6 ou 7 ans, à la vente des livres délaissés par M. Tuerlinckx, compositeur à Malines. Elle est aujourd'hui la propriété d'un parent de cet artiste.

41°. Prélude pour orgue, 8ème Toni (NdT : ??). Il se trouvait dans un cahier de préludes, copié au siècle dernier par l'abbé Libau, de Sainte-Gudule à Bruxelles. Le cahier est en la possession de M. Van Maldeghem, compositeurs à Bruxelles.

42°. Andantino en ré mineur. Je crois devoir attribuer cette œuvre à notre maître, pour plusieurs raisons que je détaillerai plus loin. Elle se trouvait dans le cahier de M. Pierre Deprins.

43°. Fugue en sol. Elle a été vendue, avec des manuscrits d'autres auteurs, à la vente de feu M. Tuerlinckx à Malines. Elle appartient aujourd'hui à M. Van Der Vecken, employé chez Mgr Scheppers, chanoine de la métropole de Saint-Rombaud.

44° à 49°. Six divertissements pour clavecin, composés par Matthias Van Den Gheyn, organiste de l'église collégiale de Saint-Pierre à Louvain.
Gravés, à Londres, au siècle dernier, chez Welcker, Gerrardstreet Saint-Anns, Soho.
En tête de cette œuvre se trouve un catalogue rédigé en anglais, dans lequel l'éditeur cite, outre les compositions de Handel, de Bach, de Martini, de Pugnani, six autres productions de Matthias Van Den Gheyn, qualifiées de " Van Den Gheyn's Lessons. "
Jusqu'ici nous ne sommes pas parvenu à retrouver ces Leçons ou Études.

50°. Deuxième Traité d'harmonie et de composition par Matthias Van Den Gheyn. Il est écrit en flamand, d'une main inconnue, porte la date de 1783 et est beaucoup plus développé que le Traité gravé par Michel Wyberechts. Nous avons découvert cette œuvre, ainsi que les six compositions précédentes, au moment d'achever la présente notice.

Un frère cellite du couvent des Alexiens de Louvain, a soigné autrefois l'un des fils de Matthias, devenu malade. Cette circonstance explique comment ces œuvres sont restées en la possession de ce couvent. Le frère F. De Marsin, organiste actuel, a bien voulu me céder l'un des deux exemplaires qu'il possédait des Six divertiments pour clavecin.

51°. Deux fugues, l'une en ut, l'autre en sol. Cette dernière est la même que celle du n° 43. Elles datent probablement de la jeunesse de l'auteur. Elles se trouvaient dans un cahier manuscrit appartenant à M. J. Van Leemputte, organiste de Wezemael. Le grand-père de cet artiste fut l'ami de Van Den Gheyn. Dans le même cahier j'ai trouvé des fugues de Van Meert, de Fiocco, de Corelli et du R. P. Geerts de Saint-Trond. Un autre cahier de M. Van Leemputte renferme des motets de Fr. Krafft, des sonates de Robson et des divertissements pour clavecin par Ignace Sterlein à Louvain.

En sept mois de temps, nous sommes donc parvenus à retrouver cinquante et une compositions de Matthias Van Den Gheyn, complètement oubliées jusqu'à ce moment. Nous savons, à n'en pas douter, qu'il en existe encore d'autres. Nous connaissons une personne dont le beau-père, décédé il y a quelques années, a possédé un cahier manuscrit renfermant au moins deux cents préludes et versets pour orgue, écrits par le grand artiste. Qu'est devenu ce cahier ? Jusqu'ici, les renseignements nous manquent.

D'autres personnes de Louvain et de la campagne nous ont fourni d'utiles indications sur différentes compositions. Malheureusement ces détails sont peu précis et demanderaient, pour être communiqués aux amateurs, plus de développements que nous ne pouvons en donner dans cette notice.

Enfin, constatons que, d'après le Lovensch-Nieuws de Staes, Van Den Gheyn a publié des morceaux pour carillon. II n'est pas probable qu'aucun de ces exemplaires n'ait échappé à la tourmente révolutionnaire de 1793. Nous engageons donc vivement nos compatriotes à unir leurs efforts aux nôtres pour arriver bientôt à de nouvelles découvertes. Ce qui les encouragera peut-être, c'est que les plus grandes oeuvres de l'artiste ne sont point toutes retrouvées.

Terminons maintenant par une étude abrégée sur le style de Matthias Van Den Gheyn ; mais auparavant, qu'on nous permette de présenter certaines considérations, indispensables pour ceux de nos lecteurs qui ne s'occupent pas spécialement de musique ancienne.

La musique, comme tous les beaux-arts, est dirigée par deux écoles bien différentes entre elles. Leurs principes sont diamétralement opposés et elles prétendent réaliser néanmoins, chacune à sa manière, les conditions efficientes du beau. Ces écoles sont vieilles comme le monde. Il peut se passer des siècles, sans que leurs partisans se groupent et proclament ensemble la synthèse de leurs doctrines, mais de fait, à la moindre œuvre d'art qui paraît, la critique, pour apprécier cette production , doit se rattacher, si elle est éclairée, à l'une des deux opinions. Et qu'il s'agisse de la mélodie pure, comme chez les Grecs, ou de l'harmonie, ou du rythme, il faut toujours en dernière analyse, se poser l'une des deux questions suivantes, dirai-je, comme Pythagore, il n'existe de sonorité réelle, de musique véritable, que celle qui est conforme aux lois de la nature, mathématiquement formulées par la théorie. Ou bien, admettrai-je avec Aristoxène, que dès instant qu'une mélodie plait à l'oreille, elle est positivement belle.

En d'autres mots : la science peut-elle fixer a priori la règle sine qua non ou pour mieux dire, les règles complètes du beau, ou faut-il proclamer que l'artiste n'a d'autre maître que son imagination propre ?

En littérature, les classiques ont répondu à ces questions : sans contraste, ni gradation, sans la règle des trois unités, pas de chef-d'œuvre possible. Leurs adversaires, que l'on a si improprement qualifiés du nom de romantiques, ont nié ces thèses. Ils ont soutenu que l'horizon de l'art ne peut être limité par l'école, que de très-belles créations ont vu le jour en dehors des prescriptions classiques et que le public intelligent, ce suprême juge en matière de beau, a ratifié le succès.

Les mêmes opinions, moins définies peut-être par les critiques, mais non moins réelles, existent en musique. L'école aujourd'hui à la mode, dédaigne les traditions des anciens maîtres. Elle vise à l'effet, au bruit, à l'inattendu, tranchons le mot, à la singularité. Je n'ai point à examiner ici si les adeptes de ces doctrines ont ou non produit des beautés réelles. Loin de moi la pensée de leur dénier le talent et parfois même le génie. Il en est d'ailleurs parmi eux qui ont fait de l'érudition, par esprit de nouveauté, par pédantisme et non par amour véritable de l'art. Mais je constate seulement que depuis cinquante ans environ, en France, en Italie et dans tout le midi de l'Europe, le goût pour les œuvres classiques a considérablement diminué. En Belgique notamment, avant la création du Conservatoire de Bruxelles, le culte des anciens maîtres était circonscrit dans quelques salons d'élite et dans deux ou trois cercles d'artistes et d'amateurs. L'une des plus grandes gloires de M. Fétis père, et le fait artistique qui, pris à lui seul, serait déjà l'un de ses plus beaux titres à la reconnaissance nationale, est celui d'avoir consacré tous ses efforts et d'avoir employé tous ses moyens de persuasion, pour raviver au sein de notre capitale, l'admiration pour les chefs-d'œuvre de Haydn, Mozart, Beethoven, Bach, Handel et autres grands génies du XVIIIe siècle. Et comme cette transformation de l'opinion publique ne s'opère ni en un jour ni en une année, l'illustre maître de chapelle du Roi des Belges, a procédé lentement, par gradation, en initiant successivement son auditoire aux productions qui devaient en faire désirer de plus sérieuses et de plus grandioses encore.

Le gouvernement, du reste, a secondé ces nobles efforts. Le placement du grand orgue de 85 registres au palais ducal, est le couronnement de l'œuvre qu'avait entreprise M. Fétis et qu'il a heureusement accomplie en moins de vingt-cinq années.

Aujourd'hui donc, grâce au prodigieux talent de M. Lemmens, grâce aux mérites tout à fait supérieurs de MM. Mailly, Tilborghs, Dubois et autres organistes déjà renommés, nous allons voir s'accomplir pour le jeu de l'orgue, l'amélioration de goût qui s'est réalisée quant aux compositions symphoniques, et bientôt Bruxelles renfermera assez d'amateurs pour que les partitions des Van Den Gheyn, des Van der Borght, des Raick, des Bréhy, des Van Helmont, des De Trazegnies, des Fiocco soient appréciées au degré de mérite qui les rapproche des maîtres allemands.

Ces vieux auteurs, nos lecteurs viennent de le voir, écrivaient dans le style classique du dix-huitième siècle. A cette époque le piano était inconnu, le clavecin avait une sonorité dure, criarde, sèche, et il fallait bien que le compositeur suppléât par sa science, à ce que l'instrument offrait de peu harmonique par lui-même. Aussi était-ce le temps des quatuors dans les salons. N'oublions point que la moindre pensée musicale présentée dans cette dernière forme instrumentale, devait se développer en quatre parties et forçait ainsi l'auteur à faire des éludes et à chercher des combinaisons dont notre piano moderne, si sonore et si nourri, affranchit trop facilement les jeunes écrivains.

On nous demandera peut-être pourquoi nous parlons de clavecin et de quatuor, à propos d'un compositeur organiste et carillonneur ? Le lecteur musicien aura déjà deviné notre motif : c'est que nous voulons faire sentir les mérites des maîtres du siècle dernier qui n'écrivaient jamais, même pour orgue, qu'en développant leur pensée, En trois ou quatre parties.

Si nous ajoutons à cette difficulté la nécessité, pour l'auteur, de se conformer, avec une exactitude dont notre époque n'a pas d'idée, aux formules harmoniques en usage de son temps, nous arrivons à conclure que pour dominer toutes les règles de l'harmonie au XVIIIe siècle et conserver, malgré cela, une forte originalité dans le style, il fallait indubitablement être un homme supérieur. Voilà le titre de gloire de Matthias Van Den Gheyn.

Développons cette idée par une comparaison facile à saisir et empruntons-la à l'art militaire. Il importe que nos lecteurs non musiciens comprennent exactement notre pensée.

Il y a, pour le général d'une armée, trois manières de gagner la bataille. Ou bien, il se jette sur l'ennemi sans précaution, sans calcul, par un vrai coup de tête et, frappant de gauche et de droite, il parvient cependant, vu l'impéritie de ses adversaires, ou par suite de tout autre raccroc heureux, à obtenir la victoire. C'est là la manière que j'appellerais volontiers celle de l'école romantique moderne. Je ne connais à nos musiciens réalistes que des succès de ce genre.

Ou bien le général est un homme d'étude, il a beaucoup lu, beaucoup combiné. Il n'avance guère sur le terrain sans calculer, pour ainsi dire mathématiquement, les conséquences de chacun de ses mouvements. L'école est son évangile et s'il gagne la bataille, ce sera peut-être sans éclat, mais avec la conscience, de sa part, de n'avoir enfreint aucune des règles de la stratégie. Appelons le musicien qui compose sa fugue de cette façon, un artiste correct, un ancien élève qui fut très-régulier, un classique dont les œuvres peuvent servir d'exemples dans la grammaire des compositeurs.

Mais il y a enfin des généraux qui frappent de grands coups et qui remportent des triomphes d'une toute autre manière. Le génie, l'aplomb, le coup-d'œil, la vigueur viennent s'ajouter chez eux à tout ce que la science leur a inculqué. Ils connaissent les règles, ils les suivent, mais ils les dominent et partout brille l'éclat de leur forte personnalité. Ces généraux ne ressemblent à personne. Ceux qui sont versés dans leur art, reconnaissent et proclament immédiatement leurs talents ! Voilà des hommes véritablement supérieurs ! Voilà des natures exceptionnelles !... Qu'il y a loin de leur manière à celle des mécaniciens dans l'art !

Eh bien, comme ces militaires d'élite, Van Den Gheyn en musique sait faire plier la science à son génie. Sa pensée musicale est dans les formes classiques, elle les suit, elle s'y subordonne, mais l'érudition lui sert de moyen et nullement de but. Partout perce la brillante originalité de son style, et son inspiration trône majestueusement au-dessus des froides règles de la scolastique !

M. Lemmens s'est rendu trois fois à Louvain pour prendre connaissance des œuvres de Van Den Gheyn. Il a examiné et joué les 45 premières œuvres de ma collection et a terminé son examen en proclamant : " qu'il ne croyait pas qu'à part Bach et Handel, le XVIIIe siècle eût possédé un plus grand génie que Matthias Van Den Gheyn ! "

Depuis, ces productions ont été vues par MM. Charles Bosselet, professeur d'harmonie au Conservatoire royal de Bruxelles, Edmond Duval, éditeur des livres de plain-chant publiés par S. E. Monseigneur le Cardinal-Archevêque de Malines, Destoop, professeur de musique sacrée au séminaire de Roulers, grand amateur de musique classique, Tilborghs, ancien premier prix de fugue et de composition à Bruxelles, aujourd'hui professeur d'orgue à l'école normale de Lierre, ainsi que par une foule d'autres savants. Tous ont partagé la manière de voir de MM. Fétis, Lemmens et de Burbure ; tous ont fait les plus grandes instances pour que je poursuivisse mes recherches biographiques et bibliographiques sur le grand artiste.

J'avoue, du reste, que je n'aurais pas osé me fier à mes propres lumières pour le fait de restituer le nom de Matthias Van Den Gheyn à l'illustration nationale. J'avais remarqué dans ses premières œuvres une étonnante originalité, une vigueur de rythme et une accentuation mélodique peu communes, de l'unité, de la gradation et parfois une élévation qui me semblait atteindre au sublime, mais jusqu'au moment de connaître l'avis de M. Fétis, de ce maître dont les arrêts sont irrévocables, j'avais formellement suspendu mon jugement. Dès que je fus convaincu de la vérité de mes appréciations, par l'avis conforme du premier critique de notre siècle, par celui de MM. Lemmens et de Burbure, mon courage doubla. Après de laborieuses recherches je parvins heureusement à réunir la collection décrite plus haut, dont je vais maintenant examiner, en détail, les différentes compositions (33).

(33) M. De Schutter, commissaire en chef de police à Malines, m'a rendu de très-grands services en me procurant une foule de documents sur Van Den Gheyn et sur sa famille.

Le Traité de Basse continue, gravé par Michel Wyberechts est d'une simplicité extraordinaire. Il ne renferme que deux leçons. II a dû servir de base à l'enseignement pratique de Van Den Gheyn. Un des principes formulés par ce maître démontre que de son temps on ne proscrivait point, en Belgique, d'une manière absolue, les successions d'octaves. Ce point de détail m'a même donné de grandes difficultés. Van Den Gheyn cite, à la page 11, parmi les exemples qu'il produit de la règle des octaves, exposée par lui à la page 10, des successions faisant, elles-mêmes, exception à la dite règle. Mais, comme il ne les présente pas à titre d'exception, je trouvais là une contradiction dans les termes, dont l'explication me paraissait impossible. M. Fétis, que j'eus l'honneur d'aller consulter expressément à cet égard, résolut immédiatement la difficulté. " A cette époque, me dit-il, les successions d'octaves résultant de l'accord de 6, 3, 8, appliqué sur la médiante, c'est-à-dire sur la note du troisième degré, étaient probablement tolérées en pratique. Voyons si Van Den Gheyn ne s'explique pas sur ce détail, dans les pages précédentes. " Et effectivement la solution de la question fut, au même instant, trouvée par M. le directeur du Conservatoire, à la page 2 du même ouvrage.

Le deuxième Traité de Basse continue et de Composition, découvert chez les frères Alexiens de Louvain, est beaucoup plus développé que le premier. La nécessité où je suis de ne pas retarder la publication de ce travail, m'empêche de faire un examen détaillé de ce manuscrit.

Les XII petites sonates pour violon et clavecin, destinées aux élèves de Van Den Gheyn sont d'une beauté exceptionnelle. Quoiqu'extrêmement simples, elles réalisent cette belle règle, si rarement observée, même au XVIIIe siècle, de l'unitas in varietate. Le maître y fait en quelque sorte un centon de ses propres mélodies. Il choisit sa pensée, l'analyse dans ses formes constitutives, et en fait revenir les notes fondamentales dans toutes les parties de la sonate. Ces morceaux sont divisés en trois ou quatre numéros, une introduction, un andante, un menuet ou une gigue, une finale ou presto, mais chacune de ces pièces a pour base mélodique, le même canevas diversifié dans les rythmes, dans les mouvements et dans les modulations (34).

Le sujet mélodique principal de la sonate n° IX ressemble, à s'y méprendre, à un air de Robert le Diable et a, pour le moins, un cachet aussi moderne et aussi gracieux. Il faut une certaine attention pour constater l'étonnante unité mélodique des pièces qui composent chacune de ces sonates. Cette unité est telle qu'il serait impossible de jouer convenablement l'andante de l'une, même en transposant les tons, après l'introduction de l'autre.

(34) Les suites d'accords de septième développées dans des espèces de marches harmoniques devaient être d'un usage fréquent à cette époque. Nous en avons la preuve dans ces œuvres-ci, dans une foule d'autres compositions du temps, ainsi que dans celles du licencié Raick.

A la vérité, je ne remarque point ces caractères dans toutes les œuvres manuscrites du maître. Peut-être a-t-il renoncé plus tard à son excellent système, en voyant que les symphonies des plus grands génies de son temps laissaient elles-mêmes beaucoup à désirer sous le rapport du lien mélodique. Ou bien encore, s'est-il efforcé spécialement, dans une œuvre destinée à ses élèves, de leur donner un bel exemple à suivre.

La sonate n° XII renferme une Sicilienne que nous pouvons qualifier hardiment du titre d'admirable. Il suffirait d'écrire pour quatuor les quatre parties fondamentales dont, en définitive, on trouve, la trace réelle dans la basse continue de ce numéro, pour en faire la plus jolie symphonie de salon que l'on puisse imaginer. Lorsque l'on parcourt un bel album de dessins antiques et qu'en tournant les feuillets du livre, on rencontre une esquisse de Raphaël, ou de Michel-Ange, l'œil s'arrête immédiatement sur l'accentuation du coup de crayon. Le cachet du maître se révèle, même dans ses moindres œuvres, et l'amateur se trompe rarement en prononçant son nom. Nous dirions volontiers, que telle fut l'impression subie par nous et par nos amis, à la première audition de la sonate n° XII que nous venons de citer.

Je crois avoir suffisamment parlé du caractère générai des fugues de Van Den Gheyn, dans les observations que j'ai présentées plus haut, à la suite de la liste des œuvres retrouvées. Remarquons seulement que les musiciens belges du XVIIIe siècle écrivent moins des fugues, que des compositions dans le style fugué. Lorsque, dans le développement du travail, les réponses à leurs sujets doivent, conformément aux règles, se détailler dans la plus petite partie de la gamme, elles laissent généralement à désirer. Mais, ainsi que me fait observer M. le professeur Bosselet, pour apprécier complétement les mérites d'un auteur, il faut avant tout faire la part des usages reçus à son temps. Nous traiterons un jour cette question d'une manière spéciale.

Dans une communication verbale faite à la classe des Beaux-Arts, M. Fétis avait dit que Matthias Van Den Gheyn empruntait le plus souvent le sujet de ses inspirations aux mélodies populaires de son temps. Il y a ici une erreur dont je suis peut-être la cause involontaire. Le cahier de M. Pierre Deprins renferme, outre les œuvres de Van Den Gheyn, une collection de vieilles chansons flamandes. Mais ces pièces n'ont rien de commun avec les sonates du maître. Il se peut que ma lettre, adressée à M. Fétis, ne se soit point expliquée clairement à cet égard et qu'ainsi M. le Directeur ait confondu, l'un avec l'autre, ces deux renseignements.

L'Andantino n° 42, ne porte point le nom de Van Den Gheyn, dans le cahier où je l'ai trouvé inscrit à la suite d'autres œuvres du maître. Je pense cependant qu'il émane de sa plume, à cause de l'onction et du goût parfait qui y règnent. Cette œuvre a d'ailleurs un caractère extérieur des compositions de Van Den Gheyn. Presque tous les morceaux que j'ai retrouvés, contiennent des bis chaque fois qu'il y a occasion pour le copiste de gagner, au moyen de ce signe, deux ou trois mesures d'écriture. L'Andantino porte de ces bis. Je ne me rappelle pas avoir rencontré une seule fois ce signe dans les pièces d'autres auteurs, insérées dans ce recueil. A coup sûr, si l'Andantino n'est pas de Van Den Gheyn, il est digne de Mozart, de Bach ou de Haydn, même en le supposant transcrit d'une symphonie pour clavecin.

Puisque nous prononçons ici les noms de ces grands maîtres, demandons-nous s'il est probable que Matthias Van Den Gheyn les ait connus ?

Beethoven n'avait que quinze ans quand Van Den Gheyn mourut. Mozart est né quinze ans après la nomination de Van Den Gheyn comme organiste de Saint-Pierre à Louvain, et onze ans après le concours de 1745. Je ne retrouve dans les œuvres de notre maître, aucune trace de l'influence du style de Mozart sur le sien. Si l'on soutenait, par exemple, que la fugue n° 14 de mon catalogue ressemble, par son sujet, au commencement d'une sonate du grand compositeur allemand, je pourrais répliquer que certainement Van Den Gheyn n'a pas connu Meyerbeer et que cependant la sonate n° IX des XII petites sonates qui font suite au Traité de Basse continue, rappelle d'une manière étonnante un air de Robert le Diable.

Haydn, né en 1732 et mort en 1809, a des idées et un style complètement différents de Van Den Gheyn. Au surplus, les plus belles œuvres du compositeur autrichien ne sont point des sonates pour clavecin.

Restent Jean-Sébastien Bach (1685-1750) et Handel (1684-1759). Quant à l'influence que ces deux grands génies peuvent avoir eue sur l'organiste de Louvain, je l'ignore absolument. Le travail fugué n° 16 contient un admirable divertissement, ou pour mieux dire, une grande cadence avec roulades, arpèges, point d'orgue, etc., digne du premier de ces auteurs. Mais, mélodiquement parlant, cette inspiration n'a rien de commun avec les grandes cadences que j'ai entendues de Bach. Au surplus, le morceau tout entier est d'une grandeur et d'une élévation extraordinaires. Il y règne une admirable gradation. Rien ne prouve que la connaissance des formes de Bach y fût pour quelque chose. Pour moi c'est la plus belle production que l'on ait retrouvée de Matthias Van Den Gheyn.

Quant à Handel, ses œuvres me sont moins connues. Je crois cependant que Van Den Gheyn a un autre rythme que lui. Loin de moi la pensée de vouloir comparer ce rythme, en fait de puissance, à celui du génie saxon. Je veux dire seulement que je lui trouve une autre accentuation.

Rappelons-nous que, sans atteindre aux mérites des Bach ou des Handel, on peut encore être un compositeur hors ligne. Notre tâche, à nous, sera suffisamment remplie, si nous prouvons que Matthias Van Den Gheyn a jeté un grand lustre sur l'école belge au XVIIIe siècle.

Les Dix préludes pour carillon ont été proclamés admirables par M. Lemmens. L'opinion de ce juge compétent tranche la question. M. Gérard Deprins a trouvé, à la tour de Saint-Pierre, le brouillon de ces préludes, écrit de la main même de Matthias. Nous en avons donc deux copies. La première, donnée par Van Den Gheyn à M. Deprins, dit le vieux, n'est point écrite par l'auteur lui-même. La seconde, découverte depuis l'impression des premières pages de notre notice, est chargée de bis, de rappels et de corrections de tout genre, par Matthias Van Den Gheyn lui-même (35).

Nous croyons que nous ne possédons pas les plus belles compositions pour carillon de Van Den Gheyn. Il est probable que ses magnifiques improvisations pour les grands jours de fête n'ont jamais été notées.

Les sonates, n° 20 à 24, quoique portant le nom de Van Den Gheyn, nous ont inspiré d'abord des doutes, quant à leur authenticité. Mais elles sont si belles, si mélodiques, si parfaitement rythmées (d'ailleurs elles contiennent les bis dont j'ai parlé plus haut), que nous n'hésitons pas à les ranger dans notre catalogue, malgré la tournure un peu moderne de certains de leurs numéros.

(35) Cette pièce curieuse se trouvait à la tour de Saint-Pierre dans un cahier, copié probablement par Josse-Thomas, fils de Matthias, et contenant divers petits morceaux que je suppose composés par son père. Ces derniers sont de peu d'importance. L'artiste improvisait souvent sur l'établi de son magasin de draps, rue de Bruxelles, pendant que sa femme servait les clients. Les pièces n° 08 38 et 39 de mon catalogue général ont été faites de cette manière. Je tiens ces détails de M. Gérard Deprins.

Les Menuets de notre grand artiste ont une originalité frappante. Leur rythme est d'une accentuation rare. Plus d'un d'entr'eux ferait les délices des danseurs de nos jours, et à ce propos, qu'il nous soit permis de faire connaître une petite anecdote assez intéressante.

J'ai entendu dans une ville belge, il y a deux ans environ, un orchestre de bal, exécuter avec succès, deux reddowas dont j'ai pour ainsi dire littéralement retrouvé les mélodies dans les menuets des sonates n° 2 et n° 4 de la collection du cahier de M. Pierre Deprins (n° 21 et 23 de la liste générale). Je présume que le prétendu auteur de ces reddowas s'est permis un plagiat. La chose ne serait pas aussi étonnante qu'elle le semblerait d'abord. Il y a des compositeurs qui veulent faire du neuf à tout prix. Le rythme de la reddowa est, à peu de chose près, celui des anciens menuets. Si l'inspiration ne vient pas à ces Messieurs, ils pensent qu'ils en trouveront la source dans le magasin du bouquiniste ? ...
Avouons que c'est chose aisée de transcrire, sous son nom, un motif de danse que l'on trouve tout compose ! Pour peu que l'auteur ancien se nomme Van Den Gheyn, Van Der Borght, Robson ou de Trazegnies, l'auteur moderne est à peu près sûr d'avance que les danseurs de 1862 ne découvriront pas la fraude.

Les divertiments, imprimés à Londres, offrent plusieurs difficultés d'exécution, abordables seulement par les pianistes de première force. La pièce n° 4 de ces œuvres, contient une cadence solennelle dans le genre de celle dont nous avons parlé sous le numéro 16. Elle lui ressemble même tellement qu'elle apporte une preuve de plus de l'authenticité de celle-ci. Le temps nous manque pour parler avec détails de ces dernières productions. Les cinquante et une œuvres que nous venons de décrire seront prochainement déposées à la bibliothèque du Conservatoire. Peut-être le gouvernement trouvera-t-il des fonds pour les faire réimprimer. Dans ce cas, je préviens mes lecteurs que les menuets indiqués plus haut (l'un est en sol, l'autre en fa), donneront des tribulations à certain compositeur de notre époque.


François-Joseph Fétis.

Biographie universelle des musiciens et bibliographie générale de la musique, par François-Joseph Fétis. - Pp 300-301, biographie de Matthias Van Den Gheyn.

VAN DEN GHEYN (Matthias), organiste, carillonneur et compositeur distingué, né le 7 avril 1721, à Tirlemont (Brabant méridional), était le fils d'André Van Den Gheyn, fondeur de cloches, né à Saint-Trond (1). Ses parents ayant transporté leur industrie à Louvain, en 1725, ce fut dans cette ville que Van Den Gheyn fit son éducation musicale. On ignore quels furent les maîtres qui le dirigèrent dans ses études. Son biographe, M. Xavier Van Elewyck, présume que l'abbé Raick, alors organiste à l'église Saint-Pierre de Louvain, et Penneman, maitre de chapelle de la même église, durent être ses guides, tant pour l'orgue que pour la composition : il n'est pas invraisemblable, en effet, que Raick, artiste de talent, ait eu quelque part dans l'instruction de l'organiste qui fut son successeur; à l'égard de Penneman, homme obscur, dont on ne connait rien, je ne sais ce qu'il a pu lui enseigner.

Quoi qu'il en soit, l'abbé Raick, ayant abandonné, en 1741, sa place d'organiste de Saint-Pierre pour une position semblable à la cathédrale de Gand, Van Den Gheyn, alors âgé de vingt ans, fut appelé a lui succéder dans la même année. Bientôt après, le bruit de son habileté se répandit dans le pays. Le 24 février 1745, il épousa Marie-Catherine Lints, qui le rendit père de dix-sept enfants. Dans l'année de son mariage, au mois de juin, la place de carillonneur de la ville devint vacante par la mort de Charles Peeters, et Van Den Gheyn la demanda ; mais le magistrat de Louvain décida qu'elle serait mise au concours (2).

La victoire de l'organiste de Saint-Pierre sur ses compétiteurs ne fut pas un instant douteuse, car le rapport du jury du concours constate sa supériorité en termes précis (Dat hy verre exceIeerde boven d'andere). Il parait en effet que le talent de Van Den Gheyn sur le carillon ne fut pas moins remarquable que son habileté sur l'orgue, car il existe a Louvain des copies de préludes de sa composition pour le carillon, lesquels contiennent des difficultés considérables et sont d'un très-bon style. Tous les dimanches, il improvisait pendant une demi-heure sur son carillon, et le charme de son jeu était tel sur ses concitoyens, qu'une heure avant qu'il commençât, la place Saint-Pierre et les rues adjacentes étaient encombrées par la population.

Pendant quarante ans, Il remplit ses fonctions d'organiste et de carillonneur. Il mourut à Louvain Ie22 juin 1785. M. Van Elewyck s'est livre avec ardeur à la recherche des œuvres de cet artiste distingué et en a réuni un grand nombre, parmi lesquelles il y a des choses d'un grand mérite ; mais tout n'est pas égal. Quelques-unes de ces compositions ont été publiées pendant la vie de leur auteur; mais le plus grand nombre est resté en manuscrit.

Les ouvrages gravés ont pour titres 1° Fondements de la basse continue, avec les explications en français et en flamand, deux leçons et douze petites sonates, fort utiles aux disciples pour aprendre (sic) à accompagner la basse continue, composés par Matthias Vanden Gheyn, organiste de l'église collégiale de Saint-Pierre, à Louvain. Gravé à Louvain par M. Wyberechts.

M. Van Elewyck remarque que le graveur Michel Wyberechts étant mort le 9 juillet 1764, la publication est antérieure à cette date. Le titre particulier des sonates est celui-ci : XII petites sonates pour l'orgue ou le clavecin et violon, fort utile pour en suitte des préditte règles venire à la pratique on usance de l'accompaignement de la basse continue par etc. Les fautes d’orthographe de ce titre sont celles de l'original.

2° Six divertissements pour clavecin, composes par Matthias Vanden Gheyn, organiste de l'église collégiale de Saint-Pierre, à Louvain; Londres, Welcker, Gerrard Street St. Anns (Soho).

3° Il existe vraisemblablement des pièces gravées pour carillon, composées par Vanden Gheyn, car l'annonce du décès de cet artiste dans le journal public par Staes, sous le titre Lovensch Niewes (Nouvelles de Louvain), est fait en ces termes : M. Matthias Vanden Gheyn, carillonneur très-renommé de cette ville et organiste de l'église et du chapitre : le Saint-Pierre, très-connu par ses publications pour orgue et pour carillon, est décédé à Louvain, mercredi dernier, 22 de ce mois.

Un recueil de préludes, fugues, rondos, etc., composes par cet artiste et restés inédits, a été donné par M. Van Elewyck à la bibliothèque du Conservatoire de Bruxelles et existe actuellement. Vanden Gheyn a laissé en manuscrit un Traité d'harmonie et de composition, écrit en flamand et daté de 1783 ; il est beaucoup plus développé que l'abrégé gravé par Michel Wyberechts.

(1) On trouve des renseignements sur les ancêtres de cet artiste dans la très exacte notice publiée par M. Xavier Van Elewyck sous le titre : Matthias Van Den Gheyn - Le plus grand organiste et carillonneur belge du XVIIIe siècle, et les célèbres fondeurs de cloches de ce nom, depuis 1450 jusqu'à nos jours. (Louvain. Ch. Peeters,1862, in-8° de 79 pages). J'ai extrait de cet ouvrage les faits de la présente notice.
(2) La notice de M. Van Elewyck fournit d'amples renseignements d'intérêt local sur ce concours.

Les cloches, clochettes et mortiers-pilons des fondeurs Van Den Gheyn.
Par M. le Baron De Rivières, membre de la Société Archéologique. Année 1887, p. 118.

La Société archéologique de Tarn-et-Garonne a eu, il y a déjà bien des années, l'heureuse pensée de mettre en lumière les clochettes sorties des ateliers du fondeur flamand Jan Van Den Hende, qui, suivant l'usage adopté au XVIe, avait latinisé son nom et en avait fait : Johannes a Fine. Une autre famille de fondeurs flamands, les Van Den Gheyn, de Malines, ont été également signalés depuis quelques années. Le Bulletin archéologique avait déjà, en 1887, par la plume de notre confrère M. Joseph de Saint-Félix et l'habile dessin du regretté M. Poussy, reproduit une clochette de Petrus Gheineus, 1574, découverte au milieu d'autres précieux bibelots dans un vieux manoir du Quercy. Mais un de nos confrères en campanographie, M. Roger Rodière, de Montreuil-sur-Mer, a eu, il y a peu de jours, l'amabilité de nous envoyer le résultat de ses recherches dans plusieurs Mémoires et Bulletins de Sociétés savantes. En voici ci-dessous le détail.

M. Roger Rodière possède lui-même un mortier-pilon en bronze provenant de Saint-Omer ; hauteur, 10 cm ; diamètre supérieur, 13 cm. Joli cordon de chimères et de dauphins autour du collet. L'inscription en majuscule fleurie de la Renaissance :
PETRVS VAN DEN GHEIN ME FECIT. MCCCCCXLIIII.

M. de Beaumont, à Montreuil, possède un autre mortier-pilon de bronze ; inscription en mêmes caractères :
PETRVS VAN DEN GHEIN ME FECIT MCCCCCLXIX.

On attribuait à Petrus Van Den Gheyn la clochette dite « Berlin » de Campagne-lez-Hesdin, cassée entre les années 1866 et 1870. Son nom se lit sur un mortier-pilon trouvé à Étaples :
PETRVS VAN DEN GHEIN ME FECIT + 1544-

Il signale, datée 1571, une sonnette à main provenant de Parant (Aisne) ; et de 1589, une clochette à Bressuire signée :
PETRVS GHEINEVS ME FECIT.

La cloche de Canettemont porte l'inscription qui suit :
MARIA BEN IC VAN PEETER VAN DEN GHEIN GHEGOTEN INT IAER MCCCCCXXXVII.
(Je suis Marie, fondue par Pierre Van Den Gheyn en l'an 1537).

Mgr Barbier de Montault a donné le texte d'une clochette ayant figuré à l'Exposition d'Angers en 1896 :
PETRVS GHELNEVS ME FECIT.
(Ghelneus veut dire Van Den Gheyn.)

La cloche de Montmédy-Bas (Meuse) porte l'inscription suivante, citée par L. Germain :
MCCCCCLVIII + PEETER BEN IC VAN PEETER VAN DEN GHEIN GHEGOTEN.

L. Germain renvoie à une brochure de M. le chevalier Elewyck : Mathias Van Den Ghein (Louvain, 1862, in-8°.). Au XVIe siècle, l'établissement campanaire de ce Mathias Van den Ghein existait à Malines. Les fondeurs de ce nom ont encore des descendants à Louvain. Les Van Aerschodt-Van Den Gheyn y exercent toujours l'industrie de leurs ancêtres.

Le Bulletin historique des Antiquaires de la Morinie a décrit un mortier en bronze ayant comme dimensions : diamètre supérieur, 12 cm ; diamètre inférieur, 05 cm. Extérieurement une inscription en relief porte :
PETRVS VAN DEN GHEIN MECIT 1578.
Cet objet a été vendu par M. Asseman, marchand de fer à Saint-Omer. Provenance inconnue.

Le Musée de Douai possède un mortier semblable avec l'inscription :
IAN VAN DEN GHEIN MA FAIT 1564.

Le 2e volume des Annales du XIIe Congrès archéologique et historique, tenu à Malines en 1897, contient une étude du regretté comte de Marsy, directeur de la Société française d'archéologie, étude très documentée sur les sonnettes des fondeurs malinois. On y trouve de nombreuses références bibliographiques et historiques très complètes, comprenant en particulier la descendance des Van Den Gheyn à Malines de l'an 1506 à la fin du XVIIIe siècle. Il n'est donc pas étonnant de souvent rencontrer dans le nord de la France des cloches ou mortiers provenant de ces ateliers si longtemps renommés. La même étude donne le nom d'un autre membre de cette famille : Mathias Van Den Gheyn, mort à Louvain en 1785. Il était organiste et l'un des plus célèbres carillonneurs de son époque. On exécute encore en Belgique plusieurs de ses oeuvres musicales pour carillon.

Voici encore quelques autres cloches sortant des fabriques des Van Den Gheyn :
ANDREAS VAN DEN GHEIN ME FUDIT LOVA NII I763 (cloche de l'église de Saint-Léonard).
PETRVS GHEINEVS ME FECIT 1573 (clochette du XVIe siècle).

Le joli campanile de l'église de Bougy renferme une cloche hollandaise achetée par le marquis de Bougy. Il porte l'inscription :
IAN VAN DEN GHEIN HEFT MI GHECOTEN INT IAER + MCCCCCCLXX IOHANNES IS MIN EN NAEME
c'est-à-dire : Jean Van Den Gheyn m'a fondue en 1570. Jean est mon nom. Elle porte un écusson palé.

Enfin, quoiqu'il ne soit pas d'usage de se citer soi-même, nous devons mentionner trois cloches de la fabrique Van Den Gheyn dont nous avons parlé dans notre Archéologie campanaire en Angleterre. Une existe dans la ville de Cambridge à Hall ; + PETER VAN DEN GHEIN MEFT MI GHEGOTEN MDXLVIII. Deux autres cloches, sorties de ce même atelier de Louvain et portant le millésime 1537, se voyaient à Church-Kirk ; mais elles ont été refondues.

La clochette suivante, qui a appartenu au peintre Horace Vernet, est maintenant dans la collection de M. Paul du Chatellier, au château de Kernuz (Finistère). Elle a 09 cm de diamètre inférieur. Dans la zone supérieure on lit : LOF GODT VAN AL, comme sur les clochettes de Joannes a Fine. Sur la zone inférieure on voit : PETRUS GHEINE VS ME FECIT 1575. Entre les deux inscriptions, un petit bas-relief représente la Salutation angélique. Telles sont quelques-unes des diverses cloches et clochettes sorties des célèbres fonderies de la dynastie des Van den Gheyn.

Les facteurs d'orgues, avec la nomenclature des principales orgues placées dans les Pays-Bas et les provinces flamandes de la Belgique. Édouard-Georges-Jacques Gregoir. [Extraits].

Van Den Gheyn Matthias : né en 1721 et mort à Louvain en 1785, déjà cité dans notre livre sur les artistes musiciens belges. Depuis l'époque (1861) de notre recueillement, nous avons été assez heureux de rencontrer de ce maître savant une collection de fugues. La plupart des fugues de Van Den Gheyn sont à 3 parties et ne sont pas écrites dans le style sévère comme celles de Händel et Bach. Dans plusieurs de ces pièces, il y a des intercalations figurées de fantaisie, ou l'auteur, sans avoir égard à son sujet, se laisse entraîner par la fougue de ses inspirations énergiques et de son habileté de claveciniste. M. Van Den Gheyn a étudié les musiciens de son époque et s'est parfois inspiré de leur manière ; souvent il est neuf et original. En un mot, Van Den Gheyn est un de ces compositeurs qui préfèrent naïvement la simplicité et la pureté du style aux trivialités. Ses œuvres marquent un véritable progrès dans la musique des compositeurs belges et Van Den Gheyn occupe un rang éminent parmi les musiciens du XVIIe siècle. Au nombre des fugues qui méritent une mention spéciale comme travail savant, nous citerons celle en ré majeur marquée de fuga allegro, composition restée jusqu'ici inconnue aux biographes. Nous pourrions étendre notre analyse sur les œuvres si variées et si délicates de Van Den Gheyn, mais les expressions les plus nettes sont impuissantes à rendre l'effet et l'émotion produits par les sons de Van Den Gheyn dans cette langue qu'on appelle justement la langue musicale.

Le guide musical, revue hebdomadaire des nouvelles musicales de la Belgique et de l'étranger. Jeudi 23 Février 1865. 11ème année, n°48. [Extraits]

Un de nos artistes, M.Edouard Gregoir, vient de découvrir une série de compositions appartenant à trois de nos vieux maîtres : Van Der Borght, Van Den Gheyn et Van Den Bosch. En voici l'analyse qu'en donne le journal L'Escaut d'Anvers : (...) Les œuvres de Van Den Gheyn (mort en 1785 à Louvain) présentent plus de difficultés d'exécution. Le recueil consiste en quatre fugues, dont la plupart sont à 3 parties. Elles ne sont pas exécutées dans le style sévère de Haendel et de Bach, mais dans plusieurs, il y a des intercalations de fantaisie où l'auteur se laisse entraîner, sans avoir égard au sujet, par la fougue de ses inspirations grandioses et son habileté de claveciniste. Van den Gheyn a étudié les musiciens de son époque, il s'est souvent inspiré de leur manière, et plus souvent il est neuf et original, plus savant que gracieux. Parmi les fugues qui méritent une mention spéciale comme travail, nous citerons celle en ré majeur, marqué de fuga allegro, composition très-remarquable.

Annales de la Société royale des beaux-arts et de littérature de Gand, Volume 6. Notice sur les carillons d'Audenarde. Edmond Vanderstraeten, correspondant à Audenaerde.

Il serait assez intéressant de recueillir, d'une manière consciencieuse, les différents faits relatifs à l'usage de la cloche dans les siècles passés. Mr Schayes dit « qu'avant Charlemagne, les cloches étaient rares en France et en Belgique (1). » A en juger par le passage d'un inventaire de cloches dressé en 1579, époque à laquelle la ville d'Audenarde, menacée d'un long siége, dut recourir au bronze de tous les temples religieux situés dans les limites de sa juridiction, pour se procurer le matériel nécessaire à la défense de ses remparts (2), l'emploi de la cloche remonterait, pour cette localité, au commencement du VIIe siècle, c'est-à-dire environ deux-cents ans après l'invention de cet instrument sonore, attribuée communément à Saint-Paulin, évêque de Nole.

(1) Mémoire sur l'architecture ogivale en Belgique, p. 42.
(2) « Item alzo by octroye (van den 20 maerte 1579) deser stede gheaccordeert was te moghen employeren, totter fortificatie, de metalen ende clocken die in de stadt gebrocht ende vergadert badden geweest, zo es boven de sticken geschuts ende minutie danof gherekent in gelde ende hier in ontfange gebrocht de somme van ???? (illisible) par. » Comptes de la ville, année 1579.

Nous croyons devoir reproduire ici ce passage: Noch eene andere clocke, met eene onvulgotene croone ende twee gaten in de croone van de selve, met seer antycxeche letteren, ghegoten anno VI.VI, weghende negen hondert vyftig ponden. Ghecoteerd N° IIII. (3)»

(3) Cet inventaire porte la signature de Jean Ghyselins, bailli d'Auweghem, près d'Audenarde, et nous livre les noms de plusieurs anciens fondeurs de cloches, parmi lesquels nous citerons : Maître Pierre Deboisses (1235), Egide de Blecki (1324), Michel de Leenvuecht (1400), Jean Hoboken (1443 et 1444), Jean Selstcam (1458), Guillaume Van Den Ghein (1527) et Pierre van Den Gheyn (1544).

(...) Un second carillon à clavier et à cylindre fut établi dans la même tourelle de l'hôtel-de-ville, en 1698, en remplacement du premier. Les cloches, dont nous ignorons le nombre, sortaient des ateliers de Toussaint et Jean d'Aubertin, de Malines. L'acte conventionnel pour la fonte de ces cloches fut passé le 6 novembre 1689. Cette pièce n'est point parvenue jusqu'à nous. Nous savons seulement qu'un carillonneur de Gand, nommé Chastelet, vint faire l'essai du nouvel instrument le 4 décembre 1699 (4), et que la façon des cloches coûta à la ville 600 florins (5). Ce carillon ne fut conservé que soixante ans, et fit place à celui qui fonctionne encore actuellement.

(4) « Den Derden 1699, heeft men d'eerste reyse op den beyaert gespeelt, die ghegoten was int scepedom van de naervolgende heeren....» Registre aux Résolutions, f°155.
(5) « Item betaelt aen Toussyn en Jean d'Aubertyn, de somme van vyfhondert guldens, in voldoeninghe van het contract van het gieten van den beyaert, met hemlieden gemaect, den 6 november sesthien hondert negenentaeghentich, bovendien noch betaelt bondert guldens over vier clocken overwercke. » Comptes de la ville, année 1698.

Déjà en 1751, une convention avait été conclue entre le magistrat d'Audenarde et Jean-Baptiste Barbieux, de Tournay, pour la fonte de 83 cloches destinées à un nouveau carillon. Ces cloches, achevées en 1757, furent rejetées par les experts, à l'exception de trois. Il en résulta un procès qui ne fut aplani que le 2 décembre de l'année suivante. Le métal fourni par le fondeur lui fut rendu comme poids brut. Le magistrat s'adressa alors à un fondeur de Louvain, André Van Den Gheyn , et conclut avec lui, le 10 février 1759, une convention pour la fonte de 37 cloches, dont la plus grande, donnant la note G (ré-sol), ton d'orgue, devait peser 2,000 livres, et la plus petite 70 livres (6). Van Den Gheyn s'acquitta de ses engagements à l'entière satisfaction du collège échevinal. Le nouveau carillon fut établi au commencement de l'année 1760, et expertisé par Jean Thibaut, de Gand, qui le trouva conforme à toutes les lois de la justesse et de l'harmonie. Il coûta à la ville 32,000 florins de Brabant. Van Den Gheyn prit pour modèle celui de l'abbaye d'Eenaeme, qui avait été coulé à Amsterdam, par Pierre Hemony, en 1679, et comptait 35 cloches, dont la plus grande pesait 1862 livres, la seconde 1338, et la troisième 964(7).

(6) « .... Den selven beyaert moet bestaen in de nomber van seven en dertigh klocken, waervan de flnaele ofle leegsten toon sal wezen G ré sol, orghel-toon, ende te saemen hebben het ghewichte van thien duysent pondt Brabants, ten effecte van welcken aen den voornoemden sieur Van Den Gheyn door de stadt sal ghelevert worden de noodige klockspyse tot concurrentie van de gone dienende om den beyaert te gieten op het voorseyde ghewichte. Ende in cas van courtresse van spyse, sal die door den aennemer ten coste van de stadt ghesuppleert worden. Alle de gheseyde klocken moeten syn van eene goede en aenghenaeme melodie, harmonie ende accord, ten segghen ende keure van experten daertoe by voorn, burghemeester ende scepenen te assignerez Emmers declareert ende verbint sigh den annemer alle de gemelde klocken ende den gheheelen beyaert, also soetluydigh ende aengenaem te leveren, als de gonnen van d'abdye van Eenaeme, by dese stadt, hebbende oock den orghel-toon G ré sol, als voor seydt » Arch. d'Audenarde. Les travaux d'horlogerie furent confiés à Bartholomée Vanderlinden, maître horloger à Gand.

Le carillon de l'hôtel-de-ville d'Audenarde continue à faire retentir, jour et nuit, sa monotone, mais grandiose mélodie, et contribue puissamment à rehausser l'éclat de nos fêtes publiques et de nos réjouissances populaires (8).

(7) « Op den 21 martii 1679, hebbe ick in onze voorkercke geweyt de drije grootste clocken van onsen bayaert, die ick hebbe doen gieten tot Amsterdam, door meester Pieter Hemonij, die de xxxu (??? illisible) andere te vooren voor my hadde ghegoten. De grootste zwaer 1862 pont ; de tweede zwaer 1338 fl, en de derde van 964 fl. De resteerende 32 clocken waren alle ghehangen in de selve voorkercke, aen het Belfroot, gelyck zy nu hanghen op den torn, en wierden maer met geweyt waeter gewasschen. » Note de l'abbé de Loose, communiquée par M. Edm. Beaucarne, bourgmestre d'Eenaeme.

(8) Nous aurions pu nous livrer ici à une description technologique de cet instrument aérien. Nous avons préféré nous borner simplement à quelques indications historiques, la construction du carillon d'Audenarde n'offrant aucune particularité intéressante.

Table généaologique de la famille de Corten - Avec quelques pieces y annexées touchant l'érection du Chapitre de l'Eglise Collégiale de Notre-Dame au delà de la Dyle.
Par Joseph-Félix-Antoine-François de Azevedo. 1753.

Voici les inscriptions Sépulchrales des célèbres Fondeurs de Cloches qu'on voit sur le cimetière. On lit cette inscription Sépulchrale à la muraille de l'églife : HIER TEGEN OVER ONDER DESEN SERCK LEYT BEGRAVEN DEN EERSAEME ROMBOUT DE CLERCK DIE STERF DEN 28 JUNIUS 1661 - ENDE JAQUES DE CLERCK DIE STERF DEN II MEERT 1665. IN SYNEN LEVEN CLOCKGHIETER GEWEEST EN DE EERSAME ANNA VAN GEERTSEM SYNE WETTIGHE HUYSVROUWE DIE GESTORVEN IS DEN 21 JUNY 1668 BIDT VOOR DE ZIELEN.

Autre inscription Sépulchrale : HIER LEET BEGRAVE MEESTER PEETER VAN DEN GHEIN IN ZYN TYT CLOCKGIETER HY STERF ANO XVC LXI DE XIIII DACH MEERT. EN ANNA VAN DYEVOERDEN SYNE WETTIGHE HUYSVROUWE SY STERF ANO XVC LXXV XXII DACH MEY BIDT VOER DE ZIELEN.

HIER LEET BEGRAVE MEESTER JAN VAN DE GHEIN CLOCKGIETER DIE STERF XVC LXXIII DE XVII JULI.

Sur cette Pierre on voit une cloche taillée fur laquelle on lit : VAN DEN GHEIN ME (NdT : le mot fecit est manquant dans ce manuscrit).

(...) 1599. Les marguilliers achetèrent onze Cloches de Pierre Vanden Ghein le jeune Fondeur à Malines, pour servir de Carillon, pésantes ensemble 1549 livres de poids à 42 florins par cent : mais comme ce Carillon n'étoit pas fort considerable, ceux du Magistrat ayant fait fondre un nouveau l'an 1680, par le fameux Hemony pour servir sur la tour de S. Rombaut, vendirent le vieux Carillon pésant 3646 livres de poids de Malines à dix sous & demi par livre aux marguilliers de cette Eglise, qui en firent alors refondre plusieurs Cloches, dont quelques petites font fondues par ledit Hemony.

(...) L'an 1516 fut fondue la grande cloche d apresent pesante plus que 4600 livres par Jean Puppenruter & Guillaume Vanden Ghein à Malines (1). Cette cloche est la plus ancienne que l'on trouve en cette Ville & d une fort belle résonance. On y voit les armoiries de l'Empereur Maximilien & de l'Archiduc Charles, alors Roy d Espagne, mais pas encor couronné & les armoires de la ville de Malines. Cette cloche est nommé (2) Joseph-Jésus-Marie.
(1) NdT, il s'agit de Willem Van Den Ghein.
(2) NdT, l'orthographe est celle de l'ouvrage.

Bibliographie

-Xavier Van Elewyck, Matthias Van Den Gheyn, le plus grand organiste et carillonneur belge du XVIIIe siècle.
-Georges Van Doorslaer, Les Van Den Ghein, fondeurs de cloches, canons, sonnettes et mortiers à Malines’, Annales de l’Académie royale d’archéologie de Belgique.
-Luc Rombouts, Gilbert Huybens, Het liedeken van de Lovenaers. Een 18de-eeuws Leuvens beiaardhandschrift.
-André van de Geijn, Parenteel van Willem Van Den Ghein, Genealogie van de familie Van de Geijn.
-Marc & Karine Van Bets-Decoster, De Mechelse klokkengieters - 14de – 18de eeuw.
-André Lehr, Klokkengieters en hun gilde.
-André Lehr, Register van klokkengieters.
-Malou Haine, Nicolas Meeùs, Dictionnaire des facteurs d'instruments de musique en Wallonie et à Bruxelles.
-Stad met Klank. Vijf eeuwen klokken en klokkengieters te Leuven. Tentoonstelling 16/06– 03/09 1990.

-M. Le Baron de Rivières, Les cloches, clochettes et mortiers-pilons des fondeurs Van Den Gheyn.
-Beiaarden en Torens in België, 1994, Ludion / Gemeentekrediet.

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