Tchorski
La tuilerie de la Chapelle de Sarre (1/4)


La tuilerie dans le passé.

Cette page est un petit documentaire sur la briqueterie-tuilerie dite de la Chapelle de Sarre, située route de Cropigny à Corbigny. C’est une briqueterie à l’ancienne. On y perpétue une tradition vieille de deux siècles, qui consiste à réaliser des tuiles, briques, dalles, avec une cuisson au feu de bois. Cela donne des produits aux couleurs variées, qui constituent une production artisanale et traditionnelle. Ce type de petite industrie est intéressante pour la qualité des matériaux et pour le savoir-faire perpétué. Cette tuilerie est la seule de la Nièvre à avoir fonctionné sans interruption, de père en fils, depuis le 18ème siècle.

Un grand merci au personnel pour l’accueil sur place, et aussi pour l’enthousiasme. Nous sommes arrivés par hasard un jour de fermeture et ça n’a pas empêché un accueil quatre étoiles, ça mérite d’être signalé !

La moitié des photos est de Sandy De Wilde.

Le processus de fabrication est simple. En quelques mots, il peut être décrit par : c’est de la terre qu’on malaxe, à laquelle on donne une forme, on la sèche et on la cuit. Cela pourrait quasiment se résumer à ça. L’atelier a cependant un grand nombre d’astuces et de savoir-faire, ce qui peut complexifier la description. Nous allons l’aborder point par point.

Que ce soit la brique, la dalle ou la tuile, la source est la terre. Tous ces objets sont fabriqués à partir d’une terre un peu particulière, qui est puisée dans une carrière, quelques centaines de mètres au nord de la tuilerie. C’est une terre qui comporte beaucoup d’argile, des kaolins et des oxydes de fer. De ce fait, elle est fine et malléable. Plus précisément, c'est une argile jaunâtre du Thanésien. Lorsque la terre est extraite, elle est déposée sur une bande transporteuse, qui va la mener dans un broyeur. Selon les conditions climatiques, cette terre va être préalablement arrosée, afin de la rendre potentiellement plus malléable.

Les conditions climatiques sont essentielles dans le processus de fabrication. On n'hésite pas à l'exposer à la pluie, afin qu'elle s'imprègne d'eau, voire même qu'elle soit travaillée par le gel. Dans le jargon briquetier de cette région, quand la brique est travaillée par les caprices de la météo, on dit que la terre pourrit. Un passage par la faussée, c'est à dire un trempage durant 24 heures, pourra s'avérer indispensable. Elle sera ensuite acheminée au broyeur avec des petites berlines assez typiques des carrières du coin. Ce sont de petits wagonnets à voie étroite et godet renversant.

Le broyeur va affiner la terre jusqu’à l’amener à une situation de pâte molle, compacte et uniforme. Ce processus est réalisé par grattage et écrasement. Elle passera alors dans un filler (appelé en français une filière). Cet objet est un moule. C’est en quelque sorte un grand robinet. Quand la terre passe à l’intérieur, elle prend la forme imprimée par le moule. La forme tombe alors délicatement sur une table comportant des rouleaux cylindriques, disons pour simplifier sur l’équivalent d’un tapis de caisse de supermarché.

Sur ce tapis, la forme va être coupée avec l’équivalent d’un fil à couper le beurre. Les photos seront plus claires, car ça peut être un peu abstrait ainsi. Une fois coupée, la forme va commencer à ressembler à quelque chose. Pour ce qui ne peut pas être conçu par un filler – ce qui est le cas des dalles hexagonales – l’objet est alors formé par une presse, que nous verrons aussi en photos.

Une fois que l’objet sera formé va alors commencer une longue période de séchage. Les briquettes vont être déposées sur des tables de séchage ou à même le sol. Le délai de séchage est tout à fait variable étant donné que ça dépend assez grandement des conditions climatiques. Pour une situation habituelle, le délai est d’environ deux semaines. Une fois ce délai écoulé, les objets vont être amenés au four.

Dans le four, les objets vont être amenés à 950 - 1000°C durant une douzaine d’heures. Lorsque l’objet sera cuit, il obtiendra son étanchéité.

La briqueterie comporte quatre fours, qui sont en temps habituels utilisés dans un cycle. Pour une cuisson terminée, on récupère l’air chaud afin de préchauffer le four suivant. Ce sont ce qu’on appelle des fours à flamme renversée. Bien que le foyer soit situé sous les fours, la flamme n’est pas située sous les objets à cuire. On canalise la flamme jusqu’au sommet du four, lequel est une rotonde. La flamme va alors suivre la coupole, tourner et lécher les objets par le dessus.

Lors de la cuisson, la température est telle que les portes des fours sont murées. Pour contrôler la cuisson, un œilleton est ménagé dans la porte murée. Dans le jargon briquetier de cette région, quand la température du four est bonne, on dit que le rouge passe.

Le foyer est un feu de bois. C’est une méthode traditionnelle. Pour chauffer, la tuilerie utilise des déchets de scierie. Ainsi, le métier de ces hommes est un véritable art du feu. Le produit formé à une couleur variable. C’est ce qu’on appelle du flammé. La forme est variable aussi, ne serait-ce qu’à cause du façonnage de l’objet, avec une méthode restée volontairement rudimentaire. C’est ce qui permet de retrouver la forme un peu inégale du temps passé. L’artisan l’explique bien : sur un marché de brique standardisée, la tuilerie ne serait pas compétitive. Des tuiliers espagnols produisent dans d’immenses briqueteries des produits standardisées avec des machines. Ici, le but est de produire un objet à l’ancienne, pour perpétrer les méthodes d’antan.

Ca permet de construire comme à l’ancienne. Les principaux clients sont des particuliers, désireux de construire ou réparer avec un produit charmant dans une maison ancienne. Quelquefois, ce sont aussi les monuments historiques. La tuilerie a été la propriété de la famille Garnier-Monot depuis 1892, jusqu'en février 2002. A cette date, elle a été léguée à Bernard Henriot, issu d'une famille de tuilier-briquetier. Son objectif est de continuer à faire vivre la tuilerie sans rien y changer. [L'adresse de la tuilerie est 15bis route de Cropigny à 58800 Corbigny].

Afin de compléter ces explications, je vous propose de découvrir pas à pas l’intérieur de l’atelier de production.


Voici la cour de la briqueterie.


La charpente y témoigne d'une activité séculaire et d'un espace de travail assez peu modifié au cours des siècles. Malheureusement, certaines parties sont un peu dégradées.


Normalement, le saint patron des tuiliers est Saint-Fiacre. Ici, nous ignorons de qui il s'agit. Peut-être est-ce simplement une Sainte-Vierge afin de rappeler la chapelle de Sarre, ou bien Sainte-Agathe, pour rappeler la fontaine dédiée toute proche.


Je pense donc je suis :)


Voici le broyeur vu de l'arrière.


Le rouleau permet de travailler par écrasement.


La courroie d'entraînement.


Et toujours cette toiture superbe.


Les rouleaux d'écrasement et derrière, la table de réception.


La filière.


Les objets formés tombent sur cette table 'tapis de caisse de supermarché'.


On y voit bien les fils à beurre, destinés à couper l'objet à la bonne dimension.


Détail sur une accroche de fil à beurre.


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