--------------------------------------
Tchorski
Le tintinnabulum d'Autun

 

Un chapiteau de la cathédrale Saint-Lazare d'Autun comporte une représentation graphique d'un carillon. Cette sculpture, datant de 1160, serait l'une des premières figuration d'un carillon au monde. Cette affirmation parfois trouvée dans des littératures locales est à prendre avec des pincettes car nous connaissons d'autres représentations romanes de carillons : Notre-Dame de Paris au portail central, la cathédrale de Chartres au portail de la Vierge, le quatrième ton de la musique à l'ancien chapiteau du choeur de Cluny, Rouen et son chapiteau de l'abbaye Saint-Georges de Boscherville. Certaines de ces figurations seront étudiées et photographiées sous peu. Que ce soit la première représentation ou non importe peu en réalité. Nous avons ici une figuration intéressante d'un carillon sous l'époque romane. Cela donne une idée rigoureuse de ce qu'était le carillon à cette période ; cela permet de différentier avec le carillon de nos jours, dont nous fêtons en 2010 l'anniversaire des 500 ans d'existence (pour ce qui est du carillon à clavier).

Ces photos ont été faites en très haute résolution et permettront à des chercheurs, Thierry Gonon, Apemutam, etc, de les utiliser à l'avenir, si besoin est.

Cette représentation s'appelle l'éducation musicale. Un homme porte une planche sur laquelle sont fixées six cloches. Deux élèves apprennent à jouer. Un élève tient une cloche supplémentaire. Une huitième cloche pend étrangement à la tunique de l'enseignant.

Ce qui distingue ce carillon de notre carillon d'Oudenaarde, c'est qu'il n'y a pas de clavier. Les cloches sont tintées manuellement, par coptée sans corde (le battant est tiré à la main) ou par tintement avec un marteau.

Le maître de musique est dans une position inconfortable. Peut-être est-ce une copie du quatrième ton de Cluny (ce qui d'ailleurs voudrait dire que cette figuration serait plus ancienne). Le professeur regarde l'élève de droite et semble l'inviter à tinter. L'élève de gauche tinte avec un marteau et il agite peut-être la seconde cloche à la main. Ce professeur tient la planche, deux cloches et semble contrôler l'opération, tandis que les deux élèves sont assis et plus passifs.

Détail sur l'élève de droite.

Sur ce détail, on voit l'élève en train de tirer le battant. Que peut-on apprendre sur la forme des cloches romanes ? Sur ce chapiteau, rien. La représentation est trop petite, et bien que ça soit extrêmement soigné, on se doute bien que le sculpteur n'a pas pu faire beaucoup plus. Ce sont donc des cloches simplifiées. On voit tout de même qu'elles ont une anse primitive et que la planche possède un anneau. On en conclut donc que la planche en question devait être faite pour ça. Ainsi, les carillons primitifs étaient peut-être un assemblage de cloches sur une planche.

A propos des battants, ils ne possèdent non plus aucun détail et on le comprend. L'élève le pince avec l'index et le pouce et le tire. Ce jeu devait donc en tout point de vue limité à des mélodies simples et lentes. Cependant, les deux élèves jouent manifestement ensemble, ce qui signifie un accord entre les différents éléments de l'instrument.

On notera sur ce gros plan que deux cloches sont fixées à la planche ; celle du milieu semble ne pas l'être et serait tenue directement par le professeur. On notera aussi que chaque cloche possède une sur-épaisseur à la patte, soit l'extrémité de la pince. Cela ne rejoint aucune forme connue du corpus de cloches romanes étudiées par Thierry Gonon, et cela doit plutôt faire référence à des clochettes comme on en trouve dans les orchestres.

La cloche accrochée à la tunique est incompréhensible. Elle ne fait effectivement pas partie d'un instrument classique. De plus, elle n'est pas jouable. Selon Lionel Dieu : Dans le contexte d'une inspiration clunisienne, elle figure l'hypothèse qu'une sixième sonnaille pendait à la robe du carillonneur de Cluny, mais, sur le chapiteau du farinier, aucune trace ne subsiste dans la partie détruite. Il s'agit peut-être d'une allusion aux clochettes du grand-prêtre Aaron, "cousues dans l'ourlet de son manteau qui tintaient à chacun de ses pas" pour un appel à l'attention (Exode XXVIII, 34 et Sirac VL, 9). La clochette tenue par l'enfant de gauche a son battant légèrement de biais. C'est peut-être une imperfection de réalisation, ou bien le signe que la clochette était agitée.

L'élève de gauche ne joue pas en coptée mais avec un marteau. On remarquera qu'il n'y a aucun détail sur ce marteau et qu'on peut avoir de la peine à l'identifier de la sorte. On peut penser que ce marteau agrippe d'une manière malaisée le battant, qui est représenté collé. A noter aussi la présence d'une main du professeur, qui comme de l'autre côté, tient une cloche. Les cloches sont plus des clochettes que des grosses cloches comme on l'entend de nos jours. Bien qu'on devine qu'elles soient accordées - probablement un hexacorde - les cloches n'ont pas de différentiation de taille.

En conclusion donc, le carillon roman est un instrument primitif, il préfigure l'accord des cloches pour former une mélodie. Les cloches sont fixes et tintées de manière manuelle. Ce sont de petites cloches en comparaison aux instruments d'appel.

Bibliographie :
- Apemutam, Lionel Dirand-Dieu, Le carillon du chapiteau d'Autun.
- Thierry Gonon, Les cloches en France au Moyen Age.

ACCUEIL