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Les Waghevens et les fondeurs Malinois

Le texte qui suit est une biographie des fondeurs Malinois (en néerlandais mechelense klokkengieter). Peu de villes ont reçu de telles dynasties de fondeurs, si l’on fait exception de Levécourt et du Bassigny lorrain d’une manière générale. Lorsque l’on considère les Van Den Ghein - d’où sont issus ensuite les Van Aerschodt - et puis les Waghevens : d’une part les autres fondeurs Malinois sont relativement anecdotiques, d’autre part il n’y a que Tellin en Wallonie, avec les Causard, pour rivaliser en terme de dynastie – propos bien évidemment conscrit au territoire de la Belgique, ce qui nous intéresse ici, sans être pour autant limitatif dans les autres documentaires. Malines fut à certaines époques médiévales et renaissance, une très grande ville d’art campanaire. On ne retrouve pas, au XVe et XVIe siècle, une activité aussi intense et riche de qualité en Wallonie. A cette époque, la cloche est avant tout le produit de deux villes : Anvers et Malines. Les produits wallons, non sans être de qualité, sont limités à des travaux anecdotiques, régionaux, ou le fruit de fondeurs de canons qui se reconvertissent. Il nous apparait donc comme tout indiqué de continuer la retranscription, longue et difficile, des ouvrages d’époque sur la question.

Joseph-Félix-Antoine-François de Azevedo n’inventorie pas de pierre sépulcrale pour les Waghevens, au contraire des Van Den Ghein. Cela nous fait assez mal démarrer. Il existe deux ouvrages partiels sur les Waghevens, tous deux du même auteur : Georges Van Doorslaer. Une première partie sur les Van Den Ghein a été précédemment retranscrite. Dans le présent document, il s’agit de la seconde partie. Un ouvrage complémentaire existe donc : Les Waghevens, fondeurs de cloches dans les Annales de l'Académie royale d'archéologie de Belgique. Pour l’instant, ce livre ancien se révèle introuvable. Le présent document explique déjà bien longuement de quoi il en retourne, bien que des pages soient arrachées.

On trouvera donc les biographies de :

-Renier, connu uniquement de son prénom.-Jean Waghevens
-Jean Van Casbroec-Arnold Ericx
-Jean Van Kerssevoort-Jacques Waghevens
-Jean Hazaert-Corneille Waghevens
-Jean Zeelstman-Jean Sithof
-Henri Waghevens-Bartholomé Ier Cauthals
-Jacques Jancoppens-Pierre Van Der Linden
-Gauthier Quaeywas-Jourdain Smets
-Simon Waghevens-Lambert Fransquin
-Pierre Waghevens-Pierre Fransquin
-Georges Waghevens-Paul Dietrich
-Jean Van De Wyele-Henri Bernaerts
-Hans Poppenruyter, fondeur incertain.-Jean Cauthals
-Gilles Waghevens-Adrien Steylaert
-Georges II Waghevens-Jean Van Den Eynde
-Médard Waghevens-Josse De Backer

Les noms sont francisés, étant donné qu’il s’agit d’une littérature francophone d’époque. C’est assez gênant étant donné que ça ne reporte pas avec exactitude le nom inscrit sur les pierres sépulcrales. Nous respectons cependant l’orthographe de l’ouvrage. A défaut, il faut lire un peu partout des Jan, Peeter, Georgius, Medardus, etc. Si la liste peut paraître longue, il faut bien se rendre compte que les biographies des Waghevens sont beaucoup plus fournies.

L'ancienne industrie du cuivre à Malines. Georges Van Doorslaer.
L'autre partie du texte est disponible dans la biographie des Van Den Gheyn.

HISTORIQUE

Les fondeurs de cloches, avec tous les artisans travaillant le cuivre, enrôlés dans la corporation des forgerons, formaient au sein de celle-ci un groupement qu'on nommait nation. Les dispositions administratives réglementant cette nation étaient celles de la corporation qui l'englobait. Elles ont été analysées dans la première partie de ce travail, exposant l'organisation corporative du métier.

Dans la même partie, nous signalions des pièces de procédure du XVIe siècle, qui feront ici l'objet d'une analyse détaillée, dans lesquelles les fondeurs intéressés tirent argument de l'ancienneté de leur industrie. D'après ces documents, l'industrie de la aurait pris naissance vers le milieu du XIIIe siècle.

Il nous manque pour le XIIIe siècle, des renseignements sur les fondeurs et leurs œuvres. Faut-il déduire de l'absence de documents contemporains que l'industrie des cloches n'eut pas, à cette époque, de représentants sur le territoire de Malines ?

Emportés par l'ardeur à défendre leur cause, les fondeurs de cloches du XVIe siècle ont pu se méprendre et considérer comme leurs prédécesseurs les fondeurs dépôts de cuivre, dont l'existence à Malines, au XIIIe siècle, est établie, mais il faut, d'autre part, prendre en considération que les documents antérieurs au XIVe siècle sont rares dans nos archives locales. Y furent-ils même en grande quantité, il faudrait encore des conditions exceptionnellement heureuses pour que les fondeurs, en nombre forcément restreint, y aient laissé des traces, d'autant plus que pendant une grande partie de l'année, les saintiers d'alors quittaient leur résidence pour aller au loin chercher du travail et exécuter sur place la commande reçue.

Il semble donc qu'on n'est pas en droit de repousser systématiquement l'assertion des fondeurs du XVIe siècle. Il y a, par contre en sa faveur, des considérations d'ordre économique qu'il est utile de relever.

Au milieu du XIIIe siècle régnait à Malines une activité commerciale très intense. La Dyle, endiguée, facilitait aux nombreux bateaux l'accès de la ville. La densité toujours croissante de la population avait provoqué, en 1255, la division de l'unique paroisse de Saint-Rombaut en plusieurs autres distinctes. De nombreuses communautés religieuses, telles que celles des Augustins, des Carmélites et d'autres, vinrent se fixer à Malines vers cette même époque. Cette augmentation de paroisses et ces installations de congrégations diverses occasionnèrent la construction d'églises nouvelles et de chapelles, dont les clochers et les campaniles devaient se garnir de cloches appropriées.

Or, dans une agglomération où les cloches devenaient d'une nécessité de plus en plus fréquente, où la population industrieuse se concentrait et où les moyens de communication étaient de nature à favoriser le développement du commerce, il y avait place, incontestablement, pour un atelier de fondeur. L'assertion des fondeurs mérite donc un réel crédit.

Dès le XIVe siècle, les archives communales nous révèlent les noms de quelques saintiers :

Renier De Clocghietere, le premier de la série, était installé dès avant 1347. Jean Van Casbroec et Jean Van Kerssevoort sont cités respectivement en 1382 et 1388, Jean Hazaert s'inscrit dans la corporation en 1399. Leur activité commerciale semble ne pas avoir été considérable et rien ne nous apprend si elle s'est étendue au dehors de la ville. L'un d'eux, cependant, Jean Hazaert, fait de l'exportation au début du siècle suivant. Le petit nombre de renseignements recueillis à leur sujet ne peut donner une idée précise de leur activité, ni de la valeur de leurs produits, dont plus un seul n'existe. Il en est tout autrement pour les fondeurs du XVe siècle. Des documents du plus haut intérêt et quelques-unes de leurs œuvres, même des plus importantes, nous restent encore aujourd'hui. Vers le milieu de ce siècle, l'industrie campanaire avait pris à Malines un essor considérable.

La situation financière des fabriques d'église, très favorable alors grâce aux largesses des nombreux pèlerins afflués ici à l'occasion du jubilé accordé par le Pape en 1451, les mit à même de refaire et d'améliorer les édifices destinés au culte. En même temps que l'église Saint-Rombaut, les églises Saint-Jean et Notre-Dame au delà de la Dyle se mirent en frais pour reconstruire et exhausser leurs tours. Ces nouvelles constructions plus hautes et plus spacieuses exigèrent des œuvres campanaires mieux proportionnées quant au nombre et aux dimensions. La prospérité générale du territoire et l'accroissement du commerce maritime favorisèrent encore le développement de l'industrie des cloches, ce qui incita plus d'un fondeur étranger à venir s'installer à Malines.

Le premier de ceux-ci et non des moins connus, fut Jean Zeelstman, originaire de Vessem. Qualifié de maître lors de son inscription dans la corporation des forgerons, en 1441, il n'en était plus alors à ses débuts. Par ses talents et son expérience, il sut donner à la une perfection à la fois matérielle et artistique. Aussi ses œuvres se sont-elles conservées juscju'à nos jours, ce qui nous met à même d'en apprécier la valeur au doutée point de vue artistique du son et des lignes.

Voici les noms des autres saintiers connus pour cette période :

Henri Waghevens, auteur d'une célèbre lignée de fondeurs, possède des fours en activité en 1462. Jean Jancoppens alias Van Den Eynde, originaire de Reusele, se fait enrôler dans la bourgeoisie malinoise, en 1466, tandis que Gauthier Quacywas, originaire de Hoogeloon, s'y inscrit en 1476. Lorsque vers la fin de ce siècle, Henri Waghevens avait suivi dans la tombe Jean Zeelstman et qu'à Jancoppens et Quaecvvas, cités plus haut, s'étaient joints trois des fils de Henri Waghevens : Simon, Pierre et Georges Waghevens, le nombre des fondeurs de cloches s'élevait à cinq.

A ce moment l'art campanaire était arrivé à un haut degré de perfection dans nos provinces. Les cloches avaient déjà depuis longtemps reçu cette forme gracieuse de calice renversé, si admirablement imaginée pour la volée et si favorablement disposée pour obtenir la force, la justesse et la pureté du son, qu'aujourd'hui encore on n'a rien de mieux à faire que de l'imiter dans toute l'harmonie de ses proportions.

Longues et sveltes au début du XVe siècle, les cloches abandonnent insensiblement cette forme, pour devenir moins hautes et plus larges. Les inscriptions, primitivement brèves, s'allongent, elles disent les noms des saints auxquels les cloches sont consacrées et contiennent une invocation à Dieu. Le fondeur y ajoute généralement son nom. Les lettres employées sont, le plus souvent, ces minuscules gothiques formées de rubans qui se replient sur eux-mêmes avec une grâce originale. Les mots sont entrecoupés de fleurons et de reliefs variés.

Les parois, sobrement décorées au début, se présentent dans la suite plus chargées de représentations allégoriques et bibliques d'ordre religieux ou profane, dont le nombre se multiplie encore à mesure qu'on se rapproche du siècle suivant. Le XVIe siècle, tout particulièrement pendant les trois premiers quarts, constitue pour l'art campanaire une ère de splendeur incomparable.

L'emploi du style gothique persiste dans les ornements, dans les figures comme dans les lettres. Cette persistance à travers les envahissements de la Renaissance s'explique par la conservation des matrices ou règles, dont les fondeurs de cloches se servaient pour leurs inscriptions et leurs décorations. Transmises à leurs successeurs, ces règles continuèrent à être utilisées par esprit d'économie, sans aucun souci des modifications du style.

C'est seulement vers la fin du siècle que les caractères romains remplacent sur les cloches les caractères gothiques. Mais cette transition ne se fait pas brusquement. L'usage des chiffres arabes pour marquer les millésimes ne se répand aussi que vers la fin du siècle. Les formules d'inscription offrent quelques variétés. Outre l'invocation aux saints patrons qui s'y trouve presque toujours, on y voit souvent des textes de l'Ecriture Sainte, des allusions aux événements de l'époque, l'énumération des diverses destinations de la cloche, etc. Les bas-reliefs, les écussons, les figures des saints s'y rencontrent aussi en assez grand nombre et sont empreints d'un goût d'autant plus artistique que la coutume de faire contribuer les artistes à la décoration des produits industriels se généralise davantage.

Au début du XVIe siècle, l'auteur de la brillante souche de fondeurs que furent les Van Den Ghein, vint s'établir à Malines. Il y prit le droit de bourgeoisie en 1506. Les descendants soutinrent avec éclat la vaste renommée de l'industrie malinoise établie déjà par Zeelstman et les Waghevens et, ensemble avec les derniers représentants de cette famille, ils contribuèrent à former de Malines le centre incontestablement le plus important de la production de cloches au XVIe siècle.

Deux circonstances principales favorisèrent d'une façon très efficace le développement de l'industrie campanaire, au cours de la période d'incomparable prospérité que connut Malines sous le gouvernement de Marguerite d'Autriche.

La première est due aux talents des Keldermans, les célèbres architectes malinois auxquels fut confiée l'érection d'un grand nombre d'églises et de maisons communales dans les Pays-Bas. Ces artistes, connaissant la valeur des œuvres campanaires de leurs concitoyens, saisirent toutes les occasions de vanter leurs qualités. Pour les nouvelles installations de cloches et de carillons à effectuer dans les tours ou campaniles qu'ils construisirent, ils recommandèrent chaudement aux fabriciens et aux magistrats les produits des fondeurs malinois. Nous pouvons citer plusieurs exemples de la collaboration des architectes et fondeurs malinois dans des localités même très éloignées, telles que Veere et Middelbourg, en Hollande, Hoogstraeten, Diest, Gand et Louvain, dans notre pays.

La seconde de ces circonstances favorables fut l'installation dans nos clochers, au commencement du XVIe siècle, de ces jeux de cloches connus sous le nom de voorslag ou prélude musical de l'heure. Ceux-ci se développèrent peu après, au point de vue technique et numérique, formant bientôt les beyaerden ou carillons, dont l'importance s'accrut progressivement, pour en arriver quelquefois à un chiffre de cinquante cloches et même au delà.

L'efficacité résultant du concours de ces deux circonstances se manifesta, pour nos fondeurs malinois, par de multiples fournitures de sonneries et de jeux de cloches, pour lesquels il se produisit partout, dans le pays et à l'étranger, un véritable engouement, provoquant entre les communes une émulation incroyable. Aussi le nombre des fonderies malinoises se maintint-il très longtemps au chiffre de quatre, parfois même il s'éleva à cinq.

Aux noms déjà cités des Waghevens et des Van Den Ghein, il convient d'ajouter, pour la première moitié du XVIe siècle, ceux de : Arnold Ericx alias Stalle, Josse De Baeker, Jean Van Den Eynde, mieux connu sous le nom de Johannes A Fine. Un peu plus tard, apparaît celui Adrien Steylaert.

Par suite des dissensions religieuses intestines, l'affiuence des commandes diminue sensiblement. Vers le milieu du XVIe siècle, la production dépasse le besoin. La concurrence naissante devient bientôt tellement impérieuse, que les fondeurs, afin de pouvoir abaisser leur prix, se laissent aller à commettre des fraudes, qui contribuent à la ruine de leur industrie.

Cette pratique malhonnête se manifeste d'une façon si criarde, que le Magistrat fut contraint, en 1562, d'édicter une ordonnance réglementant avec sévérité la nation des fondeurs. Certaines dispositions de celle-ci n'eurent pas l'heur de plaire à nos fondeurs. L'une d'entr'elles, prescrivant l'expertise des cloches, leur fut particulièrement désagréable. Ils s'insurgèrent contre cette mesure, et dans la suite refusèrent systématiquement d'acquitter les droits dûs de ce chef à Hubert Cornelis et Antoine Wuytiers, les deux wardeurs désignés. Ils furent condamnés à se soumettre par deux sentences successives, l'une en date du 27 avril 1563, l'autre du 12 mai 1564.

Néanmoins, les fondeurs tinrent bon dans leurs protestations. Ils étaient quatre à ce moment : Jacques Waghevens, Jean Van Den Ghein, Pierre Van Den Ghein et Adrien Steylaert. Par une requête collective, adressée au Roi, en 1565, ils exposèrent les motifs de leurs revendications. Ce fut le point de départ d'une série de débats fort intéressants par les particularités qu'ils nous font connaître sur la technique du métier et sur les pratiques frauduleuses imputées aux fondeurs.

La requête, enregistrée le 4 décembre 1565, porte à la connaissance du Roi que l'industrie des fondeurs de cloches, établie en ville depuis plus de 300 ans, fut toujours exempte de toute taxe, hormis celle qui grevait le cuivre brut.

Les quatre signataires, tous fondeurs de cloches à Malines, tentent de faire valoir qu'il est de l'intérêt de la cité de conserver leur industrie libérée de toute charge, parce que, outre le bénéfice résultant du service du poids communal et de la taxe perçue sur le cuivre, la Ville retire encore les avantages économiques de la prospérité des divers métiers, dont le concours leur est habituellement nécessaire. Tel est le cas pour les bateliers, camionneurs, forgerons, ouvriers de la grue et manœuvres de tout genre.

Il a plu au Magistrat, disent-ils, de taxer l'examen des cloches par les experts de un blanc par cent livres de poids. C'est une charge qui non seulement pèsera lourdement sur leur industrie et les métiers qui en tirent profit, mais aussi détournera l'acquéreur étranger soucieux de ses intérêts, de la ville, qui depuis plus de trois siècles a eu la faveur de posséder dans cette branche industrielle un négoce d'une importance telle, qu'il ne fut jamais égalé dans une autre commune.

Ils expriment aussi la crainte que le maintien de cette mesure, en restreignant leur propre bénéfice, ne soit de nature à les amener à la pénible nécessité de devoir quitter la ville pour aller ailleurs chercher les ressources indispensables à l'entretien de leurs familles.

Ils estiment que l'application de cette taxe constitue en même temps qu'une entrave au développement du commerce, une pratique parfaitement inutile. En effet, une cloche s'expertise d'elle-même, par la qualité du son. Bien plus encore, il est impossible à quiconque de se rendre compte de la proportion des métaux de l'alliage, une fois l'opération de la fonte terminée. D'autre part, ils doivent marquer les cloches de leur nom et des armoiries de la Ville, garantir, pendant un certain nombre d'années, la parfaite conservation de la cloche et de sa sonnerie, et assurer la concordance de sa tonalité avec celle des cloches faisant partie d'un voorslag ou d'un carillon. Or, cette dernière qualité a toujours fait l'objet d'un examen sérieux, confié par l'acquéreur à un maître de chapelle ou à quelqu'autre musicien compétent. Au reste, le Magistrat des autres villes où s'exerce la même industrie, considérant une expertise de cloche parfaitement inutile, se garde bien de l'instituer, mais s'efforce, au contraire, d'allécher les industriels étrangers en leur octroyant toutes sortes de faveurs. En conséquence, ils supplient le Roi d'imposer au Magistrat la suppression de l'office d'expert.

A cette requête le Magistrat répond que l'office des experts n'a été institué qu'après mûre réflexion, et ce pour faire le contrôle non seulement des cloches, mais de tous les objets ouvrés avec du cuivre. Il déclare que l'industrie locale du cuivre périclite et tend à se déplacer par suite des pratiques frauduleuses auxquelles se sont livrés différents membres de leur nation.

Le Magistrat précise ces fraudes, consistant tantôt à distraire une partie des substances métalliques fournies pour la fonte de la cloche nouvelle, tantôt à opérer des mélanges autres que ceux autorisés par les règlements, dont les proportions sont de 20 à 25 parties d'étain pour cent de métal. Les fondeurs parvenaient de cette façon à s'assurer un bénéfice supplémentaire de 3 à 4 florins au delà du prix auquel ils avaient droit pour la façon de cent livres de métal. Ces procédés indélicats diminuant la résistance des cloches, entraînaient leur mise hors service après très peu de temps ; elles devaient être soumises à la refonte trois et même quatre fois dans l'espace de trente à quarante ans, tandis qu'anciennement leur résistance atteignait une durée de 100 ou même de 200 ans.

Soucieux de prévenir la ruine de l'industrie malinoise, le Magistrat estime donc devoir maintenir l'office de contrôleur, d'autant plus que le salaire de 21 sous pour une cloche d'une valeur de 200 florins, eu égard aux corvées imposées, est réellement dérisoire. En effet, obligés d'assister à la préparation de l'alliage du métal et d'exercer près du four une surveillance constante jusqu'après la coulée de la cloche, les contrôleurs doivent encore, l'opération terminée, en rechercher les défauts et apprécier la qualité du son au moment de la livraison au Poids ou à la Grue.

L'office et la taxe sont donc justifiés. Ils ne peuvent point porter préjudice au fondeur ; quant à l'acheteur, il y trouvera son intérêt, et par la certitude d'avoir une cloche de bonne qualité, et par la dispense de devoir recourir aux services d'un courtier ou de quelqu'autre intermédiaire compétent, mais coûteux.

La garantie donnée pour la cloche pendant un certain temps n'entraine pas l'inutilité de l'expertise officielle, car une autre fraude opérée par les fondeurs consiste à fournir un battant trop léger. Par suite de cette pratique, l'intensité du son rendu par la cloche est trop faible comparativement à ses dimensions. Aux acheteurs qui l'observent, les fondeurs répondent que la chaleur de la fusion encore contenue dans les parois empêche la cloche de donner sa pleine sonorité ; mais dès que la période de la garantie est expirée, on conseille un battant plus lourd, dont l'emploi le plus souvent provoque la fêlure des parois.

En terminant, le Magistrat exprime son étonnement d'avoir rencontré parmi les noms des requérants ceux de Jacques Waghevens et de Jean Van Den Ghein, qui, tous deux, ont fait des instances pour obtenir la place d'expert. Enfin, le Magistrat estime la requête des fondeurs inspirée uniquement par le souci de leurs intérêts privés. La source de ceux-ci sera bien vite tarie, car la persistance des abus doit inévitablement entraîner la ruine de l'industrie.

Piqués au vif, les fondeurs, dans une réplique au Magistrat, nient carrément les fraudes qu'on leur impute, et vont même jusqu'à prétendre qu'elles sont imaginées par les experts, afin d'y trouver des raisons pour assurer leur situation. Ils souhaitent, au surplus, voir s'ouvrir une enquête à ce sujet.

Ils essaient de dissiper la crainte d'un déclin pour l'industrie en signalant l'existence en ville de 4 saintiers, alors qu'antérieurement il n'y en eut que deux. Les allégations leur imputées, relativement à la chaleur de fusion contenue dans les parois et au battant trop léger, sont fausses, car la chaleur provenue de la fusion ne peut persister dans une cloche. Pour les cas où une fêlure s'est produite, l'examen du battant a mis celui-ci hors cause, attribuant l'accident à l'inexpérience d'un enfant auquel la sonnerie avait été confiée.

Aux termes de leurs contrats, ils sont tenus à refaire à leurs frais toute cloche dont la fonte est fautive. Et en cas de conflit, l'expertise s'est faite de tout temps par des fondeurs de cloches, gens de métier compétents, mandés par les intéressés et indemnisés par ceux auxquels on attribuait les torts. Prenant à partie les deux experts en titre, qui constituent assurément leur point de mire, ils leur dénient toute compétence à une expertise ou examen de leurs produits. Anciens chaudronniers d'une valeur médiocre, considérés comme tels du reste par tout le monde, ils estiment que leurs connaissances professionnelles ne peuvent être assimilées à celles de fondeurs.

Quant à la taxe exigée, qui s'élève en proportion de l'importance des cloches, elle constitue en réalité une lourde charge et pour le fondeur et pour l'acheteur. Les corvées imposées aux experts ne la justifient pas, et eu égard à l'inaptitude de ceux-ci, on peut les considérer comme nulles, puisque inutiles. Les démarches faites par Jacques Waghevens et Jean Van Den Ghein ont été interprétées d'une façon erronée ; elles n'ont pas eu pour mobile une nomination d'expert.

Dans une dernière réplique, le Magistrat affirme son droit de réglementer une industrie, même en l'absence de fraudes constatées, dans l'unique but de les prévenir. Il maintient que deux des requérants ont sollicité l'office d'expert et reprend ensuite tous les arguments déjà mis en avant pour réfuter les assertions des fondeurs concernant l'inefficacité des experts, leur inaptitude et l'importance de leur salaire.

Il prétend que la garantie donnée par les fondeurs pour leurs cloches date d'un an à peine. Au surplus, il est avéré que plusieurs cloches ont dû être refondues de par leur faute, jusque deux et trois fois successivement, telles entr'autres celles de Campenhout, de Santvliet, de Mynsheerenland et d'autres encore en Zélande et en Frise. Il assure, contrairement à leur affirmation, que l'importance de l'industrie des cloches a baissé de plus de la moitié. Les fondeurs antérieurs avaient plus de besogne que tous les requérants réunis. Il est inexact de dire, continue t-il, que jamais il n'y eut à Malines plus de deux fondeurs, car certainement ils étaient trois à l'époque de Médard, Georges et Pierre Waghevens.

Une apostille en marge de cette dernière pièce nous apprend que les fondeurs, malgré le zèle mis à défendre leur avis, n'obtinrent point gain de cause. Déboutés, les fondeurs pourtant ne désarment pas. Par tous les moyens ils cherchent à se soustraire au payement de la taxe d'expertise. Au début de l'année 1575, ils se remettent en campagne. Cette fois, pour donner plus de poids à leurs protestations, ils se font épauler par les fondeurs de laiton et les fondeurs de pots, en opposition avec les chaudronniers ou batteurs de cuivre. Les raisons alléguées étaient que certains produits fabriqués n'avaient point été soumis à l'expertise et que les plaques de cuivre brut, provenant d'Aix-la-Chapelle, de Dinant et de Bouvignes n'étaient point contrôlées.

Le fondeur de cloches Adrien Steylaert, se sacrifiant pour ses compagnons, entama les hostilités. Prenant prétexte des raisons signalées ci-dessus, il amena ostensiblement hors ville une de ses cloches, sans la soumettre à l'expertise.

Le but recherché était atteint. Steylaert fut l'objet d'une réclamation de la part des experts, de là une action judiciaire. Aussitôt il fit signer une requête par tous les fondeurs de la nation, savoir : Antoine Van Den Bronche, Pierre Van Den Eynde, avec Gilles et Corneille, ses deux fils, Jean Cauthals, avec son fils Jean, et Pierre De Clerck, tous fondeurs de laiton, Jean Van Den Ghein, Pierre Van Den Ghein et Adrien Steylaert, fondeurs de cloches.

Les signataires s'attaquent derechef à la personnalité des deux experts officiels, Hubert Cornelis et Antoine Wuytiers. Ils les prétendent de nouveau incapables d'expertiser les produits du métier de la fonderie. Vieille rancune à laquelle les experts, dans une lettre adressée au Gouverneur, le 9 février, répondent par des arguments contraires. Au 16 février, les fondeurs, à leur tour, opposent des dénégations catégoriques à l'argumentation des experts.

Nouvelle réponse des experts, le 7 mars suivant. Ils revendiquent hautement leur compétence technique, qu'ils exposent cette fois. L'un, Hubert Cornelis, d'après son dire, est du métier depuis 48 ans, l'autre, Antoine Wuytiers, s'y dit élevé dès son jeune âge, par son père feu Jean Wuytiers, qui tout en ayant exercé la profession de batteur, s'est néanmoins toujours occupé de négocier des cloches. Ils dénoncent, en outre, certaines pratiques frauduleuses dont les protestataires se sont rendus coupables. L'un d'eux, Adrien Steylaert, a été surpris en train de couler du plomb dans les interstices de l'anneau d'attache d'une cloche, dans le but illicite d'en augmenter le poids. Une cuve à sucre, faite par Jean Van Den Ghein et destinée à l'exportation en Espagne, dut être brisée, parce que mal conditionnée.

Enfin les experts n'admettent pas la distinction faite entre fondeurs et batteurs, car un des signataires, Antoine Van Den Broecke, doyen de la nation, occupe ces fonctions aussi bien pour les batteurs que pour les fondeurs. L'analyse de ces documents nous montre les deux parties inébranlables dans leurs arguments.

Mais ces pièces nous apprennent que c'est au XIIIe siècle qu'il faut placer l'origine de la [protestation (mot manquant) ] ; que des prescriptions anciennes, mais non toujours suivies, se sont perpétuées, telle l'apposition sur leurs produits, sinon des noms du fondeur, au moins des armoiries communales, que les proportions de l'alliage exigé pour le métal de cloches étaient de 22 d'étain pour 78 de cuivre ; que le négoce était très important avec les pays du Nord et s'étendait d'autre part jusqu'en Espagne, et enfin que la prospérité de l'industrie, jusqu'alors brillante, était, à l'époque de ces débats, en train de sombrer.

Les données sur l'industrie, révélées par d'autres documents, nous font apparaître les erreurs commises dans l'exposé de certaines pièces de la procédure. Signalons entr'autres assertions erronnées celle avancée par le Magistrat, relative à l'ancienneté de la garantie donnée par les fondeurs pour leurs produits. Au lieu de remonter à un an seulement, il en est qui datent du début du XVe siècle. Quant au nombre de fondeurs travaillant en même temps, l'erreur est commune aux deux parties, car ce chiffre s'est élevé, à différentes époques antérieures, à quatre et même à cinq fondeurs. La fin de cette procédure n'est pas connue. Mais toutes ces tracasseries n'aboutirent pas à ramener les acheteurs, qui, au dire des experts, avaient pris le chemin de Nuremberg.

Les discordes religieuses, le sac de Malines par les soldats du duc d'Albe en 1572, et l'occupation de la ville par les troupes des Etats Généraux, de 1580 à 1585, entravèrent les transactions commerciales, au point d'empêcher tout marché, et contribuèrent, eux aussi, à détourner les amateurs de ces régions. La rapine des cloches au cours de ces époques troublées avait créé des vides qu'il fallut bien combler. Aussi dès la fin de la période effervescente, l'industrie campanaire se releva, et ce fut pour les ateliers malinois l'occasion de se remettre en activité.

La fin du XVIe siècle vit encore trois saintiers à Malines, tous les trois membres de la famille Van Den Ghein, à savoir : Pierre III, Henri et Jean III.

L'aurore du XVIIe siècle se leva sous ces heureux auspices. L'industrie vécut encore une époque de prospérité qui, tout en étant inférieure à celle du siècle précédent, resplendit néanmoins d'un immense éclat.

Les fondeurs de cette période : Pierre Van Den Ghein III, Jean Van Den Ghein III et son fils Pierre Van Den Ghein IV obtinrent encore une très large part de la faveur des administrations publiques. On compte à leur actif non seulement un grand nombre de cloches isolées, mais aussi des séries complètes de cloches harmonisées, formant carillon. Il faut joindre à ces noms ceux des deux frères Pierre et Jacques De Clerck, neveux de Van Den Ghein, et ceux de Jean Cauthals et de son fils Jean.

Ces derniers avaient acquis une réputation justement méritée pour leurs canons et leurs ouvrages en laiton. Ils s'essayèrent aussi dans la fonte des cloches et des carillons, sans atteindre le succès que leur avait valu leurs travaux antérieurs.

Au cours de la seconde moitié de ce siècle, quelques fondeurs, quoique de moindre importance, du nom de Jean De Clerck, fils de Pierre cité plus haut, Bartholomé Cauthals et son fils Bartholomé II jouirent cependant encore d'une certaine réputation. Malheureusement, ces artisans n'étaient pas de taille à lutter, ni par les qualités de leurs œuvres, ni par leur sagacité commerciale, contre la concurrence étrangère, en particulier contre celle que leur firent les fondeurs ambulants, venus de la Lorraine jusque dans nos régions. La défaveur des saintiers malinois en devint de plus en plus grande.

A la fin du siècle, toutefois, il y en eût un qui réussit à reconquérir la confiance et à soutenir pour quelque temps la renommée défaillante de la vieille industrie malinoise. Membre de la célèbre famille Van Den Ghein, dont les fours avaient été éteints durant quelques années à la suite de décès successifs, Jean IV reprit la pratique de la fonte des cloches.

Sa constante sollicitude pour perfectionner son art et pour retenir de la chute imminente l'industrie ancestrale triompha de toutes les difficultés. La valeur de ses produits, autant que la gloire attachée à son illustre nom, lui ramenèrent petit à petit une nombreuse clientèle. Aussi dut-il éprouver un sentiment de pénible regret de ne pouvoir, faute de descendants directs, transmettre à un fondeur, porteur de son nom, l'industrie que durant deux siècles ses ancêtres avaient illustrée à Malines.

André Van Den Ghein, un de ses frères, initié comme lui au métier de la fonte, avait, hélas, quitté Malines pour St-Trond ; il ne lui resta qu'un neveu, Jean Van Der Linden, fils de sa sœur, auquel il tenta de léguer, en même temps que son atelier, ses connaissances et les secrets de son expérience professionnelle. Les essais de ce dernier ne répondirent pas à l'attente de son oncle. Tous les beaux efforts de Jean Van Den Ghein IV restèrent donc stériles, et on peut dire qu'avec lui sombra, à sa mort, en 1697, la vieille et glorieuse industrie malinoise.

Jourdain Smets, dont le nom apparaît au début du XVIIe siècle, ne réussit pas mieux que Jean Van Der Linden à assurer le maintien de l'industrie campanaire à Malines.

Lambert Fransquin et Jean Dietrich, tous deux directeurs de la fonderie royale d'artillerie, coulèrent bien encore, au cours de ce siècle, quelques cloches de minime importance, mais s'ils étaient habiles dans la fonte des canons, il leur manqua, pour la spécialité des cloches, les connaissances techniques et l'expérience qui avaient assuré jadis l'immense renommée des saintiers malinois.

Au cours du procès engage par les fondeurs de cloches contre le Magistrat communal, nous avons vu celui-ci tirer argument du fonctionnement simultané en cette ville de trois ateliers, afin de faire ressortir l'importance plus grande de l'industrie à une période antérieure à celle du débat. Il était mal renseigné, car aux moments de grande prospérité, il y eut même cinq fondeurs dont les fours fonctionnaient à la fois.

Le chiffre global de tous les saintiers malinois antérieurs au XIXe siècle, dont nous avons rencontré les noms, s'élève à quarante-cinq. Au nombre de ceux-ci, il en est plusieurs appartenant à une même lignée. La famille qui en fournit le plus grand nombre est celle des Van Den Ghein : on en compte onze, la famille Waghevens la suit de très près, avec un chiffre de dix, tandis que les De Clerck sont quatre et les Cauthals deux seulement. Leur classement par siècle donne le chiffre le plus important pour le XVIe siècle soit en tout dix-huit ; suit le XVIIe avec douze, le XVe avec huit, le XVIIIe avec quatre et le XIV avec trois.

La valeur professionnelle et artistique de chacun de ces quarante-cinq fondeurs n'est pas pareille, tandis que plusieurs d'entr'eux atteignent l'apogée de la gloire, d'aucuns n'obtinrent qu'un succès relatif. Si la fonte d'une cloche exige des connaissances et de l'expérience purement techniques quand elle est destinée à se faire entendre isolément en sonnerie, il n'en est pas de même de celle qui est destinée à se faire entendre en accord avec d'autres, soit dans une sonnerie, soit bien plus encore dans un jeu harmonisé, c'est-à-dire un carillon.
Pour la réussite d'une cloche harmonisée, le fondeur doit posséder, outre les connaissances techniques nécessaires à tout homme du métier, un enseignement musical et des talents d'acousticien qui font défaut à plus d'un.

Il faut ranger parmi les meilleurs de ces derniers, la plupart des Waghevens, des Van Den Ghein, des De Clerck, ainsi que Jean Zeelstman et Adrien Steylaert. Les œuvres antérieures à la fin du XVe siècle portent le nom des fondeurs, sans indiquer le lieu d'origine. C'est seulement à partir de cette époque que cet usage s'établit par l'apposition sur la cloche des armoiries de la ville. L'écusson employé est orné de l'écu en cœur avec l'aigle impérial, avec quelques variantes de forme cependant.
Quand les proportions ne le permettent pas, il est réduit à l'indication des trois pals, semblable alors à celui qu'on trouve sur les mortiers et sur les sculptures en bois.

L'opération de la fonte d'une cloche avec ses phases successives a déjà fait l'objet de descriptions répétées dans différents traités. Il serait donc oiseux de la reprendre à nouveau. Aussi nous nous bornerons à envisager la technique par un coté moins connu, parce que plus spécial, c'est-à-dire
par l'exposé des facteurs qui dans les préparatifs de la fonte sont indispensables pour obtenir une cloche d'une sonorité harmonieuse et d'une résistance séculaire.

Technique et Alliage. Si la résistance d'une cloche peut être assurée par un fondeur quelconque ayant un peu d'acquis dans le métier, il n'en est pas de même de la sonorité harmonieuse, qui exige, outre une grande expérience technique, des connaissances musicales approfondies.

En effet, pour être harmonieuse, une cloche doit avoir des consonnances au ton principal. Dans l'échelle supérieure au ton fondamental, on doit trouver la tierce, soit augmentée, soit diminuée, dans l'échelle inférieure, on doit rencontrer l'octave du son fondamental et l'octave de la tierce supérieure. Ces qualités musicales furent les caractéristiques des cloches malinoises et valurent à nos fondeurs la célébrité et la faveur du public. Techniciens habiles et acousticiens de talent, la plupart des fondeurs malinois, ainsi qu'il est avéré par les relevés faits aujourd'hui, furent les organisateurs de nombreux et des plus anciens jeux harmonisés ou carillons. D'autre part, leurs œuvres existent encore en grand nombre. Elles affirment d'une façon péremptoire par leur perdurance, malgré leur service quotidien, qu'elles sortent des mains d'artistes soucieux de la bonne qualité matérielle de leurs produits.

Les différents facteurs qui entrent en ligne décompte pour donner à la cloche les qualités précitées, sont : la construction du fourneau, la forme à donner à la cloche, les proportions de l'alliage, la fusion de l'alliage, les manipidahons après la fonte. La construction des fourneaux a une grande importance. Les meilleurs sont ceux qui permettent l'usage du bois comme combustible et dont la construction empêche les flammes d'arriver en contact avec le métal en fusion.

La forme donnée à la cloche influence la qualité du son. La hauteur ou la profondeur de celui-ci dépend du diamètre inférieur de la cloche. Des cloches élancées résonnent bien dans un rayon d'une étendue restreinte, des cloches larges, au contraire, s'entendent mieux au loin. Les qualités harmonieuses d'une cloche dépendent de l'épaisseur bien répartie des parois. Les proportions de l'alliage ont une répercussion sur le son et sur la résistance.

A Malines, nous l'avons vu, l'alliage exigé était de 22 parties d'étain pour 78 de cuivre rouge. Ailleurs ces proportions différaient quelquefois, mais ne s'écartaient pas beaucoup de ces chiffres, et jamais la quantité de l'étain ne descendait au-dessous de 20%. Plus la quantité d'étain est élevée, plus le son gagne en finesse, mais avec elle s'élève aussi la fragilité de la cloche.

On peut contrôler la qualité de l'alliage en examinant la surface de brisure d'un morceau de cloche. Si la proportion de l'étain est de 22 %, la surface présente un aspect mat et argenté. Exposée à l'air, et particulièrement à l'air humide, son aspect devient plus gris. Avec une proportion supérieure à 22 %, la surface est lisse, claire et vitreuse, dans le cas contraire, elle présente un aspect ferreux et sombre. Si l'alliage contient une quantité appréciable de fer et de plomb, l'aspect de la surface est gris.

La fusion de l'alliage exige des soins minutieux. La chaleur du fourneau doit être portée au point de rendre toute la masse bien liquide, sinon la résistance de la cloche serait fort compromise et l'alourdissement de ses bords nuirait à la finesse et à la pureté du son par une entrave à la vibration des ondes sonores.
Pendant la fusion, le mélange doit être constamment remué, au risque de voir l'étain, plus léger, se répartir à la surface de la masse liquide et se trouverait, après la coulée, en trop forte proportion dans la partie supérieure de la cloche.

Les manipulations postérieures à la coulée doivent être faites avec la plus grande circonspection. Il faut se borner à un simple nettoyage en raclant les bavures. Tout limage, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, enlève la couche de protection de la cloche, dont la disparition peut avoir des conséquences désastreuses. Un intéressant détail de technique nous est révélé par la communication faite par M. Dilis, dans une séance de l'Académie Royale d'Archéologie de Belgique, sur la fonte d'une cloche de l'église St-Jacques à Anvers, par le fondeur Jean Grognart.

Au moment où le métal en fusion cesse de couler, on s'aperçoit que le vide du moule n'est pas comblé. Pour mener l'opération à bonne fin, le métal fait défaut. Le fondeur n'est pas à bout de ressources, il fait rapidement chercher deux plats d'étain, afin d'empêcher le bronze de se figer. Nous croyons pouvoir interpréter cette manipulation, essentiellement technique, de la façon suivante : L'étain, fondu séparément, est versé dans l'ouverture du moule ; recouvrant la surface du bronze, il empêche celui-ci de se figer trop vite. Entretemps on prépare prestement la quantité d'alliage nécessaire pour terminer la coulée, préparation dont la durée est estimée par la citation à une demi-heure. Grâce à l'étain épanché, la cohésion de la partie nouvelle avec la partie coulée d'abord est rendue possible. Le procédé parait avoir réussi, puisque la cloche a fait service pendant de longues années.

Nous terminerons cet aperçu général par l'examen du prix des métaux et de celui de la main-d'œuvre.

Prix des métaux. Il est difficile d'établir exactement le prix de chacun des deux métaux dont l'alliage constitue le bronze. Il en est de même du prix de ce dernier.

Cette difficulté découle, d'une part, de la variété des monnaies dans les différentes régions et de leur valeur aux différentes époques. D'autre part, des nombreux facteurs qui entrent en ligne de compte au moment de la conclusion du marché. Néanmoins, l'indication des chiffres peut, par leur rapprochement, présenter quelqu'intérêt.

Une fois seulement nous avons rencontré la détermination de la valeur respective des métaux entrant dans la composition du bronze. C'est lorsqu'en 1480, Henri Waghevens toucha, pour 100 livres de cuivre, 22 escalins de Flandre et, pour 100 livres d'étain, 2 livres de Flandre. Toujours une distinction est établie entre métal nouveau, n'ayant pas encore passé au four, et métal ancien, provenant de la destruction d'une cloche. Pour ce dernier, habituellement fourni par le client, il n'y a pas d'indication de valeur.

Le métal nouveau se payait, à l'époque la plus éloignée où il en est fait mention, c'est-à-dire en 1559, 14 moutons pour 100 livres, prix payé au fondeur Jean Van Casbroec.

Au siècle suivant, en 1425, Jean Hazaert reçoit pour le même poids de 100 livres, 10 couronnes d'or, tandis que quelques années plus tard, en 1439, Jean Zeelstman reçoit un clinckaeit d'or, pour la même quantité de métal. Ce clinckaert représentait donc une valeur à peu près égale à 10 couronnes d'or. Vers la fin du siècle, en 1489, Simon Waghevens touche 20 escalins pour la même quantité de bronze.

Au XVIe siècle, le prix du métal augmente progressivement. En 1532, cent livres se payent 12 florins à Médard Waghevens ; en 1556, Jacques Waghevens touche 17 florins carolus, et en 1566, 23 florins. Vers la fin du siècle, le prix a augmenté encore et se trouve être de 38 florins en 1595 et de 42 florins en 1599, prix payés tous deux à Pierre Van Den Ghein.

Prix de la main-d'œuvre. Un personnel peu nombreux, composé de quelques manœuvres, chauffeurs, terrassiers, etc. suffisait à aider le fondeur. A celui-ci incombait la partie artistique et scientifique, c'est-à-dire, la direction de la partie technique en même temps que la disposition de l'ornementation, l'étude des proportions et des formes, donnant à ses cloches les belles qualités harmonieuses et plastiques qui en garantissaient le succès.

La refonte du bronze ancien fut payée à Zeelstman, en 1457, 20 sous par 100 livres. Quelques années plus tard, en 1474, Henri Waghevens ne toucha que 7 sous 6 deniers pour la même quantité. Il faut croire que les conditions du travail se présentaient autrement, à moins que ce prix peu élevé ne fut l'effet d'une générosité de sa part. Le même fondeur reçut, en 1480, cinq escalins de Brabant, tandis que 9 années après, son fils Simon n'en obtint que quatre.

Au XVIe siècle, en 1526, Médard Waghevens toucha 6 escalins pour une même quantité de poids. Elle valait, en 1544, pour Jacques Waghevens, 4 carolus de 20 patars de Flandre, en 1566, 7 florins 10 sous. On peut juger par ces payements effectués en monnaie différente à des époques plus ou moins rapprochées, de la difficulté d'établir une estimation convenable de la valeur de la main-d'œuvre.

Renier

Le plus ancien des fondeurs de cloches dont nous ayons connaissance n'est désigné dans les archives que par ce prénom : Renerus clocghietere. Il habitait, en 1347, la rue d'Hanswyck. Il y fit à ce moment l'acquisition d'une propriété voisine de celle qu'il occupait déjà. Favorablement située le long de la rivière, cette rue a été choisie, dans la suite, par la plupart des fondeurs pour l'emplacement de leurs ateliers. En 1348, Renier devient encore propriétaire d'une maison située au delà du Nouveau Pont, aujourd'hui appelé Pont de la Fontaine. Renier avait épousé Catherine Van Den Eycke, dont il eut une fille, Marguerite, orpheline en 1350.
Aucun produit de sa fonderie n'a été signalé.

Jean Van Casbroec

En 1383, le Magistrat de Malines fit faire une nouvelle cloche par Jean van Casbroec. Il avait mis à sa disposition une ancienne cloche, mais la substance métallique en quantité insuffisante dut être complétée par le fondeur. L'alliage nécessaire et la main-d'œuvre pour sa fusion lui furent payés 20 escalins. Ce prix peu élevé indique qu'il s'agit uniquement de la partie nouvelle et fait présumer l'existence d'une convention spéciale antérieure, relative à la main-d'œuvre de la partie ancienne.

Jean Van Kerssevoort

Une nouvelle cloche, destinée à marquer les heures, d'un poids de 2200 livres, avait été livrée au Magistrat de Malines par Jean Van Kerssevoort. Elle lui fut payée à raison de 14 moutons et un quart par cent livres de poids. La somme totale s'élevait à 11 livres, 8 escalins, 9 deniers de gros et un angelot. Le payement s'effectua au 19 juin 1389.

Jean Hazaert

Le nom de ce fondeur figure dans la liste des membres de la corporation des forgerons de l'année de 1399. Le 11 juin 1425, Jean Hazaert fut chargé par Gauthier Baten, curé, Pierre Danckaert et Corneille Mengers, marguilliers de l'église de Zantvliet, de la fonte d'une cloche à l'usage de cette église. Un contrat, passé devant les échevins d'Anvers, stipule que la cloche devait peser de 3000 à 3500 livres et serait payée à raison de 10 couronnes d'or par 100 livres de poids. Il nous apprend aussi un détail intéressant de technique, à savoir, le poids que devait avoir le battant proportionnellement à celui de la cloche : il était fixé à 3 livres pour chaque fraction de 100 livres. La fabrique d'église disposait d'un terme de trois ans pour s'acquitter annuellement par tiers, et le fondeur devait, durant ce même laps de temps, garantir la cloche contre tout accident, dont la cause lui serait imputable.

Le Magistrat de Malines lui fit la commande, en 1443, d'un bassin en laiton, qui devait trouver place dans l'escalier de la maison échevinale. Il est assez probable, d'après ce détail, que Jean Hazaert fit le commerce d'objets en laiton en même temps que celui des cloches.

Jean Zeelstman

Son nom a été orthographié diversement. On rencontre Zeelsman, Seltman, Celetman ; mais la forme la plus usuelle et aussi la vraie est Zeelstman. Fils naturel de Henri Zeelstman et de Elisabeth Ackermans, il se maria en 1435 ; sa naissance peut donc être fixée vers 1410.

Son père, originaire de Vessem, commune hollandaise, faisant partie à cette époque du diocèse de Liège, résidait à Malines, probablement avant 1417. En effet, on rencontre, dans les archives malinoises, différents actes de 1427, 1433 et 1435, le concernant ainsi que ses frères Hubert, Jean et Pierre, tous originaires de Vessem.

Il est à signaler qu'en 1438 un Johannes Seelsmans, du diocèse de Liège, était étudiant à l'Université de Louvain. Nous ne pensons pas que celui-ci soit le fondeur dont nous nous occupons, mais peut-être bien son oncle ou un autre membre de sa famille.
Henri, le père de Jean, avait contracté union avant 1421, avec Clarisse Van Der Linden, veuve de Jean Van Der Hayet, dont, apparemment, il n'eut pas de descendance. On a attribué à Henri Zeelstman la profession de fondeur de cloches, cependant, aucun document n'autorise pareille assertion. Tout ce que nous pouvons affirmer au sujet de Henri, c'est qu'il jouissait d'une situation financière aisée. Différents biens, situés à Hever, près de Malines, sont acquis par lui successivement en 1418, 1423 et 1425. Au début de 1426, il achète, en son nom et en celui de sa femme, deux immeubles de la rue Milsen. Tous ces biens sont devenus plus tard propriétés de Jean Zeelstman.

Celui-ci, comme nous l'avons dit plus haut, se maria en 1435, avec Ida de Grève, fille de Jean, originaire de Loen, dans le diocèse de Liège. En vue de cette union, son père Henri lui fit donation de tous ses biens, s'en réservant toutefois l'usufruit, sa vie durant. L'acte fut passé à Loen, le 13 novembre 1435, dans la demeure d'André Loyen, par Gauthier Bellaert, prêtre et notaire, en présence de Gauthier Tinctoris, curé de Turnhout, Hubert Zeelstman et Egide Stevens. Ce document est rédigé en latin.

Jean Zeelstman apparaît comme fondeur en 1439. Déjà il est qualifié de maître, d'où l'on doit déduire que ses débuts furent bien antérieurs. Deux ans plus tard seulement, en 1441, il prend rang dans la corporation des forgerons avec le même titre. Dans le courant de cette dernière année, il acquiert un immeuble de la rue d'Hanswyck, aboutissant par le jardin à la rive de la Dyle, et attenant, d'une part à la propriété appelée Hoornken, le petit Cor, et d'autre part à celle qui longe un chemin allant de la rue d'Hanswyck vers la Dyle, probablement la ruelle dénommée aujourd'hui Waterstraatje.

Probablement éprouva-t-il quelque difficulté à faire sortir de son immeuble ses œuvres de dimensions un peu fortes, car il acheta, en 1452, la maison qui séparait la sienne du chemin susdit, pour la revendre en 1456, se réservant, à travers le jardin, un droit de passage pour les cloches et autres produits de sa fonderie.

En 1449, après le décès de son père et de l'épouse de celui-ci, Jean devint propriétaire des biens paternels, c'est vraisemblablement de ce chef que le compte communal de 1449-1450, enregistre des droits d'issue payés par maître Jean. Peu de temps après, en 1452, il vend les deux maisons de la rue Milsen, acquises par feu son père en 1426.

De l'union contractée par Jean Zeelstman avec Ida De Grève naquirent deux filles, mentionnées dans un acte de 1447. L'une, Elisabeth, se marie à Augustin Quisthout, inscrit dans la corporation des forgerons en 1468. L'autre, Jeanne, est morte, apparemment, en bas âge. Il eut encore une fille naturelle, qu'il procréa de Clémence De Becker.

Sa fille Elisabeth était, en 1475, propriétaire de là fonderie de la rue d'Hanswyck. C'est donc avant cette date qu'il faut placer le décès de Jean Zeelstman, sa veuve, Ida De Grève, lui survécut quelques temps. En 1493, elle institue une fondation de messe hebdomadaire, à célébrer dans la chapelle de la corporation des forgerons dédiée à St-Eloi, sise Marché au Bétail.

Jean Zeelstman eut une sœur, Catherine, qui épousa Pierre Peeters, dont elle eut deux filles Ursule et Elisabeth.

L'œuvre de Zeelstman a été très considérable.

Ses produits, existant encore aujourd'hui, se caractérisent par de multiples qualités. Non seulement le galbe est élégant, mais le son en est harmonieux. Le bronze de ses cloches est d'une qualité supérieure et offre une résistance à toute épreuve. Aussi est-ce le premier des fondeurs malinois dont les cloches aient bravé les siècles, malgré un usage même journalier. Avec des œuvres pareilles, sa maîtrise fut vite assurée et sa renommée répandue au loin, car déjà en 1439, il fut honoré d'une commande pour l'église de Tamise.

Ces constatations nous mettent mal à l'aise pour expliquer les raisons qui engagèrent, en 1441, les fabriciens de l'église St-Rombaut à Malines à confier l'exécution d'une série de grosses cloches à un fondeur étranger. Seul, un désaccord, relatif aux conditions de l'entreprise, nous paraît probable, conjecture fort admissible, du reste, puisqu'il s'agissait d'une commande importante comprenant quatre grosses cloches.

Sobres de décoration, les cloches de Zeelstman ne présentent pas de figurines et ne sont ornées que de cordons circulaires entre lesquels s'alignent des lettres gothiques, formant l'inscription.

Celle-ci consiste en une invocation à Dieu et au saint patron auquel la cloche a été consacrée. Le nom du fondeur et l'année de la fabrication de la cloche accompagnent toujours le texte, qui est tantôt en latin, tantôt en flamand.

La formule qui revient le plus souvent est la suivante : X IS MINEN NAEME - MIIN GHELUUT SI GHODE BEQUAEME JAN ZEELSTMAN MAECTE MI INT JAER. On peut la traduire ainsi : X... est mon nom, que mon son à Dieu soit propice, J. Z. m'a faite en l'an.

Voici quelques détails sur ses œuvres connues.

1439 - Les marguilliers de l'église de Tamise s'entendirent avec Jean Zeelstman pour la fonte de deux cloches. Leur poids global, d'après le contrat enregistré à Malines, était fixé à sept ou huit mille livres. Leurs sons devaient être en parfait accord avec celui d'une petite cloche existante dans la tour de l'église. Le fondeur s'engageait à les fournir dans ces conditions et à en rester garant, durant un an, après leur placement. L'opération de la fonte devait s'exécuter à Tamise même. Les marguilliers feraient construire le four, à leurs frais, sur le cimetière, et fourniraient au fondeur tout le matériel nécessaire, y compris le métal. Outre les frais de séjour pour lui et son aide, Jean Zeelstman recevrait comme salaire pour chacune centaine de livres fondues, une pièce d'or appelée clinckaert ou l'équivalent de celle-ci. Le document ne précise pas la valeur de cette monnaie.

1443 - Jean Zeelstman avait fourni à l'église St-Sulpice à Diest, une cloche pour laquelle on lui devait encore, en 1443, sur le prix de la fourniture, 42 patars, somme équivalente à 60 grippen et 6 sous.

1445 - Le 12 décembre, la commune d'Hoogstraeten fit accord avec Jean Zeelstman pour la refonte de toutes les cloches de la commune, au prix de 134 deniers d'or, vulgairement nommés peters. La commune prenait à sa charge les deux tiers de cette somme, le troisième tiers serait payé, pour une moitié, par Marguerite Sleppers, veuve de Henri Van Overbeke, et pour l'autre par leurs enfants, Crispin et Marguerite. Par un acte complémentaire de la même date, il appert que la commune de Vlimmeren, située près de Wechelderzande, non loin d'Hoogstraeten, s'était engagée vis-à-vis de la veuve Van Overbeke, à lui rembourser une somme de 10 florins du Rhin en or sur la part qu'elle prenait dans les frais de la refonte.

La tour de l'église Ste-Catherine à Hoogstraeten conserve encore une cloche fondue par Zeelstman en 1444. Elle fut probablement du nombre de celles fournies à la suite du contrat susdit. Elle rend le son de ré bémol.

1445 - La grosse cloche de l'église de Kleine Brogel, province de Limbourg, a été fondue par Zeelstman. Cette cloche provient de la commune de Westerhoven, dont le curé reçut, le 18 octobre 1827, la somme de 518 couronnes de France (2590 fr.), que lui payèrent les sieurs Paggers et J. Verkoyen, marguilliers de l'église de Kleine Brogel.

1446 - Une cloche de Jean Zeelstman, pesant 6000 livres, fut fournie à l'ancienne église St-Michel à Louvain. Après la destruction de cette église, on la transféra à l'église Ste-Gertrude de la même ville, où elle existe encore. Un moulage en plâtre en est conservé au Musée communal de Malines. On peut traduire l'inscription comme suit : En l'honneur de Michel, piéposé du paradis, qu'honorent les troupes des anges, j'ai été fondue par J. Z. en l'an 1446.

1456 - L'église St-Nicolas à Enghien fut dotée d'une cloche faite par Jean Zaman (?), fondeur de cloches à Malines. Il ne peut évidemment être question d'un autre fondeur que de Jean Zeelstman, dont le nom a été tronqué une fois de plus. Cette cloche fut détruite en 1497, lors de l'incendie de la tour de cette église.

1457 - La cloche du travail suspendue dans la tour St-Rombaut à Malines, dut subir une refonte. Zeelstman fut chargé de la refaire au son primitif, en harmonie avec les sons des autres cloches. L'opération devait être terminée avant la St-Jean de cette année. Il lui serait alloué 22 sous pour la refonte de cent livres du métal de l'ancienne cloche. Toutefois, si la cloche ne se trouvait en place à la date convenue, tous les frais de la refonte seraient imputés sur le compte du fondeur. Afin d'éviter toute fraude ou substitution de métal, l'ancienne cloche ne pouvait être mise au four qu'en présence des marguilliers de l'église St-Rombaut. Au jour de l'opération, un tonneau de bière serait mis par le Magistrat communal, à la disposition des assistants du fondeur.

1457 - La ville de Diest chargea un fondeur de Malines de la refonte de trois petites cloches. Ce fondeur ne peut être que Jean Zeelstman, seul saintier malinois connu à cette époque, et qui déjà, en 1443, avait été chargé de la fonte d'une cloche pour l'église St-Sulpice de cette même commune.

1458 - L'ancienne cloche du village de Weelde, près de Turnhout, était l'œuvre de Jean Zeelstman. L'inscription en caractères gothiques formait une seule ligne entre deux cordons de fleurs de lis. Chaque mot était séparé par deux rosaces superposées. Fêlée depuis longtemps, elle a été refondue par Marcel Michiels, fondeur à Tournai, en 1901. Les mêmes caractères gothiques et cordons ont été reproduits sur la nouvelle cloche. Cette inscription peut se traduire en ces termes : Michel, je fus coulée à Malines par Jean Zeelstman, en l'an de notre seigneur 1458. Marcel Michiels me refit à Tournai en l'an 1901, lorsque S. Jacobs était curé à Weelde. Elle a le son et le diamètre de l'ancienne cloche. Son poids est de 1220 kilogrammes.

1461 - En 1460, le Magistrat de la ville d'Alost fit exécuter par l'habile horloger malinois, Franco Wauters, un mécanisme d'horlogerie réglant la sonnerie de l'heure et de la demi-heure, sur des clochettes à placer au beffroi, en même temps que le cours de la lune. Ce mécanisme, d'un poids de 1117 livres, lui fut payé 167 livres, 12 escalins parisis. Les clochettes furent commandées l'année suivante, au fondeur Jean Zeelstman, qui devait en faire la fonte sur place, avec le métal acquis par le Magistrat. L'opération se fit le 18 du mois d'août.

Afin d'assurer la réussite de la fonte, le Magistrat eut recours à un moyen original : il organisa un concours entre gens de bonne volonté pour mettre en action la soufflerie qui devait favoriser la fusion du métal. Le prix, d'une valeur de 6 escalins, reviendrait à celui qui aurait le mieux soufflé et se serait tenu le plus longtemps sur la poutre de la fournaise. Une récompense, consistant en deux douzaines de nastelinghe, serait décernée à celui qui se serait distingué le plus après le premier. L'idée eut du succès. 17 souffleurs se présentèrent au concours, tous y mirent tant de brio, que le Magistrat leur fit servir au soir un repas préparé en leur honneur.

Ni le nombre ni le prix des cloches se trouvent mentionnés dans les comptes.

1462 - A Mijnsheerenland, province Zuid-Holland, en Hollande, se trouve encore une cloche de Zeelstman.

Henri Waghevens

Henri Waghevens est le fondateur de la lignée des fondeurs de ce nom qui pendant plus d'un siècle illustrèrent la ville de Malines par l'éclat de leur renom. Dix membres de cette famille, formant quatre générations, se sont distingués comme fondeurs de cloches, et tous ont su donner aux produits de cette branche artistique de la fonte les qualités d'harmonieuse sonorité et de parfaite résistance dont témoignent encore les nombreux spécimens suspendus dans les clochers du pays et de l'étranger. L'activité industrielle des Waghevens s'étend sur une période d'un peu plus d'un siècle, de 1462 à 1574.

Nous remercions bien vivement M. Overvoorde, archiviste à Leiden, pour l'obligeance avec laquelle il nous a fourni ces renseignements et bien d'autres encore relatifs aux œuvres de nos fondeurs malinois en Hollande. Elle peut être antérieure à cette époque, mais nous reste inconnue, quoique la présence des Waghevens à Malines soit déjà signalée en 1383.

Henri Waghevens avait initié à son art trois de ses fils : Simon, Georges et Pierric. Simon meurt sans descendants masculins. Par contre, son frère Georges eut pour lui succéder deux fondeurs : Médard et Jean, tandis que Pierre, le troisième des frères, compta parmi ses descendants trois autres fondeurs : Georges, mort jeune. Corneille, qui émigra à Anvers, et Jacques qui fut le dernier, mais non le moins productif des saintiers de la famille. Il y eut encore un autre fondeur de cloches, du nom de Gilles, qu'il n'a pas été possible de ranger dans la généalogie.

Les divers membres de la famille Waghevens occupèrent une situation sociale très honorable et bien en vue. Propriétaires de plusieurs immeubles, ils jouissaient d'une aisance notable. La plupart de ceux connus comme fondeurs furent élus aux mandats fort enviés de juré et même de doyen de la corporation des forgerons, à laquelle ils appartenaient.

Dans leur paroisse respective, ils avaient aussi acquis l'estime et la confiance universelles, ce qui leur valut d'être désignés aux fonctions de proviseurs de différentes confréries. Entourés de la sympathie de toutes les classes sociales, certains d'entr'eux furent investis du mandat de maître des pauvres de la paroisse.

Henri Waghevens s'occupait de l'art campanaire avant l'année 1462, ainsi le prouve la reconnaissance d'une somme de 7 livres 8 sous et 9 deniers de gros de Flandre, redevable à Albert de Amstel, pour une fourniture de métal de cloches "clocspysen", d'après une note flamande accompagnant le texte latin. En garantie de cette dette, il offre, à la date du 12 janvier, tous ses biens meubles et immeubles, présents et futurs. Henri Waghevens n'en est donc plus à ses débuts, puisque déjà il opère des transactions relatives à son métier et qu'il est en état de disposer de propriétés immobilières acquises antérieurement. D'autre part, un acte latin de 1464, le désignant comme magister, établit que le fondeur était reconnu expert dans son art.

La maison où tout d'abord il avait édifié ses fours était située dans la rue des Nonnes. Il aliène celle-ci en 1465, pour se fixer dans un immeuble sis près de la Porte des Vaches, à côté des remparts de la ville, dont il se rend acquéreur en 1470. Cette nouvelle propriété paraît avoir eu une certaine étendue, car, outre la bâtisse, elle comprenait un jardin dans lequel on avait établi une culture de vignes.

Henri Waghevens se maria deux fois. Au début de l'année 1470, il était veuf de Marguerite Machiels, dont il eut quatre enfants. Trois de ceux-ci : Henri, Jean et Amelberge, mineurs à cette époque, sont cités dans un acte de cette année, arrêtant certaines dispositions quant à la succession de la mère défunte et donnant au père décharge de toute obligation vis-à-vis de ses enfants. Un quatrième enfant, Simon, issu de cette même union, n'y est pas mentionné, ce qui fait présumer qu'il avait atteint sa majorité et que, de ce fait, ses droits à la succession étant réglés, sa présence n'était pas nécessaire pour arrêter des dispositions relatives à des mineurs.

On peut s'expliquer l'arrangement que prend le père avec ses enfants après la mort de leur mère, par l'existence d'un projet d'union nouvelle et prochaine, car peu de temps après, il contracta mariage avec Marguerite Van Belle. Déjà au 1er avril 1470, il fit avec celle-ci l'acquisition de la propriété située dans la rue des Vaches.

Henri Waghevens meurt vers 1483. Par un acte de cette année, un de ses fils, Henri, né du premier mariage, donne décharge de toute obligation à son égard, en faveur de Marguerite Van Belle, veuve de son père, et en faveur de ses deux frères Pierre et Georges, les deux enfants mineurs de celle-ci. Quatre seulement des enfants de Henri Waghevens : Georges, Henri, Simon et Pierre, sont mentionnés dans un document de 1516, les autres ont probablement cessé de vivre.

De l'ensemble de ces données, il résulte que le fondeur Henri Waghevens est mort vers 1483, et qu'il avait contracté deux unions. De la première, avec Marguerite Machiels, il eut un fils, majeur en 1470, ce qui permet de fixer cette union vers l'année 1448, et conséquemment sa naissance vers 1420 ou 1425.

Le fondeur Henri Waghevens, grâce à la prospérité de son industrie, avait acquis une situation sociale qui lui valut une grande considération. En 1480, on le trouve investi d'un mandat de proviseur de la chapelle Sainte-Barbe, érigée en l'église Saint-Jean. La même année, il figure au nombre des jurés de la Gilde de la grande arbalète. Ses confrères de la Corporation des forgerons donnent une marque de l'estime dont ils l'entouraient, en l'appelant à la dignité de doyen de leur association. Seul, celui de ses fils portant son prénom ne continua pas le métier paternel. Les trois autres : Simon, Georges et Pierre contribuèrent puissamment à perpétuer le nom et à répandre au loin la renommée des fondeurs Waghevens.

L'examen des œuvres de Henri Waghevens nous le fait connaître comme un habile et consciencieux artiste. Non seulement Malines, mais diverses localités du pays le favorisaient de leurs commandes. Son renom s'était même répandu à l'étranger. Nous retrouvons une de ses œuvres à Haarlem en Hollande et une autre à Brandenbourg en Allemagne.

Ses cloches manifestent des qualités de tout premier ordre. Fondeur consciencieux, il connaît la valeur de ses œuvres, aussi n'hésite-t-il pas à garantir leur résistance pour toute la durée de sa vie, comme nous le renseigne un contrat souscrit pour l'église de Hallaer (1479). Le temps lui a donné raison, ainsi en témoignent celles qui chantent encore dans nos clochers et qui ont bravé le cours des ans.

La cloche Jhesus, suspendue encore dans la tour de l'église Saint-Rombaut à Malines et dont nous reparlerons plus loin, nous a permis d'apprécier en détail quelques-unes des qualités de ses produits. Belle dans sa forme élancée, elle joint à ses contours gracieux des qualités de son pur et harmonieux. Son ornementation sobre et bien comprise n'occupe que le cerveau, laissant ses flancs libres de toute entrave à la vibration des ondes sonores.

Les débuts de Henri Waghevens restent obscurs. Quoique les documents d'archives prouvent qu'en 1462 il s'occupait déjà de la fonderie, ce n'est qu'en 1465 que nous trouvons mention d'un de ses travaux. Le dernier connu date de 1481.

1465 - Deux cloches fêlées de l'église Saint-Jean à Malines furent refondues, en décembre de cette année, par les soins de Henri Waghevens. Cette opération se fit aux frais du fondeur, hommage pieux, sans doute, à l'église de la paroisse dans laquelle il venait de s'installer.

1466 - Dans la tour de l'église collégiale de Termonde existe encore une cloche, ornée d'une frise à feuillage. L'inscription, entrecoupée de figures de dragons, d'anges et de marques caractéristiques du fondeur. On peut traduire l'inscription ainsi : On me donna le nom de Salvator alors qu'on écrivit 1466. Henri Waghevens m'a fait. Dieu soit loué et bien touché. Elle donne la note do.

Une autre cloche, sans nom de fondeur, mais datant de la même année, voisine avec la précédente dans la tour de la collégiale de Termonde. Nous pensons qu'elle sort également des ateliers de Waghevens, à en juger par l'inscription : Maria est mon nom. En l'an 1466, sieur Jacques de Garecopere chanoine, Mathieu de Verwer, Jean Sterrinc m'ont fait couler, que Dieu les laisse jouir du royaume des dieux. Elle donne le do.

1471 - Une cloche, fondue pour Haarlem, en Hollande, porte l'inscription qu'on peut traduire comme suit : Je suis faite en l'honneur de la Vierge Marie, lorsqu'on citait l'an 1471. Christophe Vrylein contribua à ce moment au payement. Que Dieu réjouisse son âme. H. W . me fit, que Dieu soit loué et bien touché.

1474 - Les archives communales de Malines conservent un contrat par lequel des habitants de Liezele s'engagent, individuellement, à payer au fondeur une cloche du poids de 1988 livres, dont l'acquit était sans doute resté en souffrance.

1474 - L'administration de l'église Saint-Jean à Malines avait décidé de refaire toute sa sonnerie, composée de 4 cloches. Ce travail important, confié à l'habile fondeur habitant la paroisse, fut payé à raison de 7 sous 6 deniers par cent livres de poids. Le payement se fit par acomptes, dont le dernier s'effectua en 1478. Le poids total des cloches était de 8705 livres, se décomposant comme suit :
Pour la cloche appelée Jhésus 3815 livres, Maria 2352, Jean 1525, Barbara 1013. Elles devaient remplacer quatre cloches pesant 5612 livres, dont le métal fut utilisé pour la fonte nouvelle. La première de celles-ci s'appelait Jean et pesait 2338 livres, la seconde s'appelait Maria et pesait 1466 livres, la troisième appelée Noene (klok) pesait 988 livres, la quatrième désignée Schelle, pesait 820 livres. Celle des nouvelles cloches appelée Jhesus fut refondue en 1503.

1474 - La grande cloche de l'église de la ville de Saint-Nicolas, au pays de Waes, consacrée à St-Nicolas, fut fondue en 1474, par Henri Waghevens.

1474 - Une cloche, consacrée à saint Jean, fut livrée à l'église Sainte-Catherine de la ville de Brandenbourg sur le Havel, en Allemagne. L'inscription peut se traduire ainsi : On me donna le nom de Jean en l'an 1474, H. W . me fit, que Dieu soit loué et bien touché. A la suite de l'inscription se trouve un dessin, formé d'une croix circonscrite par un triangle, que R. Bergau croit être la marque du fondeur.

1476 - L'Administration communale de Malines s'adressa à ce fondeur pour la fourniture, au prix de 7 livres 9 escalins et 7 deniers, d'un essieu, pesant 359 livres, destiné au moulin des foulons. Une autre fourniture de 950 livres, composée de quatre essieux, nécessaires au moulin à eau, lui fut payée à raison de 5 escalins la livre, soit 21 livres et 15 escalins de gros.

1478 - Fournisseur attitré de la ville de Malines, il livra, pour la roue du moulin à eau, 2 poulies en métal, pesant ensemble 592 livres. On lui octroya pour ce travail la somme de 10 livres 14 escalins.

1478 - Il reçut une commande de deux cloches, dont une grande et une petite, pour l'église Saint-Jacques à Louvain. Il s'engage, par contrat, à livrer ces cloches en accord avec les sons des deux autres que l'église possédait encore, et à les refondre dans le cas où elles se briseraient endéans les deux ans suivant la livraison, pour autant, toutefois, que la cause de l'accident lui serait imputable.

1479 - L'église de Hallaer fit l'acquisition d'une cloche, appelée Marie, Cette fois le fondeur s'engage, pour toute la durée de sa vie, à la refondre sur place, s'il arrivait quelque fêlure due à une défectuosité de la fonte.

1480 - Une cloche avait été livrée à l'église de Poederlé par Henri Waghevens. Une somme de 75 florins d'or du Rhin, que les marguilliers et le vicaire de l'église s'étaient engagés à payer, fut touchée par les échevins malinois, au profit d'un courtier de Bruxelles, Jean Van Opberghe.

1480 - Le Magistrat de Malines lui fit la commande d'une cloche destinée à sonner l'heure à la maison échevinale d'alors, servant actuellement de dépôt aux archives malinoises. La cloche pesait 836 livres et lui fut payée 25 livres et 18 escalins. Une cloche de Henri Waghevens, faisant partie du carillon actuel de la tour de l'église Saint-Rombaut à Malines, date de cette année et est d'un poids équivalent, ce qui nous suggère l'idée qu'elle pourrait être l'ancienne cloche du palais échevinal, transportée plus tard à son emplacement actuel. L'inscription, sur une ligne, fait le tour de la couronne. Le millésime est coupé par l'écusson de Malines. Un dragon réunit les deux extrémités du texte.

1480 - Nous n'hésitons pas à ranger au nombre des produits du fondeur malinois les quatre cloches fournies, par un fondeur appelé maître Henri, à l'église Notre-Dame à Anvers. Trois cloches, qui provenaient de la tour de l'ancienne église, pesant ensemble 7682 livres, furent mises au rebut, et le fondeur, maître Henri, fut chargé d'en fondre quatre nouvelles. A cet effet, il ajouta au métal des anciennes cloches 1950 livres de cuivre et 500 livres d'étain. Cent livres de cuivre valaient 22 escalins, monnaie de Flandre, cent livres d'étain valaient 2 livres de Flandre de la même monnaie.

Toute l'opération se fit par les soins et sous la direction de maître Henri. Il lui fut payé de ce chef 5 escalins de Brabant par cent livres de métal. Les quatre nouvelles cloches, y compris les pannes dans lesquelles elles furent suspendues, d'un poids de 926 1/2 livres. Elles furent baptisées par le pléban de l'église NotreDame, sous les noms de Salvator, Maximilien, Pierre et Elisabeth. Celle nommée Salvator pesait 4040 livres et fut refondue en 1516, par Simon Waghevens.

1480 - En 1479, la Confrérie des arbalétriers à Mons obtint, moyennant une reconnaissance annuelle au Chapitre de l'église Sainte-Waudru, l'autorisation de construire un clocher sur le faite de leur chapelle et d'y pendre une cloche. Celle-ci fut fondue à Malines, en 1480, ainsi que l'indiquait l'inscription suivante : L'AN MIL AVEC IIIJ ET IHJ JE CERTIFIE - LES ARCBALESTRIERS DE CEANS ET CO(N)FRÈRES - GRAND CO(M)PAIGNIE - FURENT DE MOY D'AMOUR VIVE FONDATEURS - DIEU LES GARDE DE BLAME - ET SUIS APPELÉE MARIE EN L'HONNEUR DE LA VIERGE DAME - MAISTRE DE MALINES M'A FAIT. Henri Waghevens étant à ce moment le seul fondeur de ce prénom à Malines, il ne peut y avoir d'hésitation à le désigner comme l'auteur de cette cloche.

1481 - Henri, maître-fondeur à Malines, fut chargé de la fonte des cloches du beffroi d'Ath. Le prénom Henri ne peut laisser de doute sur l'identité du fondeur.

Jacques Jancoppens alias Van Den Eynde

Natif de Reusele, il vint s'installer à Malines et y acquit droit de bourgeoisie le 6 août 1466. D'après cette annotation, il était fils de Jean et exerçait à la fois le métier de fondeur et celui de forgeron. Pour être admis bourgeois de Malines, il fallait y avoir exercé un métier depuis un an au moins. S'initia-t-il ici à l'art campanaire et exerça-t-il antérieurement le métier de forgeron?.. Nous l'ignorons. Quoiqu'il en soit, il n'est plus fait mention de ce dernier métier dans la suite. Dans le registre de la corporation des forgerons, on trouve, à l'année 1466, l'inscription de Jacob die clockghietere. Il s'agit vraisemblablement du même personnage.

La composition de son nom est assez bizarre. Primitivement Jancoppens, comme le renseigne le Poortersboeck, on le rencontre plus tard augmenté, sans raison apparente, du nom de Van Den Eynde. Après sa mort, le dernier nom se substitue même au premier. Le nom Jancoppens, d'après une indication fournie par un acte scabinal, semble devoir se décomposer en trois mots, Jans Coppen soon, c'est-à-dire fils de Jean Coppen. Nous adopterons la forme Jancoppens sous laquelle lui-même s'est fait inscrire dans la bourgeoisie.

Peu après son installation, le succès paraît avoir couronné ses efforts, car déjà au 30 décembre 1468, il acheta une maison située dans la rue d'Hanswyck, côté des remparts. Deux maisons voisines furent encore acquises par lui, successivement le 1er février 1470 et le 28 juin 1473. Le 13 juillet 1479, il devint propriétaire d'un immeuble situé dans la même rue, côté de la Dyle. Il avait épousé Marie Van Den Pannese ou Panyser, dont il eut quatre enfants : Jean, Jacques, Elisabeth, qui épousa Jacques De Grote, et Cécile qui épousa le fondeur de cloches Pierre Waghevens. Son épouse était veuve avant le 25 août 1486. Il avait pris avec elle, le 13 juin 1483, des dispositions testamentaires, qui facilitèrent la liquidation de la succession.

L'industrie paternelle semble avoir été continuée quelque temps par son fils Jacques. Les registres scabinaux le qualifient clocghietere. Ce ne fut pas apparemment avec grand succès qu'il se livra à l'exercice de cet art, car nous n'en avons plus trouvé mention dans la suite. Malgré la prospérité industrielle des ateliers du père, ce dont témoignent les acquisitions successives et nombreuses, rares sont les traces de ses travaux. Aucune œuvre ne subsiste, et une seule à peine nous est connue par un contrat d'entreprise.

Il s'agit d'une cloche commandée par les maïeur, échevins et maîtres des pauvres de la commune de Wesemael. Le contrat d'entreprise, dont les conditions avaient été réglées par un double acte antérieur, a été enregistré à Malines le 16 février 1481. La seule clause transcrite dans celui-ci est celle de l'engagement pris par le fondeur, de se conformer aux conditions et de restituer aux fabriciens de l'église, dans le cas où le travail ne serait pas exécuté, les 6000 livres de métal fournies quelque temps auparavant.

Gauthier Quaeywas

Ce fondeur de cloches devint bourgeois de Malines, le 25 juin 1476. Il était fils de feu Gauthier et originaire de Hoogeloon, près de Bois-le-Duc, en Hollande. Peu de temps après, en 1477, il achète deux maisons contiguës situées dans la rue d'Hanswyck, du côté de la rivière. Les actes scabinaux enregistrent de fréquentes hypothèques prises sur ces propriétés. Nous y trouvons la preuve de diverses commandes, celles-ci exigeant chaque fois la constitution d'une garantie.

Après 1508, on perd ses traces. Son frère Georges, marié à Marguerite Van Der Beke, exerçait le métier de chaudronnier ou batteur, et eut quelques rapports financiers avec lui. Le nom de sa femme ne nous est pas connu, il avait toutefois contracté une union, car il eut un fils, nommé Jean, qui, en 1491, séjournait à Turnhout, L'orthographe de son nom se présente avec des variantes. La plus commune est celle que nous avons adoptée. on rencontre aussi Cayvas dans un acte passé à Essche-St-Liévain et Kaeiwas sur une cloche à Zuidland.

Deux de ses œuvres sont connues, l'une, qui se trouvait à Essche-St-Liévain, a été détruite lors de la tourmente révolutionnaire de la fin du XVIe siècle, l'autre existe encore à Zuidland, en Hollande.

1481 - Un accord conclu, en 1481, entre le fondeur et les fabriciens de l'église de Essche-St-Liévain, près d'Alost, le chargea de la confection d'une nouvelle cloche, sous la réserve d'usage que si celle-ci ne satisfit pas aux conditions du contrat, elle aurait été refaite aux frais du fondeur. Après la livraison, on constata que le son n'était pas en harmonie avec ceux des autres cloches, et Quaeywas, par un acte, passé le 9 avril 1483 devant les échevins d'Alost, s'engage à la refaire. La somme de 47 livres 14 escalins de gros, qui restait due au fondeur, serait payée annuellement par acomptes de 12 livres. Cette cloche a été enlevée par les cohortes révolutionnaires à la fin du XVIe siècle.

1486 - La commune de Zuidland, en Hollande, près de Brielle, possède une cloche, qui nous a été signalée par M. Overvoorde, archiviste à Leiden. Le son en est harmonieux. Le nom du fondeur de cette cloche a été transcrit par les auteurs, qui ont mentionné celle-ci, sous la forme de Kaerwas, nom autrement inconnu dans l'industrie campanaire. Il se pourrait qu'on ait lu Kaerwas au lieu de Kaeiwas, erreur fort admissible, au reste, pour des lettres de forme gothique, nous aurions ainsi un nom fort rapprochant de celui de notre fondeur. D'autre part, le prénom inscrit sur la cloche est celui du fondeur malinois, et la date correspond à la période de son activité industrielle. En raison de ces considérations, nous avons cru pouvoir mentionner la cloche ici.

Simon Waghevens

Simon, l'aîné des enfants de Henri Waghevens, est nommé frère de Henri, de Georges et de Pierre, dans un acte de 1516 déjà cité. En 1485, peu de temps après la mort de son père, Simon achète la maison 't Bylken, située du côté droit de la rue Ste-Catherine, portant actuellement le n°100.

La première œuvre de Simon date de 1483 ; il en résulte qu'il était né de Marguerite Machiels, première épouse de son père. En effet, s'il était né du second mariage, accompli en 1470, Simon n'aurait eu que 13 ans lorsqu'en 1483 il signa la plus ancienne de ses œuvres connues, ce qui paraît improbable. D'autre part, n'ayant pas atteint l'âge de majorité en 1485, il n'aurait pu acquérir en son nom personnel la maison 't Bylken. Il faut admettre qu'il était majeur en 1469, puisque au moment du décès de sa mère il n'est plus question de lui dans l'acte relatif à la succession de ses frères, encore mineurs. Sa naissance se place donc vers l'année 1448,

Sa propriété 't Bylken subit des changements et des agrandissements divers. En 1492, il achète un immeuble contigu, 't Reepken, formé de deux habitations. Il agrandit 't Bylken par une partie de l'autre, qu'il revend en 1500. Bientôt après, en 1501, il devient encore propriétaire d'une maison attenante, située au Heembeemd. Il la revend en 1502, après en avoir distrait une partie propre à faciliter, sans doute, la sortie des produits de son atelier.

Simon Waghevens avait pour épouse Elisabeth Neels, qui apparaît comme telle en 1497. Elle est citée encore en 1516, en môme temps que sa fille unique, Catherine. Aucun descendant masculin n'est connu. C'est probablement cette circonstance qui décida Simon Waghevens, en 1512, à vendre sa fonderie 't Bylken à son frère Georges. Il n'en continua pas moins sa carrière artistique. Plusieurs cloches portent encore son nom postérieurement à cette date. C'est comme fondeur ambulant que depuis lors il exerça son métier. En effet, dans un acte de partage de 1516, sa femme comparaît en lieu et place de son mari, absent, et au 24 juillet 1521, il se fit inscrire dans la corporation des forgerons de Bruges, ainsi que nous l'apprend M. Gilliodts Van Severen. Il fut probablement contraint à cette formalité pour pouvoir exécuter une commande, qu'en cette année il avait reçue du Magistrat de cette ville. Il mourut au cours de l'année 1528, puisque les comptes communaux de Bruges de cette année mentionnent deux payements, dont l'un au fondeur lui-môme et l'autre à sa veuve.

Ses cloches se retrouvent dans bon nombre de localités de notre pays, telles que Louvain, Hoogstraeten, Anvers, Wechelderzande et Audenarde. A l'étranger, la ville de Hambourg en conserve encore aujourd'hui. Les importantes commandes qu'il reçut prouvent surabondamment qu'il faut classer Simon Waghevens au premier rang de nos fondeurs. La plupart des fabriques d'église renouvelant leurs sonneries s'adressaient de préférence à lui. Celle de l'église Sainte-Walburge, à Audenarde, lui fait la commande d'une série de huit cloches, celle de l'église Saint-Rombaut, à Malines, lui confie la réfection de sept cloches, et celle de l'église SaintJacques, à Louvain, le charge de l'exécution de six cloches.

La ville de Bruges lui commande, en 1502, la cloche de l'heure, avec une série de petites clochettes pour sonner le prélude. On peut de ce fait le classer parmi les fondeurs harmonistes.

La cloche Maria, de l'église Saint-Rombaut à Malines permet d'apprécier l'élégance de ses profils. Sa forme allongée et étroite se rapproche encore de celle de la cloche Jhesus, coulée par Henri, son père. Les motifs décoratifs, sur celle-ci comme sur d'autres, sont plus abondants et ne trouvent plus assez de place au cerveau. Certains de ceux-ci occupent déjà le segment supérieur du corps de la cloche. Le son est riche en harmoniques, leur fusion est toutefois moins parfaite pour la cloche Maria que pour les deux autres cloches des Waghevens, existantes dans la même tour.

Le texte des inscriptions de Simon Waghevens est généralement allongé. Il varie dans l'expression et prend toujours la forme versifiée.

Ses travaux connus s'étendent de 1483 à 1526.

1483 - La cloche qui jusqu'en 1588 sonna les heures à l'église Saint-Jacques à Hambourg, en Allemagne, sert depuis lors à sonner les demi-heures. Elle est ornée de l'image de la Vierge avec l'Enfant, dans un rectangle allongé, et d'un médaillon circulaire représentant un ange. Elle porte, de plus, deux armoiries, dont l'une est celle de Malines, l'autre est celle de l'alliance d'Angleterre avec la Bourgogne. L'inscription, placée à la partie supérieure, peut se traduire : Je suis nommée Maria, que Dieu soit loué comme il convient.

1483 - La ville de Malines s'adressa à ce fondeur, pour la livraison de deux pannes en métal, destinées à l'essieu d'un moulin.

1484 - La grande cloche nommée Martin, qui se trouve dans la tour de l'hôtel de ville de Goes, en Hollande, sort des ateliers de Simon. Elle est ornée de six médaillons, dont l'un porte l'écusson de Goes, un second une armoirie (de Malines?), un troisième la représentation de St-Hubert, les trois autres des sujets bibliques.

1485 - La plus grosse des cloches que possédait, en 1768, l'église Saint-Jacques à Hambourg fut refondue le 30 juillet de cette année. Elle pesait 7770 livres. Son inscription exhorte à la pénitence, dans le but de se préserver de la peste. La traduction peut se faire ainsi : Le nom puissant de Marie me fut donné en l'an 1485. Etant en état de péché, faites contrition et pénitence, afin que je vous préserve de la peste. Je suis faite par les mains de Simon Waghevens, en l'honneur de celui qui connaît les pensées.

Dans cette inscription, telle qu'elle a été publiée en Allemagne, se trouvent les mots ter eeren heyn die wetghepeyns. Les auteurs ont cru lire Heyndie ou Heyndrie, d'où ils ont conclu à Heyndric, Henri, croyant ainsi y trouver une preuve de la collaboration de Henri Waghevens avec Simon Waghevens. Ce qui est incontestablement une erreur. Nous avons cru pouvoir modifier cette transcription dans la forme indiquée ci-dessus, que l'on retrouve du reste sur la cloche de 1526, encore existante à Wechelderzande et décrite plus loin.

1485 - Dans la tour de l'église des SS. Michel et Gudule à Bruxelles, se trouve une cloche d'un poids de 3000 livres.

1486 - Dans la même tour de l'église des SS. Michel et Gudule à Bruxelles, se trouve encore une autre cloche, de 2500 livres.

1486 - Le campanile de l'hôtel communal de Hoogstraeten renferme encore une cloche provenant de l'ancienne église de cette commune. Elle est ornée d'une figure de l'Enfant Jésus portant une croix et une couronne. Une inscription, en caractères gothiques, rappelle simplement son nom, celui de son auteur et l'année de sa confection.

1491 - Les comptes de l'église Notre-Dame à Anvers renseignent la commande de trois cloches faite, en cette année, à un fondeur qui avait nom Simon. Il n'est pas téméraire d'attribuer à Simon Waghevens la fourniture de celles-ci, d'autres fondeurs de ce prénom n'étant pas connus à cette même date. En vue de cette opération, on acheta à Malines 1800 livres de métal à raison de 25 escalins pour 100 livres de poids. Le fondeur reçut, outre cette quantité, une petite cloche de 500 livres, mais comme le poids total après la fonte des trois cloches était de 2500 livres, on dut encore suppléer au fondeur le prix de 200 livres, à raison de 25 escalins les 100 livres de métal ; pour la main-d'œuvre, il reçut 4 escalins par 100 livres.

1490 - La cloche de Kruiningen, en Hollande, a été coulée en cette année par Simon Waghevens.

1491 - Une importante commande, comprenant la fourniture de six cloches, fut faite à Simon Waghevens, par la fabrique de l'église Saint-Jacques à Louvain. L'opération eut lieu à Louvain même, les 7 et 14 août de cette année, sur le cimetière entourant l'église, en face de la maison dénommée le Cerf. La plus grande, nommée Salvator, pesait 2803 livres. La seconde. Maria, 2197. La troisième, Joseph, 1621. La quatrième, Anne, 1120. La cinquième, André, 925. La sixième, Hubert, 678.

1492 - La ville de Malines s'adressa à Simon pour la fourniture d'une série de clochettes, pour placer aux remparts et aux portes de la ville, que les veilleurs devaient mettre en branle à l'approche d'un danger. La fourniture se fit en deux fois : la première, faite au 24 janvier, comprenait dix-huit clochettes, d'un poids total de 147 livres. La seconde, faite au 10 avril suivant, comprenait six clochettes pesant ensemble 60 livres. Pour la première série, le fondeur reçut la somme de 4 livres 2 escalins et 3 deniers. Pour la seconde, 33 escalins 9 deniers.

1492 - Une petite cloche, nommée Antoine, fut livrée par le même fondeur, pour le campanile de l'église Saint-Jacques à Louvain.

1498 - Les administrateurs de l'église Saint-Rombaut à Malines firent renouveler en cette année l'ensemble de la sonnerie, consistant en cinq grandes et deux petites cloches. Le travail, confié à Simon Waghevens, fut exécuté au pied de la tour, sur le cimetière entourant l'église. D'après un manuscrit, signé du fondeur Pierre De Clerck, reposant aux archives communales, ce fut le 16 mars que les préparatifs furent achevés. Les cloches Jhesus, la plus grande de toutes, entièrement neuve, et Maria, l'ancienne de ce nom, refondue et agrandie, furent coulées ce même jour. Entretemps, les autres, restées provisoirement en place, devinrent la proie d'un incendie qui éclata à la tour Saint-Rombaut le 11 mai suivant. Cet événement suscita des frais nouveaux et amena du retard, dont les péripéties sont relatées ailleurs. Les deux cloches Jhesus (Salvator) et Maria, coulées au 16 mars et qui n'avaient pas repris leur place, furent ainsi épargnées du désastre.

Le manuscrit de P. De Clerck, cité plus haut, rapporte l'inscription quelque peu incompréhensible par suite d'erreurs. Pour autant que possible, on peut la traduire ainsi : Le doux Jésus est le meilleur, à ce moment régnait Alexandre VI, Maximilien était l'empereur romain et l'archiduc Philippe était seigneur de Malines. Ni le nom de l'auteur, ni la description des écus et des ornements ne sont renseignés par P. De Clerck, qui pourtant l'a vue, car c'est lui qui, lors de sa brisure en 1638, fut chargé de la refondre. Elle avait un poids de 14102 livres.

La cloche Maria, coulée en même temps, bravant les siècles, existe toujours et sonne encore à toute volée. Elle pèse 6000 livres environ. Sa forme assez élancée la fait remarquer d'entre ses voisines. Elle est belle, d'un beau son, malgré quelque défectuosité dans les notes consonantes. Autour de la couronne, elle porte une inscription gothique. Les deux extrémités du texte sont reliées par un dragon. La traduction peut se faire comme suit : Maria est mon nom, que ma sonnerie soit propice à Dieu, Maître Simon Waghevens me donna l'accord en 1498.

Sur le corps, entre une image de la Vierge et celle d'un lion, on lit les mots [illisible]. Plus de douleur que de bonheur, rappelant par ces mots, sans doute, qu'elle était destinée à la sonnerie des morts. Les autres cloches restées en place et détruites par l'incendie ne furent refaites que quelque temps après. Parmi elles :

Rombaut, pesant 10000 livres, fut refondue en 1516, par Georges Waghevens.
Madeleine, pesant 4000 livres, fut refondue en 1696, par Melchior De Haze.
Marthe, pesant 3000 livres, fut refondue en 1626, par Nicolas Chapel.
Jean, pesant 1800 livres, a disparu aujourd'hui.
Pierre, pesant 1200 livres, a disparu aujourd'hui.

On peut consulter à leur sujet, aux archives communales, les chroniques de Cuypers, de Gootens et de Steylaerts.

1499 - Maître Simon fournit en cette année à l'église Notre-Dame à Anvers, une cloche de 334 livres, pour laquelle on lui paya 5 gros par livre. En même temps on lui paya 2 escalins pour une sonnette et on l'indemnisa pour quelques menus travaux.

1500 - La cloche du soir, de l'église de Vilvorde, consacrée à sainte Catherine, avait été fondue par Simon Waghevens. L'auteur de la brochure d'où ce renseignement est extrait donne l'année 1400 comme celle de sa fabrication, et orthographie le nom du fondeur Simon Waggenvent. Il nous semble que ce sont deux erreurs, qu'on doit rectifier l'une, par le nom de Waghevens et l'autre par la date de 1500. Cette cloche fut brisée ou enlevée lors de l'invasion française, à la fin du XVIe siècle.

1501 - Une des cloches de l'église Notre-Dame à Anvers, nommé Salvator, coulée en 1480, par Henri Waghevens, au poids de 4040 livres, fut refondue par Simon, qui l'emporta à Malines et en fournit une autre de 4008 livres. Les 32 livres de métal en excès furent restituées aux marguilliers, outre les frais résultant de l'usage de la grue qui déposa et retira la cloche du bateau, il fallut acquitter le prix du transport par bateau qui, pour l'aller et le retour, s'élevait à 11 escalins 3 gros.

1502 - D'après un contrat, dont le texte est conservé aux archives communales de Malines, les marguilliers de l'église Sainte-Walburge à Audenarde, font à Simon Waghevens une commande de huit cloches, grandes et petites. Le document stipule que les cloches doivent être parfaites de son et de facture, que le fondeur doit garantir leur solidité pendant un an, et que si les cloches se fêlaient, autrement que par la faute des sonneurs, il serait tenu de les refondre à ses frais.

1502 - Une cloche de 362 livres, livrée au couvent des Chartreux à Louvain, était destinée à la tour de leur église. Elle fut bénie le 26 août par le curé de l'église Saint-Jacques de cette ville.

1502 - La ville de Bruges confie à Simon la confection d'une nouvelle cloche de l'heure et de clochettes (appeelen) destinées au voorslag. A cet effet on lui livre la cloche du travail pesant environ 1570 livres, une autre cloche de 856 livres hors d'usage et environ mille livres de débris de cloches. La Ville achète encore des débris de cloches pour 234 livres 3 escalins et 4 deniers et y ajoute de l'étain fin pour 98 livres 8 escalins et 3 deniers.

1507 - Les registres des comptes de l'église Notre-Dame à Anvers renseignent que Simon Waghevens et son frère Pierre furent mandés à Anvers pour s'entendre au sujet de la fonte de cloches. La réception que leur firent les fabriciens fut généreuse, mais les pourparlers paraissent ne pas avoir aboutis.

1512 - Par un contrat, signé le 2 mai 1512, le fondeur Simon Waghevens, mu sans doute par quelque sentiment de générosité, s'engage à couler, à titre gracieux, pour la commune d'Anseghem, une cloche dont le son serait en accord avec ceux des autres cloches existantes. L'opération commencerait au 6 mai suivant et serait terminée endéans les deux mois. Métal et ustensiles devraient être fournis par la fabrique d'église, et, à leur défaut, celle-ci lui payerait un dédommagement de 8 escalins parisis par jour pour ses frais. Si la première coulée n'était pas heureuse, le fondeur s'engage à la recommencer jusqu'à la réussite complète.

1525 - La ville de Bruges charge le fondeur Simon de refondre la cloche des Halles à ses dimensions primitives, sinon plus grandes. Il lui sera payé 5 gros par livre de métal nouveau à livrer.

1526 - La tour de l'église dédiée à sainte Amelberge, dans le petit village de Wechelderzande, conserve encore une cloche des plus intéressantes. Tout autour de la partie supérieure se déroule une élégante frise conçue en style renaissance et composée de petites colonnes dont les fûts et les chapiteaux sont relevés d'élégants motifs d'ornementation. Entre les colonnes sont répétées de petites chimères aux ailes éployées, tenant en leurs mains étendues des extrémités de leur queue terminée en doubles rinceaux. Sous cette frise, entre un filet supérieur et un double filet inférieur, se déroule une inscription flamande, conçue en caractères gothiques. Précédant le texte, se remarque une élégante petite croix fleurdelisée. En divers points l'inscription est ponctuée trois fois par une rose à cinq feuilles et une fois par une coquille. Le sens de l'inscription doit s'établir à peu près comme suit : Le nom de Barbe m'a été donné en l'honneur de celui qui connaît les pensées, (je suis) travaillé par les mains de Simon Wageveins. Les derniers mots met haiiden van Syemon Wageveins se trouvent en-dessous du premier cordon.

Mais cette cloche porte encore une autre inscription fort curieuse. Celle-ci est conçue en belles lettres majuscules d'une forme très élégante et artistiquement ornée. Certaines de ces lettres sont retournées, d'autres sont juxtaposées sans symétrie. Puis certains mots sont imprimés en abrégé et sont surmontés du signe de l'abréviation. Voici cette inscription : OCH KEISERLIC SLOET WILT TONSWAERTS KEERREN EER DAT DE WOLVE HU SCHE ONTEEREN.

Si on développe les abréviations en les remplaçant par les mots wolven et scaepen, on arrive à ce sens littéral : O sang impérial, daigne revenir vers nous, avant que les loups ne déshonorent tes brebis. Puis, plus bas, le millésime de 1526, en chiffres gothiques des plus caractéristiques.

Le texte de cette inscription est conçu en un flamand assez archaïque, et on remarquera des réminiscences essentiellement allemandes, particulièrement dans les premiers mots. Cette inscription fait sans doute allusion aux doctrines protestantes qui étaient vigoureusement combattues par l'empereur Charles-Quint et contre l'invasion desquelles on implorait protection.

Puis, sous ces inscriptions, se déroule la représentation d'une chasse au sanglier qui s'étend sur la grande moitié de la partie basse de la cloche. On voit défiler successivement derrière le sanglier, deux chiens braques qui poursuivent le fauve en aboyant, puis un grand lévrier, le cou ceint d'un collier. En dernier lieu se dresse un chasseur sonnant de la trompe et s'appuyant sur un épieu. Ces figures sont rendues avec une netteté admirable et sont pleines de vie et de mouvement.

Sur l'autre face de la cloche, et à la suite de la scène précédente, se présenté d'abord un lion debout sur une petite console ogivale et support.ant une élégante bannière de forme oblongue, dont l'extrémité se déployé en deux pointes ondoyantes. Le lion est étonnant de caractère et de rendu. Il constitue un petit chef-d'œuvre d'exécution. La légende de la bannière, comme du reste aussi l'apparence générale de la figure, permettent d'attribuer ce travail à l'art de la fin du XIVe siècle ou au commencement du siècle suivant. A côté du lion se remarque le briquet de Bourgogne, brochant sur deux bâtons noueux posés en sautoir.

Enfin, la dernière partie de la cloche est ornée des armoiries en grand module de l'Empire, sommées de la couronne impériale et entourées du collier de la Toison d'or. Elles sont accostées des deux colonnes symboliques et surmontées d'un listrel sur lequel est inscrite la devise fort connue de Charles-Quint : Plus sultre, pour Plus outre.

X - Une cloche sans date, inventoriée à Audenarde au XVe siècle, provenant du couvent des Frères-Mineurs à Cruyshautem, portant cette inscription : Madeleine est mon nom, que mon nom soit propice à Dieu. Maître Simon Waghevens me donna ce nom, afin que je prie pour les pécheurs.

Pierre Waghevens

Issu de Marguerite Van Belle, unie en secondes noces à son père Henri Waghevens, il est né conséquemment après 1470.

Il n'avait pas atteint l'âge de la majorité, en 1483, au moment du décès de son père. Avec son frère Georges, il resta près de sa mère, dans la maison paternelle de la rue des Vaches, jusqu'au moment où il fut en état, par l'expérience acquise dans l'art de la fonte, de diriger seul une fonderie.

Il acquit alors, en 1494, une maison sise dans la rue d'Hanswyck, du côté de la rivière. Industriel avisé, il épousa Cécile Jancoppens alias Van den Eynde, fille d'un autre fondeur de cloches, et réussit de la sorte à s'installer dans la fonderie de son beau-père, établissement dont il devint lui-même propriétaire en 1505.

Ses affaires furent très florissantes, à en juger tout d'abord, par les multiples et importants travaux sortis de ses ateliers, et ensuite, par les nombreuses acquisitions immobilières qu'il fit successivement dans la rue d'Hanswyck, la rue Sainte-Catherine, la rue Haute, au Préaux-Oies et dans la rue des Planches. L'un de ces immeubles, situé rue Sainte-Catherine, est cédé par lui, en 1528, à son fils Jacques, pour y exercer la profession de fondeur.

La maison paternelle de la rue des Vaches fut déclassée comme fonderie. Pierre Waghevens, en 1517, céda à Pierre Drabbe, pottier, qui en devint propriétaire, sa part de succession et aussi celle que lui-même avait reçue de son frère Henri en 1512.

L'union de Pierre Waghevens avec Cécile Van Den Eynde fut heureuse et bénie par une nombreuse progéniture. En 1509, il fit, avec son épouse, un testament en faveur de tous ses enfants, dont plusieurs sont connus par des actes de 1509, 1528, 1537, 1538 et d'autres encore, dans lesquels sont mentionnés les noms de Marguerite, Barbe, Marie, Jacques, Corneille, Claire, Georges et Catherine. De ceux-ci, il y eut trois fondeurs : l'un, Georges, est mort fort jeune, l'autre, Corneille, émigra à Anvers, et le troisième, Jacques, continua brillamment l'industrie campanaire. Avec ce dernier s'éteignit la lignée des fondeurs Waghevens.

Sa brillante situation économique, ainsi que ses connaissances techniques approfondies dont témoignent encore ses œuvres survécues, valurent à Pierre Waghevens la considération et l'estime de ses confrères de la corporation des forgerons, qui, en 1526, l'appelèrent à la dignité de juré de leur métier.

Pierre Waghevens meurt en l'année 1537, avant le 11 avril. Son épouse lui survécut. Trois de ses enfants : Georges, Corneille et Jacques furent initiés aux secrets de l'art campanaire et se sont fait connaître comme fondeurs.

D'importantes commandes de cloches échurent à ce fondeur. La ville d'Enghien fut pour lui un excellent débouché, les commandes successives qu'il reçut des autorités civiles et ecclésiastiques de cette ville consacrent l'excellence de ses produits. On en signale encore à Mons, à Berchem-lez-Anvers, à Louvain, à Termonde, à Anvers, à Rethy et à Malines. Il exporta aussi en Hollande, où l'on retrouve ses cloches à Goudswaard, à Zandyk, à Heukelum et à Middelbourg.

Pour cette dernière ville, il entreprit de livrer une série de cloches, accordées entr'elles, pour pouvoir jouer des mélodies. On peut donc le considérer acousticien de talent en même temps que technicien expérimenté. Les produits de son atelier sont ornés le plus souvent d'une série de figures et d'armoiries. Ses inscriptions prennent la forme déjà signalée pour les Waghevens, dans laquelle on retrouve, pour la suite, ces vers : Also verre als men my hooren sal, wilt God bewaren over al. La plus ancieime des productions connues de Pierre Waghevens date de 1498, la dernière de 1531.

1499 - Le clocher de l'église Saint-Nicolas à Enghien devint la proie des flammes, le 1er juillet 1497. Le métal provenant des cloches fondues fut expédié à Malines, après accord préalable conclu avec Pierre Waghevens, au sujet de la refonte de celles-ci. Plusieurs cloches furent livrées en 1498. La plus grosse, consacrée à Saint-Jean-Baptiste, ne fut achevée qu'en 1499. Elle était ornée du blason de la ville et de l'effigie du Saint Précurseur, tenant les mains sur la poitrine. Autour de la cloche, aujourd'hui disparue, se trouvait une inscription flamande, dont la forme se rencontre aussi plus tard sur des cloches de Georges Waghevens. On peut la traduire comme suit : Jean-Baptiste est mon nom - De Dieu soit digne mon son - Aussi loin qu'on pourra m'entendre - La protection de Dieu daigne s'étendre - Par Pierre Waghevens je suis fondue en 1499.

1500 - La cloche de l'hôpital Saint-Nicolas, à Enghien, sort des mêmes ateliers. Elle sert encore toujours, et dans la nuit du 1er janvier 1900, on célébra son jubilé quatre fois séculaire par une sonnerie extraordinaire. On y lit cette inscription, rappelant simplement son nom et celui de son auteur : ic ghegoten Van Peeter Waghevens int iaer mccccc.

1501 - Deux autres cloches de Pierre Waghevens, fondues en 1501, pour l'église d'Enghien, existent encore. Sur l'une, nommée Jean, on lit une inscription flamande rimée. Elle est placée, sur une ligne circulaire, au cerveau de la cloche, entre deux frises formées de feuillages. Elle peut se traduire par ces mots : Dieu nous protège en tout danger. Le nom de Jean m'a été donné, alors qu'on trouvait cent 1500 et un an, après la mort de Notre Seigneur. Ce fut Pierre Waghevens qui me coula à Malines. Sur la seconde, baptisée sous le nom de Philippe, on lit une inscription flamande en partie identique à celle de 1499.

1503 - La tour de l'église de Goudswaard, en Hollande, province Zuid-Holland, possède encore une cloche.

1504 - Les membres du conseil de fabrique de l'église de Zandyk, en Hollande, firent, en 1604, la commande de trois cloches s'accordant entr'elles. La plus grosse devait peser 1400 livres, la seconde 1000 livres et la troisième environ 800 livres. Le métal provenant de deux anciennes cloches, pesant ensemble 1674 livres, fut remis au fondeur pour la fonte des cloches nouvelles.

1513 - Le conseil de fabrique de l'église d'Enghien témoigna sa satisfaction envers Pierre Waghevens, relativement à ses fournitures antérieures, par une autre commande, en 1513, de deux cloches nouvelles, dont l'une devait peser 2895 et l'autre 2075 livres.

1515 - L'église Saint-Jacques, à Gand, avait en octobre pris en location, de l'église de Zuiddorpe, une cloche appelée Salvator, dont l'inscription, quoique défectueuse, est curieuse : [Illisible]. La partie flamande de ce texte contient une phrase semblable à celle de 1504, God hebbe lof... La dernière partie, en latin, que plus tard on retrouve encore sur d'autres cloches, exprime les différentes destinations de la cloche. On peut la traduire comme suit : Je prie le vrai Dieu, j'appelle le peuple, je réunis le clergé, je pleure les défunts, j'éloigne la peste et je rehausse les fêtes.

1515 - Par contrat passé, le 19 mars 1515, entre bourgmestre et échevins de la ville de Middelbourg, en Hollande, et Pierre Waghevens, il fut convenu que le fondeur malinois aurait fourni endéans les six mois, outre une grande cloche d'un poids approximatif de 10 à 12 mille livres, une série de cloches plus petites destinées à un voorslag, qui devait jouer, pour l'heure : Da pacem Domine in diebus nostris, et pour la demi-heure : Regina cœli lœtare. Les conditions du contrat stipulent que le fondeur serait tenu de corriger à ses frais les défauts constatés lors de la livraison. En rémunération de ce travail, on fournirait au fondeur la grande cloche et toutes celles constituant le voorslag existant à ce moment dans la tour de l'église de Westmonster. Le travail fut décommandé en 1517, le Magistrat de Middelbourg remit au fondeur, à titre de dédommagement pour ses frais et peines, une somme de cent florins du Rhin.

1518 - La plus grande cloche du carillon de la ville d'Arnemuiden, en Hollande, appelée Jhesus, est sortie des ateliers de Pierre Waghevens, en 1518, et porte une inscription semblable à celle de 1499. Plusieurs cloches du carillon d'Arnemuiden furent achetées au nommé Arnold Van Thuyl à Anvers, devenu possesseur des clochettes du couvent de Roosendael, à Waelhem, où elles avaient servi au voorslag, et qui furent ensuite vendues à Malines. Celle-ci fut sans doute de ce nombre.

1518 - La commune de Heukelum, en Hollande, province Zuid-Holland, possède encore une cloche, portant deux armoiries, un médaillon avec Sainte-Anne, et une inscription gothique.

1519 - La cloche de Harencarspel, en Hollande, est ornée du blason de Malines et de deux médaillons représentant Jésus et Marie.

1520 - Avant la Révolution française, une cloche de l'église Saint-Nicolas-en-Havré, à Mons, portait l'inscription qu'on peut traduire ainsi : Que la grêle se dissipe dans la ville par la sonnerie de Michel, et que la foudre aveugle ne nuise à son siège (c'est-à-dire à la tour où la cloche est suspendue).

1521 - Le conseil de fabrique de l'église de Berchem fit exécuter, en 1521, une cloche par Pierre Waghevens. Elle avait nom Salvator, et fut payée 68 livres. Une petite cloche de la même église fut, en cette année, transportée à Malines, pour la refonte.

1523 - La cloche du travail de la ville de Louvain fut refondue, en cette année, par les soins de Pierre Waghevens. Elle pesait 5570 livres et lui fut payée à raison de 48 sous par 100 livres. Pour les quatre figures et armoiries ornant la cloche, le fondeur reçut un supplément de 2 florins d'or.

1524 - La cloche de Wellen, dans le Limbourg belge, fêlée en 1867, a été refondue par Séverin Van Aerschot de Louvain. Elle portait le nom suivant : PETER WAGHEVENS MCCCCCIIIV.

1525 - La ville de Louvain acquit une série de huit cloches en accord, pour préluder la sonnerie de l'heure (voorslag). Elles pesaient ensemble 3588 livres. On lui fournit une ancienne cloche, et le surplus du métal lui fut payé, en 1527, à raison de 14 florins du Rhin pour cent livres.

1525 - Le musée communal de la ville de Lille conserve une cloche provenant de l'église de Mons-en-Bareuil. Elle porte l'inscription : PETER BEN IC GHEGOTEN VAN PETER WAGHEVENS INT JAER MCCCCCIIV.

1525 - L'église Saint-Gilles à Termonde possède encore une petite cloche de Pierre Waghevens.

1525 - Pierre Waghevens coula la cloche qui se trouvait jadis à Evertsdyk, en Hollande.

1530 - La ville de Malines chargea Pierre Waghevens de la fourniture de deux poulies à l'usage du moulin à eau. Elles pesaient ensemble 54 livres, dont chaque livre lui fut payée 8 escalins.

1531 - La fabrique de l'église Saint-Martin à Rethy, désireuse de s'enrichir d'une cloche, chargea Godefroid Van Der Vliet et Jean Van Santvoert de se rendre à Malines, où ils achetèrent chez Pierre Waghevens, le 10 mars 1531, une cloche pesant environ 2600 à 2700 livres. D'après l'annotation faite au bas d'un acte de l'église, le poids de cette cloche était exactement de 2667 livres. Le fondeur reçut de son œuvre le prix de 12 florins du Rhin et 5 sous pour cent livres, moyennant quoi il devait prendre à sa charge tous les frais de mise en place et autres menues dépenses, ainsi que toutes les réparations à effectuer pendant un an.

1536 - Dans le volume V des Annales de Storia Patria, 1867, C. Desimoni et L. F. Belgrano ont publié un travail portant le titre de : Brabant, Flandres et Bourgogne. C'est une collection de 217 documents, notes ou extraits qui ont rapport au commerce entre Gênes et les pays indiqués depuis 1315. A l'année 1536, on lit : Campana nobis commissa per magnificos dominos procurat or es excelse reipublice nostre débet pro Petro Vangenoys fabro in Meclinia. Pro consteo ipsiiis in pondère lib. 1034. Item pro expensis... lit ter arum et imaginibus quatuor ac fabro lignario qui eas fecit...Datis magistro Petro Vandergense magistro campanartim in turri ipsius loci (Meclinae) pro cognitione habenda de bonitate et pondère eius. Pronaulo de Meclinia usque Zelandiam... et usque Medelburgum etc.. La traduction est : Cloche qui nous a été commandée par les magnifiques Seigneurs Procureurs de notre excellente République. Nous doit pour Pierre Vangenoys, maître (fondeur) à Malines. Pour le coût de la même cloche en poids de Livres 1034. Idem pour frais des lettres et des quatre images et pour le sculpteur sur bois qui fit les modèles. Donné à maître Pierre Vandergense, maître de cloches de la tour de la même localité (Malines), qui examina la qualité et vérifia le poids de la cloche... Pour le fret de Malines jusqu'en Zélande et à Middelbourg, etc. L'auteur, dans une note, ajoute ce renseignement : La dépense totale monta à 261 livres et la République en effectua le payement avec une sorte de lettre de change in Pasqua de Bisamne, Andres et François Spinula. Cette dernière note explique le etc. final et nous fait connaître qu'on n'a pas rapporté l'inscription entière, les points de suspension se trouvant en place du texte.

Au nombre de nos fondeurs, en 1536, nous trouvons deux saintiers, auxquels les notes ci-dessus peuvent se rapporter. D'une part, il y a Pierre Waghevens (Vangenoys), d'autre part, Pierre Van Den Ghein (Van Der Gense). En examinant bien le contexte, il nous paraît que c'est à Pierre Waghevens que doit être attribué la confection de la cloche. C'est Van Den Ghein (Van Der Gense), qui est chargé du contrôle.

Remarquons aussi la citation du salaire payé pour les dessins (images) et les modèles en bois. Chose intéressante, qui prouve bien le soucis que mettaient les amateurs à leurs commandes, et, d'autre part, la confection de la cloche à Malines même. Ce dernier fait est corroboré par le payement des frais de transport à Middelbourg en Zélande.

Georges Waghevens

Fils de Henri, mais issu, comme son frère Pierre, de la seconde union de son père avec Marguerite Van Belle, il est né conséquemment après 1470. Il était donc mineur, en 1483, au moment du décès de son père. Lorsqu'en 1485 Simon se sépara de ses demi-frères et de leur mère, pour installer une fonderie dans la rue Sainte-Catherine, il resta dans la maison paternelle, se perfectionnant dans le métier, en compagnie de son frère Pierre.

En 1497, le nom de Georges Waghevens apparaît comme fondeur. Il ne s'agit point encore de cloches, mais cependant d'objets y relatifs. Il reste travailler quelque temps dans la maison paternelle, ainsi le prouve une cloche de 1511, mentionnant qu'elle est fondue par lui à la Porte des Vaches. Mais, en 1512, Georges reprend la fonderie 't Bylken de Simon Waghevens, dans la rue Sainte-Catherine.

Son industrie prospéra bientôt et prit une rapide extension. Deux ans après, il se voit obligé d'agrandir son installation par l'acquisition d'une partie de l'immeuble voisin, appelé 't Reepken, que son frère Simon avait acheté déjà antérieurement et revendu après. A en croire un acte de 1555, cette propriété aurait, dans l'intervalle, changé de nom pour s'appeler Sainte-Anne. Elle correspond, pensons-nous, à l'immeuble qui aujourd'hui porte le n°100. En 1517 et l'année suivante, il agrandit encore ses installations par l'acquisition de deux maisons contiguës, situées au Heembemd.

Marié, dès la fin du XVe siècle, à Claire Van Wilre, Georges Waghevens eut de cette union plusieurs enfants : Pierre, Henri, Josse, Médard, Georges et Jean, cités dans des actes de 1511, 1523 et 1528.

Claire Van Wilre meurt avant le 14 mai 1511. En 1512, Georges Waghevens s'était remarié à Elisabeth Van Mechelen, et c'est en communauté avec elle qu'il achète de son frère Simon la propriété 't Bijlken. En 1518, il fit avec elle un testament. De cette union il eut une fille, Catherine, née en 1520.

Il eut encore, comme le prouvent des actes de 1531, 1533 et 1642, une troisième épouse, du nom d'Elisabeth Wouters, à moins que celle-ci ne soit la même qu'Elisabeth Van Mechelen, ce qui n'a pu être établi.

Avant sa mort, survenue antérieurement au 20 décembre 1524, Georges Waghevens fit cession de ses droits sur la propriété paternelle de la Porte des Vaches, en faveur de ses enfants. Cet acte se passe en l'année 1523. A ce moment, ses fils Pierre et Médard sont majeurs, tandis que Georges et Jean n'ont pas encore atteint l'âge de la majorité. Deux des enfants de Georges Waghevens : Médard et Jean, se sont distingués comme fondeurs.

Nombreux encore sont les produits de ce fondeur, qui garnissent les clochers de notre pays. Il semble avoir fait, surtout vers la fin de sa carrière artistique, des déplacements fréquents pour aller sur place procéder à la fonte des cloches. Ainsi peut s'expliquer la présence du grand nombre de ses cloches dans les pays étrangers. En Hollande, principalement, on en signale plusieurs. On en trouve aussi en Italie, en Allemagne et au Danemark.

La cloche conservée encore à la tour Saint-Rombaut de Malines permet de juger de la forme que le fondeur donnait à ses productions. Le diamètre de ses cloches, comparativement à celui des cloches de son père Henri, s'élargit, tandis que la hauteur diminue. L'ornementation occupe encore le segment supérieur de la cloche. Sa belle sonorité et la pureté des notes harmoniques constituent ses qualités principales et contribuent puissamment à rehausser la beauté du jeu de cloches dont elle fait partie.

Quantité de ses cloches reproduisent la figure de saint Georges, le patron du fondeur, pour lequel il semble avoir eu une grande prédilection, sinon une profonde dévotion.

Le texte des inscriptions, tantôt en flamand, tantôt et fréquemment en latin, porte toujours la dénomination de la cloche, et le plus souvent, quand les dimensions le permettent, une consécration versifiée à Dieu, dont la forme flamande se retrouve aussi chez les autres Waghevens. Fréquemment aussi il mentionne la destination de la cloche ; quelquefois on y trouve l'indication de son domicile, ceci, sans doute, pour différencier ses produits d'avec ceux de Georges II, son neveu.

Georges Waghevens livra quelques cloches pour l'ancien voorslag de la tour Saint-Rombaut à Malines, de même que pour le carillon de Hal, ce qui permet de le classer au nombre des fondeurs de carillons. Son activité, dont le début nous apparaît en 1497, s'étend jusqu'à 1524, année de son décès.

1497 - Le premier travail de ce fondeur dont nous avons connaissance n'a guère d'importance, mais marque une date pour ses débuts. Il s'agit de deux pannes destinées à la cloche du travail de sa paroisse, l'église Saint-Jean à Malines.

1505 - Trois cloches de l'ancien carillon de l'église de Hal portaient ce millésime. De belles armoiries de la Toison d'or décorent le flanc. Sur les bords on peut lire l'inscription suivante qui est incompréhensible parce que incomplète : OF TE SCH INT GASTHUIS BEN IC GEGEVEN VAN HEER HENRICH VAN WITTEM GENAEM HEERE TOT BEERSELE SOUDE SNEVEN ENDE RIDDER VAN DER ORDENEN ONBESCHAEMT.
2° Une autre, détruite aujourd'hui, mais ayant fait partie de l'ancien carillon, sonnait la.
3° Une autre cloche, disparue aujourd'hui, ayant, comme la précédente, fait partie de l'ancien carillon de Hal, et qui portait la même date, peut être attribuée également à Georges Waghevens, quoique l'inscription ne poite point son nom : BARBARA VOCOR. ANNO DNI MCCCCCV. Elle sonnait si.

1505 - Le bourdon de l'église Saint-Gommaire à Lierre fut coulé à pied-d'œuvre, en 1505, par Georges Waghevens. Le moule fut construit et le four édifié au milieu de la route de Lisp. Au moment de la fonte, le clergé sortit de l'église, et se rendit, processionnellement, à l'endroit de l'opération. Après avoir chanté un Veni Creator, en présence de toutes les autorités et d'une grande foule, le clergé, lorsque l'opération eut réussi, entonna un Te Deum de reconnaissance. La cloche, qui pesait 6000 livres, fut la proie d'un incendie qui détruisit la tour en 1609, en même temps que toutes les autres cloches, au nombre de douze, formant voorslag.

1511 - Dans la tour de l'église Saint-Michel, à Oudewater, en Hollande, se trouve encore une ancienne horloge avec tambour, et un carillon formé de cloches coulées par Gérard Both en 1609. A côté de celles-ci, une cloche de Georges Waghevens, dont les inscriptions nous ont été fournies obligeamment par M. J.-B. Loenen, de Leiden. L'une d'elles est intéressante, parce qu'elle indique la demeure du fondeur. Le son en est beau et pur.

1511 - La clochette de la tourelle du Zolder à Gand, servant autrefois à annoncer l'ouverture du marché aux toiles, déposée aujourd'hui au musée communal de Gand, porte des caractères gothiques. Au-dessous de ces mots on remarque un joli dessin en relief, à moitié effacé par le temps, représentant l'Adoration des Mages dans un encadrement gothique. Du côté opposé, on distingue un lion rampant couronné de la couronne impériale.

1512 - Au moment où le Magistrat de la ville de Malines songeait à placer une sonnerie pour l'heure (voorslag) à la tour de l'église Saint-Rombaut, il commanda deux cloches à Georges Waghevens. L'une de celles-ci avait un poids de 663 livres, l'autre 462 livres. La livre lui fut payée à raison de 8 gros.

1514 - La tourelle de l'hôtel de ville de Dordrecht, en Hollande, contient encore deux cloches destinées à sonner l'heure et la demi-heure. La plus petite est fondue par Georges Waghevens. L'inscription gothique circulaire autour du sommet se traduit comme suit : Michel est le nom à moi donné, que mon son soit propice à Dieu. Georges Waghevens me fit en l'an 1514. Entre les mots, gratum et Georgius, se trouve une figure de saint Georges. En-dessous de l'inscription, sur le corps de la cloche, on voit un écusson avec les armoiries de la ville de Dordrecht, surmonté des deux lettres D. T., plus loin une figure de l'archange Michel et un médaillon, représentant une tête du Seigneur et l'inscription Salvator Mundi.

1513 - La belle tour de l'église Sainte-Catherine à Hoogstraten conserve encore une cloche de Georges Waghevens, servant à sonner les demi-heures. Elle porte une inscription flamande en caractères gothiques, qui se traduit ainsi : Maria est mon nom, de Dieu soit digne mon son, Georges Waghevens me fit, 1513. Elle sonne fa.

1515 - Une cloche de l'église Saint-Olai à Helsingoer (Danemark), refondue en 1882, était l'œuvre de Georges Waghevens. M. Nyrop signale une figure sur cette cloche représentant un oiseau (grue), avec une banderole portant cette devise Pour bien. Il croit que cet emblème constitue la marque du fondeur. D'après Uldall, l'inscription était la suivante : BLANDINY WULJRANUS DECUS SPECTABILE MOTIS NOMINE JOHANNES CAUWENBHERCH DEDICAT ABBAS ISTA TIBI DONA NT RESONENT CLANGORE PER AURAS GEORGIUS ARTE VALENS WAGHEVENS COGNOIE FUDIT A° CRISTI MILLE QUIGENTOS QUIQZ TER ANNOS.

1515 - De la même année date une belle cloche qui fait encore partie du carillon de la tour Saint-Rombaut à Malines, et qui est reproduite plus haut. Elle porte deux inscriptions et différents motifs décoratifs. Une inscription latine en beaux caractères gothiques fait le tour de la couronne : Cette inscription est placée entre deux frises gothiques semblables, formées par la juxtaposition de petites grappes soutenues par une bande pointillée. Avant le millésime se trouve la reproduction de la Sainte Face. Une frise identique se rencontre aussi en-dessous de l'inscription de la cloche de Pulderbosch, faite par le même fondeur en 1518. Le modèle de cette frise provenait de l'atelier paternel, car elle se trouve déjà, en 1480, au-dessus de l'inscription de la cloche Jhesus de la tour Saint-Rombaut à Malines, fondue par Henri Waghevens et reproduite plus haut.

En-dessous se trouve une inscription flamande également en caractères gothiques, entrecoupée par des images de saints et des armoiries de la ville, se traduisant comme suit : En cette année étaient administrateurs de la ville, seigneur Arnold Van Diest et seigneur Jean Van Der (?) et Jacques Robbyns et Jean Staes. Immédiatement en-dessous des inscriptions, toujours au haut de la cloche, on lit d'un côté : barbara Hutt (sans doute le nom de la donatrice) ; de l'autre côté se trouve une banderole entourant une branche et dominant un cercueil. Elle donne le si dans le jeu actuel du carillon, dont elle fait partie. Son poids peut être estimé approximativement à 655 kilogrammes.

1516 - La fabrique de l'église Saint-Rombaut à Malines fit exécuter, en 1516, une grande cloche du poids de 8000 livres, à laquelle on donna le nom de Rombaut. Les membres de la corporation des poissonniers se chargèrent de la conduire au baptême. Lors de sa refonte, on y a lu une inscription transcrite erronnément. Il faut traduire ainsi :

Rombaut, je suis qui tout réjouit, de la ville le repos est béni, par le Pape Etienne II fermé (?), en l'an 1514, je suis coulée. Tel qu'il nous est transmis, le texte de la troisième phrase paraît fautif. Le mot u gesloten rend le sens incompréhensible. Une autre incorrection s'est glissée dans la transcription de la date, marquée 1514 au lieu de 1516. L'auteur de l'ouvrage pense que le contexte a été repris de l'ancienne cloche de ce même nom. Elle se fêla en 1748 et fut refondue en 1757, par André Van Den Gheyn de Louvain. Celle-ci sonne encore aujourd'hui.

1518 - Une des trois cloches, encore en service à l'église de Pulderbosch, est l'œuvre de Georges Waghevens. Elle porte une inscription latine en caractères gothiques. La frise placée en-dessous est semblable à celles de la cloche Michael, de 1515, et de la cloche Jhesus, fondue en 1480, par Henri Waghevens, suspendues toutes les deux dans la tour Saint-Rombaut à Malines. Le prénom du fondeur est précédé d'une petite figure représentant saint Georges à cheval. Du même côté de la cloche, on voit un médaillon de 12 sur 12 centimètres, comprenant tout un tableau ayant pour sujet l'Annonciation. Du côté opposé, se trouve un médaillon de 9 sur 9 centimètres, avec le buste en profil du Sauveur.Cette cloche fut enfouie, pour être soustraite à la destruction, une première fois en 1579 et une seconde fois à l'époque de la Révolution française. Elle donne le si.

1518 - La 6e cloche de l'église de Hal porte une inscription identique à celle de Hoogstraeten (1513).
Sous le mot Salvator se trouve la figure du Sauveur. Sur le flanc, une représentation de l'Annonciation et un Christ attaché à une vigne, dont les branches, les feuilles et les grappes remplissent tout le médaillon. On y voit encore un Saint-Martin et une figure tenant un enfant dans le bras droit et un globe avec une croix lobée dans la main gauche.

1519 - Un acte scabinal de Malines donne reconnaissance à Georges Waghevens de la fourniture de deux cloches pour la commune de Overmeire. Elles pesaient ensemble avec les pannes 4081 et 1/2 livres.

1519 - La cloche du sermon de la grande église de Dordrecht, en Hollande, qui aujourd'hui se trouve" au couvent des Augustins de la même ville, porte l'inscription suivante : Elle peut se traduire ainsi : Quand je sonne de là-haut, dressez-vous, lents serviteurs du Sauveur, et pressezvous vers la maison de Dieu. Je m'appelle Georges. Par moi Georges Waghevens, en l'an de Notre Seigneur 1519.

1519 - Une cloche à Binnenwyzend, en Hollande, est ornée de la figure du Christ tenant le globe, et des armoiries de Malines.

1519 - Les registres des comptes de l'église de Goedereede, en Hollande, font mention, en 1518, d'un payement de 21 escalins 8 gros pour transporter le métal d'une cloche, ainsi que d'un autre payement de 5 escalins 8 gros, pour avoir été à Malines prendre des nouvelles au sujet de la cloche. Il s'agit, selon toute vraisemblance, de la grande cloche de 1519, qui existe encore dans la tour de l'église portant l'inscription suivante : Ma voix est agréable parce que je suis appelée Marie. G. W . me fit en l'an du Seigneur 1519. Au-dessus d'un écusson de la ville de Malines on lit encore : Cette cloche est ornée de guirlandes et de quatre figurines représentant la Vierge Marie avec l'Enfant, saint Martin, saint Georges et un buste entouré d'une auréole, probablement celui du Sauveur, comme sur la cloche de Pulderbosch (1518).

1519 - Deux cloches, faisant partie jadis de l'église Sainte-Catherine à Hoogstraeten, sortaient des ateliers de Waghevens. L'une, Anna, pesait 204 kilogrammes. Une inscription latine en caractères gothiques marquait son nom et son origine. L'autre, Catherine, pesait 234 kilogrammes et son diamètre mesurait 0m75. Elle portait une inscription gothique. Elles furent détruites toutes les deux en 1892, afin de faire servir leur métal à la fonte de nouvelles cloches.

1520 - Une cloche existant à Portofino, en Italie, petit port sur la Méditerranée, près de Gênes, est ornée de médaillons représentant la Sainte Vierge, saint Georges et saint Martin, les trois saints les plus vénérés à Portofino. Une longue et belle inscription figure sur la cloche : Martin est mon nom, de Dieu soit digne mon son, aussi loin qu'on pourra ni entendre, la protection de Dieu daigne s'étendre. Fondue par Georges Waghevens à Malines, dans la rue Sainte-Catherine, en l'an 1520. Ta voix est douce et ta face belle.

1520 - Une cloche à Butzfleth-lez-Fribourg (Hanovre), refondue en 1875, à cause d'une fêlure, portait une inscription, déjà rencontrée en 1515 sur une cloche de Pierre Waghevens.

1522 - La commune de Axel, en Hollande, était encore, en 1522, redevable au fondeur Georges Waghevens, d'une somme de 346 florins et 15 sous de 40 gros pour la livraison d'une nouvelle cloche pesant 3082 livres, comptée à 14 florins et demi pour cent livres. La cloche devait être faite de 3 parties de cuivre et d'une partie d'étain fin, anglais ou autrichien. La ville avait déjà, antérieurement, effectué un payement de 100 florins, ainsi que la moitié de 8 florins 8 sous, constituant son écot dans les frais de libations faites à l'occasion de l'achat.

1523 - Une cloche de 338 livres, destinée à la sonnerie mécanique des heures (voorslag) de la tour Saint-Rombaut à Malines, fut encore fournie par ce fondeur. La livre lui fut payée 9 deniers.

1523 - Les comptes communaux de la ville de Middelbourg, en Hollande, font mention d'une cloche fournie par Georges Waghevens. Elle pesait 1530 livres et lui fut payée à raison de 2 florins les cent livres.

1523 - La tour de la commune de Petten, en Hollande, abrite encore une cloche mesurant 0m54 de diamètre. La cloche est ornée des figures du Sauveur, de saint Georges et de saint Jean.

1524 - Une cloche, refondue aujourd'hui, fut livrée en 1524, pour l'église de Virke (Harjagers, Danemark, Herred in Schonen).

Jean Van De Wyele

Au cours des troubles suscités par l'invasion des troupes françaises, à la fin du XVIe siècle, les trois cloches de l'église de Moerzeke furent enlevées comme butin. La plus grande, nommée Salvator, et qui portait la date de 1501, a été renseignée comme l'œuvre d'un fondeur malinois, Jean Van De Wyele. Aucune autre cloche marquée de ce nom n'a été signalée.

Son nom toutefois n'est pas inconnu, mais c'est comme ketelere, batteur de cuivre, qu'il nous apparaît une première fois, en avril 1500, à l'occasion d'une inscription de rente sur un immeuble. En 1502, il se retrouve comme garant du fondeur Simon Waghevens, pour l'exécution d'une commande de huit cloches que ce dernier avait entreprise pour la ville d'Audenaerde.

Le commerce des cloches, à cette époque, trouvait dans les batteurs d'excellents courtiers amenant les commandes et débattant les conditions du marché, c'est sans doute le rôle que joua Jean Van de Wyele. Rien d'étonnant dès lors qu'en certaines occasions il ait pu faire placer son nom sur des cloches fondues par d'autres.

Hans Poppenruyter

Ce fondeur est particulièrement célèbre par les nombreux canons sortis de sa fonderie. On a mis également à son actif la fonte de quelques cloches. Ces attributions cependant ne nous paraissent pas bien établies. D'après certaines chroniques, l'une de celles-ci aurait été coulée en collaboration avec Guillaume Van Den Ghein, en 1516, pour l'église Notre-Dame au delà de la Dyle, à Malines. Une autre cloche, qui lui a été attribuée, existe encore aujourd'hui à Kettnis, dans le Forsfatshire, en Ecosse. Elle appartenait jadis à l'abbaye de Grobbendonck, connue sous l'appellation de Trône de Marie. Elle porte une inscription qui peut se traduire ainsi : Maria au Trône est mon nom. Maître Hans Popenreider me donna en l'an 1519. Si, en l'occurrence, Hans Poppenruyter peut en avoir été l'auteur aussi bien que le donateur, rien, cependant, dans ce texte ne permet de conclure qu'il ait fondu cette cloche. Nous nous bornons donc à constater qu'on ne peut affirmer jusqu'à présent que Hans Poppenruyter fut fondeur de cloches.

Gilles Waghevens

Les comptes communaux de Malines signalent à l'actif de ce fondeur une cloche pesant 754 livres, livrée, en 1514, au Magistrat de Malines, pour le voorslag de la tour Saint-Rombaut. Nous n'avons trouvé d'autres renseignements relatifs à ce personnage. Il n'a pu, de ce fait, trouver place dans le tableau généalogique de la famille Waghevens.

Georges II Waghevens

Fils de Pierre et de Cécile Van Den Eynde, Georges II naquit dans les dernières années du XVe siècle, car déjà en 1516 on le trouve à Middelbourg, commissionné par son père, pour régler des conditions relatives à une fourniture de cloches. En 1523, il était veuf de Dorothée Van Haeght, dont il eut un fils, Michel, seul enfant né de cette union. La succession maternelle donna lieu à diverses contestations relatives aux droits de ce fils Michel. Les actes qui les relatent ne laissent aucun doute sur la profession exercée par Georges Waghevens . il est qualifié de meester dans un acte de 1532. D'autre part, on retrouve mention d'une commande de cloches à l'actif d'un fondeur de ce nom, à une époque où le premier Georges Waghevens était décédé.

Après le décès de Dorothée Van Haeght, il contracta, à Anvers, une nouvelle union, dont la durée fut courte aussi. Sa carrière ne fut point longue, sa mort étant survenue en 1529. De son œuvre, dont peu est connu, il n'existe plus rien. Il assiste son père, Pierre Waghevens, dès son jeune âge. En effet, un extrait des archives communales de Middelbourg prouve qu'en 1516 il s'est rendu dans cette ville, pour terminer les pourparlers relatifs à la commande de la cloche communale, faite à son père en 1515.

L'absence de son nom sur des cloches de cette époque peut s'expliquer par un long séjour à l'atelier paternel. mais il se peut aussi que la concordance de la période de son activité avec celle de son oncle Georges I prête à confusion et fasse attribuer à l'un ce qui appartient à l'autre. Telle est peut-être la raison pour laquelle Georges I annote sur ses produits, à partir de 1518, l'indication de son domicile. Un Georges Waghevens, fondeur, traite, en 1527, donc après la mort de Georges I, les conditions d'une commande pour l'église de Diest. Il ne peut, dès lors, s'agir que de Georges II.

1527 - Georges Waghevens fut mandé à Diest, en 1527, afin de conclure un accord avec les fabriciens de l'église Saint-Sulpice, au sujet d'une fourniture de cloches. A la suite des pourparlers, il fut chargé de l'exécution de deux cloches destinées au campanile en bois qui se trouve au point d'intersection du chœur et du transept de l'église. Au mois de mars 1528, il fit la livraison de ces cloches, pesant ensemble 428 livres. 386 et 1/2 livres provenaient des anciennes cloches, auxquelles la fabrique d'église ajouta 41 et 1/2 livres de matière nouvelle. Le travail de la main-d'œuvre lui fut payé 21 gripen, 4 sous, à raison de 5 gripen pour cent livres. La mise en place des cloches fut accompagnée de libations offertes aux ouvriers.

Médard Waghevens

Il est né de l'union de Georges I Waghevens avec Claire Van Wilre. Sa naissance peut être fixée entre les années 1490 et 1495, puisque déjà en 1515 son nom apparaît comme fondeur. Il était absent de Malines au moment où un acte relatif à ses intérêts s'y passait en 1523. Probablement voyagea-t-il durant sa jeunesse, à la recherche de commandes, pour activer la prospérité de son industrie. A la mort de son père, en 1524, on le retrouve à Malines.

Ses ateliers étaient établis rue Sainte-Catherine, en face de ceux de son père, dans une propriété, comprenant deux maisons, appelée la Tête d'Or (de Gulden Cop), contiguë à l'impasse des Frères Cellites, et sise entre la maison Brandenburch d'une part et la maison 't Vosken d'autre part. Les intérêts qu'il avait dans la propriété paternelle 't Bylken s'accrurent encore en 1549, par l'acquisition d'une partie des droits de succession de son frère Pierre.

Médard Waghevens fut choisi, en 1547, par ses confrères de la Corporation des forgerons, en qualité de juré du métier. Il était investi, en 1555, du mandat de proviseur de l'autel Saint-Antoine, à l'église SainteCatherine. Il n'eut point d'enfants de l'union qu'il avait contractée, dès avant 1526, avec Christine Snyers ou Snyders. L'obituaire paroissial enregistre son décès au 23 octobre 1557.
Médard Waghevens est celui des fondeurs de cette famille dont les transactions industielles ont laissé le plus de traces dans les archives malinoises. On y trouve les preuves de multiples fournitures faites dans diverses localités de la Belgique, telles que Léau, Erondeghem, Hekelghem, Tongerlo, Wesemael, Beerlant, Tirlemont, Louvain et Malines, ainsi qu'en France, à Cambrai, à Houdain et à Schoonhoven en Hollande. Quelques-unes de ses œuvres existent encore à Hérentals, Léau, Alost, Diest et Baerdeghem, en Belgique à Yselmonde, Haarlem, Middelbourg et Delft en Hollande, à Scharnebeck en Allemagne et à Rozenkranz.

Médard Waghevens s'est distingué par la confection de différents jeux de cloches harmonisées, dont un de vingt-quatre cloches à Léau, un autre de seize cloches à Tongerlo. puis d'autres moins importants, se composant de neuf cloches à Middelbourg, un autre de sept cloches à Alost, un autre encore de six cloches à Tirlemont. Il complète par trois cloches le carillon de Diest.

Ses œuvres sont ornées de motifs divers. Parmi des inscriptions variées, on retrouve aussi la formule adoptée par ses ancêtres.

Le début de son activité industrielle est marqué par une cloche de 1515. elle prend fin par sa mort, en 1557.

1515 - Yselmonde, en Hollande, province Zuid-Holland, possède encore dans la tour de l'église, une cloche. Elle porte une inscription gothique.

1524 - Médard Waghevens fut l'auteur de la cloche qui devait sonner l'heure du haut de la tour Saint-Rombaut à Malines. Elle fut nommée Charles, en l'honneur du souverain Charles-Quint. Les comptes communaux de 1524-1525 et de 1527-1528 nous fournissent les détails relatifs à cette commande. En vue de couvrir les frais, des troncs d'offrande avaient été déposés dans les différentes églises de la ville. Le produit de cette collecte s'élevait à une somme de 62 florins. Le métal nécessaire à l'opération avait été acquis par la Ville, à différents particuliers. L'ensemble pesait 15873 livres.

L'opération de la coulée fut manquée. Cela amena quelque perte de métal. La Ville essaya de retenir la valeur de cette perte sur le salaire du fondeur. A la suite de ses protestations et en considération des frais occasionnés par le travail supplémentaire, la Ville changea d'avis et le fondeur fut même dédommagé de ses déboires, non seulement par l'abandon de la perte, mais encore par l'octroi d'une somme de 53 florins du Rhin. La cloche, après une seconde coulée, pesait exactement 13992 livres. Elle fut payée 334 fl 7 escalins, 9 deniers de Brabant, soustraction faite de la valeur du métal d'une ancienne clochette de 490 livres, provenant du Vieux Palais, ainsi que de celle de 365 livres de vieux métal, recueillies parmi les habitants.

La cloche fut charriée jusqu'au pied de la tour, par les soins des membres de la Corporation des chaussetiers et de celle des brouettiers. Le résultat de cette seconde opération fut brillant, car deux ans plus tard, la cloche Charles était proposée, par le Magistrat de Middelbourg, comme modèle pour celle commandée par lui au même fondeur.

Destinée d'abord à marquer l'heure, la cloche Charles fut plus tard, en 1660, utilisée en sonnerie pour les services divins. Cette nouvelle destination entraîna sa perte, car elle se brisa, en 1666, pendant qu'on la sonnait à l'occasion du service funèbre célébré en mémoire de Philippe IV, roi d'Espagne.

Refondue par Melchior De Haze, en 1696, elle est encore en service actuellement et porte l'ancienne inscription, avec le chronogramme de l'année 1524, rappelant la défaite de François I, par les troupes de l'empereur, devant Pavie.

1525 - Dans la tour de l'église Sainte-Anne ou Nieuwe Kerk, à Haarlem, en Hollande, une cloche servant à la sonnerie de la demi-heure porte l'inscription suivante : MARIA EST NOMEN MEUM FACTUM IN MECHLINIE PER MEDARDU WAGHEVENS ANNO DNI MCCCCCXXV.Elle est ornée de deux médaillons, représentant l'un, l'étable de Bethléem et l'autre, un évêque.

1525 - A Scharnebeck, en Allemagne, la cloche sonnant les heures porte une inscription entrecoupée de divers sujets et placée sur une ligne autour du cerveau : KATHERINA EST NOMEN MEUM MEDARDUS WAGHEVENS ME FECiT (figurine assise) ANNO DNI (figurine de S. Michel) MCCCCC (une feuille de sauge) XXV. Les caractères sont de forme renaissance, seules, les lettres A et M ont conservé la forme gothique.

Deux frises circonscrivent le texte. Elles sont en tous points identiques à celles de la cloche de Pulderbosch, fondue en 1518, par son père Georges Waghevens. La supérieure est formée par un alignement de fleurs de lis, l'inférieure par des grappes, de style gothique, semblables à celles que nous avons signalées sur une cloche d'Henri Waghevens et sur deux cloches de Georges Waghevens, en 1515 et 1518.

Parmi les autres motifs décoratifs, on voit sous le mot Katherina la figurine de Sainte-Catherine, tenant le glaive et la roue. Sous le mot Medardus, un Saint bénissant et tenant une crosse en main, et un diable sous le pied (S. Médard ou S. Antoine?). Sous le mot Me un médaillon circulaire représentant l'Enfant Jésus assis sur un coussin. Sous la figure de S. Michel, le blason de Malines. Elle sonne fa.

1426 - Un contrat du 2 mai 1526, stipule les conditions auxquelles le fondeur malinois s'engage à fournir à la ville de Middelbourg, en Hollande, une cloche destinée à marquer l'heure, ainsi qu'une série de neuf cloches devant constituer un voorslag, en état de moduler des chants à l'heure et à la demi-heure. Les cloches, dit le contrat, doivent être de bon son et composées de bonne matière, comme l'est la cloche que le fondeur a livrée, il n'y a pas longtemps, à la ville de Malines. Il s'agit ici de la cloche Charles, faite en 1524.

Le poids de la grande cloche devait être de 8000 à 9000 livres, poids d'Anvers. Dans le cas où le poids de la cloche excéderait 9000 livres, on ne payerait l'excédent qu'à raison de la moitié du prix convenu pour cent livres. Si l'Administration de la ville fournissait une cloche ancienne pour servir à la refonte, elle payerait six escalins pour la main-d'œuvre de refonte de cent livres de vieux métal. Pour la fourniture de la grande et des neuf petites cloches, le prix était estimé à 12 florins par cent livres, le payement s'effectuerait en quatre fois, soit 50 livres endéans les six semaines, 50 autres livres lors de la fonte et 50 livres au moment de la livraison à Middelbourg. Le restant un an plus tard.

1530 - Une cloche de l'église d'Erondeghem, près d'Alost, commune habituellement dénommée, par les habitants Erdeghem, a été fournie, en 1530, par Médard Waghevens. Le prix en était de 100 florins. Les registres scabinaux de Malines font mention d'un procès en cours, en 1534, devant les échevins de la ville d'Alost, et intenté par le fondeur malinois contre les marguilliers de l'église d'Erdeghem. La question en litige n'est pas indiquée, mais elle nous paraît avoir pour objet la cloche fournie en 1530. En vue des frais de procédure, le fondeur avait dû verser une caution de cent carolus d'or. Ce versement avait été effectué par un certain Guillaume Breckpot. Le fondeur, afin de garantir cette somme vis-à-vis de ce dernier, fait inscrire par les échevins malinois une créance hypothécaire sur sa propriété, située dans la rue Sainte-Catherine.

1531 - Un acte scabinal du 24 avril enregistre l'engagement pris par Médard Waghevens, de fournir pour la commune de Léau, quinze jours avant la Pentecôte, une cloche d'un poids approximatif de 6000 livres. C'est probablement la cloche qui aujourd'hui encore sonne les heures. L'inscription a été transcrite par le Rév. abbé Van Hoorenbeeck, curé à Gooreind, qui nous l'a obligeamment communiquée. En voici le texte : MEDARDUS WAGHEVENS HEEFT MY GHEGOOTEN ALS MEN SCREF XV XXXI. MICHI NOMEN EST LEONARDUS FEMINEOS ARTUS ANXIATOS PONDERE PARTUS DEMONE VEXATOS AC COMPANA SALVO LEO SUM NARDUS. L'année précédente, ce même fondeur avait livré, pour cette même église, un carillon de vingt-quatre cloches.

1532 - Les comptes communaux de la ville d'Audenarde nous renseignent sur la fourniture de trois cloches portant les noms de Salvator, Maria et Jean, par Médard Waghevens, à l'église Sainte-Walburge. Un conflit surgit au sujet de leurs qualités. Une expertise fut ordonnée, à laquelle furent conviés les fondeurs Jacques et Thomas Chevalier, que l'administration communale d'Audenarde fit venir de Douai pour se joindre aux fondeurs désignés par Médard Waghevens. Ceux-ci firent défaut, tandis que les premiers reçurent pour cinq jours de vacations, une indemnité de cinq couronnes d'or. Le résultat de l'expertise fut favorable sans doute au fondeur malinois, car l'année suivante, on passa les frais du baptême et de la mise en place des cloches en litige.

1532 - Une cloche fut commandée à Médard, pour l'église de La Hulpe. Elle pesait 1612 livres et lui fut payée à raison de 12 florins par 100 livres. En 1532, le maire du village, le curé et les marguilliers se rendirent à Malines, pour en prendre livraison. Le baptême eut lieu peu après.

1533 - Le curé et les marguilliers de l'église de Hekelgem, près d'Assche, reconnaissent, par un acte inscrit dans les registres scabinaux de Malines, avoir reçu de Médard Waghevens, une cloche dont ils lui avaient fait la commande. Ils s'engagent à payer, par acomptes, la somme de 311 florins et 7 sous, prix souscrit par le contrat.

1534 - Les fabriciens de l'église Saint-Barthélémy, à Schoenhoven, en Hollande, s'étaient adressés au fondeur malinois pour des cloches. Elles avaient été coulées sur place, ainsi qu'il appert d'un acte inscrit dans les registres scabinaux de Malines. Pour cette livraison, le fondeur avait encore droit, en 1534, à un reliquat de compte de 371 florins du Rhin, dont il fait à ce moment transfert en faveur d'autres habitants de la ville de Malines, qui furent, sans doute, ses intermédiaires.

1534 - Les membres du conseil de fabrique de l'église Notre-Dame à Dinant lui commandèrent une grosse cloche, en 1534. Médard se rendit en cette ville pour y discuter les conditions de l'entreprise. La réception se fit aux frais de la fabrique d'église. Le métal livré par les acheteurs, soit 5422 livres de cuivre et d'étain, avait été acquis à Anvers, au prix de 33 sous les 100 livres. On paya pour la main-d'œuvre du fondeur 116 florins 5 deniers et 15 sous. La cloche fut achevée au mois d'octobre et mise en bateau pour être amenée à Dinant.

1534 - Une des cloches de l'église des SS. Michel et Gudule, à Bruxelles, qui pesait 1400 livres, fut corrigée en 1767 pour en améliorer le son. Elle porte l'inscription : GABRIEL IS MYNEN NAEM MY HEEFT GEGOTEN MEDARDUS WAGHEVEYNS. ANNO DNI 1536. A côté de celle-ci s'en trouve une autre de 950 livres, corrigée également en 1767, et qui porte l'inscription : MEDARDUS EST NOMEN MEUM FACTA SUM MECHLINLE PER MEDARDUS WAGHEVEYNS. ANNO DNI 1536.

1536 - Au 19 mai de l'année 1535, un contrat fut conclu entre le prélat de l'abbaye de Tongerlo et le fondeur malinois, pour la livraison de quatre cloches, dont les sons ut, fa, sol et la, s'accorderaient avec ceux des deux grandes cloches existantes. Ces cloches devraient peser : 1° Arnold, 2988 livres. 2° Augustin, 1369 livres. 3° Michel, 961 livres. 4° Jean-Baptiste, 740 livres. L'alliage à fournir par le fondeur devait être composé de cuivre rouge et d'étain anglais ou autrichien, ce dernier métal par parts égales. Un acte, inscrit dans les registres scabinaux de Malines en 1536, mentionne Jean Woytiers, chaudronnier, comme garant de cette fourniture, et stipule que Waghevens doit entretenir, un an durant, les cloches livrées.

1536 - La fonte d'une cloche d'un poids de 4000 à 5000 livres tut entreprise par Médard Waghevens, pour l'église de Wesemael. Par contrat, passé au 17 juillet de cette année devant les échevins de Malines, le fondeur s'engage à la refondre à ses propres frais, dans le cas où quelqu'accident survenant à la cloche, endéans les trois années, pourrait lui être imputé.

1536 - Un intéressant contrat passé à Delft, en Hollande, entre les fabriciens de l'église nommée Oude Kerk et le fondeur, stipule les conditions d'après lesquelles celui-ci devrait fournir trois cloches nouvelles. Elles devaient s'harmoniser parfaitement entr'elles et peser respectivement : la 1° de 12000 à 13000. la 2° de 9000 à 10000. la 3° de 6000 à 7000 livres. Le fondeur devait garantir leur fonctionnement pendant une demi-année. La substance métallique nécessaire à la fonte devait être fournie par les fabriciens, mais la main-d'œuvre du fondeur lui serait payée à raison de 1 carolus d'or par cent livres. Une maison serait mise à sa disposition, pour pouvoir y exécuter tout le travail préliminaire à la fonte, mais le fondeur fournirait tout l'attirail nécessaire à l'opération.

L'année suivante, le 8 décembre 1537, deux des cloches étaient achevées et il fut décidé de les suspendre dans la tour afin d'en apprécier les qualités. Dans le cas où elles ne conviendraient pas, le fondeur était tenu d'y remédier à ses frais. N'ont-elles point répondu à l'attente? On peut le croire, à en juger par un autre contrat passé le 4 octobre 1538, cette fois avec maîtres Gerrit Van Wou et Jean Ter Stege, fondeurs de cloches à Campen, en vue de fondre six cloches, dont la plus grande devait peser 12000 livres.

1538 - Le fondeur Médard Waghevens avait fourni deux cloches à Jean De Court, de Cambrai, en France. Il y a beaucoup d'analogie entre le nom de Jean De Court et celui des fondeurs de cloches nommés De Le Court, originaires eux aussi de Cambrai et établis plus tard à Douai. Le premier ne serait-il fondeur et ancêtre des seconds ? La plus petite des cloches parut défectueuse à cause de quelques dépressions (puttekens), résultant de la coulée. Le fondeur, par un contrat inscrit dans les registres scabinaux de Malines, s'engage, en cas d'accident, à refaire cette cloche et à supporter tous les frais d'expédition et de renvoi, ainsi que toutes autres dépenses pouvant résulter de ce fait.

1539 - La ville d'Alost fit, en 1539, la commande d'une série de sept cloches nouvelles, s'harmonisant entr'elles, et constituant un ensemble pouvant moduler des airs de motets ou de chansons, selon les saisons de l'année.

1540 - Un registre des Procuratoria des archives malinoises annote l'engagement pris par Médard Waghevens, à la date du 3 avril 1540, de fournir, avant la Pentecôte suivante, d'après un accord signé le 22 novembre 1538, les cloches commandées par la commune de Houdain, en France, faute de quoi la commune serait dégagée de l'obligation d'accepter les cloches, et Waghevens se verrait forcé de restituer les 25 R. d'or déjà reçus en payement.

1541 - Un intermédiaire de Médard Waghevens, nommé Gérard Woytiers, contracte un engagement, que du reste le fondeur fait sien, avec les marguilliers de l'église de Beerlant. Cet engagement, daté du 5 novembre 1541 et inscrit dans les registres scabinaux de Malines, concerne la fourniture de deux cloches, l'une de 1600 et l'autre de 1200 livres, donnant respectivement les sons de re et de mi, en parfait accord. La livraison, sous peine d'une amende de 50 florins carolus, devait être faite avant les Pâques suivantes, afin que pendant les jours de fête, les cloches pussent être transportées, par bateau, à leur destination. Ces deux cloches faisaient partie d'une commande de quatre cloches, acceptée par le même Gérard Woytiers, à la date du 20 août 1536.

1543 - Une cloche a été signalée à Rosenkranz, St-Holstein, avec l'inscription suivante : MARIA ES MIINEN NAME MIL HEFT GEGOOTE MEDARDUS WAGHEVENS. A° DNI MCCCCCXLIII.

1546 - Médard Waghevens fournit une nouvelle cloche à l'église de Kessel, pour laquelle il toucha une somme de 119 livres.

1546 - Le fondeur travaille en cette année pour l'église Saint-Jean à Malines et fournit pour la cloche Jean, de cette église, une paire de pannes ou coussinets, pesant 31 livres, qui lui sont payés à raison de un sou par livre.

1548 - Un registre, dans lequel sont transcrits des actes d'acquisition de propriétés et d'autres actes d'une famille du nom de Tkint, de la fin du XVe et du XVIe siècle, mentionne qu'au 7 novembre 1548, les marguilliers de l'église de Baerdeghem, les maîtres de la table du Saint-Esprit et d'autres personnes se rendirent, avec Médard Waghevens, maître fondeur à Malines, dans la demeure de Pierre Tkint, où était déposée la cloche de l'église de Moorsele, que les marguilliers de cette dernière église voulaient vendre. Son poids, constaté à Malines, était de 1556 livres. Le prix d'acquisition fut fixé à 14 florins carolus, de 20 sous pièce. II est hors de doute que cette cloche, qui avait été pesée à Malines et à la vente de laquelle assistait Médard Waghevens, avait été fondue par lui.

1551 - L'administration communale de Diest s'occupait, en 1551, de la confection d'un nouveau voorslag, pour lequel Médard Waghevens avait accepté de fournir trois petites cloches. Il lui fut octroyé une somme de 4 florins carolus, lors de son voyage qu'il fit à Diest, en vue de conclure le marché.

1556 - Les registres communaux de la ville de Tirlemont fournissent d'intéressants détails au sujet d'une commande de six clochettes pour le voorslag de cette ville. Le 2 mai 1556, Henri Van Halle, bourgmestre de Tirlemont, et Jacques Van Ranst se rendirent, aux frais de cette commune, à Malines, pour y acheter du métal de cloche. Mais le marchand n'étant pas chez lui, ils y retournèrent huit jours plus tard, et scellèrent le marché par un repas qui coûta 36 sous à la caisse communale de Tirlemont. Le 22 mai, le bourgmestre reprit le chemin de Malines et y resta quatre jours pour s'entendre avec Médard Waghevens, au sujet de la fonte des cloches, pour le voorslag projeté.

La livraison restant en souffrance, Henri Van Halle se rendit de nouveau à Malines, au mois de juillet, pour attraire le fondeur en justice. Les registres scabinaux de Malines renseignent, à la date du 10 juillet 1556, l'accord intervenu, par lequel le fondeur s'engage à fournir, endéans les quinze jours ou tout au plus tard endéans les trois semaines, les six clochettes qui auraient dû être livrées à la Pentecôte. Le fondeur se trouva encore en défaut, ce qui obligea Jacques Van Ranst, devenu bourgmestre, de refaire le voyage de Malines au 21 août suivant. Plus heureux que son prédécesseur, il put, après quatre jours d'attente dans cette ville, prendre livraison des six clochettes. Celles-ci pesaient ensemble 1844 livres et furent payées 13 florins carolus et 15 sous par 100 livres, soit au total 253 florins et 11 sous.

1556 - Les pannes de la cloche Rombaut et de la cloche Waltrude de l'église Saint-Jean, à Malines, furent refondues cette année, par les soins de Médard Waghevens.

1557 - Les registres scabinaux de Malines font connaître l'engagement pris par notre fondeur, à la date du 26 juin, de fournir une cloche de 1800 livres à l'église Sainte-Gertrude de Louvain. Elle devait s'accorder avec la troisième, renfermée dans la tour, et être livrée endéans les trois semaines, en foi de quoi le fondeur donne en garantie sa maison de la rue Sainte-Catherine

Jean Waghevens

Il n'y a, dans la lignée des Waghevens, qu'un seul membre porteur du prénom de Jean. Celui-ci est issu du mariage de Georges I Waghevens avec Claire Van Wilre. Puisque le fondeur dont nous nous occupons indique nettement, sur certaines de ses cloches, son origine malinoise, nous pouvons donc le considérer comme fils de Georges I, d'autant plus qu'aucune date ne s'oppose à cette identification.

Jean Waghevens avait atteint l'âge de sa majorité en 1525, à ce moment il règle avec ses frères une liquidation successoriale, et puisque deux ans auparavant il était encore mineur, il faut placer sa naissance vers 1504. Son nom apparaît encore une fois dans un acte de 1528. mais en dehors de ces quelques citations, il n'en existe aucune trace dans les archives malinoises. Nous ignorons s'il fut marié et quelle est la date de sa mort. Celle-ci doit se placer après l'année 1566.

La période d'activité connue par les dates marquées sur les cloches va de 1534 à 1566. Tout renseignement concernant un domicile ou atelier à Malines nous faisant défaut, nous sommes portés à croire qu'il exerça son métier en fondeur ambulant. On trouve de ses cloches un peu partout : à Bilsen, Courtrai, Audeghem, Stekene en Belgique. à Wilnis et Zonhoven en Hollande, et à Trebnitz en Allemagne. La plus importante de ses œuvres connues est celle de Courtrai. Composée d'une série de huit cloches harmonisées, formant carillon, elle le classe parmi les fondeurs musiciens.

Ses cloches sont richement décorées.
Les inscriptions rappellent la formule qu'employaient ses ancêtres.

1534 - La commune de Bilsen possède encore une cloche de ce fondeur. Elle est ornée d'une belle frise à feuillages de style renaissance, de trois figurines, de deux médaillons et d'une armoirie.

Une des figurines représente la Vierge debout avec l'Enfant Jésus sur le bras gauche. La seconde, le Rédempteur debout, tenant dans sa main gauche un globe surmonté d'une croix, qu'il bénit de la main droite. La troisième un saint, probablement saint Jean, tenant un agneau dans son bras gauche.

Les deux médaillons sont très intéressants. Le premier représente dans le bas l'Adoration des Mages, dans la partie supérieure, on voit les personnages de la suite des rois montés sur des animaux divers. L'autre médaillon, rond, représente le Christ crucifié contre un tronc de vigne, dont deux branches, légèrement recourbées, forment les bras de la croix. De part et d'autre s'enroulent, en occupant le champ du médaillon, des branches de vigne garnies de feuilles et de grappes de raisins. Dans les enroulements formés par ces branches se distinguent de chaque côté du tronc six bustes de personnages, tournés vers le Supplicié. A droite, sous les branches, se remarquent, de plus, deux têtes du même genre. Au pied de l'arbre on distingue deux personnages : un homme, armé d'une houe, fouille le sol au milieu des cailloux qui encombrent le pied de la croix, tandis qu'une femme, au moyen d'un vase, arrose le terrain. Derrière chacun de ces personnages se déroule un listrel. Des plantes fleuries occupent le terrain aux deux extrémités de la composition. Enfin dans la partie supérieure, au-dessus de la tête du Christ, un ange, vu à mi-corps, soutient encore un listrel. D'après une étude qu'a faite de cette représentation notre confrère M. F. Donnet, elle serait le symbole de l'union de Jésus-Christ avec ses apôtres ou, par extension, de l'Eglise avec son divin fondateur. L'empreinte de ce même médaillon a été reproduite sur plusieurs cloches du fondeur allemand Henri Ciegeler. Cette figuration du Christ crucifié sur une vigne se retrouve aussi sur une cloche de Hal, fondue en 1518, par Georges Waghevens.

Un grand écusson, écartelé, portant à dextre quatre pals et à senestre un lion rampant couronné et lampassé, figure les armoiries d'un membre de la famille de Merode, donateur de la cloche qui porte son nom.

Trois inscriptions sont placées sur la cloche.

La première, en lettres gothiques, fait le tour de la couronne, elle est entrecoupée de petits motifs décoratifs. Marguerite de Merode, mentionnée dans cette inscription, est vraisemblablement la fille de Richard, seigneur d'Houffalise, et de sa seconde femme, Marguerite d'Argenteau. Elle fut abbesse de Munsterbilsen et conserva cette dignité jusqu'en 1549.

A la partie inférieure de la cloche, on lit encore un texte latin. C'est grâce à l'obligeant intermédiaire de notre confrère M. Gevelers, chanoine prémontré à Neerpelt, que nous avons pu obtenir le moulage des ornements de cette cloche, dont la photographie était impossible.

1541 - M. Overvoorde, archiviste à Leiden, a bien voulu nous renseigner l'existence d'une cloche de ce fondeur à l'église de la commune de Wilnis, province d'Utrecht, en Hollande.

1546 - Pour le voorslag de l'église Saint-Martin, à Courtrai, Jean Waghevens fournit une série de huit cloches, pesant ensemble 3877 livres. Le payement se fit à raison de 6 livres par cent livres de poids, auquel on ajouta une pièce d'or en guise de pourboire. Avec le métal resté en excès, il coula encore trois clochettes.

1547 - Une cloche fondue en 1547 et inventoriée pour être vendue, en 1579, par le Magistrat d'Audenarde, est indiquée comme provenant de la commune d'Audeghem. Elle pesait 1410 livres et était ornée d'une représentation du Baptême du Christ par saint Jean et des armoiries de la famille Triest, de Gand.

1549 - Les membres de la fabrique d'église de Stekene firent couler sur place une cloche qu'ils acquittèrent en trois payements. La valeur du premier de ceux-ci n'est pas connue, le second s'élevait à 16 livres 18 escalins et 10 gros, le troisième à 5 livres. Il y eut contestation au sujet de son salaire. ce différend ne se termina que par un arrêt de la Cour de Flandre, lui octroyant, en 1555, la somme de 4 livres et un pot de vin. Cette cloche périt dans l'incendie de la tour, provoqué par les Gueux, en 1592.

Une cloche de cette même église fut refondue en 1552, peut-être chez le même fondeur, puisque les marguilliers avaient fait, à cet effet, un voyage à Malines, pour lequel ils furent dédommagés par le payement d'une somme de 7 escalins 5 gros.

1566 - A Trebnitz, en Allemagne, existe une cloche de Jean Waghevens. Cette cloche porte comme ornementation un double aigle héraldique. Sous l'inscription, une quantité de médaillons, de différentes grandeurs, dont l'un représente la Vierge Marie avec l'Enfant Jésus, tenant une croix, et un autre le martyre de saint Sébastien.

Arnold Ericx alias Stalle

Ce fondeur, natif de Malines, y acquiert le droit de bourgeoisie le 22 décembre 1518. Il était fils de Guillaume, alors décédé. Pour qu'un malinois de naissance se soit trouvé dans l'obligation d'acquérir le droit de bourgeoisie dans sa ville natale, il faut qu'il ait perdu celui-ci par un séjour à l'étranger. Nous connaissons peu de la carrière artistique de ce fondeur. Ses opérations industrielles paraissent avoir été heureuses, car successivement, en 1537 et en 1540, il devint propriétaire de deux immeubles. L'un de ceux-ci, qui avait fait partie des biens de Jean Van Den Ghein I, était situé rue de Bruxelles. l'autre appelé de Griffoen était situé rue d'Hanswyck, du côté de la rivière, et formait une installation complète de fonderie, ayant appartenu antérieurement aux Van Den Eynde, fondeurs de laiton.

La maison de Roetaert, voisine de cette dernière, faisait partie de la succession Ericx. Elle aussi était une fonderie qui, sans doute, avait fait partie des installations paternelles et sur laquelle le fils Arnold avait des droits. Arnold Ericx et son épouse Amelberge Van Binnebeecke étaient décédés en 1556. De cette union étaient issus trois enfants : Pierre, Claire qui épousa Jean Van Den Stocke, et Catherine qui s'unit à François Van Den Stocke.

Malgré la prospérité apparente de l'industrie d'Arnold Ericx, nous n'avons pu relever qu'un seul travail exécuté par lui, et encore le fut-il en collaboration avec Jean Van Den Ghein I, Il s'agit d'une cloche commandée par les fabriciens de l'église Saint-Germain de Tirlemont, en l'année 1536.

Jacques Waghevens

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Le bourgmestre fut en mission durant dix jours, l'échevin six jours seulement. Quelque temps après, un messager fut envoyé à Malines, chargé d'une lettre pour le fondeur, lui demandant l'état d'avancement du travail. Ensuite, le bourgmestre s'y rendit lui-même, accompagné de maître Josse Crispyns, prêtre, et de Liévin Van Weghelen, à l'effet de vérifier les timbres. Il se fit assister par un maître de chant de Malines, lequel constata qu'ils étaient, suivant les conventions, en bon accord et harmonie. Le voyage du bourgmestre, qui avait duré dix jours, coûta à la Ville la somme de 53 fl. Bientôt on annonça l'arrivée à Bruges de trois ou quatre cloches, dont le bourgmestre alla prendre réception. C'est en ce moment sans doute qu'un nouveau courrier fut dépêché à Malines, afin de connaître la raison de cet envoi incomplet.

Après quelques difficultés avec l'horloger, tout finit par s'arranger. Le fondeur malinois se rendit à Oudenbourg. Le voorslag devait être actionné par un mécanisme en fer, dont l'exécution était confiée à Henri Van Bree, horloger à Furnes. Il se composerait de quatorze clochettes et de deux autres donnant des demi-tons, toutes exécutées en bon métal et réglées en accord, de façon à pouvoir jouer diverses chansons. Le fondeur était tenu de reprendre les clochettes de l'ancien voorslag au prix de 6 gros la livre. Toutefois, il pourrait utiliser celles d'entr'elles qui lui sembleraient pouvoir convenir dans le nouveau jeu. Il recevrait 15 carolus d'or pour le métal nouveau à fournir, et 1 blanc par livre pour la refonte de l'ancien métal.

Les comptes communaux de la ville de Gand renferment encore différents détails au sujet des payements relatifs à ce travail. Outre le prix de 203 livres 4 sous de gros, convenu pour l'ensemble du travail, et dont le payement s'effectua en deux fois, le fondeur reçoit encore 8 escalins 4 deniers pour les frais de transport des anciennes clochettes à Malines.

Philippe De Vriendt, chargé de prendre livraison des clochettes à Malines, fut remboursé des frais de pesage, de charriage, de chargement, etc., et reçut en outre une indemnité pour neuf jours de vacation à raison de 5 sous de gros par jour. Maître Henri Van Sachmoortere, facteur d'orgues, qui l'accompagna à Malines à l'effet de juger de la parfaite qualité des clochettes au point de vue de leur harmonie, toucha une indemnité de 3 sous 4 deniers de gros par jour d'absence.

Ce dernier détail nous renseigne sur le souci du Magistrat de Gand, pour procurer à leurs concitoyens (...) [Pages arrachées]

Le Magistrat de cette ville avait été amené, en 1550, à la suite de l'incendie de la tour à l'horloge, survenu le 5 septembre 1548, à traiter avec l'horloger Pierre Ingle (Ingels) et le fondeur Jacques Waghevens pour remplacer l'horloge et le carillon détruits. Les copies des contrats faits par eux avec les consaux de Tournai furent produites au cours des négociations et restèrent dans les archives montoises. Ce fait nous prouve encore une fois, qu'une administration publique, à cette époque, ne s'engageait pas sans se renseigner.

Le texte de ces documents nous fait connaître les conditions des deux entreprises. Pierre Ingle (Ingels), horloger, habitant Grammont, avait été chargé de racoustrer l'horloge, tandis que Jacques Waghevens reçut la commande des cloches.

Le contrat de ce dernier comportait la fourniture de quinze cloches, dont la plus grosse, du poids de 1200 à 1400 livres, devait donner le son ut. Le fondeur était tenu de les harmoniser en tierce, quinte et octave, sans aulcune deffaulte, pour servir aud orloge et bateler toutes sortes de chanchons en deux ou trois parties. En outre, il devait y ajouter deux autres cloches pour servir de fainctes et de demi-tons, à prendre place, la première entre la 7° et la 8° et la seconde dans l'octave supérieure, soit donc au total dix-sept cloches.

La Ville lui fournissait trois mille livres de métal, dont la façon serait payée au prix de 4 carolus de vingt patars de Flandre, pour cent livres de métal. En cas d'insuffisance, le fondeur devait procurer le reste de la matière, qui lui serait payée avec la façon, au prix de 15 carolus pour cent livres. Il devait reprendre l'ancien métal à raison de 11 carolus pour cent livres. Le transport des cloches, de Malines à Tournai, se ferait aux frais de la Ville, sauf au cas où les cloches ne seraient pas trouvées conformes aux engagements.

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D'après les renseignements publiés, M. Matthieu faisait remarquer judicieusement que quatorze cloches actuelles du carillon de Tournai n'ayant pas d'inscription, pourraient être mises à l'actif de ce fondeur. Un examen minutieux, fait par M. Marcel Michiels, fondeur à Tournai, a révélé que six d'entr' elles seulement étaient dans ce cas. Les autres portent le nom du fondeur Barbieux.

1544 - Le Magistrat de la ville d'Ypres, après avoir fait placer, vers 1540, une nouvelle horloge dans leur beffroi, commandèrent aux deux fondeurs, Jacques et Corneille Waghevens, seize nouvelles clochettes (appeelkens). On acheta deux cents livres d'étain fin d'Angleterre et l'on y ajouta le métal de trois anciennes cloches, qui furent transportées à Malines, pour être refondues. Les fondeurs reçurent en outre deux payements, l'un de 542 et l'autre de 384 livres. De ces cloches, il en existe encore une, fondue par Corneille Waghevens, et quatre de Jacques Waghevens.

La première : Au-dessus de l'inscription, une bande à arabesques. Au-dessous, quatre médaillons représentant : 1° dans une gloire, au centre de rayons divergents, le Sauveur {Salvator Mundi) portant la tiare, de la main droite il bénit le monde, la main gauche est posée sur le globe terrestre, 2° les armoiries de Malines, 3° saint Hubert sauvé (le miracle du patron des chasseurs), 4° L'image de saint Roch, sauveur des pestiférés.

La seconde : Au-dessus, une bande ornée, au-dessous, quatre médaillons, représentant : 1° la Cène. 2° la Flagellation. 3° Charles-Quint à cheval entre les colonnes d'Hercule. Sous le cavalier, l'écusson de Flandre. Au-dessous, les armoiries impériales entourées du collier de la Toison d'Or, à gauche et à droite, un écusson, l'un et l'autre frustes. 4° la Vierge entourée d'anges et couronnée par deux personnages. Ces quatre médaillons sont de fort bon style gothique pour les n° 2 et 4.

La troisième : Au-dessus, un cordon légèrement orné, au-dessous, quatre médaillons représentant : 1° l'image de saint Antoine caressant son compagnon traditionnel. 2° et 4° comme 4° et 2° de la cloche précédente. 3° saint Georges terrassant le dragon. A gauche, une femme (Sainte-Madeleine?) en prière. Au fond un castel.

Sur la quatrième, quatre petits médaillons représentant le buste de Charles Quint. 1° L'empereur, richement habillé, tient de la main droite le sceptre et de la main gauche le globe terrestre. inscription : CAROLUS V DEI GRATTA. ROMAN. IMPERATOR. SEMPER AUGUSTUS. REX. HISP. ANNO SAL. MDXXXVII. Ce médaillon est la reproduction d'une médaille frappée en 1537, à l'occasion des guerres avec la France, suivies d'une trêve. 2° dans un ornement lobé, un saint (saint Philippe?). Derrière lui, un enfant (un ange?) un peu fruste. 3° une femme nue, couchée, tenant dans le bras gauche une corne d'abondance, la main droite levée. Devant elle, un satyre jouant d'un instrument à vent. Au fond, des édifices ou monuments adossés à des montagnes, gracieuse composition dessinée avec goût. 4° Mercure nu, couché, tenant dans le bras un vase à deux anses garni de fleurs. Dans le champ, entre la tête et le caducée, le soleil et la lune.

1547 - Les comptes de l'église des SS. Pierre et Paul à Malines donnent quelques détails sur la livraison de trois cloches qui ensemble pesaient 1322 livres. On lui avait fourni 160 livres de métal, qu'on lui paya à raison de 12 florins du Rhin par cent livres,

1548 - La cloche, disparue aujourd'hui, qui sonnait l'heure à l'hôtel de ville de Termonde, était ornée de plusieurs images de saints et pesait environ 3471 livres.

1548 - Une autre cloche de Termonde, disparue également, avait été livrée, en 1548, à l'église de Saint-Gilles. Son poids était de 580 livres et l'inscription à peu près identique à la précédente.

1550 - Des négociations furent entamées en 1550, entre la ville de Mons et Jacques Waghevens, pour l'achat de nouvelles cloches destinées à la 2e tour à l'horloge du château de Mons. Le 11 juillet 1550, le fondeur et son gendre Jacques Franceman, marchand à Anvers, prennent l'engagement : de faire et fondre deux grosses cloches et premièrement, une cloche, laquelle servira pour sonner dessus les heures en laditte thour, pesante six mil livres ou environ. La seconde cloche, pour servir à la justice et pour la porte, si possible est, debvera peser trois mille livres ou environ. Les contractants promirent de livrer les cloches en bon métal et d'un accord harmonieux, sans vilaines ciselures. Ils étaient tenus aussy de sur les dittes cloches faire telles escriptures, armoyeries et couronnement à l'anticque qu'il appartiendra. Ils promirent encore de, avecq leurs gens, chergier lesdittes cloches... quant on les voldra faire amener à Mons, sans pour ce avoir quelque sallaire.

La première de ces cloches pesait 6448 livres et était ornée de cette intéressante inscription : DE MON NOM SUYS AUBRON NOMMÉE - SERVANT AUX HEURES, FEU ET EFFROIX - MISE PAR LA LOY DE GESTE ANNÉE - QUINZE CENS CINQUANTE EN CEST ENDROICT - DU BON GRÉ PAR CONSENTEMENT - DE CHARLES CINQUIESME EMPEREUR - ESTANT BAILLI ET RÉSIDENT - CHARLES DE LALAING COMTE ET SEIGNEUR. Sur la seconde cloche, pesant 3338 livres, on lisait : JE SUIS MARIE A PORTE OUVRIR ET CLORE SERVANTE SOIR ET MATIN ET AU SURPLUS JE PUIS SERVIR QUANT ON MET MALFAITEUR A FIN.

Ces deux grosses cloches, livrées quatre mois plus tard, furent jugées défectueuses par la commission chargée de les examiner. Toutefois la Ville décida, le 14 novembre, de les mettre à l'épreuve jusqu'au 15 mars suivant, époque à laquelle il serait statué définitivement. Le fondeur accepte la décision et promet de remplacer l'une ou les deux cloches si elles sont reconnues inacceptables par les experts.

L'expertise eut lieu le 8 mars 1551, en présence des échevins de Mons, par le maître des chantres de l'église Saint-Nicolas, l'organiste Jean Crinon et un fondeur Jean de Baure. Des attestations avaient aussi été produites à ce sujet par maître Jean le Roy, Ansseau du Bois, carillonneur de l'église Saint-Nicolas à Mons, Etienne Mannaert, organiste de l'église Sainte-Catherine à Malines, et François de Vriese, organiste et fabricant d'orgues à Malines.

L'expertise fut défavorable aux fondeurs. Il fut convenu de : leur advertir d'en faire aultres meilleures, selon qu'ilz l'avoient prommis et à leurs reffus et deffaulte les constraindre par devant tel juge qu'il appertiendra et requis sera au pays de Braebant ou à Malines. Jacques Waghevens ne tint sans doute nul compte de la décision des experts, car il reçut, en août 1551, une assignation pour livrer les cloches aux époques indiquées et conformément au contrat.

Le fondeur continua, malgré toutes ces difficultés : de faire et fondre dix-neuf appeaulx servant à l'orloge de la tour du chasteau d'icelle ville de Mons, suivant le contrat du 11 juillet 1550. D'après celui-ci : le premier appeau debvera peser environ deux mil livres et les aultres, jusques et comprins dix-neuf appeaux, debveront estre de tel poix que requis sera à l'advenant.

Au mois de septembre 1551, l'échevin montois, Humbert le Francq, se rendit à Malines, en compagnie de Claude Franeau, greffier, Jean Nicaise, organiste de l'église Saint-Germain, et Ansseau du Bois, carillonneur de l'église Saint-Xicolas : pour visiter les appeaulx servans à l'horloge sud. Mons, auquel voyaige ilz ont employet huyt jours... Cette fois les clochettes furent reçues, car les dix-neuf appeaulx de Jacques Waghevens firent office avec trois autres cloches dans le carillon de la tour jusqu'en 1673. Elles furent alors refondues toutes et leur nombre fut porté à trente-cinq.

1551 - Dans le campanile qui surmonte la façade de l'église de Saint-Nicolas-en-Berlaimont, à Mons, se trouve encore une cloche sur laquelle on peut lire : KATERINA BEN IC GHEGOTEN VAN JACOP WAGHEVENS, INT JAER ONS HEEREN M CCCCC LL. Elle est ornée de trois figures : le Christ, la sainte Vierge et sainte Catherine. La fabrique d'église l'a achetée à la Ville, en 1804, en même temps qu'une petite a dindin qui fut revendue ensuite. Elles pesaient ensemble 480 livres et furent acquises à raison de 15 patars de Hainaut la livre.

1551 - Il confectionna pour le compte de la ville de Malines, deux vis en fer, destinées à forer les canons.

1553 - Une nouvelle clochette fut échangée par Jacques Waghevens contre une autre fêlée, que lui remirent les fabriciens de l'église des SS. Pierre et Paul à Malines. D'après les comptes, la nouvelle pesait 207 livres, l'ancienne 244 livres. Le prix de la nouvelle clochette était de 7 florins du Rhin, 7 sous et un blanc, l'ancienne fut cédée au prix de 3 florins du Rhin, 14 sous, laissant un excédent de dépenses de 3 florins du Rhin, 11 sous.

1554 - La cloche sonnant l'heure à la cathédrale de Glasgow, en Angleterre, pèse 500 livres et est ornée, d'un côté, par l'image de sainte Catherine, de l'autre, par les armoiries de la ville de Malines.

1555 - Une cloche de 204 livres fut fournie par Jacques Waghevens à l'abbaye de Tongerlo, en 1555.

1556 - La chapelle de St-Quirin, au faubourg de Meersel, sous la commune de Meerle, possède une cloche. Elle est ornée de quatre médaillons. Nous devons ce renseignement à l'obligeance de M. l'abbé Van Hoorenbeeck, curé à Gooreind.

1556 - Le Magistrat d'Audenarde fit, en l'année 1556, la commande d'un jeu de cloches que devait faire chanter un mécanisme d'horlogerie fourni par Pierre Inghels (Ingels) de Termonde, d'après le modèle du mécanisme de l'horloge de Termonde. Il se composait d'une grande cloche de 500 livres pour sonner les heures et de quatorze clochettes de poids divers, accordées de manière à pouvoir jouer divers refrains. Deux clochettes donnant des demi-tons devaient compléter l'échelle tonique.

Il était stipulé que chacune des clochettes serait pourvue d'anneaux intérieurs, afin de pouvoir, en cas de besoin, y suspendre des battants. Cet article se justifie par le fait que les carillons sont généralement actionnés à l'aide de petits marteaux, qui frappent la cloche extérieurement. Tout apparaissant constaté après le placement serait réparé aux frais du fondeur. Le poids devait être constaté à la balance publique de la ville de Malines, en présence des délégués du Magistrat d'Audenarde.

Cette entreprise fut conclue au prix de 17 florins carolus par cent livres. Toutefois les anciennes clochettes hors d'usage existant à Audenarde seraient reprises par le fondeur, à raison de 15 florins carolus par cent livres. L'acte, daté du 10 septembre 1556, fixe en outre les époques des payements. Ce carillon resta en usage jusqu'en 1699.

1557 - Le Magistrat de la ville de Malines, avait résolu, en 1557, de reconstituer l'ancien voorslag mécanique de la tour Saint-Rombaut et d'y adapter un clavier pour le jeu du carillon. Jacques Waghevens fut chargé de la fonte des nouvelles et de la refonte des anciennes cloches. L'exécution du mécanisme d'horlogerie, fut confié à l'horloger Pierre Ingels de Termonde, qui vint habiter Malines et y mourut en 1559, avant l'achèvement de son entreprise.

Le contrat passé avec Pierre Ingels, au 18 janvier 1557, stipule que le tambour à fournir devait pouvoir servir au jeu de dix-huit cloches. D'après les comptes communaux, six de celles-ci provenaient de l'ancien voorslag, deux autres furent achetées à Anvers, et dix nouvelles petites cloches furent fournies par Waghevens.

Ce ne fut qu'en 1562 que le fondeur reçut le salaire de son travail, pour lequel il avait utilisé 1150 livres de métal ancien et 69 et 1/2 livres de métal nouveau. La refonte de l'ancien métal fut payée à raison de 64 fl par cent livres, soit en tout 69 £. Le nouveau métal était payé à raison de 4 escalins la livre, soit 13 fl 18 escalins. Il reçut encore 50 livres d'artois en rémunération de son travail pour l'arrangement et l'accordage du nouveau carillon. La somme totale qu'il toucha s'éleva à 132 £ 18 escalins.

Ce carillon fut remarquable et sa réputation universelle, car, en 1575, la ville d'Ypres, intentionnée de perfectionner le carillon de son beffroi, fit visiter notre jeu de cloches par les artistes chargés de la reconstitution. Elles sont détruites aujourd'hui. après avoir été achetées en 1680, par le conseil de fabrique de l'église Notre-Dame au delà de la Dyle à Malines, elles ont été ravies lors de la Révolution française, pour passer ensuite au creuset.

1559 - Le clocher de l'ancienne église des SS. Pierre et Paul, à Malines, avait été pourvu, en l'année 1559, de cinq nouvelles cloches, livrées par le fondeur Jacques Waghevens. Elle n'existent plus aujourd'hui.

1560 - Les comptes communaux de Malines font mention d'une fourniture de pannes pour la cloche appelée diefclocke et pour le tambour de l'horloge.

1563 - La ville de Malines chargea Jacques Waghevens de la refonte d'une ancienne cloche de l'horloge, d'un poids de 1265 livres, auxquelles le fondeur ajouta 304 livres de métal nouveau. Le travail, payé aux mêmes conditions que celles du contrat de l'année 1557, lui rapporta 136 livres 12 sous. La cloche fut coulée au domicile du fondeur, rue Sainte-Catherine, d'où elle fut traînée jusqu'à l'église Saint-Rombaut. Vendue, en 1680, avec les autres cloches du carillon, à l'église Notre-Dame au delà de la Dyle, elle subit le sort de celles-ci, en disparaissant avec elles dans les creusets du Creusot.

1565 - La ville de Malines le chargea encore de la refonte de quelques anciennes pannes.

1566 - La ville d'Amsterdam, en Hollande, lui confia, en collaboration avec un autre fondeur malinois, Adrien Steylaert, la fourniture d'un voorslag, composé de treize cloches pour l'église appelée Oude kerk de cette ville. Celles-ci, pesées à Malines, avaient un poids total de 7459 livres. La ville d'Amsterdam lui fournit 6589 livres de bronze ancien, auxquelles le fondeur ajouta 870 livres de métal nouveau, au prix de 23 florins par cent livres. La refonte de l'ancien métal fut payée à raison de 7 florins 10 sous par cent livres. Les battants des cloches furent confectionnés à Malines et payés au fondeur.

1569 - Une petite cloche, livrée au couvent des Frères Mineurs à Amsterdam, fut payée, au 14 juin de cette année, 16 florins 8 sous pour 75 livres de bronze utilisé, et en plus une somme de 28 florins 10 sous pour la façon de la cloche, soit au total 44 florins 17 sous.

1569-1570 - Le Magistrat de Malines s'adressa au fondeur pour la fourniture de deux summelen, de deux sonnettes et d'un petit panier, le tout destiné à un médecin espagnol.

Corneille Waghevens

Né de Pierre Waghevens et de Cécile Jancoppens alias Van Den Eynde, ce fondeur resta à Malines jusqu'après son mariage avec Anne Van De Kerckhove. Vers l'année 1531 il émigra à Anvers, où il alla occuper, dans la paroisse St-Georges, une maison qu'il avait acquise le 4 mai de cette année. Quoique son origine soit malinoise, la carrière artistique de ce fondeur appartient donc plutôt à la ville d'Anvers. Il a pu néanmoins exécuter quelques œuvres avant son départ de Malines, c'est la raison pour laquelle nous signalons son nom ici. Une de ses cloches connues porte une date antérieure à celle de l'acquisition de son atelier d'Anvers.

Jean Sithof

Il fut directeur de la fonderie royale d'artillerie à Malines, de 1634 à 1638. Antérieurement à son séjour en cette ville, il coula quelques cloches, parmi lesquelles nous pouvons en signaler une, fondue en 1628, pour l'église de Vilvorde, et un autre fondue en 1630, qui existe encore à l'église St-Etienne de Ophem (1), dans l'arrondissement de Bruxelles.

Il est donc possible que durant son séjour à Malines il ait fondu des cloches, toutefois nous n'en connaissons aucune à son actif pour cette période. Nous signalons donc son nom uniquement pour mémoire. (2)

(1) Probablement Wezembeek-Oppem. Il ne nous semble pas que ça puisse être la rue d'Ophem à Bruxelles (voir biographie de Malou Haine dans le dictionnaire des facteurs).
(2) Nous signalerons pour mémoire que son fils Albert Sithof a brièvement été fondeur de cloches.

Bartholomé Ier Cauthals

Fils du fondeur Jean Cauthals et de Catherine Herregouts, il fut élevé sous la direction de son père dans l'art de la fonderie. Né le 5 septembre 1614, il se maria le 19 février 1648, à Catherine Van Den Hove, dont il eut six enfants, parmi lesquels on compte deux fondeurs : Seger et Bartholomé II. Bartholomé Cauthals, dont nous nous occupons ici, fut principalement fondeur d'ouvrages en laiton. Il travailla pour différentes églises de la ville, entre autres pour l'église Notre-Dame au delà de la Dyle, dont les comptes mentionnent un de ses travaux dès 1645. Il mourut le 27 octobre de l'année 1686.

Il est l'auteur de quelques cloches de petites dimensions. La plus ancienne de celles-ci date de 1660, la dernière de 1686.

1660 - A l'hospice Saint-Blaise, à Termonde, existe encore une cloche portant la brève indication : CAUTHALS ME FUDIT M D CLX.

1660 - Les comptes de la ville de Malines mentionnent le payement, fait en juin 1650, de la somme de 115 florins 16 sous pour la fourniture de deux coussinets en cuivre destinés à la cloche Charles. Le poids de ceux-ci s'élevait à 193 livres, comptés à 12 sous la livre.

1669 - Dans la tour de la commune de Langdorp, près d'Aerschot, pend une cloche avec cette inscription : MARCUS VAN DER BORCHT NOTARIS - HEEFT MY DOEN QIETEN TE MECHELEN DOOR - MEESTER BARTHOLOMEUS CAUTHALS - VOOR DE KERCK VAN LANGDORP - ANNO DOMINI 1669. Nous devons ce renseignement à M. l'abbé Van Horenbeeck, curé à Gooreind.

1673 - Bartholomé Cauthals fut chargé, le 16 juin 1673, par le Chapitre de l'église St-Rombaut à Malines, de la mission de rechercher les causes de la fêlure de la cloche décimale de l'église de Schelle, près d'Anvers. Au 22 septembre suivant, la cloche était refondue, mais nous ignorons si cette opération a été confiée au fondeur malinois.

1677 - Dans le registre des comptes de l'église Notre-Dame au delà de la Dyle, allant de 1677 à 1683, il est fait mention d'une petite cloche fondue par Bartholomé Cauthals, pour le prix de 22 florins.

1680 - La plus petite des trois cloches de l'église de Haasdonck, en Flandre orientale, porte l'inscription : BARTHOLOMEUS CAUTHALS ME FUDIT. 1680. Elle appartient à cette commune depuis 1830, mais antérieurement elle se trouvait à Zeveneeken, d'où elle passa à Kluizen avant d'arriver à sa destination actuelle.

1680 - Lorsque la cloche Charles, pour laquelle il avait fourni vingt ans auparavant deux nouveaux coussinets, pendait brisée dans la tour St-Rombaut à Malines, le Magistrat prit l'avis de Cauthals au sujet de la restauration de cette cloche. Toutefois il ne fut point honoré de cette opération, qui fut ajournée.

1680 - Une petite cloche de l'église St-Sauveur à Gand porte une inscription mi-latine, mi-flamande :
BARTHOLOMEVS CAUTHALS, TER EERE CATHARINA, ME FUDIT MECHELEN IN HET JAER 1680.

1683 - Une clochette de l'église de Cappellen-au-Bois, près de Malines, porte l'inscription : BARTHOLOMEVS CAUTHALS ME FUDIT 1683. Une frise, composée d'un alignement de doubles fleurs de lis, se déroule au-dessus de ces mots. Les lettres de ceux-ci sont encadrées de divers filets. Les dimensions, la frise, les lettres et la disposition des filets de cette clochette sont identiques à celles qu'on voit sur la clochette de 1686.

1683 - Après l'achèvement de la construction de l'église Notre-Dame d'Hanswyck, à Malines, la tour fut pourvue de quatre cloches, dont la 2ème la 3ème et la 4ème furent fondues en 1679, par Melchior de Haze d'Anvers. La plus grande fut coulée en 1683, par Bartholomé Cauthals. Elle portait l'inscription : SALVATOR MUNDI SALVA TIBI SERVIENTES BARTHOLOMEUS CAUTHALS ME FECIT MECHLINIAE 1683 SUB ADMODUM REVERENDO PRIORE PETRO LUYTELAER.

Sans date - La petite cloche de l'église de Loenhout, province d'Anvers, porte l'inscription : BARTHOMEUS CAUTHALS ME FECIT

Pierre Van Der Linden

Nous connaissons ce fondeur par l'inscription d'une cloche qui, en 1799, existait encore dans la chapelle du Neckerspoel à Malines. On y lisait : PEETER VAN DER LINDEN ME FECIT TOT MECHELEN ANNO 1700.

Pierre Van Der Linden avait été le compagnon d'atelier de Jacques De Clerck II. En 1697, alors âgé de 35 ans, il était établi maître fondeur de cuivre et est entendu, comme témoin, dans une enquête judiciaire au sujet d'un vol de cloches à l'église Notre-Dame au delà de la Dyle, et dont les débris lui avaient été présentés en vente.

Nous croyons que l'auteur de la cloche du Neckerspoel est un neveu de Jean Van Den Ghein IV, dont une sœur Claire avait épousé Théodore Van Der Linden et qui eut un fils du nom de Pierre, né le 30 mai 1663. Si l'on considère, d'une part, que la date de la naissance de Pierre Van Der Linden, fils de Théodore, concorde avec l'âge qui est attribué au fondeur de ce même nom, dans la pièce de procédure signalée ci-dessus et d'autre part, que Jean Van Den Ghein, n'ayant point d'enfants, a dû songer à un de ses neveux pour l'initier dans l'art de la fonderie et faire perdurer ainsi dans la famille Van Den Ghein la pratique de cet art à Malines, notre présomption se trouve parfaitement justifiée.

Jourdain Smets

Ce fondeur nous est connu par une cloche sur laquelle son nom voisinait avec l'écu aux armes de Malines, et qui, jadis, faisait partie du carillon de l'église St-Martin à Hal. Elle portait comme inscription : JORDAEN SMETS ANNO 1711. Cet industriel était fondeur et batteur de cuivre, et comme tel il figure fréquemment dans les comptes de l'église des SS. Pierre et Paul à Malines, pour l'entretien et les réparations du mobilier métallique de cette d'église.

Tout ce que nous avons pu relever à son sujet, c'est qu'il se maria dans la paroisse des SS. Pierre et Paul, le 23 décembre 1702, avec Anne Toussaint dont il eut plusieurs enfants. Il est mort le 8 avril 1723, dans la même paroisse. Un Jourdain Smets est né à Malines le 4 mai 1636, de Jean et de Elisabeth Keersmaeckers. D'après les registres aux impôts de 1704 et des années suivantes, il habitait la fonderie occupée antérieurement par Jean Van Den Ghein IV et ses héritiers.

Lambert Fransquin

Dans la 2ème partie de ce travail (3), nous avons donné quelques détails biographiques sur cet artisan, qui fut surtout fondeur de pièces d'artillerie. A l'occasion il entreprit des travaux campanaires, bien rares à notre connaissance.

1737 - Le campanile de l'église Notre-Dame d'Hanswyck fut pourvu, en 1737, d'une cloche portant cette inscription : LAMBERTUS FRANSQUIN ME FECIT - MECHLINIE, ANNO 1737. PRIORE A. R. D. GASPARE VAN VELTOM.

1743 - Une des cloches de l'église du village de Heffen, près de Malines, était devenue impropre au service de la paroisse. Elle fut mise en pièces par un cabaretier qui avait nom Bulens, dans son auberge à Heffen, portant pour enseigne : In de Kroon. Il lui fut payé 50 florins pour parfaire cette besogne. Les morceaux de métal ainsi obtenus pesaient 2366 livres, et furent envoyés au fondeur Lambert Fransquin. Celui-ci reçut 362 florins pour procéder à la fonte de la nouvelle cloche. Ces frais furent acquittés par le Chapitre de l'église Saint-Rombaut à Malines, l'abbaye de Grimberghe et le Chapitre de la cathédrale de Cambrai.

Les sommes offertes par les donateurs ne furent pas suffisantes et les paroissiens intervinrent dans les frais par des dons généreux. La nouvelle cloche, que les registres paroissiaux qualifient de maxima campana decimalis, fut bénite le 30 avril 1743, et dédiée à la Vierge et à Saint-Joseph. Cette cloche disparut dans la tourmente révolutionnaire.

1750 - Les comptes de l'église Notre-Dame au delà de la Dyle à Malines, mentionnent la fourniture de nouveaux coussinets pour la grosse cloche, en même temps que celle de deux sonnettes.

(3) Non retranscrite.

Pierre Fransquin

Fils de Lambert, qui précède, et de Elisabeth Hutters, il était, comme son père, originaire de la ville de Luxembourg, où il naquit en 1732. Il était à peine âgé d'un an lorsqu'il vint à Malines avec son père nommé directeur de la fonderie royale d'artillerie à Malines, en 1733. Le 27 janvier 1762, il épousa à Malines, Pétronille Snoeck, originaire de Wambeke. Il se fixa rue du Serment et y mourut le 25 juin 1808. Son métier fut plutôt celui de fondeur de laiton, il s'occupa parfois de travaux campanaires, qui, à en juger par ceux que nous connaissons, ne furent pas d'une grande envergure. Tout ce que nous savons se borne à deux extraits des comptes de l'église Notre-Dame au delà de la Dyle.

En 1759, il fournit des coussinets pour les cloches de la paroisse. L'ensemble des frais de cette fourniture s'élevait à 50 florins.

En 1768, le 3 juillet, on lui paya 3 florins et 10 sous pour la refonte de la clochette qui servait à marquer la demi-heure.

Paul Dietrich

Ce fondeur vint à Malines vers 1750 et quitta cette ville en 1774. Comme fondeur de cloches, nous connaissons de lui un travail assez important, qu'il fournit pour l'église Notre-Dame au delà de la Dyle à Malines, et au sujet duquel nous avons trouvé quelques détails dans les comptes de cette église.

L'an 1753, un contrat fut passé par devant notaire pour stipuler les conditions auxquelles Dietrich devait couler une grande ainsi que deux petites cloches.

La grande, nommée Maria-Christina, pesait 3105 livres et fut bénite le 26 avril, par l'Archiprêtre Hoynck van Papendrecht, Seigneur Maximilien-Emmanuel de la Kethulle, seigneur de Rupelmonde, en fut le parrain. Christine de Maringh, épouse de seigneur Josephus Murray de Phillippaugh, en fut la marraine.

La plus grande des deux clochettes pesait 272 livres, l'autre 162 livres. Le fondeur avait reçu, en vue de cette opération, deux anciennes cloches fêlées et deux petites cloches, auxquelles on avait encore ajouté 1184 livres de cuivre de Hollande, 280 livres d'étain d'Angleterre et quelques menus objets en cuivre, formant au total un poids de 3610 livres et un quart.

La grande cloche portait deux vers, composés par le peintre malinois Egide-Joseph Smeyers, qui signalaient sa provenance : HANC PAULUS DITRICH EX FRACTIS ANTE DUABUS CAMPANAM FUDIT : SEROS JAM PERSTET IN ANNOS 1753. Sous l'écusson du parrain, on lisait : PERILLUSTRIS DOMINUS MAXIMILIANUS EMMANUEL - DE LA KETHULLE DOMLNUS COMITATUS DE RUPELMONDE - BARO A VISSEKERCKE ET D'AURY. Sous l'écusson de Murray : HINC USQUE SUPERNA VENABOR - MAGNIFICUS DOMINUS JOSEPHUS MURRAY DE PHILIPPAUGH - EQUES BARONATUS A IVIELGUND - SACREI CASAREII ET REGIE MAJESTATIS CAMERARIUS - ACTUALIS, MAJOR WALLONIE LEGIONIS ARBERGIAN. ET CONJUX EJUS PRONOBILIS DOMINA CHRISTINA DE MARINGH.

Henri Bernaerts

Le registre des Poorters d'Anvers annote, à la date du 6 juillet 1601, l'inscription dans la bourgeoisie de cette ville du fondeur de cloches Henri Bernaerts, originaire de Malines et fils de Matthieu. A propos d'une commande faite à Henri Van Den Ghein par le Conseil d'administration de l'hôpital Ste-Elisabeth d'Anvers, le 18 juin 1599, nous avons mentionné un Henri Bernaerts, fondeur de laiton, habitant cette ville, qui se porte garant pour l'exécution de l'entreprise. Il est vraisemblable qu'il s'agit d'un même personnage, et s'il se portait garant pour Van Den Ghein, c'est qu'il l'avait connu antérieurement lors de son séjour à Malines.

Si nous ne connaissons pas de travaux signés par Henri Bernaerts, au moins savons-nous qu'il s'occupa de cloches et de carillons, à preuve qu'en 1597 il confectionna le clavier du carillon de l'église Notre-Dame au delà de la Dyle, et qu'il effectua quelques travaux aux cloches qui composaient celui-ci. Un peu plus tard encore, au mois d'avril 1599, une des cloches de ce même carillon, en discordance avec les autres, avait été accordée par lui. Ce fut donc dans l'intervalle des mois d'avril et de juin de l'année 1599 qu'il quitta Malines, pour aller habiter Anvers. A peine installé dans cette ville, il hérita des meubles de Mathieu Wagemans. Il dut de ce chef payer un droit d'issue de 2 livres et 10 sous à la ville de Malines.

D'après l'extrait du compte de l'église Notre-Dame au delà de la Dyle, Henri Bernaerts s'appelait aussi Wagemans, il parait donc assez probable que le Mathieu Wagemans, dont il hérite, n'est autre que son père, ce qui concorderait avec le registre des bourgeois d'Anvers renseignant pour celui-ci le même prénom et une date de décès antérieure à celle de l'inscription en 1601.

Jean Cauthals

Dans la deuxième partie de ce travail (non retranscrite), nous avons parlé de lui comme fondeur de canons. Nous renvoyons à cet endroit pour les détails biographiques et industriels qui le concernent, nous bornant à indiquer ici les rares travaux connus de lui comme saintier. Un de ceux-ci avait une réelle importance et nous fait croire, puisqu'il s'agit d'un jeu complet de cloches harmonisées, à sa réputation bien établie comme fondeur de cloches. Toutefois, il convient d'ajouter que l'exécution du travail ne répondit pas à l'attente.

1628 - L'église paroissiale de la commune d'Oudenbourg fut pourvue, en 1628, d'une cloche qui sert encore aujourd'hui. Elle pèse 2823 livres et porte l'inscription : JAN CAUTHALS HEEFT MY GHEGOTEN TE MECHELEN INT JAER ONS HEEREN M DC XXVIII. DOR DE BEGEERTE ENDE JONSTE VAN DE STADT ENDE PROCHIE VAN OUDENBURCH TER EERE VAN MARIA PATRONESSE VAN DE PROCHIEKERKE BEN ICK GEMAEKT. LIEF+DE OUDENBURCH. HO+PE OUDEN+BURCH. Chacun des quatre derniers mots est coupé en deux par une petite figure en relief qui paraît représenter Notre-Dame.

1637 - Les marguilliers de la cathédrale Notre-Dame à Anvers voulant remettre leur jeu de cloches en bon état, s'adressèrent à maître Jean Cauthals, avec lequel ils passèrent, le 21 octobre 1637, un contrat conservé aux archives de l'église. Il fut convenu qu'on payerait au fondeur 4 sous par livre pour la façon du métal ancien. L'entreprise comprenait quatre grandes et plusieurs petites cloches. L'une des grandes, Salvator, d'un poids de 6000 livres environ, devait être achevée avant l'été. Les trois autres grandes, ainsi que les petites cloches, devaient suivre aussitôt. Le travail achevé et toutes les cloches répondant aux conditions stipulées, les marguilliers offriraient au surplus au fils du fondeur un chapeau neuf, dont la valeur était laissée à leur discrétion. Les frais de transport des cloches, tant à l'aller qu'au retour, étaient à charge de la fabrique d'église. Pour toute livre dépassant le poids total des anciennes cloches, le fondeur recevrait 11 sous. Dans le cas où le poids de celles-ci resterait supérieur à celui des nouvelles, le fondeur payerait pour la reprise, 10 sous par livre.

Par une note additionnelle, on sait que l'ensemble de l'opération comprenait vingt-deux nouvelles cloches, dont le poids total était de 6740 livres. Onze de celles-ci ne répondirent point aux exigences des fabriciens, qui en 1646 s'entendirent avec le fils de Jean Cauthals décédé pour liquider ce différend.

Par un acte, daté du 17 mars 1646, maître Jean Cauthals, fils, ainsi que ses frères et sœurs, Sébastien, Marc, Bartholomé et Anne, majeurs, en même temps que les tuteurs au nom des enfants mineurs, donnent à Catherine Herregouts, leur mère, l'autorisation d'accepter des fabriciens de la Cathédrale, toutes les cloches rebutées par eux parmi celles fondues par leur père pour le carillon de cette église, et d'agir en leur nom pour donner quittance et décharge. Le poids de ces onze cloches refusées s'élevait à 3449 livres. Celui-ci déduit du total de 6740 livres, il restait dû à la famille Cauthals, le prix de 3291 livres. Nous ignorons, le contrat étant muet sur ce point, si les cloches furent refondues par le fils.

1639 - Dans le manuscrit du chroniqueur malinois Azevedo, reposant aux Archives communales, il est dit qu'en 1639 on coula, dans la fonderie royale d'artillerie, près de la vieille porte de Bruxelles, la cloche du Saint Sacrement de Miracle de l'église Ste-Gudule à Bruxelles. Le nom du fondeur n'y est pas mentionné, toutefois, comme l'opération s'est passée dans la fonderie d'artillerie dont Jean Cauthals à ce moment était le Directeur, on peut en déduire que la cloche fut coulée par lui, d'autant plus qu'il en compte encore d'autres à son actif.

Adrien Steylaert

Ce fondeur est né de Jean et de Claire Wouters. Petit-fils de Sébastien et d'Elisabeth Fierens, il était de par celle-ci petit-neveu du célèbre fondeur Jacques Waghevens, qui avait épousé Catherine Fierens, sœur d'Elisabeth. Steylaert doit être né vers l'année 1530, puisque déjà en 1554 il est en âge de tester. Ses parents étant tous deux décédés à ce moment, il lègue tous ses biens à sa tante Catherine Steylaert, épouse de Henri Genyets. On peut déduire de ce fait que momentanément il ne caressait aucun projet matrimonial, sinon qu'il fut poussé à prendre ces dispositions testamentaires par quelque projet de voyage ou par l'imminence d'un danger de mort provoqué par une grave maladie. Quoiqu'il en soit, il survécut à cet acte et se maria dans la suite et même à deux reprises. La première union, contractée avec Marie Van Den Dycke, était antérieure à 1565, puisqu'au 1er février de cette année, Steylaert, malade, fait, avec son épouse, un testament par lequel tous deux lèguent leurs biens à leurs enfants.

Steylaert échappa à la mort menaçante, car il eut, dans la suite, de cette même épouse, plusieurs enfants, baptisés dans l'église Ste-Catherine.

Le premier de ceux-ci est tenu sur les fonts baptismaux le 21 juillet 1566, et reçut le nom de Catherine. Le fondeur Jacques Waghevens en était le parrain. D'autres enfants naquirent encore de cette union dans la même paroisse. Au 18 décembre 1869, ce fut un fils nommé Adrien ; au 5 juillet 1572, un autre fils nommé Jacques ; au 30 juin 1576, une fille nommée Elisabeth ; et au 12 mars 1578, une fille nommée Maria. De tous ces enfants, seule cette dernière resta en vie, car dans un acte de 1585, il n'est plus question que de celle-ci.

Marie Van Den Dycke, son épouse, mourut avant 1580. En effet, le 19 janvier de cette année, Adrien Steylaert contracta une nouvelle union dans la paroisse St-Rombaut, avec Clara Van Middeldonck. Cette union lut stérile et peu longue, car au 1er janvier 1582 Clara Van Middeldonck était veuve. La mort dAdrien Steylaert peut donc se placer vraisemblablement en l'année 1581.

Steylaert parait avoir été un personnage remuant ; il était particulièrement visé par les experts officiels dans toute la procédure contre les fondeurs de cette époque et dont nous avons fait mention dans la partie historique.

Les premiers pas d'Adrien Steylaert dans l'art de la fonderie fuient dirigés par Jacques Waghevens, dont nous avons signalé la parenté. Cette dernière circonstance explique pourquoi on retrouve sur les cloches signées par Steylaert plusieurs des motifs ornementaux employés avant lui par Jacques Waghevens. L'habitation primitive de Steylaert était située rue Ste-Catherine, en face du cimetière. Ses ateliers étaient ceux de Jacques Waghevens ; après la mort de celui-ci il continua à les occuper en les prenant en location aux héritiers.

Les cloches connues sont peu nombreuses. Il est vrai que son activité se manifesta encore dans d'autres branches du métier. Il s'occupa, ainsi que nous avons eu l'occasion de le dire dans la seconde partie de ce travail, de la fonte de pièces d'artillerie et de divers autres objets de bronze ou de laiton, parmi lesquels on peut signaler un assez grand nombre de charmantes petites sonnettes dont des exemplaires existent encore dans quelques collections publiques et privées.

Une de ses cloches existe à Malines. Elle est d'une très bonne sonorité et d'un profil très gracieux.

Parmi les inscriptions survécues, il en est dont on appréciera l'originalité.

1563 - La tour de l'église d'Hulst, en Hollande, en même temps que 160 maisons de la commune, avaient été la proie des flammes, le 6 juin 1562. L'année suivante, Adrien Steylaert, coula pour cette commune, une cloche dont la légende flamande rappelle les détails de ce désastre. Elle contient, avec le nom de Saint-Pierre, auquel elle était consacrée, une imploration à Dieu, pour qu'il préserve la commune du retour de pareille catastrophe. En voici le texte : ANNO 1562. 'T VIER HEEFT DESEN TORRE LEST GESCHENT - VI JUNY IN DAT JAER MET CLX HUISEN DAER OMTRENT - GOD HOEDE HULST VOORT VOOR SULCK MISBAAR - PIETER BEN ICK' GEGOTEN VAN ADRIEN STYLAER - IN HET JAER ONSES HEEREN MCCCCCLXIII

1564 - Le carillon de la tour Saint-Rombaut à Malines possède une cloche de ce fondeur. Elle donne le si. Elle porte au cerveau une inscription circulaire : GIELIS BEN IC GHEGOTEN VAN ADRIAEN STEIILAERT M CCCCC LXIIII. Au-dessus de l'inscription se trouve un cordon composé par la répétition d'un motif renaissance, il est absolument identique à celui de la cloche fondue en 1544 pour Tournai, par Jacques Waghevens. Cela n'a rien de surprenant, puisque nous savons que Steylaert, parent de J. Waghevens, a repris la fonderie de ce dernier. Au-dessous de l'inscription se trouvent six sujets séparés par un ornement renaissance. On y distingue circulairement dans cet ordre : 1° Un médaillon rond représentant le Rédempteur ; 2° Un héraut, représenté ci-contre, tenant de sa main droite le blason de la ville de Malines ; 3° Dans un médaillon, un personnage debout tenant de la main droite un long bâton et de la main gauche relevée devant la poitrine, un objet aux contours assez vagues, mais qui pourrait être pris pour une lanterne ; 4° Une figure de la Vierge avec l'Enfant Jésus sur le bras gauche ; 5° Dans un médaillon, la Vierge au croissant dans une auréole et tenant l'Enfant Jésus, sujet identique à celui qui se trouve sur différentes cloches malinoises ; 6° Une figure représentant Saint-Nicolas avec trois enfants dans un panier posé à ses pieds.

1570 - Dans une requête du 9 février 1572, rédigée par les experts ou contrôleurs communaux de Malines et relative aux protestations dont se faisaient l'écho Adrien Steylaert et consorts, les premiers font état d'une cloche fondue en 1570, par Steylaert, pour l'église de Merxem, près d'Anvers, et dont il aurait faussé le poids en coulant du plomb dans un interstice resté ouvert près de l'attache.

1574 - Sur l'une des deux cloches, suspendues aujourd'hui encore dans la tour de l'église protestante de la commune de Hees, près de Nimègue, en Hollande, on peut lire l'inscription suivante : IC BEN GHRGOTEN VAN ADRIAEN STEYLAERT TOT MECHLEN INT JAER ONS HEEREN DUESENT CCCCC ENDE VIER EN SEVENTICH. Les armoiries de Malines sont placées dans le texte derrière le mot Mechlen. Elle est ornée du double aigle surmonté d'une couronne impériale et portant sur la poitrine un petit écusson avec lion et la légende : DIE STAT NYMEGEN

Sans date - Après le décès d'Adrien Steylaert, la commune d'Assche restait redevable d'une somme d'argent en payement d'une cloche qu'il avait livrée de son vivant à l'église de cette commune. La liquidation de cette créance souffrit un long retard, puisque seulement en 1592, les marguilliers de l'église d'Assche et les tuteurs de l'orpheline délaissée par Steylaert se mirent d'accord sur le solde de compte qui s'élevait à 148 florins.

Sans date - Nous devons à l'obligeance de M. Rob Korner, à Apenrade, les renseignements suivants sur une cloche qui jadis existait à Wolfenbiittel, en Allemagne, dans le duché de Brunswick. Elle portait l'originale versification suivante : DIE SIN VLESCH GEFT SINNEN HESCH NAAR SINNEN LUST DIE SAL VERWERVEN EEUWICH STERVEN SONDER TRUST. Le texte en est évidemment transcrit d'une façon incorrecte et la compréhension en souffre, quoiqu'on devine qu'il s'agit d'une sentence contre ceux qui abusent des plaisirs de la chair.

Plus bas on lisait : ICK BIN QHEGOTEN VAN ADRIAEN STEIILAERT
Cette cloche a été vendue vers l'année 1557. On ne sait ce qu'elle est devenue.

Jean Van Den Eynde

Ce fondeur a acquis une réputation universelle, grâce aux innombrables sonnettes qui portent son nom sous sa forme latinisée de Johannes A Fine. La plus grande partie de sa carrière se passa à Anvers, où il fut au service de la ville. Il y exécuta des travaux métalliques de tous genres, parmi lesquels on relève aussi diverses bouches à feu.

Il naquit à Malines, au début du XVIe siècle, de Jean et de Anne de Bruycker. Son père, ainsi que son grand-père Gilles Van Den Eynde, étaient tous deux des fondeurs de laiton très en vogue. Lui-même se spécialisa dans la fonte du bronze, et c'est comme fondeur de cloches qu'on le rencontre en tout premier lieu.

Il est impossible de fixer exactement l'époque à laquelle il débuta comme fondeur. Toutefois il est certain qu'en 1533 il exerçait son art. En effet, son nom se retrouve dans la liste, inscrite au registre qui débute en 1533, des membres payant leur contribution à la caisse de secours aux malades de la Corporation des forgerons. Le mot clockghieter accompagnant son nom ne laisse aucun doute à l'égard de l'identité du personnage. Au reste, un acte scabinal du 14 octobre 1534 par lequel il rembourse une hypothèque prise sur une maison lui appartenant et sise à Hever, près de Malines, le qualifie également ainsi.

Le plus ancien des registres d'impôts établit qu'au 23 décembre 1544, il s'est acquitté de sa redevance comme locataire d'une maison située rue d'Hanswyck. Il a dû quitter Malines peu après pour s'installer à Anvers. C'est là qu'on pourra retrouver l'époque de son décès, qui doit se placer postérieurement à l'année 1556, celle-ci étant la dernière date qu'on retrouve sur ses œuvres.

Ses succès comme fondeur de cloches semblent avoir été très relatifs. A peine trouvons-nous deux mentions de pareilles fournitures, et encore l'une de celles-ci, datant de 1545, fait-elle l'objet d'une sentence de mise en demeure pour l'exécution de son contrat. Après cette date on ne trouve plus trace de pareils contrats. D'autre part, aucune cloche sortie de ses ateliers n'a résisté aux vicissitudes du temps.

1542 - A la date du 9 décembre, il s'engagea, vis-à-vis de Jean Nooirtgat et de André Van Cousbroeck, marguilliers de l'église Saint-Gilles à Termonde, à couler une cloche avec le métal fourni par eux. Pierre Van Den Eynde, vraisemblablement son frère, et Michel Eveloighe, se portent garants pour l'exécution des conditions stipulées dans un contrat dont le texte n'est point connu.

1545 - Par contrat, daté du 3 février 1545, engagement était pris de couler, pour l'église de Rupelmonde, une cloche d'environ 2500 livres. Les conditions stipulaient qu'il devait utiliser la matière provenant d'une ancienne cloche et refondre celle-ci au prix de 8 escalins 4 gros les cent livres. La matière nouvelle fournie par le fondeur serait payée au prix de 14 florins carolus les cent livres. La livraison de la cloche resta en souffrance, et l'édilité anversoise, par une sentence du 10 novembre 1547, condamna le fondeur à la fournir avant la fête de la Saint-Jean prochaine.

Josse de Backer

Chargé de fondre une cloche pour l'église paroissiale de La Haye, en Hollande, il est qualifié dans l'acte de convention ketelaer, c'est à dire chaudronnier ou batteur. Ce qualificatif est quelque peu déconcertant pour un homme connu comme fondeur, car il est l'auteur des beaux fonts baptismaux de la grande église de Breda.

Dans les archives malinoises aussi, nous l'avons rencontré avec la mention de ketelaer, particulièrement à la date du 25 juin 1539, alorsqu'un concitoyen se porte garant pour une acquisition faite par lui, et à la date du 20 décembre de la même année, lorsqu'il rembourse une rente inscrite sur deux maisons sises à Muysen, près de Malines.

Son nom figure dans le registre de la corporation des forgerons de 1533, dont nous avons déjà parlé au chapitre de Jean Van Den Eynde, ce qui prouve l'identité du personnage. Il faut en conclure que Josse de Backer faisait en même temps le commerce de batteur et de fondeur.

Comme fondeur de cloches, il ne nous est connu que par l'unique fourniture faite à l'église paroissiale de La Haye. L'accord fut conclu le 26 mai 1534, avec les marguilliers Nicaise Anthoins, Martin Adriaens, Jean Corneille de Kammaicker et Huyck Adriaens. Cette cloche devait avoir un poids de 9000 à 10000 livres, et le son être en accord avec celui de la grande cloche de l'église.

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