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Tchorski
Le carillon de Thuin (1/4)

Il s’agit d’un reportage sur le carillon du beffroi de Thuin.
Un grand merci à l’office du tourisme pour l’accueil, et plus particulièrement Sandrine Maquet et Carine Barbençon. Un tiers des photos a été réalisé par Sandy De Wilde, un second tiers par Nicau Elias, le dernier par moi-même. Corrections au texte : Thibaut Boudart.

L’ensemble campanaire de Thuin est assez original. Nous allons passer chacun de ces aspects en détail.

Le carillon est placé au sommet de la tour, un peu en dessous de la charpente. Il est assez difficilement accessible pour un humain, d’où le fait que les photos sont limitées. Il est en effet impossible d’approcher les cloches, elles sont suspendues dans le vide. De ce fait, les détails sur l’épigraphie ont été réalisées au zoom. Ca n’a rien d’évident. Dans le même ordre d’idée, il n’a pas été possible de faire du comptage. Du coup, je ne sais pas dire combien de cloches sont présentes selon les différents fondeurs. Actuellement, le beffroi comporte 37 cloches de carillon, 2 cloches de volée et 8 cloches exposées en musée.

Les cloches de volée sont situées sous le carillon. Elles sont au nombre de deux. Ce sont d'après Jacques Sergeys des Pierre Monaux datant de 1766. Ces cloches sont assez volumineuses.

Les cloches de carillon sont placées sur 3 poutres superposées et doublées. Ce sont de toute apparence des Causard-Slégers, des Michiels Jr et des Voegelé. Il y aurait 25 cloches Causard-Slégers. Pour les autres, le nombre nous est inconnu, si ce n’est qu’il y a peu de Michiels Jr.

C’est le seul endroit de Belgique (avant 2013) qui comporte des cloches Voegelé. En 2013 ont été réalisées des cloches Voegelé à Gembloux.

André Voegelé est un fondeur de cloches français, dont la société est en activité. Il est basé à Strasbourg-Koenigshoffen. Il est un descendant d’une dynastie d'installateurs campanaires bas-rhinois, il représente la quatrième génération de travailleurs de la cloche. La société Voegelé en tant que telle a été fondée par Auguste Voegelé en 1908 à Koenigshoffen, l’atelier est installé dans une maison à colombages typique d’Alsace. En Alsace dans les années 1920, c'étaient surtout les Causard-Dury qui fournissaient la plupart des clochers de la région. Elle occupait le créneau dans lequel s'était distinguée auparavant la fonderie Jean-Louis Edel. Aujourd'hui, c’est la fonderie Voegelé qui occupe le haut de la place. Il fond de nouvelles cloches et rénove certains systèmes campanaires : restauration et électrification de cloches, construction de beffrois et de carillons, création et restauration d'horloge d'édifice et de cadrans. Par exemple, à la cathédrale de Strasbourg, la cloche mi bémol 3 s'est fêlée au printemps 2006 et a été refondue par ses soins. Il a aussi largement participé au campanile du Mas Rillier à La Dombes, l'un des plus précieux carillons d'Europe. Il perpétue également la tradition des fondeurs itinérants, il lui arrive de fondre des cloches au pied des tours. L’épigraphie de ses cloches est souvent particulière, ce qui nous fait dire qu’André Voegelé est un artisan d’art.

Ses cloches comportent un rinceau de branches d’olivier au cerveau (éventuellement de laurier cerise ?). Il est possible que cela ait été réalisé pour être en harmonie avec les rinceaux des Slégers, qui sont identiques. En milieu de faussure, ses cloches possèdent un fin filet, qui permet de placer les symboles sur un bon alignement. Cette petite ligne a été effectuée avec la planche à trousser. Les cloches ont été troussées avec un profil Causard, afin de s'harmoniser avec l'existant.

Les symboles sont au nombre de trois. On relève un LM entremêlé. On relève au milieu un symbole AV, pour tracer les initiales du fondeur André Voegelé. On relève un symbole assez compliqué, qui semble être CHSB. Il s'agit de la signature du fondeur allemand : Hermann Schmidt. Pour le sigle LM, Thibaut Boudart explique qu'il s'agit de Maria Laach, une abbaye romane, située en Rhénanie-Palatinat en Allemagne. En fait, Voegelé est fondeur uniquement au sens de fondre le métal. La personne qui trace les profils et donc qui donne la note à la cloche, c'est un moine allemand de l'abbaye de Maria Laach, le frère Michael.

Du point de vue tessiture, ces cloches ont une durée de résonance longue. Elles ont un son pur, cristallin, avec une attaque très précise. Les battants tirés sont à boule. Ils sont en acier ou un métal apparenté, qui a en tout cas une couleur fort argentée. C’est éventuellement de l’inoxydable. Il est possible (et même probable) que ces battants ne soient pas des Voegelé mais qu’ils proviennent de la firme qui a fait la rénovation en 2004. Dans le petit film présentant la rénovation, Olivier Baudri de Tellin est visible.

Les cloches ne possèdent pas de marteau, sauf les deux cloches de volée, qui tintent les heures. La plus grave tinte l’heure, la plus aiguë tinte la demi-heure.

Le système de ritournelle est rocambolesque dans le milieu campanaire. L’ordinateur de commande est un Belltron. C’est une firme italienne. Le système de tintement est constitué d’un compresseur, qui régulièrement se recharge en air comprimé. Lors de la ritournelle, le compresseur lâche sa pression pour activer le tintement. De manière assez comique, ça actionne le clavier à bâtons, qui est asservi. On a donc un joueur
« homme invisible ».

Il y a comme on vient de l’évoquer un clavier à bâtons. Il est doublé par un clavier midi. Nous ne possédons pas d’explication sur la présence de ce double clavier. La tringlerie est (de manière évidente) rattachée au clavier manuel. Cette tringlerie est détendue, ce qui fait que certaines notes ont tendance à sauter (les plus graves). Une remise en tension serait salutaire !

Les deux cloches de volée sont d'assez grande dimension. Pour la plus visible (une Pierre Monaux), l'épigraphie est assez originale. La figure de Christ sur Croix au Golgotha est fort rare dans le milieu campanaire et de belle qualité. Le mont est symbolisé par trois lignes de rinceaux.

Dans le musée sont stockées 8 cloches. Nous supposons que ce sont les anciennes cloches du carillon, qui est resté assez longtemps abandonné et dans un état de délabrement avancé. La restauration a été très poussée et les lieux sont aujourd’hui forts beaux. Ces cloches conservées sont pour l’essentiel des Causard et Slégers-Causard. Une Michiels Jr est présente.
Les rinceaux sont des branchages d’olivier pour toutes (idem, ou laurier), sauf exceptions :
Une cloche Causard possède un rinceau à la pince, de toute beauté. C’est une scène de chasse d'assez grande dimension, avec des chasseurs et des chiens. Ce rinceau n’est pas répétitif. La scène figure aussi des arbres. Le travail est de grande qualité.
Les cloches Slégers possèdent une épigraphie à la base de la couronne. Ce n’est pas fréquent. Ce sont des feuilles de vigne stylisées, modernisées et simplifiées.

Vous pouvez écouter ci-dessous la ritournelle des heures :

Vous pouvez visualiser le clavier lors de la ritournelle ci-dessous :

 

Nous allons à présent visiter le beffroi :


Montons les escaliers.


La structure se découvre peu à peu.

Le carillon


Voici le carillon.


Les cloches, sur les 3 poutres.


Le clavier manuel et derrière, le clavier midi.


Le Belltron qui commande les ritournelles.


Le clavier à bâtons.


La tringlerie.


Nous allons nous élever dans les cloches.


Les vis de tringleries.


Ce sont des cloche-zèbres.


Vu d'en dessous, au prix de belles contorsions !


Les boules de battants sont bien brillantes.

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