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Les cloches du carmel de Court-St-Etienne (1/2)

 

Au carmel de Court-Saint-Etienne, situé au chemin de Profondval, on trouve deux cloches placées à l’air libre, dans un très petit campanile. Elles sont en usage. Elles servent à rythmer les volées uniquement, il y a aussi un tintement horaire et de demi-heure. Ce sont deux instruments de dimension réduite – ce qui est fréquent en matière de carmel, car les édifices ne font preuve d’aucun élément ostentatoire – ces deux instruments sont en outre de belle facture, très bien conservés et d’une certaine qualité en épigraphie. Le système de volée est rétro-mitigé.

Toutes deux ont été fondues en 1841 par Andreas Lodewijk Van Aerschodt, en 1841.

Données campanaires : Les cloches ont la même épigraphie et un décor assez semblable. La date 1841 a été écrite J84I. Le premier un a été fait avec un J. Le dernier un a été fait avec un i majuscule. Notons en premier lieu que cette pratique est fréquente en matière de fondeurs médiévaux, qui ne possédaient parfois que peu de matrices, d’où des réutilisations un peu particulières. En matière de fondeur récent, nous ne relevons cette pratique ‘que’ chez Andreas Vanden Gheyn, le grand-père d’Andreas Lodewijk Van Aerschodt. On peut donc affirmer avec peu de doutes que Lodewijk utilisait les matrices en buis de son grand-père. Cela n’a rien d’étonnant, voire même parait inévitable, étant donné que le petit-fils a repris la fonderie du grand-père en 1833. Nous mettons en valeur le ‘que’ parce que cette pratique un peu douteuse est rare. Pour nous c’est utile, ça aide à l’identification.

Il est inscrit : A. L. VAN AERSCHODT VANDEN GHEYN ME FUDIT LOVANII J84I.

On observe une frise au dessus de la dédicace, au cerveau, une frise en dessous. Pour la plus grosse cloche, la frise du dessus est constituée d’angelots, dont aucun n’est répétitif. Ils sont placés dans un décor végétal assez touffu et de bonne réalisation. Pour la plus petite cloche, la frise du dessus, moins haute, est constituée de feuillages de vigne. On observe des fruits dont la réalisation est d’une grande finesse. La frise du dessous est constituée de feuilles d’acanthe enroulées, identique pour les deux cloches. Ces feuillages ont de fortes similitudes avec les matrices du père, Andreas Van Den Gheyn, se référer notamment à la cloche de 1790 à la basilique de Charleroi. On notera la présence d’une fleur de lys en frise supérieure.

La plus grande cloche possède une figure sur la panse. Dure à lire, la figure !Etant donné qu’il s’agit d’un côté et non d’une face, il est difficile de l’identifier sans erreur. Le personnage est assurément drapé. Il peut s’agir d’une figure christique ou d’une figure mariale. Il semble y avoir un personnage de biais, et pourtant ça ne ressemble pas à une vierge à l’enfant classique…

Les deux battants sont à boule rapportée sur jambe. A noter l’originalité pour la plus grande cloche, la boule est carrée. Les anses n’appellent aucune remarque, c’est un montant à double crochet du type cloche de Clabecq.

A propos d’Andreas Lodewijk Van Aerschodt :

Né le 3 juin 1814 et décédé le 13 juin 1888, il est le fils de Thomas Van Aerschodt (1769-1831) et de Anna-Maximiliana Vanden Gheyn (1792-1875). Thomas est le fils d’Andreas Lodewijk Vanden Gheyn. Diverses mentions de littérature précisent que Thomas n’était pas un fondeur. Une chose importante à dire avant tout (et nous concernant dans le cas du carmel d’ailleurs), car cela peut être source de confusion : AL Van Aerschodt reprend la fonderie du grand-père en 1833. Durant une période approximative de 10 ans après 1833, les instruments seront signés A.L. Van Aerschodt Vanden Gheyn. Ces produits ne proviennent en aucun cas du grand-père, alors décédé. Il est à penser que ce double nom a été inscrit dans le but d’insister sur la lignée de descendance des Vanden Gheyn, et de profiter de la réputation de qualité de ces derniers. Certaines sources (archives de la Ville de Louvain) mentionnent une activité et reprise de l’atelier en 1827. Cela ferait une activité de ce fondeur à 13 ans. Ca fait quand même jeune… Nous estimons qu’il était probablement en apprentissage.

La fonderie était située à cette époque au n°206 de la Tiensesteenweg, à Louvain. C’est ainsi ce qui explique le mot Lovanii, ce qui sera très récurrent dans le travail des Van Aerschodt par la suite. A partir de 1843, deux ans après les cloches du carmel, la fonderie sera déménagée à la Naamsestraat n°125, en face de la Zwarte Zustersstraat, à proximité immédiate de l’hôpital régional Heilig Hart. Dans le dictionnaire des facteurs d’instruments de musique, Malou Haine évoque « Jusqu’en 1839, ses cloches sont décorées comme celles de son grand-père et sont souvent ornées de frises d’anges, de guirlandes ou de rinceaux ». Notons que c’est exactement notre cas. On relève un nombre d’instruments provenant de sa fonderie comme étant très élevé. Ces instruments sont pour la plupart de grande qualité. Vers la fin de sa vie, les décorations deviendront de plus en plus fournies, allant vers une tradition gothique. Andreas n’aura pas de descendance devenant fondeur de cloches. On relèvera simplement l’existence de son frère Severin Van Aerschodt, extrêmement reconnu dans le milieu campanaire. Les deux frères auront des collaborations fréquentes. Les grosses cloches furent de très franches réussites. Quelques carillons furent un peu moins heureux.


Le carmel se trouve, de manière discrète, au bout du chemin de Profondval.


Voici le petit campanile.


Les deux cloches.


Sans un zoom adapté, il est impossible de voir le détail.


Ce sont de jolies petites cloches.


L'autre face en contre-jour.


Détail sur l'épigraphie. Les feuilles d'acanthe sont typiques des AL. Vanden Gheyn.

Bibliographie
- Paul Felix Vernimmen, Les Van Aerschodt, fondeurs de cloches à Louvain.
- Dictionnaire des facteurs d'instruments de musique en Wallonie, Mardaga. Malou Haine, Nicolas Meeùs.
- André Lehr, Korte biografie van nederlandse klokkengieters en van buitenlandse gieters die in of voor Nederland gewerk hebben.

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